La stagiaire de Merteuil
4 juin 1992, Périgueux. Loreleï, 15 ans. Vivian, 18 ans.
Loreleï.
Je suis allongée sur mon lit, la lettre de Vivian posée sur la poitrine.
Je vais faire l’amour. C’est décidé. J’ai bien réfléchi :
* Il est aussi vierge que moi. Donc il ne m’oubliera pas.
* On se connaît bien physiquement.
* C’est le seul qui m’a fait cet effet.
Et…
* Je prends la pilule depuis 1 mois ! Ma mère me l’a proposée quand il y a eu l’histoire avec Vivian. Papa a exigé qu'il vienne manger à la maison. J'étais hyper gênée. Ça faisait officiel.
Un bilan s’impose.
La boum de Caro… J’aime pas y penser. Et puis, je suis pas sûre que ça compte. La honte. J’avais tellement peur. Et envie. Quand il m’a fait un smack, je suis limite partie en courant. Une vraie gamine. J’avais treize ans et lui dix-sept. D’ailleurs ! J’attire les vieux ou quoi ? Dire que c’était avec Thomas, le meilleur pote de Vivian ! L’ironie de la vie, sérieux !
Guillaume. Premier baiser avec la langue. D’un côté j’étais contente de l’avoir fait, mais d’un autre : beurk, quoi. Et je suis passée subitement de « l’intello coincée qui se la pète » à « la salope de 4e qui se la pète parce qu’elle sort avec un terminale ». J’ai rien demandé, moi ! De toute manière, il s’est vite lassé de mes gloussements débiles. C’était mon petit copain et dès qu’il approchait, je rougissais et je ricanais. Désespérant.
Jördis. Haaaaaa ! Trop bien ! C’était pendant la fête au chalet de la meute. Toute la famille Wolf réunie comme d’hab. C’est un copain de mon cousin Aleksander. Seize ans, trop mignon, doux, gentil. Faut dire que j’adore la Forêt-Noire. L’odeur des pins, sûrement, ça m’enivre. C’est moi qui ai proposé qu’on se retrouve plus tard. Il faisait nuit, j’avais apporté une couverture, lui aussi. On a rigolé. On s’est embrassé (bien !!!!), caressé en gardant les vêtements. Première fois que je sentais ça chez un garçon. C’était… bizarre. Bizarre bien et bizarre gênant. Je comprends seulement maintenant certaines de ses allusions. Il me demandait si je voulais plus. J’ai pas capté, il a pas fait. Pas comme l’autre connard, là, quand j’avais cassé avec Vivian, et qui a mis sa main dans ma culotte sans prévenir. Et il s’en est vanté en plus ! Mon poing dans sa gueule, ça l’a calmé. Sarah a applaudi. Sarah… C’est pas pareil. Rien à voir.
Après, il y a donc eu le connard. Et Yann. Franchement, si je pouvais vraiment choisir, j’aurais préféré Yann. Il est mignon, intelligent et on parlait d’autre chose que de sexe ! Mais zéro effet. Nada. Niente. Nichts.
Alex qui m’a fait sa déclaration. Enfin je crois. Saleté d’otite. Je n’ai pas vraiment compris ce qu’il a dit. Alors j’ai souri. Il a été distant pendant un moment. Le quatrième. Échec. Je ne suis pas encore au point niveau drague. À part avec Vivian.
Vivian, il demande toujours. Pas forcément avec des mots. Je sais pas comment dire… Il bouge un peu et il attend. Si je dis rien, mais que je bouge comme il faut, il continue.
Grand sujet de discussion, ça. Il trouvait qu’il devait me baratiner à chaque fois pour me toucher. J’ai dû expliquer (plusieurs fois !) que j’aime prendre mon temps. Patience et douceur, il avait du mal. On se complète. Il a plein de mots.
Cyprine. C’est joli. C’est la mouille. Je ne connaissais ni l’un ni l’autre. Et comme je me doigtais pas, j’avais jamais fait gaffe que c’était mouillé. Quel gâchis quand j’y pense ! Parce que c’est pratique pour mouiller le clito ! Shmouick shmouick, ça glisse !
Il connaît plus de choses que moi, ça c’est sûr. J’avais un peu peur de ce machin. Bite, queue… c’est moche. J’aime bien « sexe ». Pénis, ça fait médical. Phallus, ça fait trop sérieux. Alors qu’en fait, c’est marrant un sexe de garçon ! C’est tout flappi et hop ! magie ! Ça change de forme. Je dis ça, j’ai pas vu la différence de suite : Vivian bandait tout le temps. Ça, bander, le mot ne me gêne plus. Je préfère que « avoir la gaule ». J’imagine Vercingétorix sinon. Bref, je m’égare. Vivian me disait que dès que je lui tenais la main, il bandait. Donc limite je pensais que c’était l’état de base des garçons.
La première fois que je l’ai touché, j’ai été étonnée. C’est doux ! Je sais pas, j’imaginais un truc rugueux comme une barbe mal rasée. Maintenant, je m’amuse. Je suis magicienne des métamorphoses. Je lui ai demandé de me montrer comment il fait, seul. Waouh ! Je me suis rendu compte d’un truc à ce moment-là. Du plaisir, il m’en donnait. Moi, un peu quand même. Je le caressais, je le massais. Mais du plaisir, du vrai plaisir, je lui en donnais pas. Enfin pas directement. Là, je le voyais prendre son pied. C’était… Pffff. Je me suis caressée en même temps. Ça a franchement dérapé les semaines suivantes.
Et je parle pas de sa peau. J’aime pas les gros mots. Mais là, j’ai envie de le dire :
Putain ! J’aime sa PUTAIN de peau ! !
Ça, c’est moi qui aie découvert. Je lui fais toujours enlever (quand on peut) son t-shirt. Je me colle à lui. J’adore. Il adore. Alors j’imagine avoir toute sa peau pour moi. Brrr. Gros frissons.
Je suis prête. Enfin non, je sais pas trop ce que ça veut dire. Mais j’ai envie, ça c’est sûr. Si on fait pas l’amour rapidement, je pense décéder de consomption.
Jeudi prochain, j’ai plein de profs absents.
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