Le Point de Bascule

📖 La Princesse Sylvie ✍️ Cyr_Roivan 📝 3182 mots


Entre Deux Mondes

Olivier désengagea le verrouillage des portières d'un geste bref, et les parois latérales du véhicule s’ouvrirent en se repliant vers le haut.

L'air extérieur entra d'un coup, frais et parfumé, portant l’odeur de la terre et de l’herbe fraîchement tondue, contrastant avec la climatisation filtrée du véhicule.

Mona referma son ordinateur portable avec un claquement sec qui résonna dans le calme ambiant. Léonard, lui, avait pris les devants, et se tenait déjà à l’extérieur, invitant la princesse à descendre puis à le suivre vers le poste d'observation posé plus loin comme un grand container abandonné.

Sylvie descendit, la curiosité l'emportant sur l'appréhension. Les autres la suivirent, chacun portant son propre poids intérieur. Margot, comme à son habitude, ajusta le pli de sa robe avant de rejoindre sa maîtresse.

La Princesse resta quelques instants immobile au centre de la zone d'atterrissage, regardant tout autour d’elle. Ce qu'elle découvrit ne correspondait à rien de ce qu’elle n’aurait jamais imaginé trouver à deux Lieues du palais, aux abords de l’extérieur des jardins. Sur toute une moitié du paysage ne se voyait que de l'herbe.

Parfaitement tondue dans la zone d’atterrissage, l’herbe s'épaississait, plus loin, sauvage et libre, sans ordre, poussant dru à perte de vue, en un vaste paysage de prairie souriante qui ondoyait sous la brise légère. Aucun arbre ne venait rompre la ligne de l'horizon, aucune construction ne troublait cette solitude campagnarde surmontée d’un ciel bleu et de quelques nuages blancs qui défilaient lentement au-dessus de leurs têtes.

Mais dans la direction opposée, bouchant la vue et masquant le palais à deux Lieues de là, s’élevait à quelque distance un autre monde.

Les murs noirs de l’arène, qu’ils venaient de survoler un instant auparavant, étaient formés de blocs d’une noirceur brute, à la surface rugueuse et râpeuse qui barraient la moitié de l’horizon. D’énormes monolithes, couchés, empilés sur trois rangs, formaient un mur deux fois plus haut qu’elle et créaient une barrière infranchissable qui encerclait la zone centrale de terre battue rouge.

La roche dont ils étaient faits dégageait une impression de violence primordiale comme si elle avait été découpée et extraite des entrailles vivantes d’un volcan par des mains titanesques puis déposée là. La noirceur des blocs semblait avaler la pleine lumière du soleil de cette fin d’après-midi plutôt que d’être éclairée par elle et créait une ombre permanente qui figeait l'air.

Tout autour, à une douzaine de pas du mur d’enceinte, à intervalles réguliers, le métal froid des grands pylônes se dressait brutalement, surgissant des blocs de béton de leurs socles massifs.

Les câbles formaient des motifs géométriques complexes, des carrés, des losanges, des triangles parfaits qui ne délimitaient rien de moins que ce qui ressemblait à une immense cage grillagée enfermant toute l’arène, jusqu’au sol. Les pylônes, d'un cuivre terni par l'exposition aux éléments, en maintenaient l’entrecroisement tout en les soutenant.

Cette structure aérienne surplombait l'ensemble de l'arène, la coiffant d'une armature rigide qui paraissait à la fois fragile et indestructible.

Chaque câble vibrait imperceptiblement dans le vent léger, émettant des harmoniques tantôt inaudibles, tantôt évoquant de façon fugitive un lointain hululement ou le sifflement diffus de quelque spectre insaisissable, pour aussitôt disparaître.

Au pied de chaque pylône, on voyait des câbles épais de cuivre nu qui partaient en zigzag, comme des câbles de mise à la terre, vers des pieux massifs du même métal, plantés dans le sol, en retrait, à quelque distance de là.

Sylvie sentait une tension parcourir cette cage invisible. Elle ne pouvait expliquer cette structure, mais son instinct lui parlait d'un danger contenu, d'un équilibre précaire préservé par ces pylônes et ces câbles. Elle ne comprenait pas la finalité technique de cette installation, mais elle percevait que cette cage était liée à ce qu'il se passait actuellement à l'intérieur, dans l'arène, où Flamme et Long devaient se trouver, ainsi que Sven.

Léonard avait tout juste fait quelques pas en direction du container lorsque Sylvie rompit le silence. Sa voix était claire, nette, sans tremblement, mais elle portait une urgence contenue.

 

***

Encager l’Impossible

— Docteur Léonard. Qu'est-ce que c'est ? Cette structure... ces câbles, ces pylônes ? demanda-t-elle en désignant tout cela d’un grand mouvement de son bras, la main ouverte.

Léonard se figea. Il avait monté les trois marches et atteint la porte du poste d’observation. Il allait poser sa main sur le panneau de commande, mais ses doigts étaient immobiles, suspendus au-dessus du clavier numérique.

Il se retourna. Son regard se posa sur elle, à quelques pas en arrière, puis il leva lentement les yeux vers les câbles, et enfin regarda intensément Olivier qui fermait la marche, derrière Margot et Mona. La Princesse avait visiblement été mise au courant des capacités de ses dragons nains, de leur feu, du programme de formation, mais…

Dans son regard, il y avait une question muette mais limpide : « Avez-vous informé Son Altesse Royale des recherches secrètes menées avec Cathay sur Flamme et Long toutes ces années ? »

Tout ce qui concernait les dragons nains, leur adaptation à la vie en-dehors de Cathay, la surveillance constante de leurs paramètres physiologiques, de leurs comportements, de leurs habitudes, tout cela avait été conduit dans le plus grand secret, à l’abri des regards, depuis près de dix ans. Et la Princesse, maîtresse légitime de ces deux créatures qu'elle chérissait depuis leur plus jeune âge, n'avait jamais été informée de quoi que ce soit, encore moins de l'ampleur des travaux menés sur eux ainsi que des moyens considérables mis en œuvre. Léonard le savait pertinemment.

Olivier comprit la question silencieuse. Il répondit d'un bref signe de tête, presque imperceptible, suivi de deux mots prononcés à voix basse mais qui portèrent jusqu'à Léonard.

— Elle sait.

Le soulagement du scientifique fut visible. Ses épaules se relâchèrent, comme si un poids invisible venait d'être retiré de ses muscles tendus. Perché en haut de ses trois marches d’escalier, telles une estrade improvisée, il se tourna vers Sylvie, leva de nouveau les yeux vers la structure aérienne qui surplombait l'arène, puis commença à parler d'une voix rapide mais claire, celle du professeur qui n'a que trente secondes pour exposer un principe vital.

— Ce que vous voyez là, Altesse, c'est une cage de Faraday. Passive. C'est-à-dire qu'il n'y a aucun système actif, aucune machine, aucune électronique. Juste du cuivre, de l'acier et de la terre.

Il pointa du doigt les câbles entrecroisés au-dessus d'eux.

— Quand un dragon crache, son faisceau atteint des températures de plusieurs milliers de degrés. À ce niveau, l'air ne brûle pas seulement, il s'ionise. Il devient plasma. Or, quand l'air s'ionise à ces températures, il génère des impulsions électromagnétiques d’une puissance colossale. Ce que cette cage doit contenir, ce n'est pas le feu. Ce sont les impulsions. Sans cette cage de cuivre, elles traverseraient tout, brouilleraient les communications, grilleraient les circuits, et surtout...

Il jeta un regard vers le palais qu’on ne voyait pas, au-delà des murs de l’arène.

— ... les instruments de mesure de Cathay, qui surveillent le palais et les jardins, les détecteraient instantanément. Flamme et Long n’ont jamais atteint leur pleine puissance, et les scientifiques cathayens ont particulièrement veillé à ne pas aborder cet aspect des choses depuis le début, ni le rôle des pierres dans l’éveil de la flamme, ni quoi que ce soit qui relève des seuls Maîtres Dragons. Le feu, ce plasma, est la signature des dragons. Si de telles impulsions électromagnétiques sont détectées, l'Empire saura que nous avons fait atteindre leur maturité aux dragons nains. Et que nous les étudions.

Il marqua une pause, tapant le code d'ouverture du container.

— Cette cage est placée à l’extérieur de l’arène, à dix Unités des murs. Elle l’englobe totalement. Bien au-delà de la portée maximale des faisceaux d’énergie de Flamme et Long. Aucun risque qu’elle finisse vaporisée. Le plasma a une propriété remarquable : il est opaque à sa propre énergie. L’air ionisé se comporte comme un mur qui auto-limite le faisceau. Il ne peut pas se propager en restant focalisé au-delà de quelques mètres, cinq ou six tout au plus. Un tir de dragon est une arme inarrêtable mais seulement de courte portée.

La porte du container émit un déclic satisfaisant et s'ouvrit avec un chuintement hydraulique. L'intérieur s'éclaira immédiatement d'une lueur bleutée froide. Les écrans et les volumes holographiques étaient tous allumés, chacun présentant un angle différent de l'arène, des spectres de fréquences, des courbes de température, des niveaux d'impulsion électromagnétique. Des indicateurs clignotaient en vert, en orange, en rouge, tandis que des IA surveillaient en permanence des centaines de paramètres et géraient l'ensemble des flux de données, des capteurs et des enregistrements.

Sylvie ouvrit la bouche pour formuler une question, ses yeux encore fixés sur la toile métallique suspendue au-dessus des murs noirs, cherchant à articuler ce que son esprit n'avait pas encore pleinement saisi.

Elle ne prononça jamais sa question.

 

***

Bruit, Fureur et Folie

Le ciel se déchira.

Un éclat de lumière blanche, d'une pureté surnaturelle, fusa par-delà les murs de basalte avec une brutalité d’arc électrique qui n'avait aucune origine naturelle.

Ce fut un flash d'à peine quelques dixièmes de seconde, mais d'une intensité telle qu'il nia la lumière du soleil lui-même, la rendant brusquement sombre, terne, presque lunaire par comparaison. L'ombre de chaque pylône, de chaque câble, de chaque bloc de pierre fut projetée au sol avec une netteté tranchante comme une lame.

Ce fut la dernière chose qu’ils perçurent. Tous les cinq, leurs rétines immédiatement aveuglées, fermèrent brutalement les yeux en grimaçant dans un réflexe simultané.

Puis, au même instant, le tonnerre vint.

Un coup sourd, brutal et déchirant qui fit vibrer la cage de cuivre au-dessus de leurs têtes. Les câbles chantèrent une note grave et métallique de haubans sous tension qui se propagea de pylône en pylône, comme si toute la structure venait de se réveiller d'un coup. La terre sous leurs pieds vibra imperceptiblement. L'herbe autour d'eux fit un mouvement de va-et-vient sous l'effet d'une onde de pression invisible qui passa en un instant. Seuls les derniers échos du tonnerre leur indiquait que le monde avait continué d'exister derrière leurs paupières fermées.

— Ne bougez plus ! hurla Olivier. Sa voix derrière eux semblait lointaine dans l'obscurité dans laquelle ils étaient enfermés.

Ils tentèrent de rouvrir les yeux.

Leur éblouissement était presque total. Ils clignaient des yeux.

Le temps d'une respiration, puis d'une autre.

Leurs rétines recommencèrent à capturer des formes vagues, des silhouettes floues qui se dessinaient lentement dans la pénombre.

L'herbe réapparut, grisâtre. Les pylônes se réveillèrent un par un, des masses noires qui se découpaient contre la luminosité du ciel. Le monde entier semblait comme effacé, plongé dans une demi-obscurité.

Margot avait poussé un cri de surprise, son regard affolé cherchant Sylvie qu'elle rejoignit instinctivement, saisissant le bras de sa maîtresse comme une enfant qui s'accroche à sa mère dans l'obscurité. Elle ne comprenait pas. Elle ne savait pas ce que cela signifiait. Mais son corps tout entier lui criait que cette lumière n'appartenait pas au monde des vivants.

Puis le second flash frappa.

Il était plus long que le premier, plus persistant, et son intensité fut telle que cet instant de réadaptation vola en éclats.

Nouvelle obscurité. Nouveau vide visuel. Nouveau déchirement du tonnerre.

Cette fois, Léonard réagit. Les yeux clos et des lueurs colorées qui dansaient devant ses yeux fermés, il s’était fermement agrippé au chambranle de la porte du poste d’observation. Il leur cria :

— Dirigez-vous lentement vers moi ! Guidez-vous sur le son de ma voix. Vers le container ! Vers la première marche de l’escalier !

Et il continua de leur répéter les mêmes directives par-dessus le fracas assourdissant.

Troisième flash.

La succession était trop rapide. Pas de réadaptation possible. Ils étaient maintenant dans une alternance incessante de lumière aveuglante qui les faisait se recroqueviller à demi et d'obscurité totale qui les désorientait presque totalement.

Margot tituba et perdit l'équilibre, chutant lourdement sur le côté avant de se mettre à genoux en chancelant, les yeux fermés, ses mains à plat dans l'herbe pour ne pas tomber à nouveau.

Sylvie, elle, s'arrêta net. Elle ne pouvait plus avancer. Chaque flash la clouait sur place, la coupait du monde extérieur en lui faisant perdre la direction du container. Elle se tenait immobile, pliée en deux et la tête baissée, cherchant à deviner où se trouvait Léonard par le son de sa voix.

Quatrième flash.

Cinquième.

Sixième.

Léonard essaya d’amener leur esprit à se concentrer sur quelque chose.

— C'est le feu des dragons ! hurla-t-il entre deux flashs, sa voix brisée par l'effort de crier dans le tonnerre.

— Leurs tirs créent des plasmas jusqu’à dix mille degrés ! L'air s'ionise, ça génère des flashs, du tonnerre et de terribles impulsions électromagnétiques ! La cage contient les impulsions. Elles ne doivent pas sortir ! Mais pas les flashs et le tonnerre !

Les décharges s'intensifiaient maintenant, elles se succédaient en rafales irrégulières qui créaient une torture visuelle et un fracas assourdissant.

La lumière blanche se transformait en stroboscope, martelant leurs rétines sans leur laisser aucune chance de récupération. Irréguliers, saccadés, certains brefs comme un battement de cils, d'autres persistants une demi-seconde qui semblait une éternité, les flashs illuminaient le paysage avec une luminosité aveuglante qui écrasait le soleil, peignant les murs de basalte d'un blanc incandescents avant de les laisser retomber dans leur noirceur profonde.

Olivier trébucha à son tour, heurtant violemment son genou contre le sol. Il jura entre ses dents, se releva, continua d'avancer à tâtons, guidé uniquement par la voix de Léonard et la certitude que le container se trouvait un peu plus loin devant eux, quelque part dans cette folie.

Ouvrant les yeux entre deux flashs, il distinguait les ombres indistinctes de ses compagnons devant lui qui progressaient tant bien que mal dans la bonne direction, Sylvie pliée en deux, Margot et Mona à quatre pattes.

Mona avait lâché son ordinateur. Il avait glissé dans l’herbe elle n’aurait su dire quand, poids inutile contre sa poitrine au milieu de ce chaos.

Elle avançait à quatre pattes, une main devant l'autre, tâtonnant au sol pour s’assurer d’une assise stable.

La surdouée du Niveau 3, celle qui dominait les systèmes quantiques et traquait des fantômes numériques dans le cloud, était cette fois-ci et pour la première fois de sa vie, parfaitement, totalement, absolument dépassée et perdue.

Elle avait lu les rapports, vu les spectrogrammes, analysé les courbes théoriques sur son écran, estimé les niveaux de puissance atteints. Mais la réalité de ce que produisait un faisceau d’énergie deux fois plus chaud que la surface du soleil sur l'air atmosphérique, cette lumière qui n'était pas de la lumière mais de l'énergie pure libérée par la matière détruite, était au-delà de tout ce qu'elle avait imaginé.

Chaque fois qu'un éclair illuminait le ciel, elle se figeait, aveuglée, puis retombait dans le noir alors que ses yeux tentaient en vain de s'adapter à un rythme impossible.

Et les fracas et les roulements du tonnerre achevaient de la désorienter.

Ce tonnerre ne cessait plus. Il venait par vagues, tantôt sourd et roulant comme un tambour de guerre lointain, tantôt sec et violent comme un coup de canon, faisant vibrer la cage de Faraday au-dessus de leurs têtes.

Les câbles de cuivre oscillaient, vibraient, émettant des vibrations métalliques aiguës qui se mêlaient aux grondements sourds de l'air ionisé. La structure tout entière tremblait, vivante, réagissant à chaque décharge comme un organisme sensible à la douleur. De petits arcs électriques et des étincelles en surgissaient par endroits, erratiques.

Olivier continuait à avancer à tâtons, estimant sa direction et la distance restant à couvrir pendant les brefs instants où il se risquait à regarder.

Mais à ces moments-là, ses yeux, fixés sur le sommet des murs de basalte, brillaient d'une lueur qu'on n'y avait jamais vue.

Lui aussi ne connaissait ces phénomènes que de manière théorique. Les rapports des services de renseignement en provenance de Cathay et des archipels de Mû, les modèles prédictifs de Léonard et les notes de Sven, qui était le seul d’entre eux à en avoir déjà été témoin, il y avait longtemps de cela. Des chiffres, des graphiques, des descriptions et des courbes sur des écrans holographiques.

Mais jamais il n'avait vu ces décharges sauvages et primitives, ce soleil éphémère qui niait le vrai soleil. Et jamais il n'avait imaginé que deux bébés dragons, les bébés dragons de Sylvie, ceux qui dormaient en boule sur son oreiller ou au pied de son lit, puissent déchaîner un tel enfer.

Et tout en fermant la marche, courbé, le visage tourné vers le sol et protégé de son bras levé, de son autre bras il poussait devant lui Mona d'une main impérieuse en la remettant dans la bonne direction.

Sylvie était presque arrivée au pied des trois marches menant à l’entrée du poste d’observation.

Les courts instants durant lesquels elle se risquait à regarder, ses yeux étaient braqués sur Léonard. Dans son regard, il y avait mille questions, mille terreurs, mille choses qu'elle ne pouvait pas formuler. Mais surtout, il y avait la compréhension indicible que ce qui se produisait au-delà de ces murs noirs était le feu de Flamme, de son petit Flamme, et de Long, de ces créatures miniatures qui émettaient des Grrr traduits par son smartphone et qui organisaient des concours de pets clandestins.

Léonard, apercevant Sylvie à quelques pas de la première marche, se précipita au-devant d’elle, la saisit fermement par le poignet en lui criant un « Pardonnez-moi votre Majesté ! » et la guida d'une main ferme, sans relâcher son étreinte, vers la porte ouverte du container par laquelle il la poussa.

Puis il se précipita de nouveau au bas des marches, que Margot, toujours à quatre pattes était sur le point d’atteindre.

Un nouvel éclair déchira le ciel, plus violent encore que les précédents, et le sol trembla sous le roulement assourdissant qui suivit.

Margot, qui avait perçu l’arrivée de Léonard, avant qu’il puisse la saisir, lui attrapa le bras à lui en faire mal.

Grimaçant de douleur, il la hissa avec lui en haut de l’escalier et la poussa dans l’obscurité compatissante du poste d’observation.

Mona, qui avait tenté de se redresser, glissa sur le gazon sous l’effet du nouveau flash, mais fut rattrapée par Olivier qui la saisit au collet et l’entraîna en la soulevant à moitié, d’un mouvement brutal, comme un sac de sable, vers les trois marches de l’escalier.

— Entre ! aboya-t-il.

Dans l’éclat aveuglant d’un nouveau flash, ils heurtèrent la rambarde métallique de l’escalier, se tapèrent les jambes au rebord des marches, heurtèrent violemment le cadre métallique du container et sentirent chacun une main de Léonard les saisir et les tirer vers l'intérieur.

Et tout en se cognant les uns contre les autres et en chutant sur le sol métallique, aveuglés, essoufflés, terrifiés, la porte, toujours grande ouverte comme une gueule obscure, les engloutit.

Ils étaient enfin, certains debout, les autres au sol, tous endoloris, hagards, à demi sourds et ne voyant presque plus rien, dans le seul endroit capable de les protéger de la fureur qui s'allumait maintenant en continu derrière les murs de basalte noir.

La porte se referma derrière eux dans un bruit sourd et l’obscurité et le silence bienfaisants les enveloppèrent.

À l'intérieur, encore invisibles à leurs yeux éblouis, larmoyants et douloureux, les écrans continuaient d’afficher paisiblement des vues de l’arène, les volumes de projection holographiques matérialisaient des courbes et des graphiques et les IA enregistraient en silence tout ce qui se passait.

Dehors, les flashs continuaient de déchirer le ciel, les tonnerres de défier le bleu de l’azur, et la cage de Faraday vibrait et crépitait dans la campagne sylvarienne comme un cœur battant de métal et de cuivre.

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