Chapitre 6 : La Danse

📖 Les Esclaves ✍️ Ayzikin 📝 2259 mots

Ishtal n'avait plus d'arme.

Sous le masque, Liam entendait encore le bâton glisser sur les planches. Il aurait dû se jeter à sa suite, interrompre la scène, demander qu'on recommence. Il ne fit rien.

Il ne bougea pas.

Après la mort d'Olen, les adultes avaient déjà parlé à sa place.

Sur scène, il revit la table du prévôt, les voix au-dessus de lui, ses mains inutiles.

De nouveau, Jean, Dame Ua, les maîtres et le public décideraient pour lui.

Non.

Ishtal balayait la foule du regard. La plupart demeuraient silencieux ; certains riaient, d'autres laissaient percer leur confusion. Quelques-uns commençaient déjà à se lever. Orange, elle, gardait les bras immobiles, les yeux fixés sur lui. Elle attendait la suite.

Au Velmor, on n'interrompait pas facilement une scène de Marcheurs. Le masque laissait au comédien une marge étrange : tant qu'il tenait le rôle, le public hésitait à décider s'il assistait à une erreur ou à une audace.

Pour la première fois depuis longtemps, la mort d'Olen recula. L'accident du bâton aussi.

Alors il éclata de rire et se plia en deux.

Jean marqua un temps d'arrêt.

Son rire emplissait l'estrade. Trop haut. Trop libre. Impossible à ranger dans la chorégraphie. Sous son armure, Jean resserra les doigts autour de son arme. Sa garde monta d'un cran.

Il attaqua.

Pas pour punir. Pas encore. Pour reprendre le fil.

Alors Ishtal accomplit le premier geste véritablement spectaculaire de la pièce. Il esquiva l'attaque d'un mouvement net, puis se redressa dans un enchaînement d'une agilité presque insolente. Liam sentit son corps retrouver les appuis travaillés sous les arbres. Ses pas gagnèrent en précision, et le public retint son souffle. Dans les gradins, tout le monde s'était rassis.

Jean s'arrêta. Il se reprit. Puis, presque imperceptiblement, il sembla lui céder une part du contrôle. Liam laissa mourir son rire et se mit à danser. Ce n'était pas prévu dans la chorégraphie. Chez les Marcheurs, le combat touchait parfois au mouvement rituel. Mais, à quelques exceptions près, personne ne semblait reconnaître ce que Liam exécutait. Peut-être y avait-il, finalement, des limites à l'improvisation. La Dame Noire se leva.

Liam sentit presque aussitôt son regard peser sur lui. Dame Ua avait la bouche serrée, les doigts trop blancs sur le rebord devant elle.

Ishtal interprétait, à sa manière, la danse de l'Astre Noir. Celle que Liam avait espionnée, certaines nuits durant l'année, dans le bois. Celle-là même qui reposait désormais dans sa Pierre.

Liam ne pourrait jamais l'exécuter avec la précision de Lamora, même aidé par cet outil. Alors il la tordait. Trop ample à certains endroits, trop sèche à d'autres. Une caricature.

Devant tous, il dévoilait les pas que Dame Ua tenait de sa famille depuis des générations. Quelques rires partirent dans les gradins ; d'autres spectateurs se penchèrent vers la scène.

Lamora bougea près d'elle.

Elle lui saisit aussitôt le poignet. Un geste sec, sans regard pour lui. Lamora avait déjà le corps tourné vers l'estrade, prêt à monter. Elle le retint. Pas un mot. Rien qu'une pression blanche autour des os, et son visage fermé, tourné vers Liam.

Jean suivit le mouvement.

Son regard alla de Dame Ua à Lamora, revint vers son adversaire, puis glissa vers les gradins. La foule ne suivait plus seulement le duel. Elle guettait Liam. Son rire. Ses pas. Ses écarts.

Jean recula d'un demi-pas.

Trop visible.

Il corrigea aussitôt sa posture, releva son arme et avança. Son visage resta lisse ; son attaque, cette fois, coupa court à la danse.

Ishtal tournait encore autour de lui. Puis, soudain, ses appuis cessèrent de le sauver. Il encaissa l'attaque de plein fouet. Pire encore : il s'y jeta.

Jean avait frappé trop fort.

Le choc arracha le masque d'un côté et le déchira de l'autre. L'arcade de Liam s'ouvrit sous l'impact. Presque aussitôt, le sang tomba sur l'estrade, goutte après goutte.

À cette vue, la garde de Jean descendit. Il recula, la main arrêtée trop bas, et, pendant une seconde, ne chercha plus à poursuivre. Le garçon à qui il avait présenté ses excuses un an plus tôt se tenait devant lui. Finie, l'hilarité. Autrefois, Liam savait absorber la douleur physique, s'y dissoudre presque. Mais celle-ci rouvrit autre chose : la terre, les coups, La Brute.

Son regard chercha un point fixe dans les gradins et s'arrêta sur Ymir.

Liam revit son rire sur la place, la main de Lamora sur son épaule. Cette fois, elle ne riait pas. Elle ne détournait pas les yeux non plus.

Sur l'estrade, le sang gouttait toujours. Ymir gardait les yeux fixés sur Ishtal, ou sur ce qu'il en restait : une tunique noire, un masque brisé, le visage de Liam dessous.

Liam arracha le dernier fragment de masque qui pendait encore. Leurs regards se croisèrent. Ni l'un ni l'autre ne détourna les yeux.

Le bruit lui battait dans le crâne. Sous le tissu, la Pierre brûlait encore contre lui ; il s'y accrochait pour ne pas perdre le fil.

Une excitation parcourut de nouveau le public. Dame Ua debout, Lamora retenu au bord de l'estrade : la pièce sortait de ses cadres habituels.

Liam serra les dents. Pas devant Ymir. Pas sous les regards du public.

Il cessa d'écouter la douleur, puis repoussa l'idée même d'échouer. Il se jeta vers Jean, avec ce qu'il restait d'Ishtal pour élan. Bientôt, ses coups cessèrent d'être froids, presque scolaires. L'instinct les gagnait, et la colère avec lui.

Le tumulte lui ouvrit une marge. Il recula d'un pas dansé vers le bord de l'estrade, attira Jean avec une feinte trop large, puis pivota au dernier moment. L'épée passa près de lui. Sa main descendit vers les premiers rangs, là où son bâton avait fini sa course, et s'y referma.

Il le ramena contre lui d'un coup sec.

Liam prenait l'avantage, sans élégance ni maîtrise. Chaque coup partait trop vite, trop fort, sans économie. En face, Jean perdit une fraction de sa netteté. Sa défense se resserra. Son regard chercha les gradins.

Aucun ordre ne vint.

Liam esquissa un nouveau pas dansé, leva son bâton récupéré comme une arme de parade, puis salua Jean d'une courbette grotesque.

Un rire nerveux éclata dans les premiers rangs.

Jean se figea.

Ce rire ne suivait plus Ishtal. Il tombait sur lui.

Jean chercha son mentor du regard, mais ne reçut ni signe ni ordre.

Ses doigts remontèrent sur la poignée. Le rire s'était déjà éteint, mais l'attente demeurait. Plus lourde. Plus cruelle.

Il pouvait encore reculer. Lever une main. Rendre l'accident visible.

Il ne le fit pas.

Jean releva son arme. Son visage resta presque lisse. Presque. Ses doigts, sur la poignée, trahissaient l'effort. Il ne regardait déjà plus Liam comme un garçon blessé.

Il regardait l'obstacle.

Pas pour détruire : pour remettre les choses en ordre.

Une large part de la foule s'était levée. Deux spectateurs avançaient déjà vers l'estrade.

Liam laissa Ishtal passer devant.

Il tourna sur lui-même, leva son bâton dans un salut grotesque, puis reprit ses pas autour de Jean. Des mains retombèrent. Une maîtresse resta debout, bouche ouverte, sans franchir le premier rang.

Liam sentit l'espace s'ouvrir, infime, entre le danger et le rôle.

Il recula, pivota, força Jean à revenir dans son cercle. Son visage était découvert. Sans le masque, Ishtal perdait sa forme. Il ne lui restait que le bâton pour parler.

Shlack !

Son corps le lâchait. Dans les gradins, des gens se levaient.

Shlack !

Dame Ua avait relâché le poignet de Lamora. Son disciple s'était avancé jusqu'au premier rang, au bord de l'estrade, pour observer la fin de la « scène ».

Shla-aaack !

Au dernier coup, le bâton se fracassa contre l'épée. Le bois éclata. Dans les légendes, les véritables bâtons des Marcheurs, forgés dans leur célèbre substrat, étaient réputés presque incassables.

Le sien était brisé.

Il ne restait plus aucune trace d'Ishtal. Liam ne pouvait même plus s'accorder l'étrange luxe de danser. Un sourire passa sur le visage de Jean. Pas tout à fait de la méchanceté. Plutôt du soulagement. Le même, presque, qu'avant le premier coup, des années plus tôt.

La retenue de Liam céda.

Il se jeta sur Jean sans plus rien chercher de beau. En face, l'autre avait perdu son aplomb.

Il le percuta d'un coup de tête d'une violence brute.

Puis il chuta en arrière, étourdi. Il resta étalé au sol, incapable de bouger. Sa vision se brouillait ; la silhouette de Jean n'était plus qu'une masse incertaine. Il savait seulement une chose : Jean avait vacillé. Puis, peu à peu, un bruit sourd couvrit tous les autres.

— Personne ne bouge ! Qu'Ishtal finisse ce qu'il a commencé ! s'écria Dame Ua.

L'ordre tomba sur les gradins avec une violence sèche. Des mains déjà levées s'immobilisèrent. Un élève, au bord de l'estrade, recula d'un pas sans quitter Liam des yeux.

Dans les gradins, la Dame Noire restait debout, le bras encore tendu vers l'estrade. Elle fixait Liam comme une tache faite à la scène.

Un adulte posa un pied sur les planches. Liam le vit à travers le sang. Avant même que l'autre pied suive, Dame Ua tourna la tête.

— Vous voulez briser une scène de Marcheurs ? demanda-t-elle, plus bas. Devant eux tous ?

L'homme s'arrêta.

Le sang était impossible à manquer. Pourtant, autour de lui, les visages se fermaient déjà. Des parents tenaient leurs enfants par l'épaule. Des élèves se penchaient, puis se ravisaient.

Le pied de l'homme resta suspendu au bord de l'estrade. Une seconde de plus, et il aurait dû choisir : le garçon au sol, ou le rite devant tout le village.

Il recula.

Pour Liam, ce geste pesa plus lourd qu'un ordre.

Plus loin, Dame Nihiline tenta de se frayer un passage. Liam la reconnut par éclats : une manche claire, une voix nette, deux mains qui repoussaient des épaules. Mais l'accès à l'estrade s'était refermé : élèves figés, parents debout, banc renversé. Elle appela deux noms. Il n'entendit qu'un mouvement confus.

Quelqu'un cria son prénom, ou il crut l'entendre.

Liam rassembla juste assez de force pour essuyer le sang qui lui coulait dans les yeux. Le public formait un cercle tremblant.

Il chercha ses parents parmi les visages brouillés. Sa mère était debout, trop loin, une main plaquée contre sa bouche. Son père avait quitté sa place ; il restait au bord d'une rangée, les épaules raides, bloqué par la masse ou par autre chose. Leurs regards croisèrent peut-être le sien. Liam n'en fut pas sûr.

Il chercha Kvöt aussi. Une petite silhouette bougea entre deux rangées, disparut derrière un dos, reparut plus loin, trop loin.

Jean avançait déjà. Puis il s'arrêta, comme rappelé à l'ordre par un dernier reste de discipline. Ses yeux quittèrent Liam pour chercher l'épée en bois tombée plus loin. Sans elle, il n'y avait plus de duel.

Il fit un détour, ramassa l'arme, puis revint vers Liam. Pas tout à fait droit sur lui : vers la fin de la scène. Sa mâchoire tremblait. Liam détourna la tête. Dame Ua avait les yeux fixes.

Liam n'arrivait plus à bouger. Ses doigts tressaillirent, puis rien. Chaque tentative rallumait la douleur.

*Quel gâchis.*

Ce n'était pas Jean qui l'obsédait. C'était son incapacité à se relever pour en finir avec cette ordure.

*Bon sang… sois lucide.*

*Comment faire ?*

*Incapable.*

Puis :

*Je sais.*

La Pierre brûla contre sa hanche.

Rien ne se répara, rien ne guérit. Pourtant Liam se releva. Sans effort apparent. Il alla même jusqu'à s'étirer. Et il sourit. Le sang troublait encore sa vision, mais jamais son corps ne lui avait paru si léger. Autour de lui, la foule retenait son souffle. En face, Jean peinait à conserver son sang-froid.

Il attaqua le premier. Pas comme un bourreau : comme un comédien revenu trop tard à sa tâche. Comme un garçon humilié, lui aussi.

Il évita la tête, trop nettement pour que ce soit un hasard. Mais, pour le reste, il n'épargna rien.

Ce n'était pas la violence de La Brute. Pas de joie sale dans ses yeux, seulement cette raideur propre : l'arrêter, reprendre la scène, remettre le public du bon côté.

Liam tint. Puis il parvint à le désarmer. D'un geste ample, à deux mains, il projeta l'épée de toutes ses forces. L'arme fila vers un espace vide, loin des premiers rangs. Les visages encore visibles se figèrent.

Il n'avait laissé échapper aucune grimace. Il tenait toujours debout. Il bondit. Une ultime lutte s'engagea, chaotique et presque anti-spectaculaire. Le poing de Jean s'abattit sur la hanche de Liam. Un cri strident retentit. Pour la première fois, Jean recula. Sa voix monta, brisée avant même le premier mot.

— Ma main ! Ma main !

Il avait frappé la Pierre, dure, brûlante.

— Ma main !

Dame Ua intervint enfin, se précipitant vers Jean. Le cercle se rompit : on sépara les corps, on tenta de soigner les blessés.

Kvöt atteignit Liam le premier et le retint malgré ses efforts pour se dégager. Son regard tomba sur la poche, dont le tissu fumait presque contre la hanche du garçon.

Même à travers le tissu, la Pierre restait trop chaude pour être tenue.

Trop d'yeux. Trop près.

Kvöt la retira avec un pan de tissu. Liam sentit la peau tirer, comme si cela arrivait à quelqu'un d'autre. Ce qui lui arracha un cri, ce fut le flux rompu d'un coup, la douleur revenue trop vite dans son corps.

Le vieil homme enveloppa l'objet sans le toucher directement, puis le fit disparaître contre lui avant que les premiers adultes n'arrivent. Après cela, Liam ne garda plus rien.


💬 Commentaires 5

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Lili_Beautravers • 1 mois, 1 semaine
Alors, que dire ??? XD Parce que ce chapitre est vraiment très bon, haha ;) J'adore tout particulièrement deux choses dans ton histoire dans ces derniers passages : le théâtre (les doutes, les visages et les masques : qui est qui ?) et la pierre... On a déjà pas mal de réponses mais, forcément, de plus en plus de questions aussi ( et c'est une très bonne chose !) Jusqu'où va la dépendance,ce de Liam à la pierre ? Qu'est ce que cette dernière transforme en lui ? Et Kvöt dans tout ça, que veut-il réellement à Liam, pourquoi lui avoir donner cette pierre ? ^^ La seule (et unique) chose qui me manque presque dans ce chapitre, c'est un peu plus de clarté à propos de la danse de l'Astre noir... (il suffirait simplement de nous dire, par exemple, que Liam ne devrait pas la connaître... Mais c'est personnel ^^) Au plaisir de continuer à lire ton histoire !!!
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Ayzikin Auteur • 1 mois
Super retour...
Pour la danse de l'Astre Noir, c'est vrai que je donnais très peu d'informations. Pour rappel, l'Astre Noir désigne à la fois le chef des Marcheurs et le phénomène qu'ils avaient aperçu, puis suivi dans le ciel.

Dans la nouvelle version, j'explicite davantage la raison pour laquelle cette danse est tenue secrète. J'ai également modifié le chapitre 3 en conséquence. Concrètement, il s'agit d'une danse traditionnelle transmise dans la famille de Dame Ua. Si ces mouvements sont protégés, c'est surtout en raison de la concurrence entre les académies. Mais aussi en raison de son orgueil, sûrement.

J'ai souvent tendance à donner le minimum d'informations afin de rester fidèle à la perspective de Liam. Mais, dans certains passages, je pense que cela demande au lecteur d'accepter un peu trop de flou.

Concernant les points qui t'ont plu, merci. J'avais tout de même quelques craintes avec ce chapitre. La manière dont Liam se relève pouvait facilement tirer vers des codes plus adolescents, voire vers une forme d'héroïsme un peu trop attendu.
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Lili_Beautravers • 4 semaines, 2 jours
Très interessant concernant l'Astre noir ^^ Sinon, personnellement je n'ai pas eu l'impression que Liam se relevait d'une manière particulièrement héroïque... au contraire même. De mémoire (désolée, je n'ai pas relu le passage), Liam sent la présence de la pierre (brûlante) au moment de se ressaisir, ce qui m'avait énormément plu puisqu'on peut alors se demander comment la pierre l'influence. Elle devient aussi bien plus menaçante :) J'ai eu l'impression que, sans la pierre, Liam aurait échoué face à Jean, ce qui, pour moi, est loin d'être particulièrement héroïque. De même, il me semble que tu présentes la scène de lutte entre Liam et Jean comme "anti-spectaculaire" (j'avais vraiment apprécié ce terme puisqu'il semble s'opposer au début du chapitre où le combat prend des allures de chorégraphie ;) ): là encore il n'y a rien de trop héroïque ^^
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Ayzikin Auteur • 4 semaines, 1 jour
Bonsoir Lili. Ok super, tu m'as rassuré. "sans la pierre, Liam aurait échoué face à Jean" c'est vraiment bien résumé. La Pierre nourrira même chez Liam un sentiment d'imposture par la suite.
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klodik • 1 mois, 1 semaine
Je "tombe" sur ce texte par hasard et même si je suis ici très loin de mes terres de prédilection, je veux te dire que j'ai apprécié ton écriture qui exprime sans trop expliquer. Un bon épisode !

K
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