Chapitre 5 - DE PASSAGE
Au carrefour, le feu est rouge. Jonathan tapote les doigts sur le volant ; à droite, Romainville. Quand le vert revient, le clignotant part à gauche et la 106 prend la rue de Paris. Sous le pont de Bondy, l'ombre engloutit la voiture avant de la rejeter de l'autre côté. Derrière les grilles, les arbres deviennent plus nombreux à mesure que la route monte.
À trente, vingt kilomètres heure, la rue est vide lorsque Jonathan gare la 106 devant le pavillon clair, un étage, portail noir, une lumière derrière les rideaux, remonte l'allée jusqu'au perron et sonne, la porte s'ouvre.
— Tu es là ?
— J’étais dans le coin.
Sa mère s'écarte pour le laisser entrer, la chaleur et l'odeur d'une sauce qui mijote viennent à lui, les plaques sont allumées sous deux couvercles, un torchon est plié près de l'évier.
— Tiens, j'ai vu une commode chez IKEA l'autre jour. Blanche, toute simple. Elle irait très bien dans ton entrée.
— Mhm.
Jonathan ouvre un placard, prend un verre.
— J'ai encore passé une heure sur la glycine cet après-midi. Elle repart de partout, je sais même plus combien de sacs j'ai remplis.
L'eau coule.
— Tu dis ça chaque année.
— Oui, mais cette fois c'est pire.
Jonathan se dirige vers le séjour et pose les mains sur le dossier d'une chaise. Les couverts sont disposés à côté de deux assiettes empilées sur la table. Sa mère passe et vient se placer en face de lui, tandis qu’il jette un coup d'œil dans le salon.
— Pascal est pas là ?
— Dans le bureau, je crois.
Un bouquet de fleurs est posé dans un vase qu’elle ajuste. Elle redresse une tige, en retire une autre puis recule d’un pas pour regarder l’ensemble.
— Tu restes manger ?
— Non merci. C’est gentil… mais je dois me lever tôt demain. Le vendredi, c’est chargé, tu sais.
— Oui.
Elle replace une dernière tige. Lisse la nappe, encore.
— Tu voulais me dire quelque chose ?
Jonathan secoue la tête.
— Non.
Puis :
— Je vais y aller.
— D’accord. Tu passes quand même là-haut dire bonsoir ?
Il acquiesce et l’embrasse sur la joue. Au fond du couloir, la porte du bureau est fermée. Jonathan abaisse la poignée. Il frappe. La clé tourne dans la serrure et elle s’entrouvre de quelques centimètres.
— Ah, Jonathan.
— Bonsoir.
Pascal s'avance sur le seuil et referme derrière lui.
— J'voulais juste te dire au revoir.
— Ouais, pas de problème. Si tu dînes pas avec nous...
— Une prochaine fois. Bonne soirée.
— Toi aussi.
Il rejoint l'escalier, le verrou retombe derrière lui.
*
Sous la veilleuse, le couteau tape sur la planche, les carottes, les courgettes et les poivrons finissent dans l'huile qui crépite. Jonathan verse le tout sur les spaghettis, referme le tupperware et le glisse au réfrigérateur.
Une fenêtre MSN clignote dans la barre des tâches. Le son retentit une fois, puis une deuxième, une troisième.
ParisXoX dit :
Jvais tuer Bernard
3 heures
3 HEURES 😡 😡 😡
just_j0 dit :
Qu'est-ce qu’il y a eu ?
ParisXoX dit :
ILS AVAIENT PLUS DE GLOSS DÉJAUNISSANT !!!
PLUS
DE
GLOSS
just_j0 dit :
Et ?
ParisXoX dit :
Dvant le miroir, jlui ai dit à Audrey : NAN
Elle ma fait : quoi nan ?
Jlui ai dit : c jaune. Regarde mes racines
Elle m'a répondu que ct ds ma tête
just_j0 dit :
LOOOLLL
ParisXoX dit :
Même Bernard s'y est mis
just_j0 dit :
Et après ?
ParisXoX dit :
G di de tte façon
c simple jte préviens
je sors pas dici tant que la couleur me convient pas
L'autre qui mdit dme détendre
Ils ont fini par envoyer Audrey chercher un produit ds 3 boutiques différentes
just_j0 dit :
eh ben
Une nouvelle conversation s'ouvre.
xX-BlackDream-Xx dit :
ça va twa ?
just_j0 dit :
oué
xX-BlackDream-Xx dit :
okey
Quelques secondes.
Alors on svoit quand ?
Jonathan regarde l'écran.
xX-BlackDream-Xx dit :
t dispo ?
Puis :
xX-BlackDream-Xx dit :
T où ??
La fenêtre passe au orange une nouvelle fois. Jonathan clique sur « Occupé » avant de la réduire. Il ouvre Internet Explorer et va sur le site du Queen. Les clichés du week-end défilent : La Dalida, Steph, le barman torse nu derrière le comptoir, la Danny et la Jason sur le podium. Plus loin, Cédric entouré de monde aux banquettes. Lui et Paris. Un clic. « Enregistrer sous ».
Il allume le téléviseur. Un jeu, une publicité, un reportage, une série américaine, Jonathan s'y arrête cinq minutes, baisse le volume, gagne la porte-fenêtre ouverte sur la nuit où il s'appuie contre l'encadrement. En face, des jardins séparés par des grillages et des haies, une lumière tient encore chez les voisins derrière des rideaux tirés à moitié, plus loin quelques fenêtres éclairées dessinent au-dessus des toits la silhouette d'un grand ensemble. Un bruit de gravillons quelque part, plus rien ensuite.
Il s’éloigne. Trois pas — le canapé, la table, la cuisine — puis retour dans le reflet noir. Jonathan reprend la télécommande, éteint la télévision.
💬 Commentaires 8
Ce n'est évidemment que mon ressenti et cela n'enlève rien à la qualité du récit.
Vite la suite !!!!