Samedi 15 août

📖 Mais qu’est-ce qu’il y a dans son pantalon ? ✍️ Passiflore 📝 4130 mots

J’avais réussi à convaincre Fañch d’arrêter définitivement les travaux dans son appart. Du moins pour cette année. Nous avions fini, le week-end précédent, de poser le parquet dans les chambres, déplacé l’armoire d’Hervé dans la nôtre, Il était prévu que l’on fasse un bureau pour moi dans la petite chambre. Nous aménagerions un séjour dans son ex-chambre où nous pourrions prendre nos repas. Ce serait moins sinistre que dans l’atelier. Il suffisait de monter la bouilloire et le micro-ondes. Cela ferait un peu camping, mais ce serait provisoire. Quand il aurait terminé son contrat avec Matthieu, Gilles et Bertrand, les travaux pourraient reprendre. Et puis si nous avions envie de plats plus cuisinés, nous pourrions toujours nous inviter chez Marie pour les préparer et les partager avec elle. J’étais certaine que cela lui ferait plaisir.

Fañch avait eu du mal à renoncer à son rêve. Il avait un instant envisagé de faire installer la cuisine par des pros puisqu’il n’avait pas le temps de le faire lui-même, mais Gwendal, à qui il en avait parlé, l’en avait dissuadé. « Ça ne sera pas fait comme tu veux et tu vas râler ». « Pas faux ! », avait-il admis

Même le placard qu’il voulait me faire dans le dégagement qui menait aux chambres pour mes tenues de Princesse, comme il disait, j’étais parvenue à le convaincre de le reporter. Nous irions acheter un portant qui ferait très l’affaire le temps que.

En conséquence, nous allions peut-être pouvoir jouir d’un week-end sans courir les magasins, sans travaux, le premier depuis un mois. Le dernier avant que nous attaquions le déménagement. Mon appartement devait être rendu dans deux semaines

Du repos nous ferait du bien à tous les deux. Marc avait pris les choses en main. Il avait poussé Fañch à réaménager le local commercial pour qu’ils aient la place de préparer le matériel pour les quatre salles d’Escape Game à équiper. Il lui avait fait enfin relever le rideau de fer devant la vitrine pour qu’il y voit clair. Cela faisait combien d’années que ce local était dans le noir ? Aucune idée. Au moins dix ans, depuis la mort de Charles, avait dit Marie. Ils avaient collé du papier sur le bas de la vitrine pour ne pas être trop vus de l’extérieur. Marc l’avait convaincu de commander à terme un grand sticker au nom de la société qu’il était en train de créer. Le chiffre d’affaires risquait fort de dépasser le plafond autorisé pour le statut d’autoentrepreneur. Il n’avait pas le choix. « Fañch Le Bras Solutions » était le nom qui était pour l’instant favori pour baptiser la société à créer. Marc avait dit qu’il avait une copine artiste qui pourrait lui faire un joli logo. Un peu suspect cette copine dont il parlait tout le temps mais qu'il refusait de nous présenter. Marc serait-il amoureux ? En tout cas, les garçons bossaient fort. Le moral de Fañch remontait et pour moi c’était l’essentiel. Je le surprenais quand même parfois, planté avec un regard triste, devant la porte de l’ex-salle de bain, en train de contempler le mur où aurait du prendre place la future cuisine. Le deuil de la « cuisine de sa Princesse » n’était toujours pas complètement fait. La raison l’avait emporté mais le rêve restait toujours vivace.

Ce samedi 15 août, je m’étais réveillée vers 9 heures. Fañch dormait encore à poings fermés. J’avais dû faire quasi tout le tour de l’appartement pour me rendre à l’ancienne salle de bain où il y avait les seules toilettes à l’étage. Quand je suis revenue, il dormait toujours, sur le ventre, la tête dans l’oreiller, les cheveux en bataille. Il serait temps qu’il retourne chez sa coiffeuse. Était-ce moi ou était-ce lui, en tout cas, un de nous deux avait viré la couette dans la nuit. Je ne l’avais pas remise en me levant.

Fañch dormait avec son petit caleçon. Le blanc, mon préféré. En fait il y en avait deux des blancs, identiques. Je ne lui avais jamais dit que c’étaient mes préférés mais je m’arrangeais toujours pour les mettre au-dessus de la pile. Comme il prenait toujours le premier qui lui tombait sous la main, les caleçons blancs revenait plus souvent que les autres. A le mater comme cela dans son sommeil, je me suis rendu compte que j’avais envie de lui. La période des règles allait revenir. Je m’étonnais qu’elle ne soit pas déjà là, mais il est vrai que mon cycle n’est pas d’une grande régularité. Bientôt nous ne pourrions plus faire de câlins. Dernière chance avant fermeture pour travaux ?

Je me suis approchée de lui à pas de louve. J’allais le manger tout cru. J’étais à quatre pattes sur le lit quand je me suis rendu compte que je n’avais pas faim de ses fesses. C’est de l’autre côté dont j’avais envie. Je voulais m’empaler sur lui et le chevaucher. Tout simplement. J’ai commencé à essayer de le retourner. Il s’est laissé faire. Il était à présent sur le dos.

Il m’avait dit que se réveiller avec sa bite dans la bouche d’une jolie fille était le plus beau réveil qu’il pouvait imaginer. J’allais le lui offrir, moi, ce réveil. Et une fois que sa queue serait bien raide, c’est moi qui en jouirais. J’avais peur de le réveiller en lui ôtant son caleçon. Je me suis donc attelé à l’unique bouton de la braguette de son caleçon. J’ai cru que je n’allais jamais y arriver. Puis je suis allée fouiller dans son caleçon pour y trouver sa queue. Je l’ai sortie. On ne pouvait pas dire qu’il avait une érection matinale. C’était tout mou. Je l’ai pris en bouche est commencé à rouler ma langue autour de son prépuce, sans le décalotter. C’est quand même moins agréable dans la bouche une queue toute molle qu’une toute dure. J’espérais que ça allait durcir rapidement et surtout qu’il ne me ferait pas le coup de la panne comme il y a bien longtemps. Il serait encore tout gêné de sa défaillance et du coup, le réveil serait raté.

Sa queue a heureusement rapidement commencé à durcir. Popaul était au mieux de sa forme et tant mieux. Quand il a été pleinement déployé, pour mon plus grand bonheur, je l’ai décalotté d’un coup et l’ai aspiré aussi fort que je pouvais. J’ai regardé en direction de Fañch. Il venait de se redresser sur ses coudes, les cheveux plus que jamais en bataille, les yeux bouffis de sommeil.

« Qu’est-ce que tu fais ? » a-t-il demandé. Question idiote qui ne demandait pas de réponse. En plus j’avais la bouche pleine. J’étais en train de titiller le frein de son prépuce.

« Mais quelle heure il est ? » s’est-il ensuite enquit. Je n’en savais rien moi et qu’est-ce qu’on s’en foutait ! Il a tendu sa main vers son téléphone. Il s’est levé d’un bond.

« Merde j’ai dû mal programmer mon téléphone. 9 heures 45. Marc arrive sans quinze minute max !

- Marc ? Mais on est samedi !    

- Il m’a dit qu’il venait quand même !     

- Mais on est le 15 août en plus. C’est férié. Tu lui expliqueras ce qu’est un jour férié ! Et puis, ce n’est pas toi le boss, normalement ?          

- En théorie, oui. Mais la pratique est un peu différente. Allez dépêche-toi de t’habiller, il peut débarquer d’un moment à l’autre ».

Parce qu’en plus, il lui avait donné les clefs ! Ce n’est pas peu dire que j’étais frustrée. Lui-même était en train d’essayer de reboutonner son caleçon. Il avait autant de difficultés à le faire que j’en avais eu, moi, à le déboutonner. Surtout qu’il y avait sa queue encore tout raide à l’intérieur. Il avait à peine enfilé un teeshirt qui trainait là, que la porte de notre appart s’est ouverte avec fracas et que Marc a gueulé : « Debout là-dedans, on n’est pas là pour chômer ».

De la part d’un type officiellement au chômage, la formule était cocasse.

« Habille-toi, j’y vais ! » m’a murmuré Fañch et il est parti au-devant de l’intrus. Je me suis rapidement habillée et suis allée les rejoindre. J’avais l’impression d’entendre plus que deux voix. Ils étaient quatre dans l’appart y compris Fañch. Les deux autres gars, je ne les connaissais pas. « Théo et Thibaut » m’a présenté Marc. « Théo, Thibaut, voici Julie ! » j’ai fait la bise aux trois sans savoir qui était Théo et qui était Thibaut.

« Fañch, va mettre un pantalon. Je sais que ton appart est avec poutres apparentes mais là tu pousses le bouchon un peu loin. Et puis Maël et Camille vont arriver et je ne voudrais pas que tu choques Camille, ni que tu casses le coup de Maël. Je ne suis pas certain qu’il ait ce genre d’article en magasin, du moins dans cette taille. Bon on a des bâches, on a des masses, des sacs à gravats, tu nous diras après ce qu’on doit péter. On a les croissants aussi. Julie, ma chérie, tu veux bien aller nous faire un café ? »

Du Marc tout craché. Ni Sonia et Jérémie, ni les Gégés n’étaient dispos ce week-end là, mais il avait rameuté tous les potes ce qu’il pouvait pour venir défoncer notre ancienne salle de bain et permettre à Fañch de réaliser la cuisine qu’il rêvait de m’offrir. Je suis allée préparer du café chez Marie puisque ni Fañch ni moi n’en buvions et que nous n’avions donc pas de cafetière. J’ai mis au passage de l’eau à chauffer pour un thé. J’en ai profité pour avertir Marie qu’il y aurait pas mal de bruit ce matin.

« Je sais, Marc m’avait prévenue ». La cachotière, vous croyez qu’elle nous l'aurait dit ?

Pendant que le café passait, je suis remontée voir ce qui se passait là. C’était encore relativement calme là-haut. Ça rigolait pas mal mais aucun coup de masse n’avait encore été donné. Les bâches en plastique pour protéger le plancher avait déjà été étendues par terre. Maël et Camille étaient arrivés entre temps. Fañch était en train d’expliquer jusqu’où il fallait casser en marquant les limites au marqueur. Théo et Thibaut ont fini d’avaler leur croissant, ont saisi leurs masses, et ont commencé à frapper. Le pan de mur à droite de la porte de la salle de bain est tombé en moins de dix minutes. Pendant ce temps, Marc et Maël avait dégondé la porte de la salle de bain et entrepris de la descendre au rez-de-chaussée. Camille est allée aider Théo et Thibaut à remplir des sacs avec les gravats du pan de mur qu’ils avaient abattu. Il y avait surtout des morceaux de briques creuses recouvertes de plâtre d’un côté et du carrelage de la salle de bain de l’autre. Je me suis jointe à eux.

« T’es sûr Fañch que ce n’est pas un mur porteur au moins, a rigolé Théo. Ou Thibault. Je ne sais pas.

- C’est un peu tard pour t’en préoccuper mais j’en suis certain, a répondu Fañch. J’ai moi-même monté la cloison en placo qui est au-dessus. Normalement tu devrais voir le rail en métal qu’on a posé avec mon frère. Vérifie que vous ne me l’avez pas niqué pendant que je vais chercher la disqueuse pour couper net le mur avant que vous ne fassiez l’autre côté.             

- Descend pas à vide et emmène un premier sac de gravats, a dit Camille, celui-là est plein ».

Quand il est revenu avec sa disqueuse, quasiment tous les gravats étaient dans des sacs. Marc et Maël étaient en train de démonter à coup de masse les montants de la porte de la salle de bain. « Bon, tu le disques ton mur ou pas. T’es lent, tu ralentis tout le monde ! » a dit Thibault, à moins que ce ne soit Théo. Ils avaient de nouveau leur masse en main, impatient de frapper. Mais quand Fãnch a commencé à disquer le mur, ça a fait une poussière de dingue. Nous avons ouvert la fenêtre et le vélux.

« Brisure, a tonné Marc. On va boire le café chez Marie en attendant que la poussière retombe. Mais avant, chacun descend un sac de gravat au rez-de-chaussée. Au fait maintenant qu’il n’y a plus de murs, les toilettes c’est aussi chez Marie. Elle a juste mis une condition pour qu’on utilise les siennes. Les mecs c’est torse-poil. Elle veut mâter du jeune mâle bien bâti. Ça fait trop longtemps qu’elle n’en pas vu. Par contre toi, Maël tu gardes ton teeshirt. Marie a connu les horreurs de la guerre, il ne faudrait pas non plus raviver chez elle de trop mauvais souvenirs ».

Maël a posé le sac de gravats qu’il avait en mains. Il a ôté son teeshirt, l’a coincé dans sa ceinture, a repris son sac et est descendu avec pendant que Marc éclatait de rire.

Le travail s’est poursuivit après la pause, toujours dans la bonne humeur, Marc y veillait. Fañch était nerveux. Il était sur le dos de tout le monde, répétant dix fois ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, vérifiant et revérifiant que tout se passait bien comme il le souhaitait. Tiens, lui aussi avait donc un problème pour déléguer. Ça m’a fait sourire en pensant à la scène qu’il m’avait faite pour le ménage à Dinard. Pourtant, il n’avait aucune raison de s’en faire. Ses instructions étaient suivies à la lettre. Ça allait juste un peu trop vite pour lui et lui faisait perdre du temps à tout le monde. Vers midi alors qu’avec Camille nous remontions du local commercial où les sacs de gravats s’accumulaient, Marc nous a interpelé en nous demandant ce qu’on foutait encore là. Nous, les filles, nous avions des sandwichs à préparer. Mes reflexes féministes ont pris le dessus : je l’ai traité de macho et lui ai rappelé que femmes n’étaient pas, par nature, au service des hommes. Mal m’en a pris. Il m’a proposé d’aller les faire lui-même ces sandwichs si je préférais continuer à trimbaler des sacs de gravats. A moins que je ne préfère manier la masse. Ou le burin. J’ai finalement admis que la division genrée des tâches pouvait avoir ses avantages. Nous sommes donc parties avec Camille faire des courses. Heureusement quasi tous les magasins étaient ouverts en ce 15 août. J’ai acheté de quoi nourrir et désaltérer tout de ce petit monde. Fañch a à peine mangé. Il est vite retourné finir de couper les arrivées d’eau dans l’ex-salle de bain. Il disquait les tuyaux, les ponçait, y plaçait un bouchon puis pestait parce que ça fuyait encore. Il ponçait à nouveau en râlant qu’il n’était vraiment pas doué pour cela. Les autres ne devaient pas se sentir meilleur à ce jeu car personne ne s’est porté volontaire pour le faire à sa place. Je n’avais moi-même pas trop envie d’affronter sa mauvaise humeur. Il n’y a que Camille qui a fini par avoir pitié de lui et qui est venue l’aider. Visiblement, elle, quand elle ponçait les tuyaux pour enlever toute trace de peinture, ça marchait du premier coup. « Maël, t’as choppé une reine du bricolage ! Ne la lâche pas surtout, une femme comme cela, c’est précieux ! » a-t-il lancé. Et moi j’étais quoi ?

Vers 15 heures, la douche, le lavabo et le bidet (eh oui, il y avait un bidet dans cette salle de bain !) avaient disparu ainsi que les trois quarts du carrelage au sol que les gars attaquaient au marteau burin électrique. Il ne restait que les toilettes que Marc voulait dégager et que Fañch s’entêtait à vouloir conserver. C’étaient nos seules toilettes ! Il les démonterait plus tard le temps d’aller en chercher de nouvelles et de les installer dans la petite pièce juste de l’autre côté du mur, prévue pour cela. « Comme tu utilises le même tuyau d’évacuation il va bien falloir que tu démontes ceux-là avant d’installer les nouvelles, duschnock ! En attendant, il encombre, ton vieux chiotte de merde ! Il empêche de décarreler dessous ». Bref, ils n’étaient pas d’accord sur la conduite du chantier et aussi têtus l’un que l’autre.

Pour calmer le jeu, Marc a finalement décrété une nouvelle brisure et nous a demandé à Camille et moi d’aller chercher des bières. Commençant à bien connaitre Marc j’en avais acheté tout un stock. Nous avons également remonté des chaises dont une partie piquée chez Marie pour que la pause soit plus confortable. Nous étions tous assis en cercle, contemplant le trou béant que nous avions ouvert dans l’ex-chambre de Fañch et qui était censé devenir un jour une cuisine.

J’étais déprimée. Alors que j’avais commencé à imaginer comment aménager notre petit nid avec une table et par dessus un micro-ondes et une bouilloire dans un coin, mon canapé, ma table basse au milieu, mon meuble télé sur le mur en face, j’avais maintenant à la place un champ de ruine avec vue sur le carrelage très moche de l’ex-salle de bain. Non, pas le carrelage, la faïence murale ! Attention à ce que j'écris, Fañch m’avait appris la différence.

Qu’est-ce que nous avions fait ! En voulant faire mieux, nous avions fait pire. Et moi qui rendait mon appartement dans deux semaines ! Fañch aussi ne semblait pas dans son assiette. Comme à son habitude, quand quelque chose le tracassait, il ne disait rien mais je voyais bien sa jambe vibrer. Il fixait le trou à la place de l’ex-salle de bain, sa bière à la main, quasi pleine. Il n’avait rien bu.

Marc n’en avait cure. Il continuait à parler haut et fort, discourant sur la Qualité de Vie au Travail, le devoir de l’employeur d’offrir des conditions de travail décentes et notamment ne pas leur imposer de manger tous les midis des trucs réchauffés au micro-ondes. Il essayait, sans succès, de dérider Fañch en lui expliquant, en tant que délégué syndical de l’unique employé de son entreprise, que la cuisine était une nécessité pour éviter qu’un préavis de grève ne soit déposé. L’assemblée générale de l'employé en avait voté le principe. Une voix pour, zéro voix contre, zéro abstention.

J’aurais dû me méfier de Marc. Sous ses airs machos, c’est loin d’en être un. De même, il a beau être tout le temps en apparence dans la déconnade, il est plus réfléchi qu’il ne le laisse croire. Et puis, il y a par-dessus tout, son goût pour le théâtre. Pour lui la vie est un spectacle qu’il se doit se de mettre en scène. Je l’avais bien constaté le soir où je l’avais appelé pour aider Fañch. Il a attendu d’être devant notre porte pour nous dire qu’il venait. Et cette arrivée surprise de ce matin, avec toute une équipe pour commencer les travaux de la cuisine, c’était à la fois spectaculaire et organisé. Ce qui me rassure, c’est que Fañch qui le connait mieux que moi, n’avait visiblement rien vu venir non plus. C’est quand Gwendal est entré tout d’un coup dans la pièce en demandant de l’aide pour monter les toilettes suspendues et les plaques de plâtre qu’il avait dans sa camionnette que j’ai compris que Marc n’avait rien laissé au hasard. Y compris la porte d’en bas qu’il avait déverrouillée pour permettre à Gwendal cette entrée théâtrale.

Fañch s’est jeté dans les bras de son frère et, à partir de là, son attitude a changé du tout au tout. Tout le stress s’était envolé. Puisque son grand frère était là, tout allait forcément bien se passer désormais. Il restait tout de même un petit garçon qui a besoin de son papa, de sa maman et de ses grands frères ! Et de Soizic ! Et d'Emilien ! Il a retrouvé son enthousiasme et sa joie de vie. Tout s’est également accéléré. Les anciennes toilettes qu’il rechignait à enlever ont été virées en un rien de temps. Quand Théo et Thibault sont partis les premiers vers 18 heures, les nouvelles étaient déjà installées et fonctionnelles même si esthétiquement ce n’était pas encore cela. Tout le carrelage au sol avait fini par être retiré. De l’ancienne salle de bain, il ne restait que le mur du fond et ceux des côtés. Le faux plafond faisait lui, encore l’objet d’un débat. Fañch était partisan de le sauver, Gwendal lui conseillait de tout abattre. Il passerait moins de temps à en construire un nouveau que de réparer celui-ci. Maël, un marteau à la main, a demandé à Fañch un escabeau pour pouvoir en tester la solidité. Du Maël tout craché, rationnel, proposant de laisser l’expérimentation trancher la question. Marc et ses presque deux mètres a dit « pas besoin », il a pris le marteau des mains de Maël et a tapé un coup sec que je n’ai pas trouvé si fort que cela. Le plafond est tombé d’un coup. Heureusement que nous étions tous en brisure, comme Marc appelait nos pauses. Il n’y avait personne dessous. Gwendal a éclaté de rire et a adressé un clin d’œil à son frère.

« Alors j’avais raison ou j’avais raison ?

- Il est possible que tu n’aies pas eu tort, a admis Fañch.

- Allez, comme dirait papa, mets ton mouchoir par-dessus ton orgueil froissé et avance. Il y a de nouveau un tas de gravats à évacuer ».

Nous n’avons pas pu tout mettre en sac. En premier parce que nous avions plus assez de sacs mais surtout parce que nous étions tous exténués. Marc est par ailleurs parti peu de temps après. Il avait un mystérieux rendez-vous. Quand Marc a sorti cela, Maël et Fañch se sont regardés et ont commencé à pouffer de rire. Tiens les mecs aussi, ça pouffe ! Camille et Maël sont également partis peu après Marc.

Nous n’étions plus que trois au milieu de ce qui ressemblait un champ de ruine. Gwendal m’a suggéré d’aller prendre une douche en première. Nous finirions cela demain.

« Parce que t’es encore là demain ? a demandé Fañch plein d’espoir.     

- Et après-demain et encore après. Soizic m’a autorisé jusqu’à mercredi inclus. Je ne suis parti qu’en début d’après-midi pour l’aider à refaire les deux chambres, mais elle a dit pouvoir se passer de moi jusqu’à jeudi matin.  

- Et tu vas dormir où ? Il y a l’appart de Julie si tu veux.

- C’est déjà arrangé avec Corentin. D’ailleurs on mange chez lui ce soir. Allez, on remplit le dernier sac qui reste, le temps de Julie prenne sa douche. Tu prendras la tienne ensuite et après j’irais bien en prendre une aussi, je suis couvert de poussière. Cela me permettra d’inspecter les travaux que tu as fait. Et ensuite, on lève le camp parce qu’on est attendu pour manger chez Coco.   

- Parce que Corentin est dans le coup, donc ?    

- Qu’est-ce que tu crois ! Tu as déjà vu un Le Bras en abandonner un autre ? Papa était à deux doigts de venir avec moi mais il était pris ce week-end ! Un truc avec des potes à lui, je n’ai pas bien compris. Mais je ne serais pas surpris qu’il arrive lundi en train ».

J’étais jalouse de Fañch. Jalouse n’est pas le mot. J’étais envieuse. Envieuse de son groupe d’amis, de sa famille, sur lesquels il pouvait toujours compter. Envieuse et triste. Triste de constater que moi je n’avais pas une telle famille, pas de frères, pas de sœurs, un père absent et une mère qui ne prendrait certainement pas le train pour venir me filer un coup de main. Quand je lui avais parlé de mon projet d’aménagement chez Fañch, elle m’avait traitée de folle. Elle m’avait dit que j’avais eu tort d’accepter de me rendre ainsi dépendante d’un homme qui pouvait me mettre à la porte du jour au lendemain, après m’avoir volé toutes mes économies qui plus est. J’avais eu beau argumenter sur les papiers que j’avais signé, les garanties qu’il avait tenu à me donner alors que je ne lui demandais rien, elle n’en démordait pas. « Les avocats, les notaires, tout cela c’est voleurs et compagnie ! ». Maman, quoi ! « En plus, c’est quelqu’un de sa famille qui a magouillé cette affaire. Tu es certaine d’avoir lu tous les petits caractères ». J’avais tout lu et rien de trouvé de suspect. « Tu t’y connais en droit, toi ? » Ben non je n’y connaissais rien. Mais j’avais confiance. Maman, elle n’avait confiance en personne.

Pourquoi n’avais-je pas moi, comme Fañch, une famille prête à me soutenir en toutes circonstances ? Une famille normale quoi ! Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour faire partie d’une telle famille !

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