11 - Corto

📖 Rkazaj ✍️ vis9vies 📝 423 mots

… Le Journal s’ y intéresse… 

Nestor n’était pas originaire d’Ouvremontoit, mais avait adopté le quartier quand il s’était marié avec Hélène. Elle avait été la femme de sa vie. À dix huit ans ils s’étaient soudés l’un à l’autre. Quelques mois plus tard, les jumeaux s’étaient invités. Hélène leur avait consacré sa jeunesse, Nestor avait travaillé pour quatre. Il avait le sens du commerce et en dix ans avait réussi à monter sa petite épicerie. 

Dix ans de plus, il se retrouvait maître d’un grand magasin bio, idéalement situé entre la nationale et la rivière, au milieu des vergers acquis quelques années plus tôt, à proximité des premiers faubourgs de Fouat. Quand les jumeaux avaient eu dix-huit ans, Hélène avait demandé à divorcer. Par lassitude, par peur de ne plus jamais avoir de jeunesse. Nestor avait tout accepté de l’élue de son cœur pour sauvegarder un reste de passion. 

Hélène gardait le grand appartement dans l’Ouvremontoit, Nestor gardait le chat, elle acceptait la pension confortable qu’il lui reversait et ils ne se quittaient pas tout à fait, comme de vieux amis. Nestor avait mis quatre ans à faire son deuil et avait racheté un pied-à-terre dans le haut d’Ouvremontoit. 

Pour le rénover, il avait fait appel à une architecte d’Izbelle, Léontine de Persillac. Leur coopération avait dépassé depuis le stade de la simple relation. Comme toute pièce rapportée, Nestor défendait plus âprement que les natifs le quartier où se croisaient tous ses amis et sa famille. 

Le mardi suivant, les habitudes se reprirent sous les toiles colorées et Léonard n’eut pas l’impression de faire une entorse à l’étiquette en ressortant son urne. Parmi les visiteurs, il en était un, inhabituel, que les habitués avaient de suite épinglé comme pur zieuteur, un type qui repartirait de la rue en ayant mis son nez partout et sans avoir dépensé un sou. 

Le gars, le teint basané, un jeune loup aux dents trop blanches sous des cheveux plus noirs qu’une humeur de SDF, portait en bandoulière un sac photo à la panse rebondie et se présentait ainsi :

— Corto Malt, correspondant au Hondi-Pyr. Qu’est-ce que vous pensez du Prix d’Ouvremontoit ? 

La question était orientée. Toute girouette rouillée aurait senti le vent sous l’interrogation. Certains répondaient en allongeant le flou artistique, d’autres avaient oublié de quoi on avait parlé et, plus rares, quelques-uns se souvenaient brusquement qu’un roman fleuve croupissait dans la marmite et le ressortaient tout essoré du bouillon. Les choux gras étaient en passe d’être affichés au menu du quotidien régional. 

💬 Commentaires 2

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CatherineDomin • 5 heures, 9 minutes
Super récit ! J'adore !
👍 1
vis9vies Auteur • 3 heures, 36 minutes
Tant mieux, je voulais que ça sente l'été léger ;)
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