Mardi 14 juillet

📖 Mais qu’est-ce qu’il y a dans son pantalon ? ✍️ Passiflore 📝 3841 mots

Nous arrivions au terme de ce week-end avec les potes de Fañch qui m’avait permis de me ressourcer, d’évacuer le stress et les angoisses de dix derniers jours.

Nos activités avaient alterné entre la plage, les bonnes bouffes, les longues discussions sans queue ni tête, les jeux en extérieur ou de société. Ils avaient tous été un peu déçus par l’annulation pour cause de sécheresse du feu d’artifice de Saint-Malo, un moment culte de ces week-ends à Dinard apparemment. « C’est con la Rance ne va pas prendre feu ! » avait gueulé Goulven. Les autres avaient beau lui expliquer les pompiers mobilisés ailleurs, la valeur d’exemple et cætera, il n’en démordait pas. Il faut dire que leurs arguments n’étaient pas très convaincants et qu’ils les défendaient mollement, partageant sans doute la déception de Goulven. Quant à moi je me suis tue, mais je me demandais bien vers quel monde on allait entre les canicules à répétition, les pelouses grillées (en Bretagne !), tout ce qui égaillait la vie, annulé.

Le dimanche, les garçons s’étaient mis en tête d’aller jouer au volley sur la plage. En fait, ils n’avaient pas vraiment joué au volley, en tout cas pas selon les règles. Ils se passaient le ballon les uns aux autres, certes à la façon de volleyeurs, mais seulement dans le but de battre à chaque fois le record du nombre de passes réussies. Marc était super bon à ce jeu-là, récupérant les ballons les plus désespérés et le renvoyant toujours avec précision pile sur un des gars. Nous, les filles, étions dans le cliché total : de vraies pom-pom girls admirant nos hommes faire jouer leurs muscles en comptant le nombre d’échanges. Ils étaient beaux tous les cinq, torses nus. Marc et ses presque deux mètres de haut, puissant, le torse velu. Jérémie et ses pectoraux très sculptés. Goulven plus enrobé : Gwenaëlle l’appelait son nounours. Et enfin Maël et Fañch, les deux gringalets de la bande mais super agiles. J’admirais les deux petites fossettes dans le bas du dos de mon Fañch de part et d’autre de sa colonne vertébrale, et quand il était de face, les deux plis qui séparaient entre ses hanches et ses abdominaux et qui étaient comme des flèches pointant vers son pubis et ce qu’il cachait dans son short de bain. Il y avait aussi les quelques poils blonds qui brillaient parfois sous le soleil et qui, partant du nombril semblait converger vers ce même point d’attraction. J’ai surpris Camille qui semblait elle aussi dévorer des yeux son Maël et j’en étais doublement ravie.

D’abord parce que cela me confirmait que je n’étais pas moins amoureuse de mon Fañch qu’elle de son Maël. Après j’aurais bien aimé que Fañch me regarde lui aussi comme Maël regardait Camille. Mais Fañch restait Fañch avec cette espèce de distance qu’il semblait mettre entre lui et les autres, cette pudeur à exprimer ses sentiments qu’il masquait par de l’humour et des pirouettes. Il y avait de cela aussi chez ses frères et chez son père. Ce n’était pas chez lui le trait de caractère que je préférais. J’aurais bien eu besoin, en ce moment surtout, d’un Fañch plus démonstratif comme l’était Maël vis-à-vis de Camille.

J’étais également ravie pour Maël. J’étais contente que voir ce garçon timide, réservé, recevoir tout l’amour qu’il espérait et méritait. Alors que je l’avais à peine remarqué lors du jeudi de l’Ascension que nous avions passé chez Sonia et Jérémie, j’avais pris le temps pendant ce week-end de l’observer et de chercher à le comprendre, lui que Fañch considérait comme un frère. C’était vraiment un chic type, attentionné, perspicace, ne disant quasiment jamais rien mais dont chaque prise de parole était pertinente. L’inverse de Jérémie et Marc qui parlaient beaucoup, haut et fort. Un peu comme Hugo qui monopolisait tout le temps la parole, faisant de grandes phrases, impressionnantes sur le coup, son charisme était réel, mais dont on avait la peine à se souvenir ensuite du contenu. La différence c’est que Hugo se prenait au sérieux alors que Jérémie et Marc étaient, eux, dans la déconnade permanente. A propos de déconnade d’ailleurs, ils n’ont pas arrêté de taquiner Maël avec sa fine moustache : « Attend Maël, t’as un truc sur le dessus de la lèvre, essuie pour voir ! Non ça ne part pas ! », « Vercingétorix, toi ici, ça fait un bail ! Ah pardon, je ne t’avais pas reconnu Maël avec ta moustache ». De vrais gosses. J’ai eu l’impression de rajeunir de dix ans.

Après, il est vrai que j’étais la plus vieille de toute la bande. Le plus âgé avait cinq ans de moins que moi. Ils étaient tous encore au collège quand je suis entrée à la fac ! Mais ils ont été sympas, ils ne m’ont pas chambré sur ce point. Peut-être parce que j’étais encore nouvelle dans la bande. Si je restais avec Fañch, je n’étais pas certaine d’être épargnée encore longtemps.

J’ai eu un échange de SMS avec Amanda pendant le week-end à ce sujet. Alors que je m’ouvrais à elle en lui faisant la remarque que je passais le week-end avec des gamins, elle m’a répondu :

Amanda : En plus ce sont tous des scientifiques

Julie : Et alors ?

Amanda : Tu te rappelles, quand on était au lycée, on disait entre nous, que les S murissaient plus lentement             

Julie : Je me souviens    

Amanda : Et bien c’est faux : ils ne murissent jamais !    

Amanda : Kylian a voulu que je vienne à une soirée avec ses collègues de travail, tous des scientifiques. J’ai eu la même impression : que des gamins et pourtant ils avaient tous au moins mon âge ! Le pire était le chef de projet de Kylian. Cinquante balais bien tassés mais un vrai gosse !

Amanda : Après c’est peut-être eux qui ont raison et que c’est nous en SHS qui nous prenons trop au sérieux

Amanda : Souviens toi d’Hugo et ses grands discours. Du pur bullshit mais énoncé comme si c’était du Platon ou du Kant !

Amanda : T’es toujours là ?        

Julie : Oui. S’cuse. J’étais en train de penser à ce que tu dis         

Amanda : Et ?   

Julie : On va dire que tu n’as peut-être pas tort  

Amanda : J’ai raison      

Amanda : Comme toujours        

Amanda : En toute modestie évidemment          

Julie : A propos d’Hugo, sûr !     

Amanda : Excuse moi d’avoir ravivé ce mauvais souvenir

Hugo avait été totalement absent de mes nuits durant ce week-end. Ni aucun autre de mes ex. Je n’avais fait aucun cauchemar. J’avais dormi comme un bébé dans les bras de mon Fañch, en sécurité. Nous n’avions pas fait l’amour non plus. Drapeau rouge hissé, baignade interdite. Au plus grand désespoir de Fañch qui s’était montré insistant, essayant de m’exciter pour que je cède à ses avances. Sans succès. J’étais restée intraitable.

Le lundi, nous avions fait une balade en bord de mer à marée basse avec Fañch, Maël, Camille et Marc, pendant que les quatre autres étaient partis à Saint-Malo. Les garçons nous avaient montré comment ramasser des coquillages. Ils avaient la technique, surtout Maël qui avait appris cela avec son père. Nous avons trouvé, enfin surtout Maël, a trouvé plein de couteaux.

« Maël est le plus fort pour les repérer et les attraper avec du sel. Fañch est celui qui les cuisine le mieux. C’est une question de température. Si on les cuit à feu trop doux, c’est caoutchouteux et infect. Si on le feu est trop fort, le beurre crame et c’est immangeable, a expliqué Marc. Moi je n’y arrive pas. Chacun son talent.         

- Et toi, c’est quoi le tien ?          

- C’est incontestablement moi qui les mange le mieux. Et qui en mange le plus ».

Il est vrai que le soir, il en a mangé quasi la moitié du plat à lui tout seul. Faut le nourrir ce grand corps ! Je lui ai laissé volontiers ma part : je n’ai pas trouvé ça top. Mamyvette, la grand-mère de Jérémie nous avait rejoint. Fañch m’avait prévenue : elle arrivait toujours pour la dernière soirée pour inspecter le ménage du dernier jour. Nous n’allions pas chômer le lendemain. Je flippais pour les draps tachés de sang.

Le mardi, après le petit déjeuner, je suis allée discrètement voir Sonia pour lui demander si elle savait où il y avait du détachant. Elle m’a indiqué qu’il y avait tout ce qu’il fallait dans le petit placard au-dessus des machines dans la buanderie.

Je suis allée dans la chambre chercher les draps. Le lit était déjà démonté. Je suis allée à la buanderie, Fañch était en train de mettre les draps dans la machine. Je l’ai à moitié engueulé en lui expliquant qu’il fallait mettre du détachant avant parce que le sang, ça ne partait pas comme cela.

« Je sais, m’a-t-il répondu. J’en ai mis. Tiens si tu veux vérifier que je n’ai pas oublié d’endroits avant que je mette le drap housse dans la machine ».

Pendant que nous faisions une ultime vérification (pour rien entre parenthèses), je lui ai fait remarquer qu’il aurait pu me le dire qu’il savait où était le détachant. Ça m’aurait évité d’embêter Sonia.

« Tu ne me l’as pas demandé non plus avant d’aller voir Sonia.  

- Et comment tu savais cela ?    

- Parce qu’il m’est déjà arrivé de tacher des draps ici avec du sang et que j’avais demandé à Jérem’ où était le détachant. Il m’avait renvoyé vers Sonia. Tu sais Jérem’, il y a toujours eu une femme de ménage qui venait chez ses parents. Alors les taches ménagères, c’est pas trop son truc. T’as eu raison de demander directement à Sonia. T’as gagné une étape.   

- Tu as déjà amené ici une fille à qui tu as fait l’amour alors qu’elle avait ses règles ? lui ai-je demandé un brin jalouse.           

- Non, j’avais juste saigné du nez pendant la nuit, il y a deux ans ».

Nous sommes remontés du sous-sol pour nous enquérir de ce qu’il restait à faire. Jérémie s’était auto-proclamé superviseur et contrôleur des travaux finis.

« Les draps de Maël et Camille sont dans le sèche-linge et les nôtres dans la machine. Il reste quoi à faire ? lui a demandé Fañch.       

- L’aspirateur dans le salon.      

- Je m’en charge, ai-je proposé. Je ferais ensuite notre chambre.             

- Laisse. On va d’abord vider nos affaires et refaire le lit. On passera l’aspirateur ensuite, m’a répondu Fañch.             

- Parce qu’il faut refaire les lits ?             

- Oui madame. Pourquoi crois-tu qu’on lave et qu’on met les draps à sécher ! Tout doit être exactement dans le même état que lorsqu’on est arrivé. Mamyvette y veille.         

- Il y a aussi les salles de bain à faire, ai-je ajouté.            

- Maël est dans la grande, Sonia dans la petite, nous a informé Jérémie. 

- Quand ils auront fini de se laver alors. 

- Non, ils sont dedans parce qu’ils sont en train de les nettoyer justement, a précisé Fañch. Allez, cesse de vouloir piquer le travail de coordinateur des travaux de Jérém’ qui ne fout déjà pas grand-chose et va passez l’aspi dans le salon puisque tu t’es proposée. Ou alors c’est moi qui le fais. Pendant ce temps, moi, je vais aller voir si Maël a besoin d’un coup de main pour finir la grande salle de bain ».

Je me suis tue et me suis attelée à passer l’aspirateur dans le salon. Nous n’y avions pas trop foutu le bordel. Quelques miettes des chips des apéros par terre et un peu de sable en revenant de la plage. Au bout d’une demi-heure c’était nickel. Jérémie m’a dit de laisser l’aspi en bas de l’escalier et d’aller rejoindre les gars sur la terrasse. Maël, Marc et Fañch étaient tous les trois en train d’y siroter une bière.

« On a fini avant toi ! » fut leur seul commentaire. Ils ont repris leur conversation où ça parlait de lasers, de fumigènes pour permettre de voir les rayons lasers de côté. Bref, Fañch était en train d’expliquer son nouveau concept de salle à ses deux potes qui avaient l’air de comprendre mieux que moi les enjeux et les défis techniques que cela soulevait.

« Ça c’est mes deux profs », a soudain dit Marc en s’adressant à moi et en posant ses longs bras par-dessus les épaules de Maël à sa droite et de Fañch à sa gauche. Il les serait contre lui. J’ai cru qu’il allait me casser mon Fañch. « Maël pour la théorie, Fañch pour la pratique. Sans eux je n’aurais jamais eu ce foutu DUT. Ce sont des génies ces deux mecs.             

- En électrotech’, t’en savais plus que nous, a protesté Fañch.     

- Oui mais pour tout le reste. Tu sais Julie que le projet de Fañch il est génial. J’espère que son client va dire oui parce que c’est du jamais vu. Moi je dis, ça va cartonner. Une salle comme cela j’aurais envie d’y jouer et d’y rejouer.             

- Surtout que les énigmes et les codes à trouver sont aléatoires. C’est une salle que l’on peut refaire et ça, ça devrait plaire à Matthieu, non ? a surenchéri Maël.   

- Oui mais il trouve cela trop cher.          

- Quel pissou a rétorqué Marc. Quel pissou et quel picsou ! Il comprend donc pas que c’est un investissement lourd mais que ça va aussi lui rapporter un max. Toujours pas de nouvelles de lui ?

- Non, il m’avait dit qu’il me répondrait d’ici le 14 juillet. On est le 14 juillet et pas de nouvelles.           

- Ça doit être dur l’attente.         

- M’en parle pas !          

- Allez, une autre bière pour faire passer le temps ! »

Marc a sorti quatre autres bières de la glacière à ses pieds. Il m’en a tendu une. J’ai décliné.

« Tu as tort, a dit Fañch. C’est Marc qui les a brassées lui-même. C’est de la blanche avec du yuzu dedans. C’est super rafraichissant ! »

Je me suis donc laissé tenter. J’ai gouté le fruit du travail de Marc dans une brasserie locale où il avait fait un stage de deux semaines. La bière était glacée et effectivement très désaltérante.

« Faut bien que je m’occupe. Depuis que j’ai signé ma rupture conventionnelle, ça patine pour retrouver du taf. J’ai une touche dans une grosse boite mais tu sais comment ils sont dans les grosses boites. C’est long leur procédure de recrutement. J’en suis au deuxième entretien et il y en aura encore au moins un autre. Mais pas avant septembre maintenant. Du coup, je suis au chômage, payé à ne rien faire, la belle vie. Et je fais des stages mais plutôt fun. Comme ça mon conseiller France Travail me fout la paix.

- Et pourquoi t’as quitté la boite précédente ?   

- Parce que j’ai traité le patron de connard et que ça lui a pas plus.          

- Rien que cela !             

- Oui. Il voulait me faire débrancher des panneaux solaires que ses ouvriers avaient câblé à l’envers. Le rouge sur le moins et le noir sur le plus. Je lui ai dit que tant que le courant passait par les diodes de bypass, ça ne craignait rien mais que si on ouvrait le circuit cela allait, avec l’inductance de câblage, créer une surtension et qu’on risquait de péter l’onduleur. C’est ça l’explication, hein Maël ? Qu’il valait mieux attendre la nuit pour reconnecter les panneaux à l’endroit. Il m’a dit de me mêler de mes affaires, qu’il avait toujours fait comme cela et qu’il n’avait jamais eu de problèmes.      

- Et ?    

- Il a débranché les panneaux, il y a eu une surtension et l’onduleur a sauté. Six mille balles à la poubelle. Je lui ai dit : bien fait connard ! Quand il m’a donné le papier à signer pour la rupture conventionnelle avec le chèque pour solde tout compte qui allait avec, je lui ai filé en échange une copie de la notice de l’onduleur avec surligné en fluo le paragraphe qui disait qu’il ne fallait jamais débrancher des panneaux montés à l’envers tant que le courant fourni par les panneaux n’était pas descendu sous les deux ampères ».

Maël et Fañch sont partis dans un fou rire, entrecoupé de « Marc, t’es le meilleur ! », « c’était vraiment un connard ! », « t’as bienfait de te barrer ! ». Marc a du recommencer l’histoire car Jérem’ voulait savoir pourquoi ils riaient tous. Puis il l’a répété une troisième fois quand les Gégés sont sortis de la cuisine avec ce qu’il restait de bouffe pour faire un pique-nique dans le jardin.

« Camille passe la toile et nous rejoins ! »

Sonia est arrivée entretemps en annonçant que tout était propre, que nos draps étaient dans le sèche-linge (« les tâches sont parties, m’a-t-elle glissé à l’oreille pour me rassurer, j’ai vérifié ») et que ceux de Marc tournaient. Qu’il ne restait plus qu’à vider les chambres et y passer l’aspirateur mais qu’avant il fallait trouver des volontaires pour vider les bouteilles qui restaient.

Le pique-nique fut joyeux et surtout bien arrosé. Après manger, nous sommes allés refaire notre lit, vider la chambre, mettre nos bagages dans la voiture de Marc qui nous ramenait, les Gégés restant plus tard pour ramener Sonia et Jéremie. Quand je suis remontée dans la chambre, Fañch y était déjà occupé à passer l’aspirateur.

Comme je n’arrêtais pas de lui demander s’il était bien passé à cet endroit-ci et à cet endroit-là, il a fini par me foutre dehors en me disant. « Julie, il va falloir que tu te calmes sur le ménage : si on doit vivre ensemble, il va falloir que tu apprennes à accepter que je fasse les choses à ma façon sans t’en mêler. Sinon ça va finir avec des reproches du type ; c’est moi qui ai toute la charge mentale du travail domestique et gnagnagna, alors que c’est juste que tu refuses de déléguer et faire confiance. Déjà que ce matin avec le linge, tu m’as pris pour un débile qui ne sait pas lancer une machine… ».

C’était donc cela qui le faisait hésiter à me laisser m’installer chez lui ? Le fait qu’on finisse par s’engueuler à cause du ménage ? Entre autres ! « Il allait falloir que je me calme » avait-il dit. Ok, c’était noté. Il fallait donc que je me mettre dans la tête que vivre chez lui ne serait pas comme vivre chez moi et qu’il fallait que je fasse un effort d’adaptation. En serais-je capable ou est-ce que le naturel reviendrait vite au galop ?

Je réfléchissais encore à cela, assise à l’arrière, dans la voiture de Marc, lors de notre retour sur Rennes. Le point positif était qu’il avait dit : « si on doit vivre ensemble ». Donc il envisageait cette possibilité. Sauf qu’il le voyait comme un devoir (« on doit »), parce que je n’allais pas bien et qu’il ne pouvait pas me laisser dormir seule chez moi. A l'avant, Fañch et Marc étaient en train de se remémorer les bêtises qu’ils avaient faites à l’IUT. Il y avait notamment une histoire de condensateurs chimiques (aucune idée de ce que c’était) qu’ils avaient branché à l’envers et qui avaient explosé, remplissant la salle de TP d’un nuage toxique. Fañch semblait avoir déjà oublié son coup de gueule contre moi. Nous étions déjà dans Rennes, quand le téléphone de Fañch a bipé et vibré. Un SMS, puis au moins deux autres étaient arrivés. Fañch l’a laborieusement sorti de la poche de son bermuda et a consulté le message.

« Woh, woh, woh ! Qu’est-ce qui se passe Fañch ? »

Marc s’est arrêté en urgence dans le couloir de bus. Fañch était livide.

« Qu’est-ce qui t’arrive, mec ! »

Marc lui a piqué le téléphone des mains. « C’est Matthieu, a-t-il annoncé. Attends je lis. Il y en a toute une tartine

Matthieu : Salut Fanch

Il a pas mis le tilde.        

J’ai refait les comptes et engager 40.000 euros dans l’aménagement d’une nouvelle salle est trop risqué. La banque ne va pas me suivre.     

Je t’avais dit que c’était un pissou. Attend y a une suite.

Matthieu : Je suis là avec mon pote Gilles qui a un Escape Game à Nantes et qui est venu manger à la maison. Je lui ai montré ton concept et il a trouvé cela très intéressant. C’est surtout la rejouabilité qui l’intéresse avec les énigmes et les codes qui changent à chaque passage des joueurs.          

On te l’avait dit avec Maël que c’était du génie ça.          

Matthieu : On sait que dans les coûts que tu factures, la moitié c’est du développement. C’est à peu près cela ? On se disait avec Gilles, que si tu en as pour 20k€ de développement et 20k€ de déploiement, si on te commande deux salles, une à Cesson, une à Nantes, et qu’on se partage les frais de développement, ça fait 10+20=30k€ la salle. Est-ce que tu serais partant sur cette base ?      

Génial. T’as vendu mon pote. Alors, 30.000 la salle, c’est jouable pour toi ou non ? »

Fañch a fait oui de la tête.

« Super, alors je réponds pour toi »

Il a tapé le message et nous l’a lu.

« 65 k€ pour les deux salles parce que je vais avoir des frais de déplacement. Débrouillez-vous entre vous pour vous répartir la facture.           

- T’as pas fait cela ? Ils vont jamais accepter !     

- Trop tard c’est envoyé. Faut attendre la réponse maintenant. Patience ! »

L’attente ne dura que quelques minutes mais qui me parurent interminables. Nous étions toujours garés en vrac sur la voie des bus avec les feux de détresse allumés. Il n’y avait pas un bruit dans l’habitacle à part celui des clignotants.

Le téléphone de Fañch a émis un bip. Il était toujours dans la main de Marc. Il l’a montré à Fañch qui n’a pas réagi. Il était toujours blanc comme neige. Puis il me l’a fait voir.

Matthieu : Deal. Idéalement les travaux devraient commencer début octobre à Cesson avec ouverture de la salle avant les vacances de Noël. A Nantes il faudrait commencer les travaux début janvier pour ouvrir pour les vacances de Pâques au plus tard. Possible pour toi ?

« Je réponds quoi ? a demandé Marc à Fañch qui était toujours aussi pâle.             

- Deal, a-t-il bredouillé. 

- C’est fait. Tu me dois cinq milles balles mon pote. Et tu vas commencer à régler ta dette tout de suite en m’offrant un coup à boire chez toi pour fêter cela. T’as de la bière au frais j’espère ! P’tain, j’ai bien fait de me proposer pour te ramener ! Sans moi, tu te faisais entuber de cinq milles boules ! »

💬 Commentaires 3

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Lahire • 1 semaine, 5 jours
Oui, les fondations se mettent en place petit à petit.
Chacun à sa manière. Ce qui passe par des remises en cause des habitudes de chacun.
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Enattendantlapluie • 1 semaine, 5 jours
Les personnages sont toujours bien caractérisés.
La forme est solide, avec une psychologie bien plantée et une intrigue amoureuse qui évolue avec naturel.
J'étais contente pour Julie quand il a dit "Si on doit vivre ensemble". Mais elle a tout de suite analysé sous un angle négatif.
Bien vu ce travers (féminin ?) de vouloir tout faire à sa manière !
Sur la forme, il me semble que c'est la syntaxe qui coince parfois. Je peux te pointer certains éléments par la suite si ce type de relecture t'intéresse.
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Passiflore Auteur • 1 semaine, 5 jours
Merci pour les compliments. Et merci d'avance aussi pour tes propositions d'amélioration de la syntaxe. Je ne demande qu'à m'améliorer au niveau du style.
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