Dimanche 28 juin

📖 Mais qu’est-ce qu’il y a dans son pantalon ? ✍️ Passiflore 📝 3947 mots

Depuis les fortes chaleurs, je m’étais habituée à dormir fenêtres et volets ouverts, pour profiter de la fraicheur de na nuit. En conséquence je m’étais également habituée à ne plus dormir dans le noir absolu et lumière du matin ne me réveillait plus. Ce matin-là, c’était le froid qui m’avait réveillée. Avoir froid, enfin ! J’en avais rêvé toute cette semaine de canicule où la température avait dépassé les 40°C !

Fañch dormait à côté de moi, sur le dos. Il avait piqué tout le drap. Tu m’étonnes que l’air frais du matin m’ait réveillée moi et pas lui. Je l’ai regardé dormir puis me suis décidée à aller chercher le roman que j’avais commencé dans le Parc du Thabor. Ce n’était pas palpitant mais c’était distrayant. En fait non, c'était le contraire. Ce n'est pas le roman qui me distrayait mais moi qui étais distraite et pas du tout dans le roman. Je lisais une page, puis mon esprit vagabondait, je devais revenir en arrière, relire la moitié de la page que j’avais déjà lu pour me souvenir où j’en étais, lire une page de plus avant qu’à nouveau mes pensées dérivent.

J’essayais de faire le bilan de la semaine. Le lundi donc, Amanda avait élaboré des théories fumeuses sur le besoin de domination des mecs et leur incapacité à vivre avec une femme qui soit plus vieille, plus expérimentée, ayant une position sociale supérieure à la leur. Du pur bullshit de psychologue-sociologue à la c. ! Amanda avait peut-être statistiquement raison mais mon Fañch, lui, ça ne semblait pas le perturber. Ce qui pouvait le bloquer, c’est éventuellement des lasers qu’il n’arrivait pas à régler. Après, il faudrait que je lui demande quand même.

Trois mois plus tard, le héros, revenu de voyage, avait rendu visite aux parents de l’héroïne. Il avait invité l’héroïne à se joindre à un groupe d’amis pour un pique-nique. En tout bien tout honneur, évidemment.

En fait, notre différence d’âge ou de position sociale, je ne pouvais rien y faire. Et je n’allais quand même pas renoncer à ma carrière qui était en train de décoller ! Ma seule marge de manœuvre était le sexe. Est-ce qu’il trouvait que je ne le laissais pas suffisamment faire comme le pensait Amanda ? Si j’ai bien compris ce qu’il m’a raconté hier, ce qui le dérangeait ce n’est pas que la fille soit dessus au lieu d’être dessous, c’est plutôt l’injonction à dire oui à tout rapport sexuel, l’injonction à bander en toute occasion. J’avais eu tort d’insister mardi soir, raison de le laisser dormir vendredi soir. Pourtant il m’avait dit avait aimé que, le tout premier matin, je le prenne en bouche pour le faire bander. Le meilleur réveil de sa vie ! Du coup, on fait quoi ? Quand j’ai envie de lui, je le sollicite ou pas ? Et s’il ne bande pas, qu’est-ce je fais ? Il faudrait que je lui demande. Pareil c’est ambigu : je le laisse conduire nos ébats ou non ? N’a-t-il pas, quand je lui ai demandé de me faire jouir, protesté contre cette injonction à la performance de ma part ? Il y avait décidément des choses à éclaircir.

L’héroïne était enthousiaste à l’idée ce pique-nique mais craignait que son père ne l’autorise pas à y aller. Comment convaincre papounet ?

La solution à tout cela serait peut-être que je m’intéresse plus à lui, à son travail, à ses potes. Que je m’intéresse plus à sa vie. Comme ça je saurais s’il est tracassé ou pas, disponible pour des câlins ou pas trop. Après, il ne raconte pas spontanément. Même Marie il me l’avait cachée. Mais j’avais également mes torts : je ne lui pose pas non plus de questions. Est-ce qu’il prend cela pour du désintérêt ? Est-ce qu’il préfère au contraire garder son jardin secret ? Il faudrait que je lui demande.

Papounet avait dit oui mais imposé la présence de la cousine acariâtre qui servirait de chaperonne. Comment le héros allait-il pouvoir déclarer sa flamme, voire l’embrasser ? S’il osait allait-elle se laisser faire ? Cette nunuche était capable d’imaginer qu’il pouvait la mettre enceinte simplement en mettant sa langue dans sa bouche !

En fait ma question est idiote ! Il n’est pas si secret que cela. Il m’a présenté à ses potes, à sa famille, à Marie. C’est plutôt moi qui cultive mon jardin secret. A part Rebecca, Amanda et Arnold son jumeau et coloc qu’il a vu une fois quand nous avons passé une soirée chez eux, il ne connait personne de mon entourage. Même pas ma mère ! Peut-être qu’il serait temps que je m’emmène à Nantes avec moi. Est-ce qu’il était prêt pour cela ? Il faudrait que je lui demande.

Le héros est très fort. Il a demandé à son meilleur pote de faire diversion auprès de la cousine pour l’éloigner suffisamment pour qu’elle n’entende plus ce qu’ils se disent mais pas trop pour qu’elle puisse garder un œil sur eux et attester de la chasteté de leurs échanges. Il lui a tenu les mains, les a embrassées, mais comme elle portait des gants de soie, aucun risque de transmission d’une IST. Qu’est-ce que c’est lent tout cela !

Mais au fait, pourquoi ça le tracassait tant cette histoire de laser ! Si chaque fois qu’il a une difficulté, il est d’une humeur de chien, il ne va pas être facile à vivre le bonhomme ! Ça ne lui ressemble pourtant pas. Jusque-là il avait toujours été d’humeur égale. Sauf quand j’avais voulu l’introduire en moi sans capote et surtout sans prévenir. Mais ça c’était ma faute. Ah si, il avait également été d’humeur massacrante quand nous étions rentrés de Lorient mais cela n’avait pas pris la même ampleur. Il faudrait que je lui demande pourquoi son problème avec ses lasers l’avait stressé à ce point.

Bon et bien ça n’avance pas décidemment dans le roman. Le héros et l’héroïne en sont toujours au même point ou presque. Il faut dire que l’auteur, non l’autrice, ne cesse d’inventer des trucs improbables pour que leur amour soit contrarié. Là l’héroïne vient de découvrir qu’il fréquente une autre femme, elle est effondrée mais en fait je suis sûr que c’est la fameuse demi-sœur du héros évoquée dans ce que j’ai lu hier et dont la mère du héros (la bâtarde, elle l’appelle) ne veut pas entendre parler. Cela m’a pris trois pages que j’ai lues d’un coup, désireuse de savoir qui était cette fille. Enfin plus deviner que savoir. Je suis sûre qu’il va falloir encore vingt pages avant d’arriver à dénouer ce mélodrame mais il y a suffisamment d’indices pour laisser à penser que c’est un truc de ce genre. Puis de toute façon, je suis allée lire les dernières pages. Ils finissent bien ensemble donc ce nouvel obstacle va être levé comme les autres.

Bon, apparemment, j’avais fait le tour des questions à lui poser. Cela en faisait quand même cinq. Ah si, il en manquait une. La taille de sa bite ! Selon Amanda il fallait absolument que je lui demande. Mais ça m’apporterait quoi de savoir cela ? Et comment allait-il le prendre que je lui pose la question ? Les mecs sont tellement susceptibles de ce côté-là. Il n’y a qu’à voir comment lui et ses potes avaient réagi à la feuille de notes établie par les trois filles du camping.

J’étais donc résolue me tenir aux cinq questions. Il fallait maintenant que je trouve un moment pour lui poser. J’ai vérifié une nouvelle fois : il dormait toujours. Il s’était tourné et était sur le côté. J’ai soulevé le drap pour le mater un peu. J’aimais regarder son corps et notamment son torse.

Comme aurait dit Hugo, il était garé sur la béquille, bref il avait une érection qui l’empêchait d’être sur le ventre. A qui pensait-il, qui était dans ses rêves pour le mettre dans un tel état ? Evidemment j’aurais préféré que ce soit moi mais peut-être songeait-il à une des nombreuses conquêtes antérieures. Au fait avec combien de filles avait-il couché avant moi ? Est-ce qu’il me répondrait si je lui demandais ? Il faudrait sans doute en retour que je lui fasse la liste de mes amants. Ce n’est pas un peu glauque de se raconter cela ? Et puis, c’est comme la taille de sa bite, qu’est-ce que ça m’apporterait quoi de savoir cela ?

Par contre, j’étais en train de réaliser que j’avais là une partie de la réponse à ma question 2. Comment être à l’initiative en matière de sexe, ce qu’il semblait apprécier, sans qu’il prenne cela pour injonction à bander, surtout quand ça ne voulait pas. Là il bandait déjà. Je n’avais donc plus qu’à…

Je l’ai remis sur le dos. Ça faisait un petit chapiteau ! J’ai retiré le drap, me suis installé entre ses jambes et l’ai pris en bouche. Je n’avais pas comme le héros et l’héroïne du roman du temps à perdre en circonvolutions. Je le voulais, maintenant, là tout de suite, sans attendre ! Evidemment ça l’a réveillé et il voulait s’occuper de moi. D’où la question : est-ce que je devais continuer ou lui laisser prendre le contrôle de l’affaire, pour, d’après la théorie d’Amanda, satisfaire au moins sur un volet de notre relation son ego de mâle qui a besoin de dominer sa partenaire. J'ai recraché sa queue et lui ai demandé tout simplement ce qu’il voulait : que je le chevauche ou que ce soit lui qui fasse ? Voilà qui donnerait des éléments de réponses à la question 2.

Sa réponse fut simple, limpide, « Fais-toi, mais laisse-moi manger tes seins ». Perdu Amanda !

Il s’est assis dans le lit, le dos callé par nos deux oreillers. Avec sa bouche qui s’activait sur les deux seins successivement, son pénis bien enfoncé en moi et ses mains qui me caressaient les fesses, je n’ai pas été longue à venir. Lui apparemment n’avait pas encore joui mais j’étais trop fatiguée, vidée de tout énergie par l’orgasme que je venais d’avoir pour continuer. Je me suis allongée sur le dos et lui ai demandé de venir en moi. Il ne s’est pas fait prier. « Est-ce que tu peux relever les jambes » m’a-t-il juste demandé. Et bien voilà il suffit juste de se parler. Nous n’avions plus comme point de contact que son pénis qui faisait des mouvements de va-et-vient en moi, de temps en temps son pubis qui venait taper sur le mien, sa langue qui venait s’insinuer dans ma bouche et parfois mes mains qui tenaient sa tête pour prolonger le baiser. Un moment, il s’est arrêté et m’a soufflé : « Il est là ! » avec un immense sourire. J’ai compris qu’il avait trouvé le fameux petit point qu’il cherche toujours quand il est en moi. « Fais-toi plaisir » lui ai-je répondu, « moi c’est déjà fait ». Il a repris ses va-et vient de façon plus intense, presque violente. Et là c’est monté, lentement mais sûrement. « Attends-moi ! Attends-moi ! Encore ! Encore ! » ai-je supplié. C’est pile poil au moment où il a dit : « Je ne peux plus ! Je vais… » sans avoir besoin de dire la suite car je sentais les contractions de sa verge en train d’éjaculer dans mon vagin, que moi aussi j’ai joui. Il a poursuivi encore un peu ses mouvements de va-et vient puis s‘est retiré et s’est effondré à mes côtés.

« Je suis désolé ne pas avoir pu tenir plus longtemps. Je croyais que toi tu avais déjà joui.

- C’est le cas, mais j’ai joui une deuxième fois. En même temps que toi !

- Vous avez de la chance vous les filles de pouvoir jouir deux fois de suite.

- Ça compense pour les fois où on ne jouit pas du tout !

- Ça arrive souvent ?

- Ça arrive ! Y a des fois où vous êtes trop rapides pour qu’on ait le temps de jouir.

- C’est toujours la faute des mecs.

- Eh oui. C’est physiologique. Le problème, ce n’est pas que vous jouissiez trop vite, c’est que vous débandiez ensuite. Il faut alors attendre un peu avant que vous ne soyez de nouveau en état mais c’est trop tard pour nous, l’excitation est retombée et il faut tout recommencer à zéro. Nous, on aimerait bien, nous aussi, que vous soyez capables de jouir plusieurs fois de suite. Ça nous arrangerait ».

Il m’a embrassé et s’est levé.

« L’autre problème c’est que bander nous coupe toute envie de pisser, à nous les mecs, mais une fois débandé, y’a urgence ! »

Il est revenu peu de temps après avec une bouteille de jus de pomme bien fraiche qu’il buvait à même le goulot. « T’as soif ? » m’a-t-il demandé en me la tendant. Il a renfilé son caleçon et s’est recouché à mes côtés. Face mon air étonné, il s’est justifié :

« Je n’aime pas trop avoir les balloches à l’air. Tu trouves cela beau toi, un mec les couilles exposées à tout vent ?

- Quand elles ne pendent pas trop…

- Pour cela il faut que la température soit plus basse. Quand on voit les toutes petites balloches et les tout petits pénis des statues grecques, on se dit qu’il devait faire vraiment froid pendant l’antiquité. Le climat s’est bien réchauffé depuis.

- T’es bête ! »

Puisqu’on était lancé sur le sujet je me suis dit que c’était l’occasion de purger la question 2. Je lui ai fait part des théories d’Amanda sur le fait que je devais lui laisser plus souvent l’initiative. J’ai même fait le rapprochement avec ses propres théories sur l’injonction sociale faite aux garçons de ne jamais dire non, de devoir toujours bander.

« C’est n’imp’ » a-t-il tranché. « Au contraire, c’est très agréable et même très valorisant qu’une fille te dise qu’elle a envie de toi, voire qu’elle prenne l’initiative, voire même fasse tout, qu’on se contente, nous, de faire l’étoile de mer exactement comme je viens de faire. Si elle n’arrive pas à jouir ce n’est plus de notre seule responsabilité. Et puis on a tellement le sentiment, peut-être parce que les mecs ont une libido plus importante que les meufs, d’être tout le temps ceux qui réclament un câlin et que vous, vous vous forcez pour nous faire plaisir, que pour une fois que la demande émane de vous, on se voit moins comme des agresseurs sexuels perpétuels. Non le problème de base à Noirmoutier, ce n’est pas que les filles aient pris l’initiative, c’est que nous les mecs, on n’ait pas su dire non, que je n’ai pas su dire non, quand j’en avais pas envie. Je me fous de la gueule de Rebecca quand elle critique le patriarcat tout en en reproduisant les codes, mais je dois avouer qu’on est bien pareil, nous les mecs. Y a plein de trucs dans le patriarcat qui nous font chier, mais dont on arrive pas à se défaire.

- Comme quoi ?

- L’injonction de jouer le rôle de chef de famille, celui qui fait bouillir la marmite, par exemple. Ça reste ancré dans nos têtes ça. On se dit toujours qu’on doit viser un taf qui rapporte du blé alors qu’on aimerait tous, comme les meufs le revendiquent, avoir d’abord un taf qui nous épanouisse. Sauf que si tu gagnes pas suffisamment bien ta vie, tu peux pas pécho. Parce que vous n’y mettez pas toujours du vôtre non plus, les filles. Ou alors il faut avoir la chance de tomber comme moi sur une meuf qui s’en fout que j’ai pas de CDI dans une grande boite et que je vive de petits boulots »

Et, hop, il avait glissé de lui-même sur la question 1. Il ne me restait plus qu’à en profiter !

« Ça ne met pas en question ton statut de mâle dominant que je gagne mieux ma vie que toi ?

- Mes couilles le statut de mâle dominant ! C’est encore une théorie à la con d’Amanda ça ? Moi, ça me va très bien de faire ce qui me plait, même si je ne gagne pas des masses. Je m’éclate dans ce que je fais et c’est le principal. Et si gagnes plus tant mieux. J’en profite indirectement comme pour le resto d’hier soir.

- Même la différence d’âge ne te gêne pas ?

- J’ai toujours vécu avec des gens plus âgés que moi. Mes frères sont encore plus vieux que toi. Et puis une femme d’expérience, ça a des avantages. Le statut de gigolo, moi ça m’irait. D’ailleurs j’y pense, la théorie d’Amanda sur les mecs qui ne chercheraient qu’à baiser des femmes plus jeunes qu’eux, ça ne tient pas. Et le fantasme de la milf ou de la cougar, t’en fait quoi ?

- Ça c’est juste un fantasme, ce n’est pas pour faire sa vie avec !

- Demande à notre président de la République ce qu’il en pense ! »

Bon et bien question 1 et question 2, plus ou moins réglées. Et en plus il m’offrait une ouverture pour la question 5, voire la question 3. Il n’y avait plus qu’à s’engouffrer dans la brèche.

« Tu dis que tu fais un taf qui te plait, pourtant ça te met dans un brave état quand tu as des difficultés comme avec tes lasers. Ça arrive souvent ?

- Non relever des défis c’est toujours intéressant, ça motive. Ce qui est bien en plus c’est que ceux que j’ai choisi de relever sont sans enjeux. Je ne suis pas là pour sauver le monde, sauver des vies, juste faire passer un moment fun à des gens. Que ça marche ou pas, ça ne changera pas la face du monde. Non, sur ce coup-là, c’est moi que me suis mis la pression tout seul, comme un con. Je voudrais vraiment que ce projet de nouvelle salle se fasse. Cela me permettrait de faire une belle rentrée d’argent et du coup de finir ma salle de bain. J’en ai trop marre de cette douche brinquebalante. Tu pourrais même passer la nuit chez moi. Même si, au niveau cuisine, ça resterait pas top avec la kitchenette au rez-de-chaussée.

- Finalement, Amanda a raison. Quoi que tu en dises, tu restes attaché au schéma du mec qui veut épater sa nana en affichant sa réussite au travers des biens matériels.

- Peut-être. Mais je pense que ça vient surtout que, depuis six mois, je suis coincé pour les travaux par manque de pognon et que si Matthieu ne signe pas avec moi pour l’aménagement de sa nouvelle salle, je vais devoir me prendre un boulot à la con genre chez MacDo pour mettre suffisamment d’argent de côté en attendant que. Et que ça, ça me fait vraiment chier. J’ai pas kiffé les expériences précédentes.

- Ça rapporte plus tes bricolages ?

- Si je devais compter les heures qui j’y consacre, je dirais pas tellement, voire même moins ! Mais ce sont des heures plus agréables. Enfin la plupart du temps. En tout cas, si Matthieu ne signe pas, toutes les heures que j’ai passées à concevoir le truc, tout le matériel que j’ai acheté pour faire des tests, c’est perdu. J’aurais bossé quasiment deux mois pour rien. Et ça, ça fait iéch ».

Bon et bien j’avais la réponse à la question 5. Restait encore à tenter la 3.

« Et pourquoi tu ne m’as pas parlé de tout cela avant, pourquoi tu prends tout sur toi ?

- Parce que je veux pas t’emmerder avec cela.

- Sauf que j’en subis les conséquences. Je te vois stressé, parfois de mauvaise humeur, sans savoir pourquoi. Du coup, je me fais des films. J’imagine que le problème c’est moi.

- N’importe quoi ! Tu peux pas être un problème toi ! Mais t’as raison. La prochaine fois que tu me vois partir en couilles, pose-moi des questions, je te répondrais ».

Puisqu’il me tendait la perche, question 4.

« Je peux en poser une dernière ?

- C’est un interrogatoire en règle ce matin ! Mais avant que tu ne la poses, t’as peut-être raison sur un point. Oui j’attache de l’importance, peut-être trop d’importance à avancer sur les travaux de mon appart pour pouvoir te recevoir chez moi. Mais je ne pense pas que soit pour t’épater, pour afficher une certaine réussite. C’est plutôt juste pour que tu n’aies pas trop honte de moi. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi une fille brillante, intelligente comme toi s’intéresse à un petit bricoleur comme moi qui vit dans ce qui ressemble plus à un taudis qu’à autre chose, même si j’ai un peu amélioré les choses depuis que j’y vis. Tu aurais dû voir quand je campais dans la pièce du bas pendant que je refaisais les murs et le plafond de la chambre. Qu’est-ce que tu me trouves ? Pourquoi tu es encore avec moi ?

- Tu baises comme un dieu !

- C’est pas suffisant et puis j’y crois pas. Un moment j’ai cru que tu cherchais juste un géniteur pour « faire un bébé toute seule », comme dans la chanson de Goldman. Ça collait avec le truc que tu as rédigé et signé le soir où on était chez Corentin et Emilien. Moi quand je l’ai lu, je n’ai pas cru aux première clauses, contraception, stérilet, tout cela. Tout ce que j’avais retenu moi c’est le fait que si tu tombais enceinte et gardais le môme, je n’aurais que le statut de donneur de sperme. Bref tu voulais que je te fasse un môme mais sans avoir à t’encombrer de moi comme père. J’étais persuadé de cela surtout quand, peu après, tu m’as demandé de te faire l’amour. C’était dans la logique. Tu avais déjà essayé juste avant une pénétration sans préservatif pour que j’éjacule en toi mais je t’avais repoussée. Tu tentais donc à nouveau ta chance. J’en ai déduit que ça devait être ta période d’ovulation. Si tu ratais le coche, tu aurais à me supporter au moins un mois de plus. J’étais pas trop chaud, j’envisageais d’ailleurs de faire l’amour certes sans capote mais de me retirer au dernier moment pour ne pas éjaculer en toi. Mais c’est alors que tu m’as tendu un préservatif et là plus rien n’avait plus de sens. Je l’ai enfilé sans me poser de questions, j’en avais déjà trop dans ma tête. Il m’a fallu un petit moment pour réaliser que la seule explication possible c’est tu étais finalement sincère dans ta démarche, que tu t’étais vraiment fait poser un stérilet, que tu avais véritablement l’intention de respecter même les premières clauses de ton engagement. Du coup je t’ai proposé de retirer ce foutu préservatif. Mais depuis je me pose la question : si ce n’est pas pour te faire un gamin qui ressemblerait à moi petit sur les photos, pourquoi tu restes avec moi, alors ?

- Ça ne te viendrait pas à l’esprit que c’est parce que je t’aime ?

- Ça semble tellement improbable qu’une fille comme toi puisse aimer un type comme moi.

- Pas plus improbable qu’un jeune comme toi puisse tomber amoureux d’une vieille comme moi.

- Ça va, on n’a que cinq dans d’écart

- Cinq et demi.

- Ça ne change rien.

- Et qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour te convaincre ?

- Que tu piques tes crises de jalousie comme mercredi dernier. On n’est pas jalouse pour un donneur de sperme ! Au fait c’était quoi ta dernière question ?

- Je me disais. Tu m’as présentée à ta famille mais pas moi. Ça te dirait d’aller à Nantes le week-end prochain voir ma mère. Avant de répondre, je te préviens que ce n’est pas un cadeau, ma mère. Elle aime pas trop les hommes. Elle n’a pas toujours digéré que mon père se soit barré il y a vingt-cinq ans. Tu risques d’en prendre plein la gueule.

- Dis comme cela c’est hyper tentant. Tu y tiens ? »

Bonne question qui demandait réflexion. Mais la réponse était en fait évidente.

« Ben oui, tu fais partie de ma vie maintenant. Il va bien falloir en passer par là. Le plus tôt sera le mieux. Elle n’en sait pas encore des masses sur toi, elle n’aura pas eu le temps de préparer ses missiles.

- Ses missiles, carrément ! T’envoies du rêve ! J’ai hâte ! »

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