CHAPITRE 3 - LE TEDDY

📖 MEHDI ✍️ JonathanJones57 📝 702 mots


Paris passe d’un cintre à l’autre, les doigts sur une manche, une grimace au moment où le vêtement retrouve le portant.

— Ça, non, la coupe est affreuse. Ça, trop cheap pour le prix.

Il finit par sortir un teddy en cuir glacé, noir profond, fermeture éclair brillante.

— Essaie ça.

— Je sais pas… C’est pas vraiment…

— Raison de plus.

Jonathan retourne l’étiquette.

— Quatre cent cinquante euros ? T’es conscient que c’est délirant ?

Paris lève les yeux au plafond.

— C’est du vrai cuir italien, pas de la merde synthétique. Et Sandra va s’occuper de nous.

À l’instant où son prénom tombe, une vendeuse arrive : blond platine, rouge à lèvres vif, tailleur anthracite.

— Mon chou ! Ça fait combien de temps ?

— Beaucoup trop longtemps.

Ils échangent des bises rapides, se retiennent par les coudes, le sourire qui tient. Près du miroir, Jonathan garde la veste quand elle se tourne vers lui.

— Nouveauté de la collection automne-hiver. Essaye-la, tu vas voir.

Jonathan enfile le teddy. Le cuir se pose sur le t-shirt, serre aux épaules, épouse la taille. Paris recule d’un pas, mains sur les hanches.

— Voilà. C’est exactement ça !

— J'ai un loyer, j'te rappelle.

— Tais-toi. Regarde-toi. T’es canon là-dedans. Hein, Sandra ?

Elle prend le relais.

— Il a raison. Ça marche parfaitement.

Jonathan chasse un pli sur la manche, ajuste le bord-côte, se présente de profil devant le miroir. Il remet le col à plat. Selon l’angle, la matière devient mate puis brillante.

Paris reprend, voix plus basse.

— Tu l’aimes.

450 €.

Paris se tourne vers Sandra.

— Dis-moi que tu peux faire mieux.

— Trente pour cent. Et c'est parce que c'est toi.

Il n’attend pas.

— Allez.

L’étiquette retombe contre la doublure.

— Ok. Je la prends.

— Merci. Vite, avant qu'il change d'avis.

Les manches rabattues vers l’intérieur, le teddy rejoint le sac aux lettres dorées dans un froissement léger. Jonathan sort sa carte ; le terminal bippe, le ticket suit en ruban étroit.

— T’es un amour.

Paris embrasse Sandra, récupère ses achats, cueille Jonathan au passage et le ramène dehors.

— Tu vas la porter quand ?

— J’sais pas. Quand l’occasion se présentera.

— Ce week-end. On va au Queen.

Au carrefour, il s’arrête.

— Hé.

— Quoi ?

— Rien.

Paris le regarde encore une seconde. Son bras passe autour de ses épaules et s’y pose, ferme.

— Bon, allez. On va boire un verre. Pour fêter ça.

Ils repartent, les sacs battant régulièrement contre leurs jambes, et Jonathan finit par caler son pas sur ce rythme.

*

Le soir, il sort la veste et la garde un moment entre les mains, le pouce suivant lentement la couture du col jusqu’à la fermeture et à la surface lisse. Dans l’armoire, entre les cintres espacés, le teddy se détache, noir franc au milieu du reste.

Le PC fixe démarre dans son souffle habituel. L’écran s’allume, le bureau Windows apparaît, et MSN charge la liste. Des fenêtres s'ouvrent avant même qu'il touche la souris.

Clairounette a encore changé sa photo : des mèches écarlate cette fois. Il lui demande si elle a prévenu les pompiers, elle le traite de connard avant d'ajouter trois smileys qui l'embrassent. Un contact ajouté quelques jours plus tôt passe en ligne. Le pseudo xX-BlackDream-Xx remplace l'icône grise. L'avatar montre un garçon à moitié mangé par l'ombre, une frange noire rabattue sur un œil. Jonathan lui envoie un « Salut. Ça va ? ». Plus bas, Maxence réclame les photos du Banana qui lui manquent pour terminer l'article qu'il prépare sur son Skyblog.

Dans la liste, Cédric affiche en phrase perso : « Au Tarrefour. »

just_j0 dit :

Des tontombres ou des tourgettes ?

Ced75 dit :

😂 Les 2

En passant dans le salon, il allume la télévision. Sur l'écran, deux candidats parlent, une troisième descend les marches dans leur direction en criant.

Lorsqu'il revient, xX-BlackDream-Xx a répondu.

ça va et toi ?

Jonathan consulte la fiche MSN : dix-huit ans. Pas de prénom.

Une chanson se termine dans le lecteur Windows Media. Le temps d'en lancer une autre, l'onglet de Maxence est passé à l'orange, entre Clairounette et Cédric.


💬 Commentaires 4

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Enattendantlapluie • 1 mois
Je me rends compte que pour te relire, j'aime prendre le temps de me poser avec un grand écran. Comme pour lire plus lentement, parce que ton style s'apprivoise.
La relecture, c'est particulier, plus exigeant. Je veux essayer d'avoir un regard plus critique.
Cette scène est une bascule. On ne connait pas un Jonathan foufou, mais là on prend conscience d'une sorte de retenue, d'une vie en sous-régime à côté d'un Paris qui exulte, qui voudrait le sortir de sa zone de confort.
C'est troublant. Et c'est peut-être le terme qui explique le mieux que j'aime me donner le temps de te lire : pour laisser le trouble agir, il faut du calme
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JonathanJones57 Auteur • 1 mois
Merci beaucoup pour ce commentaire, très fin. Particulièrement touchant.
« Pour laisser le trouble agir, il faut du calme. » Je crois que c'est la phrase qui résume le mieux ce que j'essaie de faire depuis le début, sans jamais avoir réussi à le formuler aussi justement.
Et merci de prendre ce temps-là. Ça se sent dans tes retours, et c'est vraiment précieux.
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Enattendantlapluie • 1 mois
Je suis rassurée, parce que c'est également complexe de critiquer. On est là pour s'entraider, mais personne n'est critique littéraire !
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RaphHary07 • 1 mois
Rien à redire en dehors de mes annotations.
On sent le trouble qui s'est déjà insinué en Jonathan, même s'il fait son possible pour ne pas y penser. Le passage du blouson est toujours aussi révélateur selon moi.
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