Mercredi 8 juillet, 7h00

📖 Mais qu’est-ce qu’il y a dans son pantalon ? ✍️ Passiflore 📝 1985 mots

C’est la sonnerie de mon téléphone qui m’a réveillée. J’étais encore en train de faire un cauchemar. Un mec dont je ne pouvais pas voir le visage m’enfonçait sa bite au fond de la gorge me provoquant des hauts de cœur. Je me suis levée pour aller boire un jus de fruits, histoire de faire passer le goût. C’était idiot car ce n’était qu’un rêve et il n’y avait aucun goût dans ma bouche, juste dans ma tête. J’ai envoyé un texto à Fañch.

Julie : T’es réveillé ?

Pas de réponse. Ce qui veut dire a priori « non ». Je suis allée reprendre une douche, histoire de bien me réveiller. Toujours aucune réponse de Fañch. J’ai fini mon petit déjeuner, me suis habillée, maquillée. J’ai préparé mes affaires y compris celles pour passer la nuit et même plusieurs nuits chez lui. Je reviendrais en chercher d’autres pour le week-end à Dinard.

J’ai consulté pour la énième fois mon téléphone. Toujours pas de réponse. J’ai chargé mes affaires dans la voiture et ai mis le cap direction chez Wilhem.

Quand je suis arrivé sur place, Thomas et lui étaient encore en train de prendre leur petit déj, tranquilles. J’ai bousculé un peu Wilhem pour qu’on s’y mette rapidement. Il n’avait pas rien fait non plus depuis la veille au soir. Il avait quand même chargé sur son ordi toutes les vidéos tournées la veille et les avaient renommées pour qu’on s’y retrouve. Il a ouvert le logiciel de montage et a commencé à insérer les plans tournés la veille avec les ingénieurs et techniciens dans les capsules vidéo où elles devaient prendre place. Je n’avais pas grand-chose à faire. De temps en temps, confirmer que c’était bien ce plan-là, avec cette personne-là qu’il fallait insérer à cet endroit-là. Parfois à choisir entre deux plans puisque Wilhem avait utilisé deux caméras, une fixe sur pied pour les plans larges et une qu’il manipulait pour faire des plans plus resserrés. Mais Wilhem connaissait son taf et avait à peine besoin de moi. J’en ai donc profité pour papoter avec Thomas.

« Tu ne travailles pas toi aujourd’hui ?   

- Arrêt maladie !            

- T’as l’air en forme pourtant !  

- Tu m’aurais vu dimanche après-midi. Plié en deux avec un mal de dos. J’ai vu mon médecin lundi matin qui m’a prescrit des antidouleurs et une semaine d’arrêt mais heureusement mon chiropracteur a pu me prendre dès l’après-midi. Il m’a retourné dans tous les sens. J’étais totalement vidé, courbaturé et ai eu du mal à m’en remettre mais le mal de dos est quasiment passé. Je repasse le voir cet après-midi et si ça va mieux je retourne bosser demain.             

- En fait, tout ça c’est du chiqué pour aller se faire tripoter par un grand brun d’1m90 avec des mains énormes, est intervenu Wilhem. Il parait que la taille de la queue est proportionnée à celle des mains et les miennes de doivent pas assez larges pour lui.          

- Retournez bosser, Monsieur le Sans-Coeur avec vos allusions graveleuses, lui a rétorqué Thomas.

- Ce n’est pas moi qui ai parlé de ton masseur en disant « il m’a pris », « il m’a retourné » et pour finir « il m’a vidé ». Si j’étais jaloux je le prendrais mal ».             

Ils s’étaient bien trouvé ces deux-là. Toujours branchés sexe. Je les ai laissés se chambrer l’un l’autre (ils comparaient la taille de leurs mains). J’avais reçu une réponse de Fañch.

Fañch : Oui.

Oui à quoi ? Ah oui, ma question de 7 heures 30 : « t’es réveillé ? »

Julie : Je peux dormir chez toi ce soir.    

Fañch : Oui, bien sûr.

C’est mieux que le « si tu veux » de dimanche soir, il y avait une forme d’évidence à la réponse mais cela manquait toujours d’enthousiasme. Ça m’a énervé !

Fañch : Tu manges avec nous alors ?

Nous, ça devait être Marie et lui. C’est vrai que le mercredi, c’était le jour des courses.

Fañch : Je te dis cela parce qu’on va partir faire les courses avec Marie. On prend pour trois alors ?

Bingo !

Julie : Prend pour moi pour jeudi soir aussi, si tu veux bien.         

Fañch : Deux nuits de suite ! Je suis gâté.

Enfin il daignait avouer que cela lui faisait quand même un peu plaisir que je dorme avec lui !

Julie : Plus. On va à Dinard ensemble ensuite, non ?        

Fañch : C’est vrai. Je n’y pensais plus.    

Fañch :  Tu veux manger quoi demain soir ?

Donc pour ce soir, je n’avais pas mon mot à dire (ce serait des galettes, comme l’autre fois ?), mais pour le lendemain oui.

Julie : Je ne sais pas, ce que tu veux.       

Julie : Ne te casse pas la tête. Fais au plus simple.            

Fañch : OK         

Fañch : Je gère au mieux.

Bon il était temps de s’y remettre. Je me suis assise à côté de Wilhem pour regarder ce qu’il avait fait. Il m’a proposé d’insérer quelques plans qu’ils avaient tournés avec le drone.

« Attention, on a dit pas plus de 2 minutes, la vidéo.      

- On est à 1 minute 52 sur celle-ci et 1 minute 49 sur la deuxième. Je peux insérer sur chacune deux ou deux secondes de plans aériens, ça passe. Sur la troisième on a déjà une vue du ciel des champs donc ça ferait trop. Tiens regarde, si j’ajoute ça là, ça le fait, non ? ».

J’ai validé. On avait trois vidéos de moins de deux minutes de quasiment terminées sur les aspects techniques. Wilhem m’a promis qu’il les finirait dans l’après-midi, en ajustant les couleurs et en calant la bande son. A moins que ce soit l’inverse : caler les couleurs et ajuster le montage à la bande son, je ne sais plus. Nous sommes passés au scénario de la vidéo principale, celle avec le boss. On a retravaillé le script en fonction des images que Wilhem avait tourné la veille dans le bourg.

« Il faudra que j’y retourne pour faire des plans avec le drone.   

- T’es vraiment un obsédé du drone toi.

- Non mais c’est important pour justifier que tout est parti d’un petit village. C’est vu du ciel que l’on verra qu’il est tout petit ce bourg. Et puis il faut montrer que l’eau de la rivière qui le traverse est super propre en dépit des installations industrielles en amont. Il faut une atmosphère détendue, apaisée ».

Nous nous sommes un peu chamaillés sur nos deux visions du projet et avons fini par trouver un compromis. Il restait encore des zones d’ombres qui dépendraient de mes rencontres avec les personnes qui devaient croiser la route du boss, « par hasard », dans sa déambulation. Je voyais les premiers l’après-midi, les autres la semaine suivante.

Il était temps que j’y aille. Ils m’ont quand même proposé de manger rapidement avec eux. Ils avaient du taboulé, des carottes rappées, un peu de charcuterie à partager avec moi. J’ai mangé vite fait et ai pris la voiture pour mon premier rendez-vous.

Cette première rencontre était avec une dame qui s’occupait des anciens du village. Je ne savais pas trop comment l’insérer dans le truc. Elle non plus. Le second interlocuteur, Yves, était en charge, pour la Mairie, des expositions photos qui se tenaient chaque été dans les rues du village. C’est lui qui devait apporter la touche « citée inspirée » à la vidéo. Il n’était pas trop enthousiaste à l’idée d’être filmé et encore moins d’avoir quelque chose à dire. Il a suggéré qu’on le croise sur le parcours en train de repositionner, avec l’aide d’un employé municipal, un panneau indiquant la suite de l’expo. Ce qui tendrait la perche à Brice pour en parler. Il appelait le boss, Brice.

« Ben oui, on était à l’école ensemble. Je ne vais pas me mettre à l’appeler Monsieur et le vouvoyer son prétexte qu’il est devenu chef d’entreprise. On savait déjà à l’époque qu’il prendrait la succession de son grand père. Mais cela ne lui a jamais donné la grosse tête ».

Va donc pour le tutoiement, ça rendrait le boss plus sympathique, plus proche des gens ! J’en ai profité pour lui demander quelle partie de l’expo il trouvait, lui, la plus intéressante à filmer.

« Il y a une partie hors de la ville, dans des champs avec des fleurs. Ça pourrait être sympa et changer des maisons en pierre. Cette année on y a mis des photos très colorées. Vu de loin c’est très beau. Vu de près ça fait peur ».

Il m’y a conduite. C’est vrai que l’endroit était charmant et très photogénique. J’ai pris quelques photos pour Wilhem. Les photos exposées étaient splendides. Des paysages vus du ciel, très colorés comme des champs de fleurs, des dégradés de couleurs dans des rivières apparemment liés à celles de la terre ou des algues qui y poussaient. En m’approchant de plus près et en lisant les légendes des photos, l’ambiance changeait. Ce n’étaient pas des champs de fleurs mais des décharges à ciel ouvert avec tout sorte de plastiques colorés. Ce n’étaient pas des algues qui coloraient les rivières, mais des produits chimiques rejetés par les usines.

« Bon courage à Brice pour expliquer que les flacons en plastique de ses produits ne finissent pas dans ce genre de décharge ! »

Et bien si tous ses potes d’enfance étaient aussi bienveillants avec lui, ça n’allait pas être de la tarte de montrer son côté social et engagé.

Le dernier rendez-vous a été interminable. J’ai eu droit à un type passionné du petit bâti rural qui a voulu me montrer tous les fours à pain de la commune, les puits, les croix, les statues de Vierges ou de Saints disséminées ici ou là. Il finissait toutes ses visites par « je ne vais pas vous retenir plus longtemps, mais il faut absolument que vous voyez… » et on partait voir autre chose, tout aussi inintéressante que ce qu’on venait de voir. Je ne voyais pas du tout comment insérer cela dans le script de la vidéo. J’ai quand même pris des photos de chaque four, puit ou truc religieux. Peut-être que Wilhem aurait une idée pour les caser dans la vidéo. Peut-être que le boss voudrait parler de l’un d’eux en relation avec son grand-père, le fondateur de la boite.

Il était 19 heures et le type ne me lâchait toujours pas. J’ai prétexté un rendez-vous urgent pour m’en débarrasser. Je suis monté dans la voiture, me suis arrêtée dans un champ de maïs pour satisfaire un besoin naturel (je n’en pouvais plus). J’ai appelé Fañch sur la route pour le prévenir que je ne serais pas là avant 20 heures.

« Tant pis, tu vas louper l’apéro ! »

J’ai fait aussi vite que j’ai pu. Quand j’ai été dans le quartier de sa maison, je l’ai appelé pour qu’il m’aide à décharger. Le voir sortir de l’immeuble avec son bermuda café au lait, son tee-shirt couleur chocolat et ses tennis assorties a été comme un rayon de soleil : il était beau ! Il m’a fait un tout petit bisous sur les lèvres. Je lui ai tout confié, ma valise, mon vanity, le ventilateur que j’avais décidé d’emmener avec moi et suis allée chercher une place où me garer.

Il avait laissé la porte de l’immeuble ouverte. Je l’ai verrouillée derrière moi et suis montée à l’étage. J’ai fait la bise à Marie. Le couvert était mis, ils n’attendaient plus que moi. Fañch est sorti de la cuisine en annonçant : « C’est prêt, à table ! ».

💬 Commentaires 1

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Lahire • 2 semaines, 1 jour
Le quotidien s'invite.
Gare à la routine.
👍 0