Chapitre 10 – L'ÉCHO
La lumière du dimanche se faufile entre les rideaux et vient s’échouer dans le salon. Jonathan ouvre un œil lorsque le téléphone vibre contre la table basse. Il tend le bras sans quitter le canapé.
— Ah bah enfin !
— … Paris.
— Ben oui, Paris ! Mais qu'est-ce tu fous ? J't'appelle depuis une heure ! T'es même pas sur MSN, j't'ai envoyé quinze messages !
Jonathan se redresse, le regard égrène le sol, la table, le mur. Quinze heures passées. Il se gratte le crâne.
— J'dormais.
— Ça, j'avais compris. T'aurais dû rester. T'as loupé des scènes...
Il garde le téléphone à l'oreille et traverse la pièce jusqu'à la cuisine.
— Ah ouais ?
— Mais complètement ! J'me suis encore fait accoster de tous les côtés. Trois verres à l'œil, minimum. Y en a un qui voulait absolument m’ramener chez lui. Un autre qui m'a dit que j'étais le plus beau mec de la boîte.
Jonathan ouvre le réfrigérateur et attrape une bouteille d'eau.
— Et tu vois Ludo ? J't'en ai déjà parlé.
— Ludo... Ludo...ouais.
Il boit plusieurs longues gorgées.
— Eh ben le mec m'a fait une déclaration. Il m'a sorti : "Ça fait des mois que j't'observe, à chaque fois j'te trouve magnifique, j'ose jamais venir t'aborder..." Et après : "En plus t'es toujours avec ton pote..."
— Merci. Ça va encore être d'ma faute maintenant.
— J'lui ai quand même filé mon num... mais j'aurais pas dû.
— Pourquoi ?
— J'sais pas... trop jeune.
Jonathan repose la bouteille.
— Attends... il a quel âge ?
— Trente-deux. Enfin bref... toi, t'es rentré et moi j'ai fini à six heures.
Il s'arrête devant la fenêtre.
— Allô ?
— ...Ouais.
— Ok. Passe sur MSN après. Faut que j'te raconte encore deux ou trois trucs.
— Tout à l’heure.
— À plus.
Jonathan laisse le téléphone retomber dans sa main. Une notification attend. Un appel manqué de sa mère, suivi d'un SMS.
Tu dors ? Appelle-moi quand tu peux.
Il répond :
Jte rappelle plus tard.
La conversation remonte en haut de la liste. Juste en dessous :
Schizo
Botzaris
Dans la salle de bain, Jonathan ouvre le robinet, ramène deux fois l'eau contre son visage, se brosse les dents devant le miroir qui lui renvoie les cheveux rabattus sur le front. Le tee-shirt passe par-dessus la tête : fumée, déodorant, transpiration, des parfums mêlés s'échappent du coton. Les doigts finissent par s'ouvrir au-dessus de la corbeille. En caleçon, il prend la balance près du meuble, l'avance devant le lavabo et monte dessus. Les chiffres se stabilisent. Il redescend, la décale de quelques centimètres, remonte.
Le short et le tee-shirt de course quittent l'armoire. Jonathan vérifie la batterie de l'iPod, clipse le boîtier à la taille avant de passer les écouteurs sous le tissu. Les baskets aux pieds, un dernier nœud aux lacets, il attrape les clés de la 106. Le téléphone reste là.
*
ParisXoX dit :
T où ???
Répond !!!
HHHHHHEEEEEEEE OOOOOHHHHHHHHHHH
$GoldenCard$ dit :
T parti grav tôt hier lol
just_j0 dit :
oué j'étais claqué
j3r3m dit :
Slt bg 😜
Jonathan referme la fenêtre.
ParisXoX dit :
Ah T là
Bon g 1 proposition
Le patron d1 club ma invité ce soir
Tu viens ?
just_j0 dit :
J bosse dem1
ParisXoX dit :
Et alors ?? MDR
just_j0 dit :
Jsui KO. Jvien dfaire un footing en +
ParisXoX dit :
Tu dormira mardi lol
On a 22 pas 60
C maintenant k ça sjoue
Jonathan lève les yeux vers l'emploi du temps punaisé au-dessus du bureau. Lundi. 8 h : Vie scolaire. 9 h : Perm 2. Les doigts restent sur la souris.
ParisXoX dit :
Ta koi d + urgent ?
1 rencard ? 😏
Près du clavier, le portable.
just_j0 dit :
Ok
En début de soirée, le portefeuille disparaît dans une poche, les clés dans l'autre. Devant le miroir de l'entrée, Jonathan ajuste le col de sa veste en cuir.
💬 Commentaires 3
Toujours au top, je n'ai rien vu qui méritait d'être annoté, hormis peut-être "La lumière du dimanche" qui est un peu générique et mériterait une précision (chaude/froide/pâle/troublée comme Jo) à mon sens. ;-)