Samedi 4 juillet, 8h00

📖 Mais qu’est-ce qu’il y a dans son pantalon ? ✍️ Passiflore 📝 1587 mots

J’avais essayé de me lever sans trop faire de bruit pour ne pas réveiller Fañch. Peine perdue. J’avais oublié le sommier diabolique.

« Quelle heure il est ? a-t-il demandégfvtnhj,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.    

- 8 heures. Ma mère est déjà en train de préparer le petit déj.    

- Je vais me lever           

- Tu n’es pas obligé.       

- Déjà qu’elle trouve que je manque d’ambition dans la vie. Si ne plus je me lève tard. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, comme dit mon père.              

- Tu veux que je te sorte des affaires ?   

- J’ai pris un polo blanc, je le veux bien ».

Je lui ai lancé. Il l’a enfilé. Il s’est levé. Il s’est emparé de son pantalon. Devant mon air étonné, il s’est justifié.

« Je ne vais pas trainer en caleçon devant ta mère. Je ne pense pas qu’elle apprécierait ».

Pas faux. J’ai attendu qu’il ait fini de s’habiller pour tendre la main vers la poignée de la porte. Il a bloqué celle-ci.

« Un bisou pour me donner du courage. Pour nous donner du courage mutuellement ».

J’ai déposé un baiser sur ses lèvres et ai ouvert la porte. Maman nous attendait dans la cuisine. Elle a proposé un café un Fañch qui a décliné. Nous nous sommes fait un thé à la place. Ma mère a commencé à me donner des nouvelles de tous les gens du quartier, que ce soient des gens que j’ai connu quand j’habitais chez elle ou des personnes arrivées plus récemment que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. Je l’ai laissé parler. Au moins pendant ce temps-là ni moi ni Fañch n’étions la cible de ses critiques.

Au bout d’un moment, Fañch s’est levé et a demandé s’il pouvait prendre une douche. Ma mère lui a indiqué que des serviettes propres étaient disponibles dans le meuble sous le lavabo.

« Ce ne sera pas la peine, Madame, j’ai emmené la mienne ».

Madame, vouvoiement. Le contraste était saisissant avec ses parents qui m’avaient fait un accueil bien plus chaleureux. Ma mère ! Décidemment, on ne la changera pas. Sitôt que Fañch est rentré dans la salle de bain, j’ai coupé court à ses bavardages sur les voisins pour lui poser la question qui me brulait les lèvres.

« Alors, tu le trouves comment, Fañch ?

- Poli, gentil mais ce n’est pas un garçon pour toi. Tu mérites mieux ».

Mais pourquoi avais-je posé la question ? Pourquoi ce besoin permanent de ma part de chercher son approbation alors que je connaissais d’avance la réponse. Aucun homme ne trouverait grâce à ses yeux quelle que soit sa situation sociale, puisque selon elle « les hommes sont, par nature, tous des égoïstes ». On ne peut donc pas leur faire confiance et les femmes qui commettent la folie de se lier à eux en seront toujours les victimes.

Finalement j’ai décidé de changer de sujet et entrepris d’essayer de la convaincre d’aller manger le midi à Trentemoult. J’étais déterminée à faire découvrir le meilleur de Nantes à Fañch qui m’avait avoué n’y avoir jamais mis les pieds. Nous avons pris le tram jusqu’à la gare maritime, puis traversé la Loire en Navibus. Nous nous sommes un peu promenés dans l’ex-village de pécheurs aux ruelles étroites et aux façades colorées avant de nous attabler. Maman était revenue à une meilleure composition. Il faut dire que la conversation s’était focalisée sur son sujet de prédilection : elle-même et les milles raisons qu’elle avait de se plaindre de tout. Au moins cela nous évitait ses conseils à la noix sur les plans de carrière de Fañch. Quand vers le dessert elle a montré des velléités de revenir sur le sujet, je me suis empressée de lui parler du projet de campagne de communication que j’avais présenté à mon big boss, du fait qu’il l’avait accepté, du boulot que cela me donnerait pendant quasi tout l’été et sa principale conséquence : je n’aurais pas trop le temps de revenir à Nantes avant septembre.

« Tu ne viendras donc pas me voir à Royan ? On a loué un mobile-home pour deux semaines avec Stéphanie ».

Comme tous les ans, maman ! Toujours dans le même camping, toujours avec Stéphanie, même profil que toi, divorcée, une fille, une petite peste quatre ans plus jeune que moi que je n’ai jamais pu supporter. Avec au programme toujours les mêmes sorties. Le nombre de fois où j’ai dû me taper le zoo de la Palmyre ! Ça m’a dégoutée définitivement des animaux.

Comme je lui ai fait miroiter que, en contrepartie du travail intense qui me monopoliserait tout l’été, il m’avait quasiment été promis une promotion, ça l’a un peu calmée. L’argent, les diplômes, monter dans la hiérarchie, c’est important pour maman. Plus que tout le reste ! Après difficile de lui en vouloir. Elle-même n’a pas fait d’études, a toujours eu du mal à boucler les fins de mois. Elle voudrait que ma réussite la venge de toutes les vexations et frustrations qu’elle a subies. Le problème est que quoi que je fasse, ce n’est jamais assez. J’essaye d’en prendre mon parti et de vivre ma vie pour moi et pas pour elle. Mais force est de reconnaitre que je n’y arrive pas toujours. C’est plus fort que moi, je recherche toujours son approbation. Toujours en vain.

Pour bien appuyer la réalité de ce succès dans ma vie professionnelle, j’ai insisté pour payer la note du restaurant « pour fêter cela ». Je reste bien la petite fille qui travaille pour faire plaisir à sa maman en ramenant de bonnes notes. Pathétique à mon âge ! En sortant du restaurant nous avons pris un autre bateau pour rejoindre l’Île de Nantes et le Hangar à Bananes. Nous avons marché tout le long de la promenade aménagée devant ces anciens entrepôts.

Nous avons ensuite perdu Fañch qui était resté en arrière, fasciné par les Machines de l’Île. Le Grand Eléphant était de sortie. Il a été hypnotisé, happé par lui. Il l’a suivi, essayant, j’imagine de comprendre tout de son fonctionnement, d’en identifier les différents mécanismes. J’ai cru un moment qu’il était allé déposer un CV pour aller travailler à la conception de ces machines. Même s’il avait décroché un CDI dans cette boite, ce n’est pas cela qui aurait arrangé sa réputation auprès de ma mère qui regardait ces « trucs futiles » avec mépris.

Je lui ai envoyé des SMS pour savoir où il était. Pas de réponse. Ma mère a perdu patience et a annoncé qu’elle était fatiguée et allait rentrer en tram. Bonne idée. Après tout cela ne nous ferait pas de mal de nous retrouver un peu tous les deux, Fañch et moi. Je suis revenue en arrière, ai cherché l’éléphant. Facile : il mesure tout de même 12 mètres de haut. J’ai évidemment trouvé mon Fañch à ses pieds, suivant les pérégrinations de la machine. Un enfant dans un magasin de jouet. Je me suis approché de lui par derrière. Précaution inutile. Je pense que je me serais plantée face à lui qu’il ne m’aurait pas vue tellement il était obnubilé par la machine. J’ai mis mes mains sur ses yeux. Il s’est retourné et m’a roulé une pelle, direct.

« Extraordinaire, inouï, merci, merci, merci ma Julie, de m’avoir amené là et laissé la surprise ! »

Je n’avais rien planifié du tout. Je n’avais même pas pensé à la présence de ces machines. J’ai quand même fait comme si tout avait été prévu. Dans la demi-heure qui a suivie, j’ai eu droit à une liste exhaustive de tous les mécanismes qu’il avait reconnu, à l’énumération des moteurs et vérins qu’il avait comptés, au descriptif complet des mécanismes de synchronisation des mouvements qu’il avait identifiés. Il était aux anges.

J’ai essayé l’intéresser à d’autres curiosité de Nantes mais même le Passage Pommeraye l’a laissé de marbre. Il continuait de discourir avec enthousiasme. J’ai repensé à mon projet de campagne pour ma boite. Si je voulais tester mes idées pour convaincre les personnes attachées aux valeurs de la cité industrielle, attachées aux sciences et technologies, à la performance pour la performance, j’avais un cobaye tout trouvé. Il s’est rendu compte que, en dépit de tous mes efforts, je décrochais. Il est parti d’un grand éclat de rire.

« En fait je me rends compte que je suis en train de te saouler avec mon éléphant. Je suis désolé. C’était trop chouette. Merci, merci, merci ». Il m’a à nouveau couvert de baisers. Il savait se faire pardonner. Il m’a proposé d’aller boire un coup. Il devrait être assoiffé d’avoir tant causé. J’ai accepté son invitation. Il me devait bien cela. Pendant que nous nous rafraichissions à la terrasse d’un café, il m’a demandé s’il y avait d ‘autres choses que je voulais lui faire voir à Nantes. Il y en avait tant ! Nous n’avions pas visité ni le château des Ducs de Bretagne, ni les lieux qui nous avions fréquentés Rebecca, Amanda et moi. Mais, un, j’étais fatiguée : nous avions tout de même pas mal marché depuis ce matin et deux, je savais bien qu’il avait encore tellement l’Eléphant Mécanique dans la tête que rien de ce que je pourrais lui montrer ne l’intéresserait vraiment. J’ai donc proposé que l’on rentre. Demain serait un autre jour. Nous n’allions repartir qu’en fin d‘après-midi.


💬 Commentaires 1

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Lahire • 3 semaines, 2 jours
L'éléphant est magique. On redevient effectivement enfant, avec la banane.
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