Chapitre 9
Le lendemain, lorsque Dauria alla à Chronis, elle vit que les murs pour séparer les gymnases avaient été placés pour former de petites pièces dotées de prises pour grimper. Le roi avait confirmé les craintes de Dauria: les cent participants restants devraient se battre entre eux… Les duels débutaient à 10h00 et Lanelys et Dauria avaient prévu de prendre un bon petit déjeuner avant d'y aller. Dauria entra dans la luxueuse auberge appelée Cornucopia. Lanelys l'attendait, assise à une table dans une loge. Une fois les boissons commandées et servies, elles entamèrent une conversation plutôt banale sur la pluie et le beau temps, retardant le sujet de la compétition…
– Tu es prête, toi ? demanda Lanelys en murmurant, inquiète.
– Non… Nous n'avons pas eu plus de précision si ce n'est que ce duel aura lieu ce matin et je commence vraiment à croire que le roi est fou…
– Dauria… J'ai un mauvais pressentiment… J'ai l'impression que quelqu'un va mourir…
– Je sais… J'ai peur également… Mais, on peut toujours abandonner…
– Tu sais pertinemment qu'aucune de nous deux n'abandonnera, dit Lanelys, un petit sourire sur le visage.
*****
L'heure filait comme une étoile et 10h00 allaient sonner. Les duels allaient commencer. Le but ? Le premier qui saignait avait perdu, mais la blessure ne devait pas être mortelle. Cette information avait été donnée par le roi avant que les participants ne rentrent dans les blocs du gymnase. Tous les participants étaient dans des blocs de 16 mètres carrés dont les murs étaient pourvus de prises pour y grimper. De plus, une cloche avait été installée pour signifier que le combat était terminé. Il n'y avait que dix juges, dont le roi, pour cinquante binômes de participants. Les juges allaient devoir tourner et se déplacer pour noter les combats.
Dauria allait se battre contre Nocentien. Un adolescent plutôt fluet, au visage crispé et aux sourcils froncés depuis que Dauria l'avait vu. Ceux qui avaient fait les binômes avaient fait en sorte que ce soit équitable et qu'une personne fluette ne se retrouve pas contre un mastodonte.
Dauria et Nocentien entrèrent dans la salle numéro sept. Devant eux, un juge. Il ne resterait pas longtemps… Quand les combats commencèrent, Nocentien n'hésita pas. Il fonça, laissant tout juste le temps à Dauria de parer ses attaques. Cependant, la jeune femme n'osait pas riposter et attaquer. Malgré les règles, elle n'osait pas lui faire mal. Il avait l'air si jeune. Et, pourtant, elle avait l'impression que c'était un leurre. Ses yeux reflétaient un âge qu'il ne semblait pas avoir. Ils continuèrent à se battre ainsi jusqu'à ce que le juge s'en aille et bien qu'elle croyait cela impossible, Nocentien attaqua avec encore plus de force. Comment une personne aussi fluette pouvait avoir autant de force ? Ses bras paraissaient n'avoir que les muscles nécessaires pour les mouvoir, son maillot près du corps laissait voir des côtes saillantes et ses jambes longues et fines ne semblaient ne pouvoir supporter que son poids, pourtant, ses attaques étaient fortes et énergiques. Dauria n'eut plus le choix et commença également à attaquer pour mettre fin à ce duel qui lui semblait horriblement funeste.
Elle esquivait, parait et attaquait toujours dans cet ordre, car Nocentien ne paraissait jamais s'arrêter, attaquant deux fois lorsqu'elle ne pouvait attaquer qu'une seule fois. Elle faisait tout pour ne pas se retrouver acculée à un mur ou, encore pire, dans un coin. Elle ne savait pas depuis quand ils se battaient, mais elle avait l'impression que cela faisait des heures, mais aucun examinateur n'était revenu les voir.
Et, soudain, alors qu'elle esquivait, un mouvement qu'elle n'avait pas prévu déchira la manche du maillot de Nocentien et entama la peau de ce dernier. Il n'eut cependant aucune réaction si ce n'est que sa mâchoire se contracta encore plus. La plaie d'où le sang perlait à fines gouttes ne semblait pas l'émouvoir ou le perturber. Il y jeta à peine un coup d'œil avant de reprendre ses attaques au plus grand étonnement de Dauria qui esquiva au dernier moment. Elle cherchait maintenant à atteindre la cloche pour prévenir les examinateurs, mais Nocentien l'en empêchait. Ses attaques étaient encore plus virulentes qu'avant qu'elle ne le touche.
– Nocentien ! Arrête ! Qu'est-ce que tu fais ?! J'ai gagné, il faut sonner la cloche !
Nocentien ne l'écoutait pas et continuait d'attaquer sans relâche. La dague qui était au début prévue pour légèrement blesser était devenue une arme mortelle que Dauria tentait tant bien que mal d'éviter. Elle n'osait pas attaquer Nocentien pour se défendre. Il était déjà blessé et elle ne voulait pas le blesser plus que nécessaire, mais elle commençait à fatiguer. Ses muscles étaient endoloris. Elle n'arrivait pas à s'éloigner de lui dans les seize mètres carrés de la petite salle qui lui faisait désormais penser à une cellule. Elle eut un moment de répit en lui donnant un coup de pied au ventre et elle en profita pour partir à l'autre bout de la pièce, commençant à grimper pour se soustraire aux prises de Nocentien. Elle était à un peu plus de deux mètres quand elle vit deux examinateurs derrière Nocentien qui semblaient vouloir arrêter quelque chose qu'elle ne pouvait de toute évidence pas voir. Mais avant qu'elle ne puisse réfléchir davantage à ce que ça pourrait être, une vive douleur lui transperça le dos. Elle n'avait jamais ressenti une sensation qui la faisait autant souffrir. Ses yeux se troublaient. Elle ne s'en rendit pas compte, mais elle criait. Peut-être était-ce parce que les examinateurs aussi criaient. Des larmes commencèrent à couler. Elle se retint quelques secondes à la paroi, luttant contre la violence de la douleur se propageant dans son corps. Bientôt, elle n'eut plus conscience de ce qui se passait et la prise sur la paroi qui la retenait d'une brutale rencontre avec le sol ne fut plus qu'une torture supplémentaire. Alors, elle regarda vers le plafond avant que celui-ci ne s'éloigne d'elle rien que le temps de quelques secondes et… plus rien.
*****
Dauria ignorait comment elle était arrivée là, ni ce qu'elle y faisait. Mais, elle était sûre de n'être jamais allée dans cet endroit sentant la mort et le sang. Elle regarda autour d'elle, mais ne vit que la désolation. Elle était dans un champ boueux et où les quelques herbes encore debout avaient la couleur caractéristique du sang séché. Une femme en armure arriva et releva la visière de son heaume. Son visage hâlé avait une grande cicatrice partant de sa tempe droite et semblait descendre jusque sous son armure, passant par le coin de ses lèvres. Dauria la regarda avec horreur.
– Tu ne relèves pas ta visière ? demanda la femme en souriant, son visage se défigurant encore plus à cause de la cicatrice.
Dauria fronça les sourcils et approcha une main gantée de fer de son visage et releva la visière de son propre heaume. L'armure aurait dû lui sembler lourde, pourtant, elle ne ressentait pas son poids.
– L'armée de l'Impératrice va bientôt arriver. J'espère que ce sera la dernière bataille. Ces rebelles opposent beaucoup trop de résistance… Tiens, voilà l'armée de la grande Impératrice.
Effectivement, une armée de plusieurs milliers d'hommes approchait. À sa tête, il y avait un homme en armure sur un effrayant worg, son heaume recouvrant son visage. La femme à côté de Dauria regardait la personne avec un air d'admiration.
– Tu ne trouves pas que le bras droit de notre Impératrice a un physique plutôt avantageux ?
– Euh… Si…
– Allez, viens, on va les rejoindre. Il faut nous mettre dans les rangs, dit la femme en riant, comme si c'était un jeu.
Dauria la suivit et elles rejoignirent les rangs de soldats, hommes, femmes, gobelins, farfadet, elfes, vampires, lycanthropes… Toutes les espèces semblaient rassemblées dans cette armée hétéroclite et tous semblaient plus effrayants les uns que les autres.
En face, une armée approchait, tout aussi grande et tout aussi hétéroclite que celle dans laquelle était Dauria. En revanche, tout le monde ne portait pas d'armure et certains venaient juste munis d'un couteau de cuisine. Dauria blêmit dans son casque dont elle avait rabattu la visière, suivant l'exemple de sa camarade. À la tête de l'armée ennemie, c'était une femme centaure dont le buste était habillé de cuir épais et au niveau de la poitrine, un buste de métal.
Au signal des chefs, les armées se foncèrent dessus. Dauria courut avec les autres malgré le fait qu'elle n'était pas sûre de pouvoir se battre contre ces adversaires qui n'étaient pas si différents d'elle. Pourtant, elle se battit. Elle faisait en sorte de ne jamais donner le coup de grâce. Juste de suffisamment blesser pour éviter qu'il n'attaque. Elle vit des gens tomber sous les coups, se vider de leur sang, perdre leur bras, leur jambe, leur tête… Elle vit les massacres, la guerre et l'horreur mais ce qui allait venir après lui semblait cent fois pire…
Elle venait de blesser un adversaire et elle se vit à côté d'elle. Elle se voyait distinctement en train de se battre, là où elle se trouvait quelques instants plus tôt. Elle se voyait distinctement se battre contre Sylver. Et, ça ne ressemblait pas à un duel amical. Dauria eut l'impression que son double et Sylver se battait pour se donner la mort. Elle s'approcha pour empêcher l'inévitable et elle se vit lever la lame pour donner le coup de grâce à Sylver mais avant de voir si ce dernier allait parer, elle sentit une lame transpercer son corps, regarda son ventre et vit qu'une épée sortait de ce dernier.
*****
Dauria se réveilla en sursaut, se relevant brutalement dans un lit qui n'était pas le sien. Elle regarda autour d'elle et remarqua qu'elle était dans le centre de soin de Chronis. Son cœur battait à toute vitesse. Des bras l'enlacèrent et elle commença à se débattre jusqu'à ce qu'elle entendit la voix de la personne murmurer à son oreille.
– Dauria, ce n'est rien, Dauria, je suis là, ce n'était qu'un cauchemar, je suis là, dit la voix de Sylver.
Dauria se tourna vers Sylver et pleura dans son cou. Elle avait eu tellement peur et ça lui semblait si réel… Elle ne comprenait pas pourquoi elle s'était battue contre Sylver dans ce cauchemar, allant peut-être jusqu'à le tuer. Mais, ça l'angoissait et la tourmentait…
– Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Dauria une fois calmée.
– Tu t'es pris une lame dans le dos, entre les côtes. Rien de grave n'a été touché et le chien du roi a soigné les plaies. Malheureusement, il y avait du poison sur la lame et quand elle t'a touchée… Nous avons bien cru que tu allais y rester… On t'a immédiatement amenée au centre de soin et administré de la sève de beathòir.
Le beathòir était un arbre très présent chez les fées qui l'affectionnaient tout particulièrement. Il leur servait souvent d'arbre maison et construisaient de petites huttes sur ses branches. La sève de cet arbre avait la merveilleuse capacité d'amoindrir les effets du poison.
– Depuis combien de temps suis-je ici ?
– Depuis deux jours. Les épreuves sont finies et ton agresseur est derrière les barreaux. Le seigneur Rolphriqs préfère attendre la fin des jeux de Chronis pour le juger.
– Maman est passée ?
– Oui, elle t'a veillée avec moi depuis que tu es ici. Elle est allée prendre une douche et chercher à manger. Tu l'aurais vu quand elle a su ce qu'il s'était passé… Ses yeux sont devenus plus froids que le vent des hautes montagnes en hiver. On aurait dit qu'ils s'étaient assombris et étaient devenus noirs. On a dû la retenir de ne pas étriper Nocentien devant tout le monde. Elle a cassé le nez du professeur Boral d'ailleurs. Il n'était pas très content, mais même lui semblait craindre ta mère.
– Et Lanelys ?
– Elle est passée quand elle l'a su. Elle n'est sortie des combats, il n'y a que trois heures et la première chose qu'elle a faite, c'est de venir te voir avec Gemina. Ensuite, tu la connais, elle ne pouvait pas rester sale et elle est rentrée pour se changer.
*****
Lorsque Lanelys revint, elle avait apporté une boîte remplie de plusieurs centaines de roetras. Elle était allée dans une luxueuse boutique du quatre-vingt-troisième étage pour acheter tous les parfums de la boutique. Sylver sortit pour laisser les deux jeunes femmes.
– Je t'ai apporté un petit quelque chose… dit Lanelys en lui tendant la boîte après s'être assise sur le lit de soin de Dauria. Est-ce que ça va ?
– Oui… Et, toi ?
– On peut dire oui…
– Je ne te crois pas… On a beau se connaître depuis seulement deux ans, tu es ma meilleure amie Lanelys et là, je vois bien que ça ne va pas.
– Bien sûr que ça ne va pas ! s'exclama Lanelys en se levant. Je me suis vu morte ! Je… je me suis inscrite à un concours que je veux absolument gagner, mais jamais je n'ai signé pour me faire tuer ! Bien sûr que j'ai peur. Et, maintenant encore plus ! Tu as failli te faire tuer par un fou de doppelgänger. Et, pourquoi ? Juste parce que tu as aidé un petit garçon et une jeune fille !
– Attends, attends, attends… Quoi ?!
– Comment ça, quoi ? On ne te l'a pas dit ?
– Lanelys, dit quoi ?!
– Ce n'est pas contre Nocentien que tu t'es battu. C'est contre un doppelgänger qui a eu pour ordre de te tuer et… cet ordre venait de Sgith…
– Et Nocentien ? A-t-il été retrouvé ? Il n'a rien ?
– Dauria, calme-toi, il n'a rien. Il a été retrouvé sain et sauf, quoiqu'un peu sonné, sous les gradins, en train de dormir à cause d'une boisson de sòghmor… Il dit que c'est sa maman qui lui a donné une tisane pour l'angoisse avant qu'il n'y aille et qu'après, il n'avait plus aucun souvenir. Maintenant que je t'ai dit la vérité, tu vas me dire la vérité ? Je vois bien que ça ne va pas… dit-elle en lui prenant les mains.
– Je… J'ai peur… Ce vampire me fait peur, ce concours me fait perdre la tête et pourtant, je sens au fond de moi que je dois continuer, que si je continue, Maman n'aura plus jamais besoin de cirer les cent vingt-sept paires de chaussures de Mildred ou de nettoyer les toilettes de Cynfal.
– Ce n'est pas ta seule inquiétude, Dauria… Je vois bien qu'il y a autre chose qui te travaille.
– J'ai rêvé que je me battais contre Sylver et que j'étais proche de lui donner la mort…
Dauria commença à pleurer et Lanelys la prit dans ses bras, caressant son dos en plissant le nez.
– Je suis désolée Dauria mais fais-moi penser de t'apporter un autre savon que celui du centre de soin parce que là, tu sens l'œuf, la coriandre et la transpiration, et je peux t'assurer que ce n'est absolument pas flatteur.
– Idiote… répondit Dauria en riant doucement.
*****
Dauria était rentrée chez elle grâce à Monsieur Rolphriqs qui avait eu la gentillesse de mettre à disposition d'Adsail leur luxueuse voiture tirée par Ealainn et un autre pégase. Depuis, elle était toujours alitée et beaucoup de connaissances venaient la voir pour éviter qu'elle ne s'ennuie, lui apportant des livres, des friandises et des plats. Et, chose exceptionnelle, le roi vint personnellement !
– Bonjour Mademoiselle Drak… J'espère que vous allez mieux. Vous avez déjà meilleure mine. Je venais vous dire que vous avez réussi la dernière épreuve et vous remettre ceci. Vous en aurez peut-être besoin, dit-il en donnant un paquet à Dauria. Je vous convie donc à la prochaine épreuve, qui sera, je vous le promets, sans danger, demain. Bonne journée Mademoiselle Drak !
Dauria n'avait pas pu dire un seul mot, aussi bien à cause de l'étonnement que le départ précipité du roi après avoir dit ce qu'il avait à transmettre. Elle ferma le livre qu'elle lisait avant l'arrivée du roi et ouvrit le paquet avec précautions. C'était une garde pour une lame courte. Elle était très finement ornée. La partie empêchant la main d'aller sur la lame était décorée d'un dragon en argent avec un onyx pour l'œil. La poignée de la garde avait la partie au bout en forme de croissant de lune. Elle se leva et alla chercher les précédentes récompense du concours. La lame et la garde semblaient s'assembler parfaitement pour former le stylet complet. Elle prit la bille et la fit rouler dans sa main, réfléchissant à ce que pourrait être l'épreuve suivante. Un lancer de couteau ? Mais, dans ce cas, pourquoi une garde ? Les questions s'entrechoquèrent dans la tête de Dauria jusqu'à ce que la porte s'ouvre sur Lanelys et Sylver. Lanelys prit Dauria dans ses bras et Sylver déposa un délicat baiser sur ses lèvres.
– Le roi vient de faire son discours et il nous a donné ça, s'exclama Lanelys en sortant une garde de sa poche. Tu sais ce que c'est ce truc ?
– C'est une garde pour la lame qu'on a eu la dernière fois, répondit Dauria en montrant la sienne. Je peux voir les vôtres ?
Lanelys et Sylver tendirent les gardes à Dauria qui les examina avec soin. Celle de Sylver avait une espèce de vague en cobalt striée de topaze représentant de l'écume. Celle de Lanelys était en or sculpté de fines arabesques piquées de petits saphirs.
– Les trois gardes sont très finement ornées et très artistiques pour des armes, murmura Dauria.
– Peut-être que la prochaine épreuve portera sur notre finesse ? Ou notre créativité ? supposa Sylver.
– Le roi m'a dit que la prochaine épreuve serait sans danger. C'est peut-être la finesse dans la parole tout en faisant un discours créatif ?
– T'es beaucoup trop scolaire Dauria, gémit Lanelys quand son amie se mit à parler de discours.
Les trois amis continuèrent à parler un moment jusqu'à ce que Dauria essaie d'étouffer un bâillement. L'herboriste lui avait donné une multitude de plantes à prendre pour continuer à éliminer le poison et certaines créaient beaucoup de fatigue. Lanelys sourit et borda Dauria comme si c'était un bébé avant de partir. Sylver s'approcha et s'assit sur le lit.
– Tu veux que je reste avec toi un petit peu ?
Dauria hocha la tête et Sylver s'allongea à côté d'elle au-dessus des couvertures et caressa les cheveux de Dauria jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
*****
Quand Dauria se réveilla, la chambre n'était que très peu éclairée. Elle se redressa et vit Sylver, allongé sur le dos à côté d'elle, les draps remontés jusqu'au cou. Elle se tourna vers lui et le secoua, mais il ne réagit pas. Il devait dormir. Elle se redressa et regarda autour d'elle. Le rideau de l'alcôve était fermé, rendant l'espace dans le lit très sombre. Elle se tourna de nouveau vers Sylver pour le réveiller et le secoua un peu plus fort que tout à l'heure sans obtenir plus de réactions. Elle se pencha au-dessus de lui et déposa un baiser sur ses lèvres. Elles étaient froides et aucun souffle n'en sortait. Elle toucha son front glacé comme une soirée d'hiver et chercha sa main sous les draps, trouva son bras mais retira bien vite sa main car celui-ci avait la raideur de la mort. Serait-il possible que … ? Non! Elle s'y refusait. Elle se plaça au-dessus de lui, lui prit les épaules et le secoua avec l'énergie du désespoir, les larmes commençant à couler sur ses joues. Elle rejeta les couvertures et se pencha pour écouter son cœur mais rien. Seul le silence lui répondit et le vide envahit son âme, ne laissant plus la place qu'aux larmes. Elle continua de chercher, d'espérer, jusqu'à ce qu'elle remarque son ventre perforé. Elle hurla.
*****
Elle se redressa en sueur dans son lit, les cheveux collés à la nuque. Elle regarda à côté d'elle mais ne vit pas Sylver. Ce n'était qu'un cauchemar… Qu'un cauchemar… Rien de plus. Elle se leva et reprit les récompenses des épreuves différentes. Elle avait besoin de se changer les idées. Autant réfléchir à ce que pourrait être la prochaine épreuve.
Elle posa la dague et la bille sur le lit et les regarda comme s'ils allaient se mettre à parler pour lui dire ce qui se passerait. Elle pourrait très bien utiliser la vision de son futur, mais elle se refusait à tricher. Ce n'était pas correct vis-à-vis des autres. Elle fit rouler la bille familière dans sa main et la laissa tomber sur le lit, irritée de ne pas trouver la solution au problème. Elle ne savait par quel hasard, mais la bille se posa exactement contre le creux de la poignée et lorsque la bille entra en contact avec la poignée, une vive lumière commença à émaner de l'onyx servant d'œil au dragon, aveuglant Dauria. Elle prit le stylet et essaya de retirer la bille sans y parvenir. La lumière l'aveuglait de plus en plus. Elle continua à tirer et la bille sauta du lit, roulant sous celui-ci.
Dauria se leva et se coucha sur le sol pour chercher la bille sous le lit. Elle tâta le sol en regardant en même temps. Elle vit la bille et allait la reprendre lorsque sa main rencontra du tissu. Elle prit la bille qu'elle posa sur le lit loin du stylet et se re-pencha pour prendre le tissu. Elle sentit un poids alors qu'elle le tirait vers elle et quand elle le sortit, elle vit qu'il s'agissait d'un sac. Un sac sur lequel était brodé Aalsid Drakhellon…
Dauria n'eut pas le temps de l'ouvrir qu'elle entendit la porte du logement s'ouvrir. Elle se tourna vers la personne qui venait de rentrer. C'était Adsail, couverte de sang, les cheveux en bataille, exténuée. Elle avait dans une main un long poignard et dans l'autre une flèche avec une pointe de bois. Dauria regarda sa mère, un mélange de terreur et de stupéfaction peint dans le regard.
– Maman ? Qu'est-ce qui s'est passé ?…
Adsail regarda sa fille puis ce qu'elle tenait dans ses mains et ses épaules s'affaissèrent.
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