11. Morts vivants

📖 Noah au Saint Royaume | Octeller 2026 ✍️ TeddieSage 📝 2264 mots

Je suis assis dans la pièce d’infirmerie où j’ai dormi durant ces derniers jours, alors que Cassandra et Luna m’observent depuis quelques secondes. Cassandra vient de terminer la procédure de recoller le fragment manquant de mon âme au reste de celle-ci et je ressens déjà plusieurs souvenirs de ma vie antérieure qui sont en train de recommencer à remplir mes pensées. Une à une, je revois ces images de ma mère et de son nouveau compagnon. De la ville de Montréal où j’ai passé les dernières années de ma vie. De Simon, mon cousin avec qui on a vécu en colocation après les études universitaires. À Rowan et Freddie, deux de mes meilleurs amis avec qui je partageais ma vie… 

— Oh mon Dieu, Rowan et Freddie ! je m’exclame avant de sursauter. Ils doivent être dévastés par ma mort ! Oh mon Dieu… 

Je couvre ma bouche d’une main, alors que je réalise avec stupeur qui je suis vraiment et pourquoi je suis ici. Jusqu’alors j’avais été telle une ardoise à moitié vide. Je me souvenais de quelques bribes de mon passé, mais j’absorbais de nouvelles informations comme une éponge. 

— Noah ? demande Cassandra. Est-ce que tout va bien ?

— Bien sûr que non, Docteure Appleseed. Je suis mort !

— Bon, c’est exactement la réaction qu’on cherchait à ton réveil, soupire-t-elle. C’est bon, tu prends conscience de certaines choses. Heureusement pour nous, le fragment de ton âme n’avait pas été corrompu. Maintenant, tu devrais être exactement comme les dossiers qu’on avait à ton sujet, depuis ta naissance.

— Je dois voir mes partenaires ! je m’exclame avant de bondir du lit. 

— Pas si vite, Noah ! commente Cassandra.

— Je dois savoir s’ils vont bien, je… 

— Noah… Ils ne pourraient pas te voir, formule Luna. Ça prend une autorisation spéciale pour interagir avec les mortels et faire en sorte qu’ils nous voient.

— Merde ! je réplique, déçu. J’aurais dû m’en douter.

C’est déjà assez difficile d’accepter qu’un mangeur d’âme qui s’était fait passé pour un simple chasseur, m’a abattu dans le simple but de dévorer mon essence. J’ai eu de la chance que Flint et Gabriel puissent me sauver, même si qui j’étais avait été divisé en deux par cette créature. D’ailleurs, Flint aurait finalement mis la main sur ce monstre et l’aurait exécuté.

— Je suis désolée que tu l’apprennes ainsi, mais ce sont nos lois, déclare Cassandra. Les brigadiers qui travaillent pour le Conseil ont pratiquement tous ce privilège, tant et aussi longtemps qu’ils portent des déguisements pour s’adapter aux espèces de ces mondes. 

— Ce qui veut dire que si Cassie devait se rendre sur Terre, elle aurait une apparence humaine, plutôt qu’elfique, commente Luna.

— Je crois qu’il a compris, réplique son interlocutrice.

— Rowan… je marmonne pour moi-même. Freddie… 

Des larmes commencent à couler le long des joues. Ils me manquent. Ils me manquent alors que ça fait moins de deux semaines que je leur ai été arraché. Cassandra se tourne vers la table au chevet de mon lit et ramasse des papiers-mouchoirs qu’elle me tend. Autant me servir tout de suite parce que je sais que je vais pleurer un moment. 

Gabriel n’est pas là. Il doit s’occuper de sa famille en ce moment alors que nous sommes presque à l’heure du souper. Pas étonnant que je trouve sa présence réconfortante : il ressemble beaucoup à mon Rowan, à part le fait que ses cheveux soient courts, qu’il soit châtain et qu’il n’ait aucune tache de rousseur. Il est un peu plus grand, quand même. 

— Eh bah, eh bah, dit une voix depuis le cadre de porte de ma chambre. Maintenant que j’y pense, c’est vrai qu’il a un petit air de Wyatt et de Scottie, celui-là…

Le regard embrouillé, je me tourne en direction d’un grand homme blond. Ce dernier s’invite dans la pièce, alors que Cassandra lui fait signe de ne pas trop avancer.

— Minute, Flint, dit-elle. Donnons-lui un peu d’espace. Il revient de loin, quand même. 

— En tout cas, je suis ravi que tu aies pu soigner son âme. Bien joué, Cassie.

— Ha… j’en ai l’habitude, mais merci, Flint. 

— Tu ne devais pas aller souper chez vous, toi ? dit alors Luna qui se tourne vers le nouveau venu. Et je ne vois pas trop en quoi il ressemble à nos amis, mis à part le fait qu’il ait les cheveux noirs et les yeux bleus. 

— Non, mais il a pratiquement la même grandeur que Wyatt, continue Flint qui m’observe. On pourrait le confondre si Wyatt ne portait pas tout le temps des lunettes.

Je n’ai aucune idée qui sont ces gens dont il parle, mais je n’apprécie pas trop l’idée d’être comparé à quelqu’un d’autre. J’essuie mes larmes et me mouche pendant que Cassandra passe un savon à Flint. Je n’entends pas trop ce qu’elle lui dit, mais il est clair qu’elle vient de l’irriter.

— Oh ça va, Cassie ! réplique le blond, surpris. Je ne disais pas ça méchamment. 

— Présente-toi, plutôt que d’ignorer sa présence et ses sentiments, dit-elle d’un ton sec.

— Oh… Pardon… 

Il s’avance alors vers mon lit, alors que je suis assis sur le côté. 

— Désolé pour cette scène, me dit-il. Je suis Flint Markios, Capitaine de la Septième Brigade. C’est mon mari et moi qui t’avons ramené au Saint Royaume. J’aurais dû me présenter un peu plus tôt cette semaine… mais comme je ne voulais pas prendre de risques avec ton fragment manquant, je suis parti à sa recherche. 

Il me tend la main, l’air de vouloir serrer la mienne, mais réalise que je ne suis pas en état pour parler. Il baisse aussitôt sa dextre et déglutit. 

— Je suis vraiment navré pour ce qui t’es arrivé, Noah.

Je me contente de hocher la tête faiblement et renifle un bon coup. 

— Gabriel voulait t’envoyer ceci pour le souper, donc… je vais le poser juste-là, m’explique Flint. Il se fait beaucoup de souci pour toi, mon cher mari…

Il me montre un sac dans lequel il y a des boîtes remplies de sandwichs et de légumes avec une trempette. Il y a aussi une bouteille d’eau. Gabriel tient à cœur la santé des patients de l’infirmerie, comme me l’a expliqué Cassandra. C’est gentil de sa part, mais je crois bien que l’état de mon âge fragmenté l’a beaucoup inquiété. Au moins, Cassandra a réussi à recoller les morceaux. À présent, quand je pense à certains souvenirs de mon passé, je n’ai plus mal à la tête. Comme si tout était rentré dans l’ordre… Mais ce n’est pas le cas. Je suis ici et pas mes partenaires. J’ai l’impression de les avoir abandonnés, alors que je sais que ce n’est pas ma faute si je suis décédé. Ils doivent être dans un tel état… 

— Si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à nous contacter, Gab et moi, me dit Flint. On sait à quel point tous ces changements peuvent être compliqués. Cassie et Luna aussi sont là. N’hésite pas à demander du soutien avec les psys de l’infirmerie, si ce n’est pas déjà fait.

— Ça va Flint, dit Cassandra. Je sais que tu as de bonnes intentions, mais je lui ai déjà dit tout ça le jour de son réveil. Il est bien encadré.

— J’ai l’impression d’avoir provoqué son chagrin… 

— M… Mais non ! je bégaie. C’est juste que je sais que je ne reverrais plus mes meilleurs compagnons avant longtemps… Et ça me brise le cœur… 

— Désolé, j’ai tendance à toujours craindre de faire de la peine aux autres, à cause des conneries qui sortent de ma bouche, m’explique Flint. Vieille habitude. 

— Ç… Ça va… Moi aussi, j’ai un peu d’anxiété. 

— Alors je vois bien pourquoi Gabriel s’est vite attaché. Il vit avec un mari anxieux, après tout. C’est dans sa nature de vouloir aider les gens à se sentir bien. 

Je me mouche et réalise qu’il a réussi à me changer les idées. 

— Vous êtes sympas, les gens de la Septième Brigade, je formule avant de me passer un main dans les cheveux. Je n’ai rencontré que quatre d’entre vous mais je peux déjà deviner que vous êtes des gens dignes de confiance. 

— Ah, tu m’en vois ravi, dit Flint. Être brigadier, c’est aider son prochain. Ç’a toujours été la devise de nos homologues depuis que nous vivions sur Aeglys. C’est encore le cas aujourd’hui.

— Cool… 

Luna doit prendre un appel sur sa bague magique et s’éloigne vers la sortie de ma chambre d’infirmerie. Quant à Cassandra, elle a dû sortir pour aller vérifier l’état d’un patient dans la pièce en face de la mienne. Je suis seul avec Flint, mais ça ne me dérange pas. 

— Gab m’a dit que tu aimais beaucoup la lecture, commente celui-ci. Tu préfères quoi comme bouquins ? Je lis souvent des ouvrages de fantasy et de science-fiction. 

Mon regard s’émerveille, sachant que nous avons un point en commun.

— Oh, moi aussi ! je formule, heureux de pouvoir en parler. Mais en ce moment, j’aime bien lire quelques trucs dans le régistre de l’horreur. Des histoires de vampires, de monstres, de loup-garous et même de morts vivants. C’est la saison qui veut ça… 

— Ah, toi tu dois bien aimer Halloween, je me trompe ? 

— Vous plaisantez ? J’ADORE Halloween ! Peut-être plus que Noël… 

— On croirait entendre Scottie… 

— Qui ça ? 

— Oh, un de mes partenaires qui vit avec Gab et moi. Ça nous fait un autre point en commun. Nous formons un polycule depuis quelques années.

Je cligne les yeux, à cette remarque. Je ne m’attendais pas à faire la rencontre de personnes qui faisaient partie d’un autre polycule que le mien. Je me demande quel âge ils ont tous… et combien ils sont. Je crois bien que l’autre prénom qu’il a mentionné… Wyatt, il doit être un autre de ses amants. Je vais sûrement finir par les rencontrer, un jour ou l’autre.

— Bref, continue Flint, Scottie adore Halloween tout autant que toi. Sa jumelle aussi aime bien cette fête. Ce sont souvent elle et lui qui font des grosses fêtes pour cet événement. Ils ont leur propre resto dans cette ville et c’est là que nous nous rendons depuis quelques années pour des rencontres entre collègues et amis. On se déguise, on danse dans la foule et il y a des groupes de musique qui viennent jouer au fond de la pièce. Ils vont faire une autre soirée comme ça, cette année. Tu pourrais y venir, si tu en as envie.

— Ce serait sympa… 

— Sinon, c’est bien que tu aies pu te faire de nouveaux amis, depuis que tu es arrivé au Saint Royaume. Il n’y a pas mieux que de construire de nouvelles relations ici, pour donner un nouveau sens à nos vies. Je ne peux pas te promettre que ton chagrin disparaîtra rapidement. Mais du jour au lendemain, on s’habitue à cette nouvelle vie… Même si on ne verra plus certaines personnes avant un moment. 

— Mouais… Mais je ne sais pas comment je vais arriver à tenir jusqu’à l’arrivée de Rowan et Freddie. C’est possible qu’ils refassent leur vie sans moi, avec d’autres personnes… Et moi… Peut-être que j’aurais trouvé quelqu’un d’autre… ou plusieurs… Je ne sais pas… La vie peut être si imprévisible, parfois. 

— Et comment ! L’après-vie l’est tout autant.

Cette conversation m’a fait beaucoup de bien. Je crois que je viens de me faire un nouvel ami, même si celui-ci m’a surpris à un moment où j’étais très vulnérable. Je commence à avoir un peu faim, donc je ne vais pas tarder à manger ce que Gabriel m’a préparé pour le souper. Je compte le remercier pour tout le mal qu’il se donne afin que je me sente le bienvenu, par ici. Demain, je compte bien me promener un peu autour du palais. Me dégourdir me fera du bien.


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