Mercredi 8 juillet, 0h30
Nouveau cauchemar, nouveau réveil en pleine nuit. 0h30 affichait mon téléphone devant les beaux yeux verts de Fañch.
Je me suis levée. Je ne m’en sortirais comme cela. J’avais besoin d’aide.
Je suis loguée sur l’intranet de ma boite. On pouvait prendre des rendez-vous en ligne pour l’assistance psy. Rien avant le vendredi 17 juillet, 17h00. Je ferais avec. Je partirais plus tôt du boulot, je prendrai une demi-journée de congé s’il le faut, mais de toute façon je ne tiendrais pas tout l’été si mes nuits devaient être ainsi entrecoupées de cauchemars. J’aime quand je suis efficace comme cela. Première résolution de prise. J’avance.
Bon mais d’ici là ? Passer mes nuits chez Fañch ? Venir m’y installer pour dix jours, moins le week-end du 14 juillet où nous devions aller à Dinard ? C’était le minimum. Apparemment, seule sa présence me permettait de retrouver une certaine sérénité en attendant que. Accepterait-il ? Il allait falloir que je lui explique. Etais-je prête à cela ? Ou plutôt la bonne question était : avais-je le choix ? J’avais terriblement besoin de lui ! J’étais certaine qu’il ne me laisserait pas tomber. Pas lui. Pas maintenant. Donc deuxième résolution, en parler à Fañch et m’incruster chez lui pendant dix jours.
Un doute : est-ce que près quinze ans de déni allaient pouvoir se régler en une séance de psy ? Faut être lucide ma vieille ! Tu es partie pour une thérapie de plusieurs semaines ! Plusieurs mois ? Plusieurs mois à dormir chez Fañch pendant que mon appartement resterait vide ? C’est stupide ! Puisqu’il ne peut pas lâcher son logement à cause de Marie, le mieux c’est que je m’installe chez lui. Il ne veut pas parce que les travaux sont arrêtés pour cause de manque de fric ? Qu’à cela ne tienne ! je vais lui les financer, moi, ces putains de travaux. Je paye combien de loyer par mois ? Un peu plus de 600 euros plus les charges. Si je lui file 7000 euros pour finir sa salle de bain et éviter que je me retrouvée coincée dans sa douche comme dimanche dernier, ça suffisait ? Je les ai sur mon compte épargne. Si je reste un an avec lui, ça ne me coute rien et lui aurait sa salle de bain financée. Gagnant-gagnant. Si on casse avant, j'y aurais un peu perdu en fric mais gagné en sérénité : dans son lit, je ne crains plus les cauchemars, ça laisse le temps que la thérapie avec le psy produise ses effets. Donc je corrige, la seconde résolution, ce n’est pas d’en parler à Fañch et m’incruster chez lui pendant 10 jours, mais pendant un an.
Bon tout cela c’est bien beau, mais les sentiments dans tout cela ? Cela ne fait même pas trois mois qu’on se connait et déjà j’envisage de vivre avec lui. Et pas pour des bonnes raisons ! Est-ce que je l’aime ? Bonne question ! Comment sait-on que l’on aime quelqu’un ?
Donnons donc sa langue au chat. Une IA quelconque doit bien avoir la réponse.
Julie : Comment sait-on si on aime quelqu'un ?
Le chat : C’est une question profonde et très personnelle. Il n’y a pas de réponse universelle, mais il y a des signes qui peuvent t’aider à y voir plus clair.
Quelques pistes pour réfléchir :
- Le bien-être : Est-ce que tu te sens en paix, heureux·se, ou plus complet·e à ses côtés ?
- L’attention : Est-ce que tu penses souvent à cette personne, même dans les petits détails de sa vie ?
- L’acceptation : Est-ce que tu l’aimes pour ce qu’elle est, avec ses forces et ses faiblesses, sans vouloir la changer ?
- Le futur : Est-ce que tu imagines naturellement un avenir avec elle ?
- Le sacrifice : Serais-tu prêt·e à faire des efforts ou des compromis pour son bonheur, sans te sentir forcé·e ?
Parfois, l’amour se ressent plus qu’il ne s’explique. Et toi, qu’est-ce qui te fait douter ou au contraire te donne cette impression ?
Bon dans l’ordre :
- Le bien-être : Indubitablement, je me sens en paix, heureuse à ses côtés. Plus exactement, je suis en ce moment perturbée, incapable de dormir, malheureuse parce que je NE suis PAS à ses côtés.
- L’attention : Je n’arrête pas de penser à lui. Je ne sais pas ce que cela veut dire « même dans les petits détails de sa vie », parce qu’il ne me dit pas tout de sa vie mais ça me frustre de ne pas tout savoir de lui ! Que fait-il en ce moment ? Il dort ? Il bosse ?
- L’acceptation : Est-ce que je l’aime pour ce qu’il est, avec ses forces et ses faiblesses, sans vouloir le changer ? Posons la question différemment : si j’avais le pouvoir de changer quelque chose en lui, qu’est-ce que je changerais ? Rien, à part lui faire avouer qu’il m’aime aussi.
- Le futur : Est-ce que j’imagines naturellement un avenir avec lui ? Pourquoi elle a écrit "elle", cette putain d'IA ?. Je viens d’imaginer vivre avec lui, de tout partager avec lui, pour au moins un an. Mais dans mon for intérieur, c’est évident que j’aimerais que cela dure plus longtemps. Toute la vie ? Trop tôt pour le dire ! En fait je suis un peu comme lui. Je n’avance qu’avec prudence.
- Le sacrifice : Serais-je prête à faire des efforts ou des compromis pour son bonheur, sans me sentir forcée ? Mais c’est quoi cette question ! Je n’ai pas arrêté de faire des efforts pour plaire à mes mecs. Si j’en suis là, à me confier à mon journal en pleine nuit au lieu de dormir parce que demain je bosse, c’est justement parce que je n’ai pas arrêté de me sacrifier pour des mecs que je croyais aimer. Je me suis donnée à eux et eux ont joui de mon corps, me laissant meurtrie, salie, humiliée. Je ne veux plus faire de sacrifices, même pour Fañch. Des compromis à la rigueur, mais des sacrifices plus jamais.
En fait Fañch était peut-être le premier de mes amants qui avait accepté de « sacrifier » pour moi, qui m’avait autorisé à jouir de son corps comme j’avais autorisé mes amants précédents à le faire. Est-ce que cela voulait dire qu’il m’aimait un peu ? Est-ce qu’il se sentait bien avec moi ? J’osais croire que oui. Pensait-il à moi ? M’acceptait-il comme je suis ? Envisageait-il un futur avec moi ?
En fait la question n’était pas de savoir si je l’aimais moi mais si lui m’aimait suffisamment pour envisager une vie commune avec moi ?
Allais-je devoir le supplier ? Non, je ne voulais pas de sa pitié !
Allais-je devoir lui faire miroiter les avantages financiers de cette vie commune ? Non, je ne voulais pas l’acheter !
Allais-je devoir le séduire en lui offrant plus d’attentions, plus de sexe ? Était-ce une bonne idée de reproduire avec lui le schéma de la fille qui donne tout à ses amants, vu comment avaient fini les expériences précédentes ?
La conclusion s’imposait. Tout dépendait de lui, de comment il réagirait. Il avait le pouvoir de me sauver comme celui de me détruire. Je détestais cela mais je n’avais pas le choix. Il était trois heures du matin. Il fallait absolument que je dorme.
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