Chapitre 8

📖 Les Royaumes d'Edaléside ✍️ McHWM 📝 4079 mots

Gemina n'était pas retournée dans la forêt et restait chez Lanelys, prenant l'apparence d'une personne de la maison pour ne pas être chassée. Gemino, son frère, faisait la même chose. Ils avaient trop peur de retourner dans la forêt après ce qui s'était passé et restaient depuis hier sagement à l'intérieur de la grande demeure des Amyrolphs.

Dauria, Lanelys et Sylver étaient dans les jardins depuis une heure maintenant. Dauria leur avait dit tout ce qu'elle savait sur les billes et la célestine. Ils réfléchissaient à ce qu'elles pourraient bien signifier.

À 10h00 pile, le roi monta sur scène devant les mille participants et leurs familles. Il était toujours habillé simplement et toujours suivi de son fidèle chien, mais ce matin, il semblait fatigué : de légères cernes étaient apparues sous ses yeux et ces derniers pétillaient moins qu'à leur habitude.

– Chers participants, chers familles et amis, bienvenue ce matin pour l'annonce de la deuxième épreuve. Aujourd'hui à 14h00 et jusqu'à après-demain 17h00, les participants s'affronteront dans un jeu connu des huit royaumes: l'innleachd ! s'exclama le roi avant de se retirer.

L'innleachd était un jeu de plateau se jouant à quatre et inventé il y a plusieurs milliers d'années et qui ne s'était que très peu transformé. Le but n'était autre que d'être le chef le plus puissant en ayant le plus de territoires et le plus de soldats. Chaque joueur avait deux coups par tour. Dauria savait jouer, mais n'excellait pas non plus. Elle n'avait pas réellement le temps de s'entraîner à un jeu dont elle pensait ne jamais avoir besoin…

– J'espère qu'on ne sera pas dans la même équipe, dit-elle doucement.

– Pourquoi ? protesta Lanelys.

– Il ne peut y avoir que deux gagnants au maximum si ces derniers font une alliance. Si on joue tous les trois ensemble, l'un de nous sera éliminé.

– Vous savez ce qu'on va faire jusqu'à 14h00 ?

– Il faut que j'aide maman… Mildred est insupportable en ce moment. Elle pense que c'est son Cynfal chéri qui va gagner. Quand le roi a annoncé l'épreuve, j'ai repensé à la bille. Elle est faite en célestine, comme le plateau d'innleachd. À vérifier avec la prochaine épreuve, mais je crois que le roi nous fournit des indices sur les épreuves suivantes.

*****

Deux cent cinquante jeux avaient été apportés dans les différentes salles de cours de la tour de l'horloge. Deux cent cinquante jeux pour mille participants. Pour chaque participant, une partie. Pour chaque partie, quatre participants. Pour chaque partie, deux jours maximum. Dauria espérait vraiment que ça ne durerait pas aussi longtemps. De toute façon, elle n'était pas assez expérimentée dans ce jeu pour rester aussi longtemps dans une partie.

Il était 13h55. Les participants étaient emmenés au fur et à mesure puis dispersés dans différentes salles. Lanelys était déjà partie. Dauria arpentait les couloirs derrière un jeune professeur de sport qu'elle ne connaissait pas et qui venait de la petite école de Chronis, celle qui accueille les enfants de quatre à dix ans. Après, il y avait l'école supérieure de onze à dix-sept ans et enfin la grande école de dix-huit ans à un temps indéterminé.

Dauria entra dans un gymnase rempli par des tables carrées et des chaises rembourrées. Le professeur lui montra une table où un autre ou plutôt une autre joueuse était installée. Elle avait les cheveux noirs comme l'ébène, des yeux en amandes soulignés d'un épais trait de khôl et portait une robe violette qui devait venir d'un quartier moyen. Elle devait avoir tout juste 16 ans, mais ce qu'elle portait aurait plus été approprié à une jeune adulte…

– Bonjour, je m'appelle Dauria. Et toi ? Comment t'appelles-tu ?

– Fervidia, dit-elle d'un ton froid avec une légère pointe de colère.

– D'accord… Et… tu…

– Tu comptes me barber avec tes questions ou tu vas arrêter de m'agacer avec ta petite tête naïve ?

Dauria pinça les lèvres. Cette fille était vraiment sur les nerfs. Heureusement, l'arrivée d'un nouveau joueur lui évita de répondre. Elle regarda le joueur et reconnut Sylver. Elle sourit et ce dernier lui attrapa la main sous la table, la serrant légèrement pour la rassurer. La salle se remplissait de plus en plus et le dernier joueur arriva. Il s'appelait Torencio et devait être un peu plus âgé que Dauria et Sylver. Une fois que tout le monde fut à sa place, un arbitre monta sur une chaise pour capter l'attention de tous.

– Comme vous le savez tous, ce jeu date d'avant la guerre qui forma le monde d'aujourd'hui. Ce jeu fut inventé par quatre peuples qui, lassés d'enterrer toujours plus des leurs pour une forêt sur une montagne, inventèrent un jeu pour se départager. Et, comme vous le savez tous, l'histoire nous enseigne qu'il n'y eut pas de gagnant et que les peuples décidèrent simplement de faire la paix. C'est pour cette raison, que notre roi souhaite que chaque participant fasse preuve d'un grand franc-jeu, d'honnêteté et de respect. Contrairement aux quatre peuples, votre partie devra se finir. Vous pouvez mettre vos diadèmes télépathiques.

Les quatre diadèmes étaient posés sur le plateau qui comptait cent cases et vingt cinq plots à la place des seize cases centrales qui avait été mise à chacune des arêtes du plateau. Pour le moment, les cases étaient toutes bleues, mais lorsque Fervidia mit le diadème, les seize cases sur lesquelles étaient posés les pions face à elle se colorèrent en blanc, couleur des fées dans ce jeu puis les case devant Torencio se colorèrent de rouge pour les sorciers, Dauria eut du vert pour les elfes et Sylver du noir pour les nains.

Le tirage au sort choisit Fervidia comme première joueuse et elle déplaça deux de ses pions vers l'avant pour libérer le Chef et l'Amant. C'était ce qui était le plus conseillé de faire étant donné que c'étaient les seules pièces qui pouvaient annexer un territoire. Lorsqu'un territoire était annexé, la case prenait la couleur de l'envahisseur.

Une fois tous les territoires libres conquis, c'est là que commença la vraie bataille. Fervidia avait vingt-sept cases, Sylver vingt-six, Torencio vingt-quatre et Dauria vingt-trois. Cette dernière entendit soudain la voix de Sylver dans sa tête.

« Bien le bonjour, vénérable chef. Je viens pour vous proposer une alliance. Voyez vous, j'ai un charmant héritier qui, je pense, s'entendrait à merveille avec votre héritier. Pouvons-nous envisager un mariage ? »

« Illustre chef, cet accord me semble honorable et je serais ravie de l'union de nos deux peuples. »

Sans plus de mots, l'alliance était accomplie et sur le plateau, ce qui autrefois était noir et vert devint bleu turquoise, indiquant l'alliance des deux joueurs et faisant d’eux les plus forts du plateau pour le moment. S'ils jouaient bien, ils gagneraient. Déjà, puisqu'il avait cumulé trente cases, ils pouvaient entrer dans le moulin et arrêter le jeu. Les deux autres joueurs serrèrent les mâchoires.

La partie se poursuivit, mais malgré le fait qu'ils avaient le plus grand territoire, les prisons des deux autres joueurs se remplissaient des pièces de Dauria qu'elle perdait à chaque tour. Elle réussit enfin à faire entrer l'Amant, le chef étant prisonnier de Fervidia qui faisait en sorte qu'aucune pièce ne puisse être libérée, dans le moulin et le fit doucement progresser vers le centre. Elle continua doucement et presque sept épuisantes heures après le début de la partie, Dauria posa l'Amant sur le plot central du plateau et la partie fut finie. Ils avaient gagné à quarante-et-une cases et quatorze soldats libres contre trente-quatre cases et dix soldats libres pour Fervidia qui semblait enrager et vingt-huit cases pour douze soldats pour Torencio.

L'arbitre arriva, déclara les vainqueurs et Fervidia retira son diadème avec une rage contenue tandis que Torencio paraissait être très frustré et posa brusquement le diadème sur la table. Sylver le posa soigneusement et retira délicatement celui de Dauria qui s'était emmêlé dans ses cheveux.

– Tu as été fantastique, dit-il en lui déposant un baiser sur la joue.

– J'ai perdu plein de territoires…

– Et alors ? Il est 20h58. Tu veux passer la nuit chez moi ?

Dauria sourit et hocha la tête avant de se lever. Sylver lui prit la main et leurs doigts s'entrelacèrent. Ils sortirent de la salle et lorsqu'ils passèrent devant la bibliothèque au rez-de chaussée, ils virent que Lanelys était en pleine partie avec Cynfal et deux autres personnes que Dauria ne connaissait pas de nom, mais seulement de visage comme étant la sœur de la vendeuse de bijoux du trente-septième étage et le fils du charcutier du troisième étage.

*****

Dauria dormait tranquillement, sa tête reposant dans le creux de l'épaule de Sylver quand, soudain, les deux fiancés furent réveillés par la lumière s'allumant brusquement. Lanelys était entrée dans la chambre, les yeux cernés.

– Lanelys, tu n'as vraiment aucune gêne, grommela Dauria à moitié endormie.

– C'est une de mes qualités. Mais après, vous dormiez, donc je ne vous dérangeais pas. Vous avez cinq minutes pour vous rhabiller. Je vous attends sur la terrasse du bureau de Monsieur Lock.

– Comment as-tu eu les clés du bureau de mon père ? s'exclama Sylver.

– Je ne les ai pas eues: j'ai crocheté la serrure.

Une fois habillés, les deux amants rejoignirent Lanelys sur la terrasse, mais elle n'était pas seule, car Gemina, avec son apparence naturelle, était avec elle.

– Cayden est venue voir Gemina puis moi, car il n'a pas réussi à te trouver… Il y a des bruits qui courent dans la forêt… Personnellement, il m'a dit qu'il n'était pas sûr de ta sécurité… mais ce qu'il a dit à Gemina est un peu plus inquiétant…

– Il m'a dit que Sgith n'abandonnerait pas… Qu'il aurait ce qu'il voulait et qu'il se vengerait de ce que tu avais fait et de qui tu étais… et…

Ce satané vampire qui semble rattacher Dauria à un souvenir. D’après Cayden, il était prêt à tout pour se venger. Mais pourquoi voulait-il se venger de ce que Dauria était ? Toutes personnes présentent dans la pièce ne comprenait pas…

– Et quoi, Gemina ? s'inquiéta Dauria.

– Et que tu finirais comme ton frère… murmura Gemina.

Cette dernière éclata en sanglot et Lanelys la prit dans ses bras, caressant son dos pour l'apaiser. Elle avait vraiment l'air perturbée par les mots que Cayden lui avait dits et avait même l'air de se sentir coupable de ce qui se passait. Dauria s'approcha de Gemina et posa une main sur son épaule.

– Gemina, ne t'inquiète pas, il ne m'arrivera rien. Et, je n'ai pas de frère. Je n'en ai jamais eu. Je ne peux donc pas finir comme quelqu'un qui n'a jamais existé.

Gemina ne répondit pas. Seuls de petits tressaillements la parcouraient. Sylver s'était mis à l'écart, assis dans une chaise longue, à moitié en train de se rendormir, luttant pour rester éveillé et comprendre.

– On pourrait aller à la cuisine manger quelque chose… Je crois qu'il reste des Reotas…

Les Reotas étaient de petits gâteaux qu'on trouvait partout. Ils avaient des dizaines de goûts différents et on en trouvait également chez les herboristes qui les préparaient avec des plantes médicinales pour faciliter la prise des plantes prescrites, surtout chez les enfants.

*****

Dauria était rentrée chez elle en fin de matinée. Après s'être promenée dans la ville avec Sylver, Lanelys et Gemina mais le premier devait vraiment aller dormir, la seconde voulait aller se changer, car elle en avait assez de porter les vêtements qu'elle avait sur le dos avant de commencer la deuxième épreuve du concours et la dernière avait suivi Lanelys. Dauria était donc rentrée et pliait le linge dans le petit logement appartenant à sa mère et elle.

– Dauria ? J'ai un cadeau pour toi. Lanelys m'a dit qu'elle t'avait offert une robe.

Adsail venait d'entrer dans le modeste logement. Elle posa sur la petite table une délicate bourse de velours bleu qui, par sa petitesse, semblait être faite pour contenir un bijou. Dauria s'approcha et prit la bourse qu'elle renversa soigneusement dans sa main. Deux pendants d'oreilles finement ouvragées reposaient légèrement dans sa paume. En or avec une tourmaline rose taillée en goutte pour chaque boucle d'oreille. Adsail regardait sa fille avec angoisse, attendant sa réaction. Dauria quant à elle, était émue, c'était la première fois que sa mère lui offrait quelque chose qui lui avait appartenu, car ces boucles d'oreilles, elle se souvenait avoir vu sa mère les porter pour chaque occasion un peu particulière. Adsail racontait que c'était une des rares choses qui la rattachait encore à son passé.

– Maman… elles sont magnifiques ! Mais, je ne peux pas les accepter. Tu tiens tellement à ces boucles d'oreille.

– Non… Elles sont pour toi. Je tiens à ce que tu les aies. Tu devrais les essayer avec la robe que Lanelys t'a donnée. Je suis sûre qu'elles seraient parfaites.

Dauria sourit et décida de faire plaisir à sa mère en essayant la robe avec les boucles d’oreilles. Adsail se retourna et Dauria sortit la robe du coffre où elle l'avait rangé après la soirée et commença à se déshabiller pour l'enfiler. Après avoir enfilé le corset et la robe, elle essaya de nouer le corset sans succès.

– Tu peux m'aider Maman ?

Adsail s'approcha, un sourire maternel aux lèvres, et aida sa fille à lacer son corset puis sa robe. Une fois le tissu bien ajusté, Adsail commença à natter les cheveux de Dauria tandis que cette dernière mettait les boucles d'oreilles avant d'ajuster le collier de Sylver qui dénotait à côté des charmants bijoux. La tresse fut attachée avec un ruban de satin rose tourmaline et Adsail prit les mains de sa fille dans les siennes, les serrant légèrement.

– Tu es magnifique.

– Merci Maman. Mainten…

Dauria n'eut pas le temps de finir sa phrase. La porte s'ouvrit précipitamment sur Lanelys qui semblait avoir refait le parcours dans la forêt tellement elle avait le souffle court. Elle ne s'était pas changée comme elle avait dit qu'elle ferait.

– Dauria, il faut que tu viennes au jardin suspendu ! Maintenant !

– Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ?

– Je te l'expliquerai en chemin ! Dépêche-toi !

Son ton était pressant, Dauria entendit l'urgence dans sa voix et ne réfléchit pas plus avant de suivre Lanelys en courant. Quand elles arrivèrent sur le chemin entre les champs, le soleil commençait tout juste sa longue descente pour laisser place à la nuit face à elle. Était-ce pour les résultats cette urgence ? Si c'était le cas, elle n'en voyait pas l'intérêt. C'était sûrement autre chose… En plus, Dauria était sûre qu'il y avait encore une quarantaine de joueurs très expérimentés qui devaient finir leur partie. Du moins, c’était le cas il y a deux heures.

*****

Une fois arrivées à Chronis, elles montèrent dans un ascenseur. Lanelys reprenait son souffle, mais Dauria avait l'impression que c'était un peu exagéré. Quand elle eut fini, elle se tourna vers son amie.

– Bon, qu'est-ce qui se passe ?

– Euh… Je crois qu'il vaut mieux que tu le découvres par toi-même.

– Lanelys !

Les grilles forgées de l'ascenseur s'ouvrirent et Lanelys sortit précipitamment et marcha au pas de course vers le jardin, rougissant de plus en plus. Elle commença à parler de tout et de rien en agitant les mains, chose qu'elle n'avait jamais faite avant. Jamais elle ne bougeait les mains dans tous les sens en parlant. Dauria regarda plus attentivement son amie. Elles étaient maintenant à l'extérieur et le soleil serait couché dans une trentaine de minutes, allongeant les ombres. Pourtant, celle de Lanelys ne s'allongeait pas, car Lanelys ne possédait pas d'ombre ! Un doppelgänger…

Dauria regarda autour d'elle, mais il n'y avait personne qui faisait attention. Elle ne savait pas ce que ce doppelgänger voulait, mais s'il restait dans la cité pour tromper les gens, il suffirait qu'il vole l'identité de n'importe qui pour redevenir invisible. Dauria suivit la fausse Lanelys en courant tandis que cette dernière pressait encore plus le pas, empêchant Dauria de l'attraper avant d'être arrivée au jardin où elle faillit lui prendre le bras, mais une chose étrange l'arrêta net. Il n'était que 18h00 et pourtant, le jardin était vide. À cette heure, il aurait dû y avoir des promeneurs, des botanistes, des enfants… mais le jardin semblait vide de vie. La fausse Lanelys profita de l'étonnement de Dauria pour se sauver à travers les chemins, passant par le labyrinthe de fleurs. Dauria pensait qu'elle ne connaîtrait pas le chemin mais elle le connaissait très bien et elles arrivèrent de l'autre côté en quelques minutes.

Le labyrinthe était un des chemins menant à la serre, un des chemins, mais un des plus longs. Le doppelgänger venait de rentrer dans le bâtiment de verre. Dauria s'approcha de la serre et eut la vive impression que quelqu'un avait bougé à l'intérieur. Elle posa sa main sur la clenche, l'abaissa et fit un premier pas sur le sol dallé de pierre grise. Ses talons résonnaient, mais il y avait un autre bruit, comme des gens qui chuchotaient. Elle arrivait dans l'aile nord de la serre quand elle vit soudainement des dizaines de personnes crier « Surprise ». Il y avait beaucoup de personnes qu'elle connaissait, dont Lanelys, Sylver, Adsail et Gemina, et quelques-unes qu'elle ne connaissait pas qui s'étaient peut-être cachés avec les autres pour ne pas faire rater la surprise. Dauria se demanda en quel honneur elle avait droit à cette surprise. Elle s'était alarmée pour rien et commença à rire tandis que Sylver s'approchait d'elle.

– Joyeuse fête de fiançailles, murmura-t-il en lui prenant les mains et en l'embrassant doucement sur les lèvres.

*****

Une fois toutes les tables installées dans le jardin ainsi que le buffet qui ne comptait pas moins de quarante-trois mets différents, les nymphes s'installèrent sur des chaises et jouèrent de leurs instruments : lyres, flûtes…

– Comment as-tu réussi à être ici avant moi ? demanda Dauria en s'approchant de sa mère.

– Dès que vous êtes parties, je me suis changée et Monsieur Rolphriq m'a autorisé à prendre son pégase, Ealain. Il m'a suffi de voler en ligne droite jusqu'au jardin suspendu. J'aurais en revanche une question à te poser : depuis quand as-tu des doppelgängers pour amis ? dit-elle en faisant un signe de tête vers Gemina et Gemino.

– Je les ai aidés et depuis ils ne sont pas retournés dans la forêt. Ils sont gentils, maman. Je te promets qu'ils ne causeront aucun problème.

– Je te fais confiance. J'espère juste que tu ne t'es pas mise en danger.

– Tu faisais partie du complot, dit Dauria pour changer de sujet. N'est-ce pas ?

– Il n'y a que toi et les invités imprévus qui n'étaient pas au courant, rigola Adsail. Je vais te laisser, je crois que ton amie veut te parler…

Adsail s'éloigna et Gemina arriva en souriant. Elle portait une robe de Lanelys qui la mettait vraiment en valeur et ses cheveux étaient relevés.

– Coucou, enfin, re-coucou. J'ai bien cru que tu allais m'attraper tout à l'heure. Mes Entités, tu avais l'air d'être en danger. Je n'arrivais pas à savoir si c'était drôle ou si je devais prendre mes jambes à mon cou. J'ai pris la seconde option en riant.

– C'est ça, moque-toi. Je me disais bien que Lanelys tenait bien le rythme. D'ailleurs la robe qu'elle t'a prêtée te va à ravir.

Gemina rougit et baissa la tête en souriant, faisant légèrement tournoyer sa robe qui se gonfla. Dauria voyait bien que ce présent la touchait et elle se réjouissait que Gemina s'intègre à la société.

*****

Après le repas pris devant la serre, une fois que les quarante-trois mets aient largement diminué et que les ventres soient pleins, Adsail, assise à la gauche de sa fille, se leva et demanda l'attention de tous.

– Je sais que ce n'était pas prévu que je vous dérange en plein milieu de votre digestion, mais je tenais à adresser quelques mots à ma fille et à son fiancé. Dauria, depuis que tu es toute petite, je te répète sans cesse On n'a rien sans rien. Cette phrase n'a que le sens que tu lui accordes et le sens que je lui accorde, c'est de tout faire pour réaliser ses rêves. Je veux qu'il en aille de même pour toi, ma fille. Ne cesse jamais de croire en toi. Ne cesse jamais d'espérer, de te donner les moyens, de rêver. Ne cesse jamais d'être heureuse et d'être toi. C'est la seule chose qui m'importe. Hier encore, je t'appelais ma toute petite fille, mais pourtant aujourd'hui qui ai-je devant moi ? Une merveilleuse jeune femme débordant de passion, de talent et de beauté. Une jeune femme qui a été un tout petit bébé et qui aujourd'hui, fête ses fiançailles. Fiançailles pour lesquelles je ne t'ai toujours pas félicitée, alors, je vais le faire maintenant : Dauria Drak, mon amour et mon enfant, je te souhaite tout le bonheur possible et te donne ma bénédiction à toi et à mon futur beau-fils, Sylver. Je dois avouer que la première fois que je t'ai vu, je t'en ai voulu de me voler ma fille. Mais, je me suis rendu compte que ce n'était pas le cas. Elle avait toujours du temps pour moi. Un peu moins, mais ça ne rendait ces moments que plus précieux. Je l'ai vue être pleinement heureuse avec toi. Alors, je t'en remercie. Je te remercie de la rendre heureuse et surtout, je te remercie d'être venu dans sa vie. Je vous souhaite de garder cet amour et cette joie tout au long de votre vie. Merci…

Ceux qui avaient écouté Adsail applaudirent et ceux qui n'avaient rien écouter applaudirent également car les autres applaudissaient. C'était l'effet de masse. Mais, la seule chose à laquelle Adsail faisait attention, c'étaient les regards de Dauria, Sylver et des parents de ce dernier qui souriaient.

*****

Dauria et Sylver dansaient doucement alors que la nuit était tombée et que les nymphes continuaient à jouer des morceaux emplis de lyrisme. Sylver avait passé ses bras autour de la taille de sa bien-aimée et cette dernière laissait reposer sa tête sur l'épaule de son fiancé.

– Ça te plaît ? Cette surprise, cette soirée, ce repas…

– C'est magique, mais il faudrait que tu arrêtes de prévoir des trucs comme ça sans m'en parler avant car un jour, tu risques vraiment de me tuer… Rassure-moi, tu n'as pas déjà organisé un complot pour notre mariage ?!

Un léger rire s'échappa des lèvres de Sylver en un souffle sur les cheveux de Dauria mais il ne répondit pas. Dauria leva la tête et le regarda en fronçant les sourcils, essayant de percer ses pensées.

– Non, ne t'inquiète pas. Ça, nous l'organiserons tous les deux, murmura-t-il en embrassant avec tendresse son front.

*****

Le lendemain, à 17h00, les jeux étaient finis et tous les participants se retrouvèrent de nouveau dans le jardin suspendu à attendre que le roi vienne et annonce les résultats. Heureusement, il ne se fit pas attendre. Il avait l'air en bien meilleure forme que la dernière fois et son énergie se ressentait dans tout le jardin.

– Chers participants ! Je suis honoré d'avoir pu assister à certaines des plus belles parties qui m'aient été données de voir et je vous félicite tous pour votre participation. Mais, vous attendez sûrement les résultats. Je suis désolé de ne garder que cent d'entre vous et ne prenez pas personnellement le fait d'être éliminé. Je vais donc procéder à un appel et chaque personne que j'appelle devra venir récupérer l'objet qui se trouve dans cette boîte, dit le monarque en montrant une grosse boîte. Lanelys et Cynfal. Einar. Nocentien. Clévia et Killysa… Dauria et Sylver. Moria et Oden…

Quand Dauria prit l'objet dans le coffre et qu'elle le retira, elle vit qu'il était emballé dans du cuir. Il était de forme oblongue, plat et dur. Elle et Sylver rejoignirent Lanelys, descendu depuis longtemps de l'estrade, au fond du jardin.

– Vous avez ouvert votre objet ? demanda-t-elle, la mine sombre lorsqu'ils arrivèrent.

– Non, pas encore, répondit Sylver.

Ils ouvrirent le paquet et découvrirent une lame sans manche à l'intérieur. Dauria reconnut la lame comme celle d'un stylet. Le stylet était fait pour blesser profondément… Le roi n'allait quand même pas demander qu'ils s’entre-tuent… Si ?  


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