ANNEXE H/PRNCE-OLIV/S01-03
FICHE HÉROS — LE PRINCE HÉRITIER
OLIVIER DE VALORIA
(Première fiche — Après la saison troisième)
Entrée consignée en l'an 4423 de la fondation de Sylvaria, sous le règne de la deux cent quarante-deuxième Porteuse du Nom, en la quatrième saison des Chroniques.
Classement : Courtois de Valoria, personnel dirigeant des Services Conjoints de Contre-Espionnage, protagonistes de premier rang.
Pièces à l'appui : Chroniques de la Princesse, contes n° 2, 4, 5, 7 à 13, saison I, contes 3, 5 à 7, 11 à 13, saison II, contes 1 à 10, 14, 16 à 18, saison III. Comptes rendus du SAV royal, archives diplomatiques, fragments de correspondance non acheminée, une chanson populaire intitulée « Le Général aux Yeux Bleus », et les souvenirs, hélas divergents, de plusieurs servantes du palais.
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Identité et Rang
Prince héritier du royaume de Valoria, le royaume frère de Sylvaria, nation millénaire marquée par les tragédies, les guerres et les catastrophes auxquelles elle a toujours survécu. « Per Virtutem, Salus » en la langue ancienne, soit « Par la Valeur, la Survie », dit sa devise. Fils du Roi Gerhardt de Valoria et de la Reine Maria de Valoria, celle-ci étant décédée peu de temps après sa naissance.
L'Archiviste qui ouvre cette fiche doit, conformément à sa règle, commencer par préciser que le Prince ne possède bien qu’un seul et unique prénom. Les Valoriens, gens pragmatiques, directs et efficaces, ne s’embarrassent pas d’un second alors qu’un seul peut suffire.
Venons-en à la question de(s) l’identité(s), qui occupe, à elle seule, la moitié des disputes de nos officines. Le jeune homme se présenta d'abord à la princesse sous le nom de guerre de « général Kael du royaume de Valoria », en mission diplomatique. Fiction diplomatique devenue couverture militaire, disent les uns, nécessité de sécurité, tranche le roi Lothair en personne, intervenant avec ce sens de l’à-propos que les rois de Sylvaria partagent avec les tempêtes.
Trois révélations successives jalonnent ce long mensonge d'État : l'aveu du nom véritable, racheté par une montre connectée rose aux fonctions enchantées. L'aveu du titre princier, arraché par la princesse elle-même dans les archives royales, au prix d'une colère que les comptes rendus de l'époque, les Chroniques insistent lourdement, qualifièrent de retentissante. Et enfin la révélation, plus tardive et plus discrète, de la nature exacte de ses fonctions aux Services Conjoints du Contre-Espionnage des deux royaumes, dont il devait devenir Directeur.
L'Archiviste signale ici, pour l'honnêteté de son office, que la chronologie fine de ces aveux résiste à toute harmonisation définitive, les contes se montrant flous sur l'ordre et l'âge des protagonistes avec cette insouciance que les œuvres vivantes se permettent et que les registres, pauvres choses, ne peuvent suivre. On conjecture. On ne tranche pas.
Quoi qu’il en soit, nonobstant son identité réelle et les couvertures auxquelles il eut recours, le Prince, donc, apparaît pour la cour de Sylvaria, durant ses jeunes années, comme un jeune noble charmant, galant, un peu oisif, toujours providentiellement présent pour la Princesse « au bon moment lorsque les soucis apparaissent ». En réalité, un agent militaire et diplomatique de premier plan, chargé de la collaboration stratégique entre les deux royaumes et sous couverture diplomatique, secret gardé auprès de la plupart des habitants du palais. Seuls le Roi de Sylvaria, les services conjoints de contre-espionnage et Sylvie elle-même, qui le garde « jalousement », sont dans la confidence.
Le lecteur voudra bien noter, en marge de ces identités multiples, une énigme sur laquelle les lampes successives se sont usé l'huile. La princesse, ayant visionné sept fois « Le Masque de l'Amour », y reconnaît un acteur principal « ressemblant étrangement » à son prince. Or le conte n° 6, saison II, rapporte que l'acteur Li Wei, rencontrant en mission un Olivier incognito, l'aurait ferré d'emblée : « Vous aviez le premier rôle dans Le Masque de l'Amour ! » Ressemblance, donc, ou rôle réellement tenu ? Interprétation eiségètique du récit, ou indice d'une infiltration des milieux cinématographiques cathayens par lesdits Services Conjoints ? Les registres se contredisent, les archivistes se divisèrent, et l'un d'entre nous, en marge de la pièce, griffonna simplement : « Vérifier avec le SCCE. — Vérifié. Le SCCE ne répond jamais. » L'Archiviste du présent feuillet considère cette annotation comme le plus beau résumé jamais consigné de la question.
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L'Apparence et la Présence
C'est donc un garçon d'une dizaine d'années qui fait son entrée dans le récit, au banquet donné en l'honneur de la petite princesse, et c'est déjà tout l'être qu'il sera : galant, courtois, pas avare de sourires, et singulièrement doué pour apparaître au moment précis où les ennuis surgissent, qualité que les conteurs s'épuisèrent à démontrer et que les services concernés, on le verra, eurent l'élégance de ne jamais commenter.
Les Chroniques le disent charmant. Les marges du registre, moins diplomates, le disent aussi vaniteux par accès, le montrant bombant le torse et redressant la tête quand une demoiselle princière le complimente. L'Archiviste n'arbitre pas : il observe seulement que les deux traits cohabitèrent sans dommage apparent pendant au moins quinze ans.
Il correspond trait pour trait au canon des héros de c-dramas, ce qui deviendra un ressort comique majeur : grand, musclé, héroïque et inspirant, « une épée à la ceinture et une cape flottante au vent », en armure étincelante lors d’une rencontre impromptue en forêt. Sylvie le trouva si parfait qu'elle refusa catégoriquement de le croire simple général : « Vous êtes trop parfait pour être un simple général. »
Ses yeux sont bruns, du moins le constate Margot, que Sylvie récuse avec aplomb dans sa chanson Le Général aux Yeux Bleus : « Pour moi, ils sont bleus ! Mon Prince charmant personnel doit avoir les yeux bleus ! » Détail précieux pour l'écriture : le monde raconte des yeux bruns, l'amour invente des yeux bleus. Ajoutons cette troublante ressemblance déjà discutée qui l'unit à l'acteur principal du Masque de l'Amour, au point qu'un véritable comédien cathayen, Maître Li Wei, le confondit avec cette star lors d’une mission lointaine.
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Le Cœur du Personnage : ce qu'il Veut, ce dont il a Besoin
Ce qu'il veut : accomplir son devoir envers les deux royaumes, et secrètement bien que très visiblement pour tous, conquérir ou garder le cœur de Sylvie. N'oublions pas qu'« il bombait le torse et redressait la tête » en déclarant n'être qu'un homme faisant son devoir, ce qui nous apprend deux choses : la modestie de la formule et la vanité de la mise en scène.
Il est aussi, à sa façon, prisonnier d'un perfectionnisme d'image : « jusqu'alors il n'avait d'yeux que pour la Princesse Sylvie — ou du moins, pour sa propre image au travers des yeux de la princesse, la plupart du temps ». Cette nuance des premières saisons est d'or pur pour la suite du cycle.
Ce dont il a besoin : apprendre à dire ce qu'il ressent, car sa maladresse amoureuse est le miroir exact de celle de la princesse. Toute leur relation s'écrit en contresens : des cadeaux magiques à la place d'aveux, des démonstrations de cascades cinématographiques à la place de jalousies avouées, des quiproquos en mandarin à la place de déclarations.
Car s'agissant des liens du cœur, et l'Archiviste pressent ici que le lecteur a tourné les feuilles trop vite, la matière est d'une richesse dont on ne rendra compte que partiellement. Le prince aime la Princesse Sylvie depuis l'enfance et réciproquement. Et le récit passe trois saisons et quinze années à le faire comprendre sans jamais le faire dire, ce qui constitue, estiment plusieurs d'entre nous, la plus belle démonstration d'arts martiaux de toute l'œuvre.
La princesse le nomma, après négociations tendues, son « prince charmant personnel », titre que le registre n'a retrouvé dans aucune nomenclature héraldique, et que le prince porta avec un empressement contraire à toutes les règles du protocole valorien.
Il demeura aux côtés de la princesse au travers des gâteaux renversés, des smartphones fracassés, des révoltes de servantes, des gaz de Princesse (dont il fit, il faut lui rendre cette grâce, l'économie de toute mention désobligeante), du tournage cathayen où il prodigua aux cascadeurs des conseils d'épéiste que la modestie valorienne transformait volontiers en cours magistraux et des longues années de formation où il appuya, sans complaisance et sans faiblesse, la volonté royale de faire de l'héritière une princesse responsable.
Il offrit des montres, des bouquets, des téléphones, des pardons. Il en reçut des colères, des reproches, des crépuscules. Le registre conjecture, et c'est ici, comme toujours, de la conjecture, non de l'attestation, que l'équilibre des échanges lui semblait favorable.
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Psychologie : les Failles et les Vertus
Ses vertus brillent au premier rang : courage (il part en missions dangereuses et revient toujours, promesses tenues), loyauté (envers les deux royaumes, envers Sylvie), compétence réelle (un authentique maître d'armes, stratège capable de désamorcer en trois phrases le paradoxe du cheval bon marché), pragmatisme charmant (c'est lui qui réinitialise le collier de Flamme, qui offre un smartphone fonctionnel mais noir à une Sylvie endeuillée, qui s'inquiète du piratage du smartphone impérial), politesse et courtoisie constantes.
Ses failles sont tout aussi bien fournies. La vanité militaire : « Facile. N'importe qui pourrait le faire. Je pourrais le faire ! », marmonne-t-il devant les cascades de Maître Wei. La jalousie récurrente : envers les acteurs de c-dramas dès l'adolescence de Sylvie, envers Maître Wei adulte, envers le succès théâtral d'autrui. Le besoin de se mettre en valeur qui le pousse à coacher les cascadeurs, la susceptibilité blessée : « Certainement pas ! Je suis un chevalier, pas un saltimbanque ! »
Et surtout le mensonge d'État qui structure sa jeunesse : il ment à Sylvie sur son nom, puis sur son rang, deux fois pardonné contre cadeaux et promesses, mais la menace pèsera toujours sur leur relation.
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Compétences et Langues
Des aptitudes, il est plus aisé de parler, car les Chroniques les étalent avec une complaisance que seul un narrateur amoureux de son personnage peut déployer sans rougir.
Le prince est général et général précoce. Maître d'armes « authentique », expert en arts martiaux valoriens, ce que le récit ne rate pas une occasion d’opposer aux cascades, jugées surcotées, des comédiens.
Stratège de génie, capable de démonter sans sourciller le paradoxe du cheval bon marché qui bouleversa l'équilibre digestif de la princesse.
Ajoutons, pour compléter le portrait militaire, une science éprouvée du déguisement, exercée lors de missions secrètes : gourou itinérant si peu convaincant que Flamme le dragon nain le reconnaissait de prime abord, et excentrique des places financières dont la lessive de garde-robe coûta, rapporte un fragment, infiniment plus cher à la Couronne que la mission elle-même n'en rapporta.
Linguiste accompli, pratiquant le mandarin « assez bien », puis « parfaitement », ce qui, dans la soirée de la danse de l'épée, le placera dans la situation la plus délicate de sa carrière sentimentale, attiré qu'il sera par Mei-Ling conversant dans sa langue maternelle, puis franchement hypnotisé par la Beauté cathayenne, dont il admira ladite danse de l'épée avec un abandon que la Princesse, voisine, ne lui fit pas l'affront de passer inaperçu. Cette dernière lui interdit, sous menace de représailles magnifiquement formulées, d’approcher les belles actrices ainsi que d’employer leur langue en sa présence.
Danseur de salon, cavalier et, peut-être, nageur de rivières déchaînées. L’Archiviste s'excuse cependant, ce dernier point relève d'un fragment apocryphe que la prudence commande d'écarter, quoique le registre ait eu du mal à s'en séparer.
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Relations : la Constellation
Avec Sylvie, l'axe de sa vie. Présent dès ses six ans, il en avait dix. Choisi par elle comme « Prince charmant personnel », il enchaîne les attentions : la montre enchantée rose offerte en gage de pardon, les retours de mission triomphaux, la main prise au jardin lors de sa confession à l’âge de quinze ans, « vous serez toujours ma princesse préférée ». Mais l'aveu jamais prononcé reste leur loi commune. Sa jalousie envers les idoles de l'écran de la Princesse et celle de la Princesse envers Mei-Ling sont les symptômes de cette impossibilité à se dire.
Avec Margot, une complicité moqueuse de gradés en second : ils commentent ensemble, sous cape, les multiples morts de Li Mei, en une petite musique duettiste.
Avec la Damoiselle Sibylle, la politesse respectueuse et l'alliance objective de modérateurs des excès de la princesse.
Avec Mei-Ling, le péché véniel d'admiration masculine, qu'il paie au prix fort.
Avec le Roi de Sylvaria, une relation de confiance quasi filiale. Le souverain le seconde dans ses mensonges et organise des distractions pour sa fille.
Quant au Roi de Valoria, son père, il n'apparaît qu'en creux, à travers le choix fait pour lui d'un compagnon d'armes, car l’Archiviste sait que Sven Thorvald, compagnon d'armes et second, l'attend quelque part dans les saisons à venir. Le présent fonds attendra, comme il sait attendre, que la suite du récit daigne faire entrer le géant blond dans les Chroniques.
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Ce que les Chroniques Laissent dans l’Ombre
L'Archiviste eût pu refermer la fiche sur ce portrait, somme toute flatteur, et passer au suivant. Mais la règle de la maison, qui veut que conjecturer honnêtement vaille mieux que conclure élégamment, lui interdit de laisser le lecteur croire que tout fut dit. Le conte nous montre Olivier en permanence, il ne nous le montre presque jamais en train de se montrer lui-même.
La première zone d’ombre est celle des origines de ses compétences. Nul conte, nulle pièce annexe, nul fragment de ces premières époques ne dit où, comment, ni par qui le prince fut formé. Général à quinze ans : les textes l'énoncent, aucun ne l'explique. Maître d'armes « authentique », expert en arts martiaux valoriens : de quelle école, de quel lignage, sous la férule de quel maître ?
Seconde zone d’ombre : le mandarin, dont la maîtrise s'avère si soudaine : quand l'apprit-il ? Et dans quel but l’héritier de Valoria perfectionne-t-il la langue de l'Empire des antipodes des années avant que la moindre production cathayenne ne s’annonce à Sylvaria ? On peut inférer une préparation de très longue haleine des services conjoints. On peut inférer autre chose. Le SCCE, consulté par nous-mêmes en la faveur d'une nuit, répondit par une invitation à consulter la devise de Valoria, ce qui n'est pas une réponse.
Troisième zone d’ombre, plus piquante : l'affaire Li Wei. Le registre l'a déjà effleurée, mais elle mérite sa pleine place. Un acteur vedette cathayen reconnaît en Olivier l'interprète du premier rôle du Masque de l'Amour. La princesse, indépendamment, avait remarqué la ressemblance. Coïncidence de traits, ou de fait ? Et si de fait : un prince héritier, futur Directeur du Contre-Espionnage des deux royaumes, a-t-il tourné dans une production cathayenne ? Et si oui, pour qui, contre qui, et avec l'agrément de qui ? L'Archiviste remarque incidemment que le prince, si disert sur l'épée et la stratégie, ne souffle mot de tout cela à la princesse, laquelle, par candeur probablement, ne pose aucune question.
Quatrième zone d’ombre : ses absences mêmes. Les missions secrètes sont nombreuses, leurs prétextes pittoresques pour le moins, mais leurs objets demeurent intégralement hors de notre portée. Qu'allait chercher, dans la région de la capitale ou jusqu'en des continents très éloignés, cet émissaire déguisé du royaume frère ? La troisième saison apporte à cette question une gravité nouvelle que le lecteur candide n'aura peut-être pas mesurée : son feuillet liminaire signale, en passant, que « dans l'obscurité, des forces hostiles poursuivent dans le plus grand secret des objectifs malfaisants » pendant même le tournage. Or, durant ces six mois, le prince est présent sur le plateau, conseillant les cascadeurs, surveillant le chargement des caisses étiquetées Fragile — Ne pas secouer, s'agaçant des regards échangés. Est-ce vacances ? Est-ce poste d'observation ? Le prince chargé du contre-espionnage des deux royaumes se trouve précisément là où un acte diplomatique majeur attire l'œil des puissances, et le récit feint de le croire là pour jalouser Maître Wei. Le récit est poli. Le registre n'est pas obligé de l'être : cette conjonction, les Chroniques feignent de l’ignorer, mais elle mérite qu'on la garde sous la lampe.
Cinquième zone d’ombre, connue du lecteur attentif, mais que l'archive doit consigner en forme : l'involution sentimentale. Au terme de la troisième saison, quinze ans environ de compagnonnage n'ont produit aucune déclaration dont les Chroniques se portent garantes. Des regards, des mains prises, des « vous serez toujours ma princesse préférée », une jalousie féroce de part et d'autre, et pas un mot dit. On objectera que la princesse est semblablement muette. L'Archiviste le concède, puis remarque que le prince est de quatre ans l'aîné, diplomate de profession, et que si le silence est chez l'une pudeur, il pourrait bien être chez l'autre une tactique. Ou une crainte que nul texte n'a encore nommée. On ignore ce qu'il attend. On ignore surtout ce qu'il craint, et cette ignorance-là, dans un personnage aussi loquace sur tout le reste, a un relief singulier.
Le lecteur, à la fermeture du registre, aura relevé, dans ces zones d'ombre, matière à soupçon. L’archiviste lui enjoint promptement qu'il se garde d'y voir matière à procès.
Car s'il est vrai que le Prince reste, en fin de troisième saison, non documenté à tant d’égards, il faut considérer ce qu’est sa vie. Non pas une existence qui aurait omis de laisser des traces, mais une existence dont le métier même fut de n'en point laisser. Un homme dont l'identité fut successivement un pseudonyme, un grade, une fonction, ne saurait être attendu aux archives comme les autres. Il est l'exception heureuse d'un personnage dont les lacunes du dossier sont, en quelque sorte, la signature.
Les vies qui s'écrivent au grand jour remplissent les registres. Celle-ci s'écrit dans l'ombre, et l'ombre, fidèlement, a tout conservé de lui : le vide. Le registre tient donc cette fiche pour complète en son incomplétude même.
Ce qui est, l'Archiviste en convient volontiers, la manière la plus valorienne qu'il connaisse de dire que le compte est bon.
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Consigné par la Main de la Quatrième Lampe, qui ne se nomme pas. Revu à la chandelle, l'huile tirant à sa fin, mais l'essentiel étant dit.
Contresigné par le registre, qui persiste et signe.
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