Chapitre 10 : Miroir - Octobre 2024.
Anastasia avait déniché un vieux miroir ébréché dans le ghetto. Elle n’avait malheureusement pas trouvé mieux et s’en contentait. La jeune fille le posa sur le bureau et passa la main dans ses cheveux détachés. Leur texture soyeuse caressait ses doigts. Bien que tout juste sortie de la douche, le chaud vent de printemps les séchait à toute vitesse. Abandonnant sa chaise, elle s’accouda à la fenêtre et profita de la bienfaisante chaleur. Depuis que la jeune fille vivait dans ce ghetto quasiment sans chauffage, elle appréciait chaque jour de soleil.
Sa chevelure sèche et floue, elle retourna devant son miroir de seconde main (voir plus) et la sépara en différentes bandes. Anastasia étouffa un grognement devant ses cernes qui la narguaient. Oh ! Et puis qu’ils aillent tous se faire foutre, tous ceux qui les critiquaient ! Au moins, ils lui rappelaient son arrière-grand-père Dimitri. La langue entre les dents, la jeune Russe commença à tresser ses cheveux.
- Cousine ! Comment ça va ? Tu fais quoi ?
Complètement à l’aise, Juozas s’assit à ses côtés sur la chaise et la poussa pour avoir plus de place. Anastasia rougit devant leur proximité. Pour dissimuler sa gêne elle répliqua avec une fausse mauvaise humeur :
- Je mange.
- Bouffer des cheveux, bon appétit, ricana-t-il. Tu te coiffes ? C’est cool, je me suis toujours demandé comment tu faisais.
- Si tu veux rester, vas-y, mais ne me déconcentre pas, déclara-t-elle le regard fixé dans la glace.
Que n’avait-elle pas dit. Il n’en fallut pas plus pour que Juozas lui envoie des grimaces à mourir de rire dans le miroir. Voyant ses lèvres tressaillir et l’amusement briller dans ses yeux, le jeune homme commença à chatouiller ses côtes. Anastasia gloussa, laissant tomber une longue mèche de cheveux.
- Mais tiens-toi tranquille ! riposta-t-elle sans pouvoir s’empêcher de rire.
Le Lituanien ne pouvait pas s’arrêter en si bonne voie. Dans le miroir terni leurs chamailleries se reflétaient.
- Bon, ça suffit, décréta Anastasia en lui assenant un léger coup dans le ventre. Je vais ressembler à un clown si tu continues comme ça.
Enfin, elle eut la satisfaction de pouvoir contempler dans le miroir son épaisse tresse couronnant sa tête telle une tiare. Le visage taquin de Juozas s’invita dans le reflet et sa main tapota la coiffure.
- Très joli, disciple.
À sa grande surprise, elle vit le visage de Juozas perdre sa moue malicieuse pour devenir sérieuse et grave. Anastasia jura même voir un sentiment semblable à de la tendresse traverser ses chaleureux yeux noisette. Mais le miroir était tellement abîmé qu’elle se persuada d’être à côté de la plaque. Et pour preuve, Juozas se racla la gorge et se leva précipitamment :
- Il faut que j’aille m’occuper du jardin. À plus tard.
Seule dans sa chambre, Anastasia soupira devant le miroir. L’amour à sens unique était une des pires peines de cœur.
💬 Commentaires 1
Le miroir abîmé reflète mieux les émotions que les personnages eux-mêmes...