Veni. Vedi. Vénus. *

📖 Le chant de Loreleï ✍️ Enattendantlapluie 📝 798 mots

Ce jeudi-là. Chambre de Loreleï.

Vivian pédalait et, à chaque trou dans le bitume, ses émotions s’entrechoquaient.

Le stress et la joie. Le dîner chez Loreleï : monsieur Lannef lui avait broyé la main. L’atmosphère s’était détendue quand ils avaient évoqués les essais de Viars au dernier tournoi des Cinq Nations. Sous la table, Vivian avait tenu la main de Loreleï. Le mercredi, il n’aurait plus besoin de se cacher à trois kilomètres de la piscine.

La trouille. Mégatrouille. Sa panne au moulin ne le lâchait pas.

Le désir, une putain d’envie de toucher la peau de Loreleï.


Vivian débarqua chez elle le bide en vrac. Elle, elle n’avait pas l’air inquiète en ouvrant la porte. Comme si elle n’attendait plus rien. Il se donna une claque mentale pour écraser cette idée.

Elle avait mis la robe verte qu’il adorait, celle qui dansait autour de ses jambes. Visiblement, elle ne portait rien en dessous. En montant les escaliers, elle lui dit : « Je serai plus vite contre ta peau. » Ce pli gourmand sur la joue : il avait bandé direct. Mais il savait que ça n’assurait rien pour la suite. Aussi, il avait été aux toilettes pour commencer à se branler. « Voilà, ça ne retombera pas. Impossible. »

Pendant ce temps, Loreleï avait mis de la musique. Leur compil. Elle la lui avait offerte pour ses dix-huit ans, avec quelques jours de retard, et en avait gardé une copie.

Elle disait : « Notre compil spéciale ». Il entendait les guillemets sur « spéciale ». Lui disait : « Ta compil de cul ».

En se dirigeant vers la chambre, les premières notes de « Senza Una Donna » résonnèrent. Il ouvrit la porte. La robe de Loreleï se balançait au rythme de son lent déhanché. Elle accueillit Vivian entre ses bras et ils dansèrent tout en se déshabillant. Vivian affirma, de l’incertitude dans le froncement des sourcils : « Si tout le monde le fait, c’est que ça doit être bien. »

Ils étaient maintenant dans le lit de Loreleï, qui avait mis ses draps préférés, les jaunes pâles avec des petites fleurs. Il portait encore son jean, mais son sexe sorti de son caleçon frottait contre Loreleï, nue sur lui. Les angoisses de Vivian bourdonnaient dans sa tête. « Au moins, avec la pilule, plus de capote à gérer. » Il inspira un grand coup en se décidant. « Faut y aller », s’encouragea-t-il tout en retournant Loreleï. Une fois sur elle, il la pénétra.

Il avait fini avant la fin de « Push it » de Salt-N-Pepa. Compil trop efficace sûrement. Il avait vu la déception sur le visage de Loreleï.

— T’as eu mal ? J’ai senti un truc, j’ai poussé, ça a craqué.

— Non, rien du tout.

Elle se redressa pour inspecter les draps.

— Pas de sang. Un mythe s’effondre.

Derrière la tentative d’ironie, il perçut la désillusion. Elle ne lui demandait pas de partir, c’était déjà ça. Ils avaient encore deux heures devant eux.

Elle regardait le plafond en caressant distraitement les cheveux de Vivian, puis se leva pour aller aux toilettes. En atteignant la porte de la chambre, elle fixa brusquement ses cuisses, effarée :

— Mais ça coule !

Il se moqua gentiment.

— Tu pensais que ça restait collé ?

— Tu crois que j’avais pensé à ça ? C’est dégueu !


Elle revint après une dizaine de minutes. S’allongea à nouveau près de lui au moment où Chris Isaak susurrait « The world was on fire and no one could save me but you ». Elle tourna le visage de Vivian vers elle. L’embrassa. Non, Vivian trouvait ce mot totalement inadapté. Loreleï ne l’embrassait pas. Elle le mangeait. L’invitait. Le prenait. Le baisait.

Le plaisir habituel, celui qu’il maîtrisait, revenait. Loreleï bougeait sous ses doigts, le sexe humide, gonflé, appétissant. Son sourire. Ce sourire. Celui qu’elle n’avait que pour lui, il l’avait constaté. Comme une lumière joyeuse qui inondait Loreleï et éclaboussait Vivian. Elle s’ouvrit à lui, et il entra à nouveau.

Le corps patient, il la regardait dans la pénombre des volets à demi clos. Il n’eut pas assez de toute sa vie pour contenir cet instant.

Elle maintint d’abord ses yeux dans les siens. Puis elle ajusta son bassin en remontant ses jambes contre lui. Il plongea alors plus profondément. Elle ferma les paupières, sa respiration s’accéléra.

Loreleï se déploya sous lui.

Ils n’étaient plus qu’un seul mouvement. Elle se cambra en gémissant, agrippa la tignasse de Vivian et le ramena contre elle.

C’est dans la musique de son plaisir qu’il se sentit devenir, enfin, un homme.

💬 Commentaires 9

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AlexSonntag • 3 semaines, 4 jours
Et Lorelei, se sent-elle devenir une femme ?
J'ai le sentiment qu'elle semble un peu perdue, paumée ou déçue malgré les faux semblants ? Est-ce juste une impression faussée par mes préjugés ou une mauvaise lecture ? Vivian, lui semble satisfait. La dernière phrase est claire à ce sujet.
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Enattendantlapluie Auteur • 3 semaines, 4 jours
En effet, Vivian croit percevoir des hésitations chez Loreleï, ainsi que sa déception de la brièveté de la première fois. Mais il écoute le corps de sa compagne et j'ai essayé de rendre tangible cette danse qui les emporte tous les deux.
Est-ce que Loreleï se sent devenir une femme ? Il me semble qu'elle l'est déjà, que c'est bien esquissé dans les chapitres précédents. Elle n'avait peut-être pas besoin de ça pour devenir "plus". Alors que pour Vivian, c'était important. C'est en tout cas ce que j'ai voulu montré ici : l'importance du plaisir de Loreleï pour Vivian. Son plaisir à elle devient constitutif de son identité à lui.
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Swala • 3 semaines, 4 jours
Ça c'est une belle première fois !
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Enattendantlapluie Auteur • 3 semaines, 4 jours
Une première fois à rebondissements.
La stratégie de Loreleï semble bonne. Élisa approuverait-elle son pragmatisme ?
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Swala • 3 semaines, 4 jours
Il faudrait les faire se rencontrer...
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Enattendantlapluie Auteur • 3 semaines, 4 jours
Ce serait drôle. Via une boite aux lettres magique.
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Swala • 3 semaines, 4 jours
Ou un bigorneau...
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Evydence • 3 semaines, 5 jours
Ohlala cette fin de chapitre en crescendo <3
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Enattendantlapluie Auteur • 3 semaines, 5 jours
C'est ce que j'ai voulu construire. Et poser au final que ce qui compte pour Vivian, c'est le plaisir qu'il est capable de donner.
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