Chapitre 9 : Mystère - Octobre 2024

📖 Résurrection Petits Textes ✍️ Magda 📝 676 mots

Bientôt cinq ans que Juozas connaissait Anastasia, et pourtant la jeune fille restait toujours un mystère pour lui. Après cinq ans de cohabitation, il venait tout juste de découvrir qu’elle aurait eu une petite sœur. Néanmoins, cette aura de mystère qui l’entourait le séduisait. Si au début il n’avait rien voulu connaître de cette ennemie, maintenant que ses sentiments se développaient il avait envie de la connaître davantage, d’en apprendre davantage sur son ancienne vie. Hélas pour lui, ce n’était pas le sujet préféré d’Anastasia. Sûrement car cela lui rappelait un passé « mort » pour la citer. Et car il devinait qu’elle se sentait coupable des exactions de son ancien gouvernement. Juozas s’en voulait, sachant que ses paroles et accusations dans le passé y avaient fortement contribué.

L’automne allait bientôt s’incliner devant l’hiver. Un froid glacial saisirait bientôt tous les habitants du ghetto. Dans ces immeubles mal isolés et quasiment sans chauffage cette saison se révélait interminables et angoissante. Mais ce soir-là, deux jeunes gens ne voulaient pas penser ce qui les attendait. Ils avaient décidé de monter en haut du plus haut HLM et de profiter des dernières caresses du soleil. Les dernières marches s’effritaient et leurs chaussures glissaient dangereusement. Juozas proposa sa main à Anastasia. Avec un sourire elle accepta son aide. Le cœur du jeune homme s’accéléra lorsque leurs doigts se touchèrent. Il détourna le visage, sans se douter que le même trouble agitait sa voisine. Enfin, ils parvinrent au toit. Le reste du ghetto était déjà plongé dans le noir. Seul ce morceau de béton baignait encore dans la lumière. Comme à son habitude Anastasia s’assit face à l’est. Juozas l’entendit pousser un profond soupir. Il le comprenait. Lui aussi se languissait de sa patrie. Le menton sur ses genoux repliés, il ferma les yeux. Le vent soufflait gentiment, amenant la fraicheur de l’hiver.

-       C’était beau l’hiver en Russie ?

-       Magnifique ! La neige recouvrait tout. Avec les filles de l’école nous allions patiner sur la Neva. Maman nous préparait des gâteaux et du chocolat chaud. C’était le bon vieux temps. J’imagine que chez toi aussi c’était magnifique. Surtout ton château de Trakai.

Juozas leva les yeux devant son ton taquin.

-       Ce n’était pas mon château.

-       Mais je doute que quelqu’un l’aime plus que toi. C’est un compliment, sourit-elle. C’est bien d’être patriote.

-       Quand on rentrera chez nous, qu’est-ce que tu feras pour ton premier hiver ?

-       J’irai chez mes grands-parents. Je m’assiérai devant le lac Beloïe et je le regarderai durant des heures. Puis quand j’aurai trop froid ou qu’il fera nuit je rentrerai à l’isba et je boirai un thé bien chaud devant le feu. Et toi tu iras admirer ton château sous la neige ?

-       Tu me connais trop bien. Mais avant, j’irais saluer Dalia. Elle attendait toujours avec impatience les premières neiges.

Le visage d’Anastasia s’assombrit. Juozas comprit que le sujet la mettait mal à l’aise. Sûrement se disait-elle que son peuple était responsable de sa mort. Un silence s’installa entre eux que le jeune homme s’empressa de briser. Il se rapprocha et passa son bras sous le sien.

-       Nastya, je ne te considère pas comme la coupable. Tu sais, je suis heureux de pouvoir parler d’elle avec toi. Ça me fait du bien.

Pour une raison qu’il ne comprit pas la jeune fille rosit jusqu’à la racine des cheveux. Et il la trouvait particulièrement mignonne ainsi. Il prit une grande inspiration et se lança :

-       Dis…, tu pourrais passer l’hiver avec nous en Lituanie. Au moins le premier. Je te ferai visiter Trakai. Car ça me rend triste de t’imaginer toute seule chez toi.

Les yeux bleu foncé d’Anastasia le scrutèrent.

-       Avec plaisir, finit-elle par répondre. Et tu pourrais passer le deuxième hiver avec moi en Russie. Je t’apprendrai à patiner.

Aussi rouge l’un que l’autre, ils reportèrent le regard vers l’est. Juozas sentit la joue de la jeune fille se poser contre son bras. Mélancolie passagère ? Ou bien avait-il une chance ? Anastasia restait un mystère pour lui.

 


💬 Commentaires 1

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LauraAnco • 2 semaines, 2 jours
Douce mélancolie... Juozas et Anastasia sont deux personnages abîmés mais lumineux. On ressent le contraste entre la dureté du ghetto et la chaleur fragile de leur lien. Moment émouvant et touchant ^^
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