Samedi 27 juin

📖 Mais qu’est-ce qu’il y a dans son pantalon ? ✍️ Passiflore 📝 1830 mots

Je me suis réveillée en entendant la porte d’entrée claquer. « Il est parti ? » ai-je tout de suite pensé. Je commençais à chercher mes fringues pour m’habiller et aller voir s’il avait laissé un mot, m’avait envoyé un texto quand je l’ai vu débarquer dans la chambre avec un plateau, deux tasses de thé et des croissants.

Le claquement de la porte, ce n’était pas son départ mais son retour. Il faut décidemment toujours que j’arrête de surinterpréter et d’imaginer sans cesse le pire.

« C’est gentil Fañch, mais je vais me lever : j’ai horreur des miettes de croissants dans le lit ».

Pendant le petit déjeuner, je me suis inquiétée de ce qu’il avait fait, lui, pendant ces deux derniers jours, en m’excusant de ne pas m’en être souciée plus tôt tellement j’étais excitée par la présentation de mon projet au big boss. J’ai fait l’effort d’écouter attentivement ses explications comme il l’avait fait la veille, mais j’avoue ne pas avoir tout compris. Dès qu’il rentrait dans les détails techniques, j’étais larguée. Si lui-même n’en avait pas compris plus de ce que je lui avais raconté la veille, cela avait dû être une sacrée épreuve pour lui. Car, en plus, moi je l’ai saoulé pendant plus de trois heures. Lui l’a fait beaucoup plus courte. Ce que j’ai cru comprendre c’est qu’apparemment, depuis qu’il avait résolu mercredi le problème qui le bloquait depuis des semaines, les choses avançaient plutôt bien. Il pensait pouvoir présenter quelque chose à Matthieu d’ici dix jours.

Je lui ai quand même fait remarquer que, la prochaine fois qu’il serait préoccupé par un problème de ce genre, il ferait mieux de m’en parler, même si je n’y comprends pas grand-chose, histoire que je ne me fasse pas des films en pensant que le problème c’était moi.

« Pourquoi voudrais-tu qu’il y ait un problème avec toi ? T’as un problème, toi, avec moi ? Tu veux qu’on en parle ?

- Non, non ! Il n’y a pas de problème. Mais tu sais comment je suis, je me fais vite des films, j’envisage toujours le pire ».

Je l’ai vu hésitant, cherchant ses mots. Ça ne lui ressemblait pas, lui qui était toujours direct.

« C’est la soirée de mardi qui t’a préoccupée ? Le fait que je n’ai pas pu assurer ? Tu as pensé que c’était à cause de toi ?

- Non, non, pas du tout… Enfin si, je dois reconnaitre que ça m’a traversé l’esprit.

- Ça n’a rien à voir avec toi. C’est moi et moi seul. Je sais qu’un mec, c’est censé être une machine de guerre, être toujours au garde-à-vous prêt, à sauter tout ce qui bouge. Maël dit que cela vient du fait que, quoi qu’on en dise, la seule fonction biologique d’un mâle sur Terre c’est de balancer ses gamètes dans le vagin d’une femelle.

- Si tu vas par-là, c’est pareil pour une femme : sa seule fonction c’est de porter un enfant et éventuellement l’allaiter. Si elle est stérile, elle n’est plus utile.

- Ce n’est pas une question de stérilité ou non. On ne reprochera jamais à un mec d’avoir des spermatozoïdes peu efficaces, tout comme on ne reprochera jamais à une femme de ne pas arriver à être enceinte. Les gens stériles ne sont pas tenus responsable leur problème d’infertilité. On va compatir à leur problème. Par contre, le mec, s’il n’est même pas capable de pénétrer une femme pour déposer ses spermatozoïdes au fond de son vagin, ce sera la honte pour lui. Les mecs subissent une sorte de pression sociale pour balancer ses gamètes dans tous les vagins qui se présentent à eux, qu’ils en aient envie ou non. Tout le problème c’est que leur queue, leur capacité à bander pour pénétrer, ils ne la contrôlent pas plus que cela. Le pénis est un organe totalement autonome qui n’en fait qu’à sa tête. Il bande même quand le mec ne voudrait pas et ça peut être gênant. Il peut aussi décider de rester tout mou et on va déclarer le mec, pas son pénis, impuissant.

- Pauvre petits mâles oppressés par la société !

- C’est ça, fous toi de ma gueule. Ça m’énerve, quand Maël explique c’est super clair et convaincant. Quand c’est moi, personne ne comprend !

- C’est qui cette Maëlle ? »

Il a éclaté de rire.

« C’est fou ce que tu peux être jalouse. Dès qu’on évoque un prénom qui pourrait être celui d’une femme en lien avec moi, tu pars au quart de tour ! Je me souviens pendant le barbecue chez Jérèm, quelqu’un avait parlé de Soizic et tout de suite tu avais voulu savoir qui c’était. Et je ne parle pas de tout le cirque tu m’as fait mercredi avec Marie ! Maël, c’est le mec, le mec je dis bien, qui était aussi à ce fameux barbecue. Celui qui est super fort au palet breton.

- Celui à qui les autres avaient interdit d’être dans la même équipe que toi ?

- C’est lui. C’est un chouette garçon, extrêmement timide, très discret qui ne se met jamais en avant, ce qui fait que personne ne se souvient de lui. Sauf si on lui met des palets dans les mains. Là il déchire ! Il assure grave aussi en classe. C’est une tronche.

- Et tu parles de sexe avec lui ?

- On parle de beaucoup de choses, tous les deux. Je peux parler de tout avec lui, c’est une tombe. Jamais il ne révèlera les secrets qu’on lui confie.

- Et tu as parlé avec lui de ta panne de mardi ? Qu’est-ce tu lui as dit ?

- Rien. On parle quand on joue ensemble à des jeux en ligne. Je n’ai pas joué avec lui depuis mardi dernier. Mais on en avait parlé avant.

- Pourquoi, ça t’était déjà arrivé de ne pas arriver à bander ? Ou à lui ?

- Le concernant, je ne dirais rien. Mais à moi, oui. Une fois.

- Ah oui ? Dans quelle circonstance ?

- Et voilà, j’aurais dû fermer ma gueule.

- Allez, raconte !

- C’est intime, et pas très glorieux comme histoire.

- Raconte quand même, que je comprenne ce qui t’es arrivé mardi. Tu dis que ça n’a rien à voir avec moi, mais laisse-moi juger par moi-même.

- C’est une longue histoire. Pas très reluisante qui plus est.

- J’imagine.

- Non, c’est pire que ce tu imagines.

- Arrête, plus tu cherches à justifier pourquoi tu ne dois pas me raconter l’histoire, plus tu éveilles ma curiosité !

- Je te raconterais cela ce soir !

- Promis ?

- Promis !

- Ce soir je vais donc m’endormir avec une histoire de Fañch. Y a des korrigans dans l’histoire ? Ce sont eux qui t’ont jeté un sort ?

- Peut-être ! Allez, on bouge ! Va prendre ta douche et puis on va allez faire des courses ensuite.

- Pas besoin de prévoir beaucoup pour ce week-end. Ce soir, je t’invite au resto ! Il faut fêter ma future promotion de directrice du marketing de ma boite.

- Tu vas un peu vite en besogne, non ?

- Peut-être ! Alors on va dire que je t’invite pour te récompenser de m’avoir écoutée si patiemment hier soir. Et puis aussi pour me faire pardonner de la crise que je t’ai faite mercredi matin. Et puis…

- Arrête, si tu continues la liste de tout ce que tu as à te faire pardonner, tu ne vas pas avoir les moyens de me payer un resto à la hauteur de mes mérites !

- Prétentieux va ! »

Le midi, nous avons juste grignoté et j’ai réussi à convaincre Fañch d’aller faire un tour en ville. Il a voulu passer place Sainte-Anne pour trouver de vieux bouquins sur l’histoire de la Bretagne. Pour y trouver l’inspiration pour un scénario pour la nouvelle salle de l’Escape Game, a-t-il prétendu. Il a acheté aussi un roman de science-fiction. Il était tout content de mettre la main sur un Frank Herbert qu’il ne connaissait pas. Comme je lui avouais que le nom de Frank Herbert lui-même ne me disait rien, il m’a traité d’ignare : « Comment peut-on ne pas connaitre le génial auteur des Dune ? ». Pendant qu’il fouillait dans les casiers des bouquinistes j’ai moi-même cherché de quoi lire. Cela faisait un bail que je n’avais pas ouvert un bouquin et puisque j’étais partie pour ne pas avoir de vacances cet été, je me suis dit qu’un peu d‘évasion me ferait du bien.

Il y avait aussi quelques boutiques de fringues où je voulais aller. Les soldes avaient commencé. Il m’y a suivi mais ça se voyait sur son visage qu’il s’y ennuyait profondément. J’ai essayé de me justifier en lui disant que je tenais à avoir son avis pour n’acheter des choses qui lui plaisent.

« Je ne sais même pas choisir des fringues pour moi, alors pour les autres…

- Mais justement, comme tu ne vois pas les mêmes couleurs que moi, alors je veux ton avis pour choisir des vêtements dans lesquels tu me trouves belle.

- Là où tu es la plus belle c’est quand tu n’en portes pas ».

Bon j’aurais essayé. Pourtant mon argument n’était si débile. Un moment j’ai trouvé un petit haut avec des motifs végétaux, très coloré. Je lui ai fait voir. Il m’a dit :

« Bof, c’est tristounet. 50 nuances de gris, c’est bien pour les livres de cul, pas pour des fringues

- C’est vert !

- Vert, gris, pour moi c’est pareil. Tu vois que ça ne sert à rien que je vienne avec toi, je ne suis d’aucune utilité.

- Si tu es utile, tu viens de m’éviter d’acheter un truc que tu trouves tristounet. Autant acheter des choses qui te plaisent à toi aussi. Tu voudras qu’on regarde pour toi après ?

- Je préfère regarder sur internet ».

Bon et bien c’est confirmé, les boutiques ce n’est définitivement pas son truc. J’ai donc renoncé et lui ai proposé de pousser jusqu’au Parc du Thabor, où nous nous sommes installés sur un banc à lire les bouquins que nous avions acheté. J’avais l’impression d’être dans la dernière scène de Coup de Foudre à Notting Hill quand ils lisent tous les deux sur un banc dans un parc. Sauf qu’une fois de plus les rôles étaient inversés. C’est moi qui jouais le rôle tenu par Hugh Grant, assise sur le banc, et lui qui tenait celui de Julia Roberts, allongé la tête sur mes genoux. La différence était que Fañch n’était pas enceinte.

J’avais choisi un restaurant classe mais pas trop. Il a eu l’air d’apprécier, surtout les desserts. Nous avions un peu trop bu tous les deux et nous sommes rentrés à pied en profitant de la fraicheur du soir. Il a voulu prendre une douche. Je me suis jointe à lui et nous avons un peu chahuté, mettant de l’eau un peu partout. Après la douche il m’a entrainé dans la chambre avec un regard concupiscent. Quand nous avons été tous les deux dans le lit, je lui ai cependant rappelé, qu’il m’avait promis une histoire. « Et merde, tu t’en souviens ! »

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