Vendredi 3 juillet

📖 Mais qu’est-ce qu’il y a dans son pantalon ? ✍️ Passiflore 📝 1121 mots

Fañch m’attendait sagement devant mon bureau. Il avait mis son petit pantalon bleu marine, dont Soizic lui avait fait l’ourlet et qu’il avait récupéré lors de notre séjour dans le Morbihan. Malgré la chaleur, il avait revêtu une chemise blanche, à manche longue dont il avait tout de même remonté les manches. Il portait petit un sac à dos avec j’imagine, dedans, ses affaires pour le week-end.

Je me suis gentiment moquée de lui, lui disant qu’avec sa chemise blanche, il ressemblait à un témoin de Jéhovah qui aurait perdu son jumeau.

« T’aimes pas ?

- Si, tu es très beau. Pas sûr que ça suffise pour amadouer ma mère, mais tu auras fait l’effort ».

Nous sommes allés à la gare et nous nous sommes installés dans le train. J’ai mis ma tête sur son épaule, contente d’être avec lui mais angoissée par ce qu’allait encore dire ma mère. Une fois assis, son pantalon faisait un gros pli sur le devant. Je lui ai ôté un écouteur et lui ai chuchoté à l’oreille.

« Il est chelou ton pantalon. Avec la bosse que ça te fait devant, on dirait que tu bandes.

- Mademoiselle, vous êtes une obsédée. Il y a plein de pantalons qui font cela ! Ça t’excite ?

- Non ça me fait marrer.

- Tant mieux, parce que te sauter dans les toilettes du train, ça ne me tente pas trop ».

Comme la vieille dame sur le siège de l’autre côté de l’allée était plongée dans un bouquin et ne nous regardait pas, j’ai commencé à jouer avec le pli sur le devant de son pantalon. Il n’y avait effectivement rien dedans. Une promesse vide. Il était gêné, et plus il était gêné, plus j’avais envie de l’embêter. Il a fini par mettre la main dessus. Je lui ai fait un bisou pour me faire pardonner et j’ai arrêté de le taquiner.

Arrivés à Nantes, nous avons pris directement le tram pour rejoindre l’appart de ma mère. Elle occupe un logement social assez ancien (j’ai grandi là) mais comme ils ont refait toute l’isolation par l’extérieur, cela donne l’impression d’être un immeuble tout neuf.

Ma mère a accueilli Fañch égale à elle-même.

« Drôle de prénom, a-t-elle attaqué.

- Vous pouvez m’appeler François si vous préférez.

- François ça fait un prénom de vieux ! ».

Du coup elle l’a quand même appelé Fañch. Elle a tout voulu savoir de lui et n’a eu de cesse de le critiquer. « Vous n’avez pas réussi à trouver mieux comme travail que cela après vos études ? A Saint Nazaire, sur les chantiers navals, ils embauchent en ce moment, vous devriez candidater ». « Vous n’avez pas songé poursuivre par des études d’ingénieur ? Le fils de ma voisine a commencé lui aussi par un IUT puis après il a fait une prépa et est entré dans une école d’ingénieur. Il a une très bonne position aujourd’hui. Et gagne bien sa vie ».

L’argent, toujours l’argent, l’obsession de ma mère. Ça et la position sociale du mec. J’ai tenté de défendre mon Fañch.

« Tu sais maman Fañch a monté une entreprise de conception de systèmes électroniques. Ça marche assez bien même s’il ne peut pas encore se servir de gros salaires car il réinvestit tout dans sa boite ».

Fañch faisait des yeux ronds en face de moi, sidéré par mon culot à mentir aussi effrontément.

« Et puis il est propriétaire d’une maison dans Rennes.

- Pas encore, c’est un viager et l’occupante n’est pas encore morte.

- Acheter en viager pour parier sur la mort des gens quelle horreur ! »

Et voilà il venait de tout bousiller mes efforts pour essayer de redorer son image. Je lui ai dit le soir quand nous nous sommes retrouvés dans le lit tous les deux.

« Pourquoi ça te parait si important que cela qu’elle ait une bonne opinion de moi ? A quoi cela sert si cette opinion est basée sur des mensonges ? »

Bonne question. Pourquoi m’obstinais-je à vouloir lui plaire, alors que je savais pertinemment que rien de ce que je ferais ne serait jamais suffisant.

J’avais obtenu, il y a quelques années qu’elle change mon lit d’enfant pour un lit de 140 cm. Je ne sais pas où elle l’avait trouvé celui-ci mais le sommier grinçait horriblement chaque fois qu’on faisait un mouvement.

« Ça va être compliqué pour les câlins, a noté Fañch.      

- Oui tu vas devoir faire ceinture.           

- Je peux moins avoir tes seins comme doudous pour m’endormir ? »

Il s’est collé dans mon dos, une main sur mon sein droit. Je n’arrivais pas à m’endormir. J’étais frustrée. Déjà que je ne pouvais disposer de mon Fañch que trois nuits par semaine et voilà qu’à cause d’un sommier qui grince, j’en perdais deux. A croire que ma mère en avait fait exprès pour m’empêcher de ramener des hommes à la maison, pour me condamner comme elle à un éternel célibat. Ou me protéger des déceptions d’une relation de couple qui forcément finirait mal ?

J’ai essayé de me retourner pour lui chuchoter :

« Ça ne frustre pas toi de ne pas pouvoir…         

- Arrête de gigoter, tu fais du bruit.        

- T’aurais pas envie toi…             

- Dors !

- Tu veux que je te suce

- Mais t’es infernale, une vraie obsédée. Déjà dans le train, maintenant chez ta mère. Qu’est-ce qui t’arrive aujourd’hui ?      

- Il m’arrive que j’ai envie de toi. Tu n’as pas envie de moi ?        

- Si, mais ce n’est pas le lieu. Avec ce lit qui grince et ta mère dans la chambre à côté. 

- Si tu t’occupes de moi pendant que je te suce, ça peut le faire.

- Hors de question. Vous allez être sage ce soir mademoiselle, pour faire plaisir à votre maman. Je ne veux pas qu’elle nous entende et me fasse demain des réflexions sur ma vie de pervers sexuel dépravé. Déjà qu’elle me considère comme un loser.       

- T’es pas un loser         

- J’ai bien compris, elle m’a bien fait comprendre, que je n’étais pas, selon elle, assez bien pour de sa fille.

- Et ça te semble important de lui plaire ?           

- Moi, je m’en fous, mais pour toi cela semble important. Tu ne m’aurais pas fait venir à Nantes sinon. Tu ne mentirais pas à ta mère à mon sujet si son approbation n’était pas importante pour toi.

- Je n’ai pas menti.         

- Disons que tu as cherché à enjoliver la réalité. Allez, dors maintenant.  

- Même pas une petite pipe donc.          

- Non, pas se soir. Une autre fois peut-être.        

- Je suce si mal ?            

- C’est pas la question. Allez bonne nuit ! Dors bien ! Et surtout ne gigote pas trop pour que le sommier ne réveille pas tout l’immeuble. ».

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