Partie 2 ~ 13

📖 La Geste d'Amédée ✍️ Filenze 📝 3307 mots

Amédée s’était éveillée avant l’aube. Les deux lunes avaient fini leur course, laissant après leur passage les étoiles pour seule lumière. C’était parfait pour couvrir leur fuite. Le guerrier du nord et l’autre garde censés les surveiller s’étaient endormis. Ils ne devaient pas considérer une fillette, un vieillard et un adolescent blessé comme des menaces pour la main d’Ishard. Amédée s’en félicita. Elle prit une dizaine de férules dans le paquetage de son grand-père et les disposa dans les braises du feu, soufflant doucement dessus pour les allumer sans raviver les flammes. Elle prit ensuite le petit pot de terre utilisé pour transporter le feu, y glissa les férules qu’elle couvrit de cendre pour en maintenir la combustion. Dans un petit sac en bandoulière, elle prit des matériaux inflammables tels que du lichen ou de l’écorce de bouleau séchée.  Discrète comme un chat, elle glissa sans bruit sous le nez des gardiens. 

Elle devait faire vite. Son père lui avait toujours appris à étouffer les braises du feu. La moindre source de chaleur, attisée par le vent du désert et nourrie par la sécheresse des végétaux et du climat, pouvait se transformer instantanément en un brasier infernal.  Elle  courut, courbée en avant pour se dissimuler derrière une tente. Elle s’apprêtait à aller contre ce qu’il lui avait appris, mais c’était le seul moyen de créer une diversion pour s’enfuir et… elle dût le reconnaître en son fort intérieur… le seul moyen de rendre la monnaie de sa pièce à cette troupe ignoble. C’était une émotion de haine qu’elle n’avait jamais ressentie auparavant. Elle aurait d’ailleurs aimé que son agresseur soit présent pour être brûlé vif dans sa tente. Elle se ressaisit. Dalila n’aurait pas aimé que les mauvais djinn habitent le cœur de sa petite-fille. Il fallait qu’elle garde la tête froide et qu’elle trouve le meilleur point de départ du feu pour se donner le temps de sauver les chevaux et de fuir avec les autres. Elle se fondit dans les ombres, retenant sa respiration quand deux chevaliers passèrent à proximité. Une fois la menace passée, elle prit une petite poignée de poussière qu’elle lâcha. Si le feu partait d’ici, avec le vent d’ouest qui tournait dans le cirque de pierre, il risquait d’embraser directement l'endroit où se trouvaient Ejaz et Fazam. Elle attendit que la voie soit libre et, contournant toujours le campement par l’extérieur, se faufila derrière la tente suivante. C’était des tentes-baraquement où on entendait les soldats ronfler bruyamment. Elle se rapprochait de la zone où se trouvait le charnier. À nouveau, elle contrôla le sens du vent. Cette fois, c’étaient les chevaux qui en pâtiraient les premiers. Il fallait qu’elle prenne une décision. Elle avisa la tente où se trouvait Sainte Mariella au centre du campement. C’était de loin la zone la plus fréquentée. Malgré l’heure tardive, des hommes de quart la surveillaient. Elle profita des ombres environnantes pour s’approcher et se coller à la tenture extérieure faite de peau. Elle était solidement arrimée au sol, il était impossible de se glisser en dessous, même avec sa petite taille. Elle longea la tente circulaire, persuadée d’être découverte au tournant, le cœur battant dans sa gorge. À la faveur d’une relève de la garde devant l’ouverture de service et de la fatigue qui émoussait l’attention des soldats, elle se faufila à l'intérieur et se glissa immédiatement entre la toile extérieure et la riche tenture qui servait de revêtement. Ainsi dissimulée, elle commença à disposer un petit nid de lichen et de paille, mais fut arrêtée dans son geste par le spectacle qui s’offrait à elle dans la tente, à travers les tissus entrebaillés. 

Sainte Mariella, vêtue d’une robe en satin de soie noire était allongée sur le flanc, la respiration saccadée. Ses cheveux libérés, prodigieusement longs, dévalaient son dos comme un torrent sombre. Trois prêtresses se pressaient à ses côtés pour lui éponger le front, la redresser et lui faire boire de l’eau, la cajolant de paroles douces. Elle les repoussa et indiqua du doigt une coupe remplie d’un breuvage opaque. Ses suivantes semblèrent hésiter, protestèrent faiblement puis, finirent par lui apporter le liquide. Sainte Mariella le regarda longuement, comme une mer agitée dans laquelle on hésite à plonger du haut d’une falaise. Des larmes dévalèrent ses joues, elle eut quelques hoquet qu’elle calma difficilement. Puis, fermant les yeux, elle but le breuvage jusqu’à la lie. Son visage parut ternir à chaque gorgée, prenant une teinte grisâtre puis violacée. Elle se tordit de douleur et fit tomber la coupe au sol, elle-même gisait inanimée, son front sur le tapis. Elle fut prise de soubresauts, les prêtresses s’éloignèrent sans paniquer devant ce comportement, habituées à ce spectacle semblait-il. Amédée voulut reprendre sa tâche, mais elle ne parvenait à détacher les yeux de la jeune femme. Celle-ci se releva, ses cheveux parcourus d’une étrange onde impalpable, de même que la soie qui enrobait son corps. Elle semblait flotter dans une eau invisible, son être gracile agité par un courant tourbillonnant. Elle se figea et d’une voix déformée, Amédée l’entendit prophétiser dans une langue qu’elle comprenait sans reconnaître : 

Flamme sans fumée, eau sans coupe, ténèbres sans nom. 

Celui qui l’allume en portera les cendres. 

Celui qui noie tuera ses enfants.

Celui qui entre dans la nuit en sortira autre,

Au coeur de la grande ombre, où même les pierres trahissent, 

Dans le silence qui ronge, il attendra que la braise s’accomplisse.

Amédée prit peur, elle eut l’impression de saisir par cette bouche les chuchotements toujours voilés du Maître du désert lui-même. Ses oreilles profanes n'auraient jamais dû entendre une telle voix. Ces personnes jouaient à capturer des propos qui ne leur étaient pas destinés, des mots qui poussaient à la folie. Les mains tremblantes, elle se saisit d’une férule et la glissa dans le petit nid de feu. Elle s’éclipsa et parvint à se glisser derrière le garde somnolent devant l’entrée de service. Elle avisa ensuite une tente-baraquement. Elle y fit un second nid et y planta une flamme. Ce n’est qu’après le quatrième départ de feu que les premiers signes se firent entendre. Les ronflements inquiets des chevaux poussèrent leur gardien à s’éloigner des attaches pour voir ce qui les apeurait. Amédée se faufila et détacha prestement la quinzaine de montures encore présentes, puis s’empara des longes d’Ourag, Galla et de l’âne d’Ejaz. Des cris d'alerte retentirent soudain, les flammes commençaient à lécher les tentures, attisées par le vent d’ouest. Amédée contourna le campement sans regarder derrière elle, priant pour que les feux prennent et concentrent l’attention des soldats. Elle avait déclenché une tempête incandescente. Les cris d’alerte réveillèrent l’ensemble du campement, les réserves d’eau furent immédiatement mises à contribution, mais elles étaient insuffisantes pour éteindre les brasiers. Les chevaux de la troupe, les naseaux emplis par l’odeur de la fumée, avaient achevé de tirer sur leur attaches et s’étaient enfuis dans le canyon d’un même élan. C’était la débandade. Fazam, réveillé en sursaut par l’agitation constata tout d’abord terrifié que sa petite-fille n’était plus dans sa couche. Il vit aussi que leurs gardiens avaient quitté leur poste, mobilisés pour tenter de dompter les flammes. Amédée apparue, son turban noir et son caftan bleu nuit la dissimulant aisément dans la pénombre. Elle tirait les chevaux et l’âne derrière elle. Elle lui dit d’une voix blanche : 

— Grand-père ! Il faut partir immédiatement. 

Elle lui jeta les rênes et secoua Ejaz.

— On s’en va !

Elle l’aida à se redresser et, avec l’aide de Fazam, le hissèrent sur sur Ourag, à cru. Amédée lui jeta une couverture sur le dos. Fazam s’empara de leur sacode de vivre qu’il jeta sur l’encolure de l’étalon et, aidé par Amédée, enfourcha l’animal que l’odeur de la fumée rendait nerveux.

— Amédée, c’est toi qui…? 

— On se retrouve dans le canyon, grand-père!

Sans hésitation, elle claqua la croupe d’Ourag qui partit à fond de train, suivi par l’âne terrifié. Galla tira sur sa longe avec force pour les suivre, mais Amédée s'arc-bouta, utilisant un des piquets comme appui pour immobiliser la jument.

— shhhh, ma belle. 

Les flammes balayaient le campement, Amédée monta sur une roche et l'enfourcha d’un saut. Galla s’élança comme une forcenée entre les tentes en feu. Les guerriers furent surpris de voir l’enfant débouler dans ce chaos. Ils hésitèrent à l’arrêter, puis se rangèrent à l’urgence d’éteindre l’incendie. Avisant un passage en descente sur la droite, Galla et Amédée s’y engouffrèrent. Le vent avait poussé les braises qui se propageaient à présent dans la végétation alentour. Leur route fut soudain barrée par un mur de flammes. Elles bifurquèrent, suivant un autre passage lui aussi en descente vers la sortie du cirque de pierre. Amédée reconnut la tente aux fanions de commandement de Wilfried. Elle ne brûlait pas encore, mais cela n’allait pas tarder. Elle se rappela soudain de quelque chose et fit piller la jument, mit pied à terre, la tirant par les rennes jusque dans la tente. Elle y trouva la cage des manticorions. 

— Allez mes amis, vous venez avec nous. 

Ils n’étaient plus que trois. Elle s’empara d’eux et les enfourna sans ménagement dans un sac de jute qu’elle jeta à travers le dos de la jument avant de monter à son tour. Sans un regard en arrière, Amédée s’élança vers la sortie du cirque de pierre, sur les talons de son grand-père et d’Ejaz. 

La jument galopa un long moment dans les gorges du canyon, à l’aveuglette. Sa cavalière pria pour retrouver sa route. L’aube arrivait dans une odeur âcre de fumée portée. Le ciel matinal était zébré de colonnes sombres montant en furieuses volutes. L’incendie devait progresser dans les gorges les plus venteuses. Amédée avait sacrifié tant de plantes et d’animaux pour couvrir leur fuite. Elle s’était peut-être elle-même piégée avec ce feu en se coupant toutes issues, tournant en rond dans le labyrinthe de pierre. Elle ouvrit le sac de jute et trouva les trois petit manticorions, blottis les uns contre les autres. Ils étaient bien vivants, mais léthargiques, sans doute très  affamés. Elle avait elle-même très faim mais n’avait prévu aucun vivre dans sa fuite. Sa panique croissait à mesure que le matin avançait. Les parois hautes et étroites du canyon semblaient se refermer sur elle. Les esprits pouvaient la retenir en égarant Galla et les condamner à errer éternellement pour ce qu’elle avait fait à ce lieu sacré. Elle pria silencieusement, demandant le pardon du Maître du désert pour son crime. Au détour d’un chemin, elle s’approcha de Naar shalod pour y abreuver sa jument et les manticorions. Ils n’avaient pas encore d’ailes et seulement un début de dard immature à leur queue. Leurs faces tenaient pour l’heure plus du fauve que de l’humain et étaient dépourvues de cornes. Amédée les trouva attendrissants. Elle les aligna en douceur sur la berge et les trois petits lapèrent l’eau fraîche, dont le niveau était très bas. La fille n’osa pas y boire elle-même, ni en toucher la surface, de peur d’aggraver son cas aux yeux des esprits. Elle fixait son miroitement d’un œil absent. Le clapotis faisait danser des gouttelettes à la surface, jouant avec la lumière dans une chorégraphie aux milliers d’éclats, la musique du liquide comme une comptine bondissante à ses oreilles. Amédée cligna des yeux, le courant ne s’écoulait plus vraiment, il avait tellement ralenti qu’il semblait figé sur place. L’eau palpitait, agitée par une onde invisible. Puis, sans rien y comprendre, elle vit le sens du courant s’inverser. L’eau refluait vers l’amont. Elle se leva, prise d’une crainte immense. Quelque chose de terrible s’annonçait. Elle remit les manticorions dans le sac qu’elle arrima autour de son torse en bandoulière et remonta sur Galla.

— Ma belle, on ne peut pas rester ici, c’est trop dangereux. 

Elle avait l’intime conviction qu’il fallait mettre le plus de distance et d’hauteur possible entre Naar Shalod et eux. Elle poussa la jument dans les chemins les plus escarpés qu’elle avait évité jusqu’ici, tentant de prendre de l’altitude et priant pour que son grand-père ait eu la même idée ou qu’il se soit suffisamment éloigné de la rivière. Elle songea à Azel, son cœur se serra si fort qu’elle crut tomber de Galla, elle ne pouvait pas penser à lui maintenant. C’était trop dur. Laborieusement, elles gravirent plus de six cent pieds, buttant souvent sur des impasses, devant improviser des chemins entre les rocailles aigues. Il n’y avait pas de symboles pour les marcheurs dans cette partie sacrée du canyon, seuls les sentiers tracés par les bêtes pouvaient les guider. Un passage creusé jadis dans la roche par un cours d’eau lui permit d’atteindre un promontoire et d’avoir une vue en surplomb de Naar shalod en contrebas. Les pépiements des oiseaux s’étaient tu, le lieu était bercé par un silence lourd de menace où seul le vent chantait plaintivement, portant avec lui des effluves de fumée. Des éclats de voix, des cris paniqués lui parvinrent suivi du fracas d’un éboulement qui fit trembler le canyon. Galla ronfla d’inquiétude, l’encolure haute tendue comme un arc. Amédée eut du mal à la contenir. Une parois avait dû se détacher et s’effondrer en aval, la scène était hors de portée de son regard. Juste à temps, Amédée fit reculer la jument dans les ombres du passage qu’elles avaient emprunté. La Manticore, volant à toute allure, était passée dans le gouffre devant elles. Ses ailes fauves avaient capturé des éclats de soleil, les faisant briller comme des lames lors d’un duel. Amédée comprit que les cris étaient ceux des soldats à sa poursuite. Hors d’atteinte en étant loin au-dessus d’eux, elle s’approcha et regarda leur manœuvre alors qu’ils tentaient de recouvrer leurs esprits et de relancer la chasse. Ils n’avaient aucune idée de l’état du campement qu’ils avaient laissé derrière eux. 

— Où devons-nous aller à présent, Galla ? 

La jument avisa le sentier en montée, ses petits sabots durs attaquant agilement le sol, son encolure bougeant vivement au rythme de ses pas. Elles progressèrent ainsi encore quelques minutes quand une énorme goutte d’eau s'abattit sur le crâne d’Amédée. Interdite, elle regarda la pluie commencer à tomber. Tournant ses yeux d’onyx vers les cieux, elle n’y vit aucun nuage. Le nombre de gouttes se démultiplia bien vite, sonnant de plus en plus assourdissante contre la pierre sèche, l’odeur du petrichor embauma l’air d’une force enivrante. Une pluie diluvienne s'abattit soudain, noyant le canyon sous une quantité d’eau jamais vue à ce jour en un rideau compact où l’on en venait à manquer d’air. La pluie s’associa bien vite à des rafales d’un vent nerveux, soufflant en bourrasques compactes, puis à un tremblement sourd du sol. Des soubresauts de plus en plus violents, secouèrent le canyon, détachant des blocs de roches des parois abruptes. Galla perdit l’équilibre, faisant tomber Amédée de son dos. Les pierres du sentier roulèrent sous elles, menaçant de les précipiter dans le gouffre. Amédée hurla de terreur, la jument poussait des hennissements désespérés. La fille s’agrippa aux rênes dans l’espoir de garder sa comparse auprès d’elle. Une nouvelle secousse fit tanguer le sol et, dans une détonation colossale, la falaise céda, des tonnes de grès s'affaissèrent, projetant des blocs de pierres dans toutes les directions. Le sol se déroba sous Galla, le battement paniqué de ses sabots ferrés y faisaient des étincelles. Elle tenta de sauter, mais sans appuis, elle bascula. La voix d’Amédée se brisa. Ses jointures avaient blanchies sur le cuir des rênes et du licou déchiré. La pluie battante et les bourrasques obstruaient sa vue, venant par vagues violentes gifler son visage et tenter de l’arracher à la pierre où elle s'agrippait. Celle-ci menaçait de se fissurer sous les assauts des tremblements de terre toujours plus violents. 

Amédée perdit la notion du temps, son esprit seulement habité par la terreur la plus vive. Impossible d’avancer, ou de reculer, elle pouvait seulement subir et remettre son destin dans les mains du Maître du désert. Comme une sentence venue des tréfonds d’Essiah, Amédée vit apparaître à l’angle lointain du gouffre, à un mille environ, une vague monumentale qui submergeait tout sur son passage. Aveuglée par la pluie, elle crut halluciner, mais l’eau qui se précipitait vers elle en arrachant les parois du canyon était bien réelle, noyant le monde sous l’écume. Elle murmura entre ses lèvres gercées: 

— Naar Shalod.

Elle allait mourir, écrasée, noyée, découpée par la puissance de l’eau. Rien ne pouvait échapper à une telle rage. Le sol tremblait toujours, et commença à s'effondrer sous ses pieds. Le châtiment des esprits du canyon était mérité et leur jugement sans appel. Elle glissa le long de la paroi et atterrit lourdement six pieds plus bas. Elle se releva et la pluie se calma le temps d’un souffle tandis que le mur d’eau arrivait sur elle. Cet instant, comme suspendu, lui suffit pour voir la figure prodigieuse d’une créature colossale. Surplombant le mur d’eau qui emplissait le canyon du fond du gouffre à son acmé dans un fracas assourdissant, se dressait un serpent d’eau titanesque. Elle fut saisie par sa beauté, faite d’une eau étrangement éthérée, translucide et lumineuse, entraînant dans sa suite ondoyante un cortège de milliers d’esprits, détruisant tout sur leur passage. Elle se plaqua contre la paroi et, un rocher malmené cédant sous son poid, elle bascula en arrière dans une petite cavité jadis creusée par l’eau. Elle y tomba lourdement, bien vivante, le sac avec les manticorions toujours attaché à son ventre et le licou de Galla dans la main tandis que le mur d’eau poursuivait son chemin sans emporter son abri dans sa course. Des gerbes d’eau cascadèrent du trou par lequel elle était tombée, déformant la lumière à leur passage. Amédée crut être noyée dans sa petite grotte, mais une fois le mur d’eau passé, le niveau n’y monta pas davantage. Elle attendit de longues minutes, la totalité de son corps saisi de tremblements violents. Elle n’arrivait pas à se dire qu’elle était toujours vivante et qu’elle avait survécu. Figée et désorientée, les pieds dans l’eau, elle frissonnait sans savoir quoi faire. Les mouvements des petites créatures dans le sac lui permirent de réintégrer son corps. Ses cheveux, échappés du turban, collaient à son visage, ses mains, son dos, ses genoux étaient écorchés au sang. Son beau caftan bleu et son pantalon noir aux multiples plis qui laissait habituellement ses mouvements libres étaient complètement trempés et pesaient lourd. Elle se mit en mouvement et escalada la paroi jusqu’à la sortie, serrant contre elle le sac de jute et celui où elle avait transporté le feu pendant la nuit.

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