CHAPITRE 3 - LE TEDDY

📖 UNE DOSE DE MEHDI ✍️ JonathanJones57 📝 711 mots

Paris n'a jamais besoin de beaucoup de temps pour décider qu'un vêtement ne lui plaît pas. Dans cette boutique du Marais, quelques minutes lui suffisent pour écarter plusieurs pièces et dénicher un teddy en cuir glacé, noir profond, fermeture éclair brillante.

— Essaie ça.

— Je sais pas… C'est pas vraiment…

— Raison de plus.

Quatre cent cinquante euros. Je lui montre l'étiquette et il lève les yeux au ciel, invoque la qualité du cuir italien et m’assure que Sandra va s'occuper de nous. La vendeuse, blond platine, rouge à lèvres vif, tailleur anthracite, l'accueille avec des bises rapides ; ils se retiennent par les coudes sans perdre le sourire pendant que j'enfile le teddy. Ça serre aux épaules, tombe juste à la taille, et Paris recule pour apprécier le résultat. Sandra approuve, naturellement. Dès que je leur parle de mon loyer, il me demande de me taire et de me regarder, et je finis par me présenter de profil devant le miroir, chasser un pli sur la manche, remettre le col à plat. Selon l'angle, la matière devient mate puis lustrée.

Paris reprend, voix plus basse.

— Tu l'aimes.

450 €.

Il se tourne vers Sandra.

— Dis-moi que tu peux faire mieux.

— Trente pour cent. Et c'est parce que c'est toi.

— Allez.

L'étiquette retombe contre la doublure.

— Ok. Je la prends.

— Merci ! Vite, avant qu'il change d'avis.

Je paie, Sandra emballe la veste et Paris m'entraîne dehors avec nos achats. Il me propose de l'étrenner samedi, au Queen.

Au carrefour, il m'arrête.

— Hé.

— Quoi ?

— Rien.

Son bras passe autour de mes épaules.

— Bon, allez. On va boire un verre, pour fêter ça.

*

Le soir, je ressors la veste et la garde un moment entre les mains, le pouce suivant le relief de la couture du col, rencontrant les dents de la fermeture éclair avant de retrouver la surface lisse. Dans l’armoire, entre les cintres espacés, le teddy se détache, noir franc au milieu du reste.

Le PC fixe démarre dans son souffle habituel, Windows s'affiche et MSN charge ma liste de contacts, plusieurs fenêtres de conversation surgissant avant même que je touche la souris. Clairounette a encore changé sa photo : des mèches écarlates, cette fois. Je lui demande si elle a prévenu les pompiers, elle me traite de connard avant d'ajouter trois smileys qui m'embrassent. Maxence, lui, attend toujours les photos du Banana pour terminer son article sur Skyblog, tandis que Cédric annonce dans sa phrase perso qu'il est « Au Tarrefour ».

just_j0 dit :

Des tontombres ou des tourgettes ?

Ced75 dit :

😂 Les 2

Au milieu de tout ça, xX-BlackDream-Xx, ajouté quelques jours plus tôt, vient de passer en ligne, sa photo montrant un garçon à moitié mangé par l'ombre, une frange noire rabattue sur un œil. Je lui envoie un « Slt ça va ? » et vais allumer la télévision dans le salon, où deux candidats discutent lorsqu'une troisième dévale les marches en criant.

À mon retour, xX-BlackDream-Xx a répondu.

ça va et toi ?

Dix-huit ans, d'après sa fiche MSN. Aucun prénom.

Une chanson se termine dans le lecteur Windows Media. Le temps d'en lancer une autre, l'onglet de Maxence est passé à l'orange, entre Clairounette et Cédric.


💬 Commentaires 4

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Enattendantlapluie • 2 mois, 2 semaines
Je me rends compte que pour te relire, j'aime prendre le temps de me poser avec un grand écran. Comme pour lire plus lentement, parce que ton style s'apprivoise.
La relecture, c'est particulier, plus exigeant. Je veux essayer d'avoir un regard plus critique.
Cette scène est une bascule. On ne connait pas un Jonathan foufou, mais là on prend conscience d'une sorte de retenue, d'une vie en sous-régime à côté d'un Paris qui exulte, qui voudrait le sortir de sa zone de confort.
C'est troublant. Et c'est peut-être le terme qui explique le mieux que j'aime me donner le temps de te lire : pour laisser le trouble agir, il faut du calme
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JonathanJones57 Auteur • 2 mois, 2 semaines
Merci beaucoup pour ce commentaire, très fin. Particulièrement touchant.
« Pour laisser le trouble agir, il faut du calme. » Je crois que c'est la phrase qui résume le mieux ce que j'essaie de faire depuis le début, sans jamais avoir réussi à le formuler aussi justement.
Et merci de prendre ce temps-là. Ça se sent dans tes retours, et c'est vraiment précieux.
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Enattendantlapluie • 2 mois, 2 semaines
Je suis rassurée, parce que c'est également complexe de critiquer. On est là pour s'entraider, mais personne n'est critique littéraire !
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RaphHary07 • 2 mois, 3 semaines
Rien à redire en dehors de mes annotations.
On sent le trouble qui s'est déjà insinué en Jonathan, même s'il fait son possible pour ne pas y penser. Le passage du blouson est toujours aussi révélateur selon moi.
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