Chapitre 2 : L’Enveloppe de Vide
Le tic-tac n’avait plus de source. Il ne naissait plus de la carcasse de chêne de l’horloge comtoise, ni des murs, ni même de l’air. Il s’était infiltré dans les os de la maison. Clac. Clac. Clac. Un rythme lourd, métronomique, qui forçait chaque battement de cœur de Marc jusqu’à le rendre douloureux. Il sentait son sang battre au diapason d’une horloge invisible.
Il glissa la main derrière le boîtier de l’horloge. Rien. Pas la moindre vibration. Puis il inspecta le vieux mécanisme de cuivre qui brillait sous ses doigts, froid et indifférent. Maintenant, le son vibrait jusque dans ses dents, dans ses vertèbres.
— Marc, s’il te plaît… arrête ça.
La voix d’Hélène lui parvint de la cuisine, basse et rauque. Elle s’était enfin décidée à ramasser les éclats de verre et était maintenant agenouillée sur le carrelage, les mains tremblantes comme celles d’une accusée dans le box, suspendues au-dessus des débris sans oser les toucher.
— Je n’y peux rien, répondit-il en se redressant. Le balancier ne bouge pas d’un millimètre. C’est…
Il chercha un mot, mais sa pensée se coinça entre la raison et l’absurde. Un problème de plomberie ? Un bruit dans la cloison ?
— S’il te plaît, fais quelque chose, je vais devenir folle !
Soudain, le tic-tac de la maison cessa.
Net. Brutal. Comme on meurt.
Hélène émit un gémissement. Un silence de plomb était tombé sur la maison, un silence de fin du monde. Dehors, le vent dans les arbres s’était tu. Plus un oiseau. Plus un moteur au loin. Même l’air semblait s’être figé. La lumière du soleil au travers de la fenêtre semblait avoir vieilli.
Elle se releva d’un bond, abandonnant les morceaux de verre. Ses genoux craquèrent. Elle était déjà ailleurs. Elle se précipita vers la fenêtre de la cuisine, celle qui donnait sur la rue.
— Marc… viens voir.
Sa voix était un filet de fumée.
— Regarde le voisin.
Monsieur Picard, le vieux retraité d’en face, était sur son trottoir, un tuyau d’arrosage à la main. Il était penché en avant, figé en plein mouvement. L’eau qui sortait du tuyau ne coulait pas. Elle formait une arche de cristal suspendue dans les airs, une grappe de gouttes immobiles, figées dans un temps qui n’existait plus.
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