Saison 2 - Épisode 10 - THE ART OF WAR

📖 THE LAST WOLVES ✍️ Splinter 📝 3886 mots


Roer ne regardait pas les écrans.

Il regardait les hommes qui les regardaient.

Dans la salle de contrôle de Palazzo Vieri, une vingtaine de flux découpaient Rome en rectangles silencieux.

Entrées.

Cours.

Galeries.

Rue latérale.

Musée.

Accès techniques.

Sous-sols.

Sur l’un des écrans, des visiteurs entraient encore dans la partie publique du palais comme si rien n’avait changé.

Comme si, la veille, personne n’était venu les observer.

Roer posa les deux mains sur sa canne.

— Combien ?

L’homme derrière lui consulta sa tablette.

— Nous avons identifié quatre profils suspects. Peut-être cinq. Les images ont été volontairement brouillées par leur comportement. Aucun visage exploitable avec certitude.

— Ce n’était pas ma question.

L’homme releva les yeux.

— Monsieur ?

Roer désigna les écrans.

— Combien de choses ont-ils regardées ?

Silence.

— Les accès.

— Évidemment.

— Les rotations.

— Évidemment.

— Les caméras. Les issues de secours. Les livraisons. Une partie des accès réservés au personnel.

Roer se retourna enfin.

— Et vous ?

— Monsieur ?

— Vous les avez regardés.

L’homme hésita.

— Oui.

— C’est votre erreur.

Roer marcha lentement jusqu’à l’écran central.

— Emmanuel ne vient jamais quelque part pour voir ce qu’il y a.

Il posa un doigt sur l’image du palais.

— Il vient voir ce qui peut changer.

Personne ne répondit.

— Doublez les équipes.

L’homme commença à écrire.

— Sans changer les uniformes.

Il s’arrêta.

— Monsieur ?

— Même nombre de gardes visibles. Même rythme apparent. Même circulation extérieure.

— Et les accès ?

— Modifiez les codes intérieurs.

— Les rotations ?

— Décalez les équipes souterraines de trois minutes.

— Les prisonnières ?

Roer leva les yeux.

— Elles ne bougent pas.

— Pourtant, après la reconnaissance d’hier, nous pensions qu’un transfert—

— C’est précisément ce qu’il attendrait.

Silence.

Roer se détourna.

— Ne cherchez pas Emmanuel.

L’homme fronça les sourcils.

— Alors qui ?

— Personne.

Roer regarda de nouveau les écrans.

— Cherchez ce qu’il regarde.

L’homme acquiesça et partit.

La porte se referma.

Roer resta seul.

Quelques secondes.

Puis son regard descendit vers sa propre main.

Vers la canne.

Ses doigts glissèrent lentement sur le bois sombre.

Il dévissa légèrement la poignée.

À peine.

Juste assez pour révéler une ligne métallique ancienne sous le bois.

Il la regarda.

Longtemps.

Puis referma.

— Tu ne viens quand même pas pour ça...


Sous la basilique, Alex posa une immense feuille de papier sur la table.

Elle dépassa des deux côtés.

Nicky la regarda.

— C’est quoi ça ?

— Le plan.

— Ça ressemble à une nappe.

— C’est parce que t’as aucune culture tactique.

Yoshimizu leva les yeux de son ordinateur.

— C’est une nappe.

Alex regarda la feuille.

Puis Yoshi.

— Ah.

Beatriz éclata de rire.

Akira baissa légèrement la tête.

Nicky ferma les yeux.

— On va mourir.

— Attends, mon cœur, j’ai le vrai.

Alex tira un rouleau de plans de son sac.

Un paquet de Trolli tomba avec.

Puis un deuxième.

Puis un troisième.

Silence.

Nicky regarda les trois paquets.

— Pourquoi ?

— Et bien... ils ont toujours pas de Haribo ces cons.

— Ça répond pas à ma question.

— Si, un peu.

Manu était assis plusieurs mètres derrière eux.

Bokken posé contre sa chaise.

Le Rosaire autour du poignet.

Il ne disait rien.

Nicky déroula les plans.

— Bon.

Elle regarda Manu.

— Tu nous aides ?

— Non.

— Super.

Alex leva un doigt.

— Petite phrase de samouraï ?

— Non.

— Sun Tzu ?

— Non.

— Confucius ?

— Alex.

— Putain, je le sens pas, ça commence mal.

La grand-mère, assise dans un fauteuil avec Dark sur les genoux, sourit.

Luna était debout derrière elle.

— Moi, je trouve que ça commence comme d’habitude.

Nicky posa les deux mains sur la table.

Son visage changea.

Plus de plaisanterie.

— On les sort.

Silence.

— On sait où elles sont approximativement. On connaît les accès visibles. Les rotations extérieures. Les caméras publiques. Les livraisons. Les sorties de service.

Elle regarda chacun.

— On sait aussi qu’Origin sait qu’on est à Rome.

Akira :

— Et probablement qu’on a observé le palais.

Beatriz hocha la tête.

— Ils vont modifier quelque chose.

Alex ouvrit un paquet.

— Donc on fait un plan sur un endroit qui va changer son plan parce qu’il sait qu’on fait un plan.

Nicky le regarda.

— Oui, mon cœur.

Alex mâcha.

— C’est chiant les gens intelligents.

Yoshimizu :

— Merci.

— Je parlais pas de toi.

Yoshi lui lança un stylo.

Alex l’esquiva.

— Violent.

Nicky pointa le palais.

— Beatriz.

Elle s’approcha.

— Les gardes extérieurs ne sont pas le problème.

— Pourquoi ?

— Parce qu’ils sont faits pour être vus.

Elle montra trois points.

— Ceux-là regardent les visiteurs. Ceux-là les véhicules. Ceux-là surveillent surtout les premiers.

Akira comprit.

— Surveillance interne de la surveillance.

— Oui.

Alex :

— Des mecs payés pour regarder des mecs qui regardent des gens... Ouais.

Beatriz :

— Exactement.

— L’administration a gagné.

Nicky :

— Akira ?

Il se pencha.

— Le palais est ancien. Les couloirs modernes suivent l’architecture, mais les réseaux techniques non.

— Donc ?

— Si les cellules sont réellement sous cette aile, elles ont besoin d’électricité, d’air, d’eau, d’évacuation.

Alex :

— Et probablement de chiottes.

Akira le regarda.

— Oui.

— Je contribue.

Nicky :

— Alex ?

Il arrêta de mâcher.

— Quoi ?

— Ton boulot.

Il regarda le plan.

Puis les autres.

— Trouver le truc suffisamment con pour que personne ait pensé qu’on puisse le faire.

Manu leva très légèrement les yeux.

Alex le vit.

— Quoi ?

— Rien.

— Non. T’as fait le regard.

— Quel regard ?

— Le regard « peut-être qu’il est pas complètement débile ».

Luna :

— J’ai jamais vu ce regard.

— C'est un vieux truc de Caparica mais, merci Luna.

— De rien.

Nicky :

— On continue.

Et Manu resta derrière.

Silencieux.

À les regarder construire.


La cellule était redevenue silencieuse.

Klaudija était debout contre la porte.

Elle comptait.

Lana, assise sur le lit, faisait tourner son médiator entre ses doigts.

Un bruit de pas.

Klaudija leva un doigt.

Un.

Deux.

Trois.

Les pas passèrent.

Elle attendit.

Puis regarda Lana.

— Dix-sept minutes.

— Dix-huit.

Klaudija fronça les sourcils.

— Dix-sept.

— Avant.

— Avant quoi ?

Lana se leva.

Elle posa deux doigts contre le mur.

Ferma les yeux.

Des images.

Un couloir.

Une lumière blanche.

Un homme.

Toujours le même.

Il marche.

S’arrête.

Regarde derrière lui.

Sort quelque chose de sa poche.

La photo d'une femme sur son smartphone

Lana rouvrit les yeux.

— Depuis trois jours, il s’arrête.

— Combien ?

— Environ une minute.

Klaudija réfléchit.

— Pourquoi ?

— Il regarde systématiquement la photo de son ex, toujours au même moment, au même endroit, comme si ici la sécurité réseau ne passait pas.

Silence.

Klaudija regarda la porte.

Puis Lana.

— Donc dix-sept minutes de ronde.

— Et une minute pendant laquelle il n’est plus dans l’axe des caméras.

Klaudija sourit légèrement.

— Dix-huit.

Lana croisa les bras.

— Tu pourrais simplement dire que j’avais raison.

— Je viens de le faire.

— Non.

— Si.

— Non.

Klaudija s’accroupit près du lit.

Elle commença à tracer quelque chose dans la poussière sous le sommier.

Un rectangle.

Le couloir.

La cellule.

Les passages.

— On ne cherche plus à sortir.

Lana la regarda.

— Pardon ?

— Pas encore.

Klaudija indiqua la porte.

— On cherche à sortir d’ici.

— C’est sensiblement la définition de sortir.

— Non.

Elle leva les yeux.

— Si on disparaît de cette cellule et que l’alarme part immédiatement, on n’a rien gagné.

Lana comprit.

— Tu veux qu’ils pensent qu’on est encore dedans.

— Le plus longtemps possible.

Lana s’accroupit face à elle.

— Ça peut marcher.

Klaudija releva les yeux.

— Peut ?

— Je vois le passé, Klaudija. Pas les miracles.

— Dommage.

— Oui. Ça m’aurait évité de partager une cellule avec toi.

Cette fois, Klaudija sourit.

Presque.


Yoshimizu travaillait depuis quarante-sept minutes sans bouger.

Alex passa derrière lui.

Regarda l’écran.

— Tu respires ?

— Oui.

— Je vérifiais.

— Va-t’en.

— OK.

Alex fit deux pas.

Revint.

Posa un Trolli à côté du clavier.

— Pour ton hypoglycémie émotionnelle.

Yoshi regarda le bonbon.

Puis Alex.

— Va-t’en.

— Tu vas le manger.

— Non.

— On verra.

L’ordinateur émit un son.

Yoshi se redressa.

Un message venait d’arriver.

Diana.

Des fichiers.

Plans.

Photographies.

Archives administratives.

Une phrase.

ANCIEN ACCÈS TECHNIQUE. AILE OUEST. PROBABLEMENT ENCORE UTILISABLE.

Yoshi ouvrit les plans.

Zooma.

Superposa.

Une première époque.

Une seconde.

Une rénovation.

Puis une autre.

Il fronça les sourcils.

— Non.

Alex, qui n’était finalement pas parti :

— Non quoi ?

— Pas toi.

— Sympa.

Yoshi activa la communication.

— Diana.

Quelques secondes.

— Oui ?

— Ton accès n’existe plus.

Silence.

— Si.

— Non.

— J’ai les archives.

— Moi aussi.

— Yoshimizu...

— 1968.

Silence.

Yoshi fit apparaître un autre plan.

— Ils ont condamné l’accès pendant les travaux de 1968. Puis construit une gaine technique devant en 1974.

Diana ne répondit pas.

— Ton plan date de quand ?

— 1956.

— Voilà.

Alex se pencha vers le micro.

— Ambiance.

Yoshi le repoussa du visage.

— Mais tu avais raison.

Diana :

— Sur quoi ?

Yoshi superposa encore deux plans.

Puis un troisième.

Et quelque chose apparut.

Une ligne.

Sous le palais.

— Ils ont réutilisé l’infrastructure.

— Pour quoi ?

— Les cellules.

Silence.

Yoshi suivit la ligne.

— Elles n’ont jamais été construites comme des cellules.

Diana :

— Qu’est-ce que c’était ?

— Une partie des anciennes fondations techniques. Probablement des réserves avant les rénovations.

Il zooma.

Un escalier oublié apparaissait sur le document le plus ancien.

Puis disparaissait de tous les suivants.

— Il y a quelque chose dessous.

— Un accès ?

— Pas aux cellules.

Yoshi regarda.

— Sous elles.

Silence.

Des touches de clavier, côté Diana.

Quelques secondes.

Puis :

— Putain.

Yoshi eut un petit sourire.

— Quoi ?

— T’as raison.

Derrière lui :

— OOOOOH.

Yoshi ferma les yeux.

Alex était là.

Nicky aussi.

Luna venait d’arriver.

Alex pointait son téléphone.

— J’espère que quelqu’un enregistrait.

Yoshi se retourna.

— Alex.

— Diana vient officiellement de dire « t’as raison ». C’est un événement historique.

Diana :

— Alex ?

— Oui ?

— Va te faire foutre.

— Voilà. Là je la reconnais.


Beatriz avait retiré ses lunettes.

Akira la regardait.

Elle leva les yeux.

— Quoi ?

— Rien.

Elle continua d’écrire.

Quelques secondes.

Puis :

— Arrête.

— Quoi ?

— Ça.

— Je ne fais rien.

Beatriz posa son stylo.

— Justement.

Akira resta silencieux.

Elle le regarda.

— C’est à cause des couettes ?

Il baissa les yeux sur les plans.

— Non.

— Menteur.

— Un peu.

Elle sourit.

— Je savais que cette étudiante te plaisait.

— Elle prenait de bonnes notes.

— Ah.

— Très bonnes.

— Bien sûr.

Ils se regardèrent.

Une seconde de trop.

Puis Beatriz retourna au plan.

— Tu me dois toujours un cappuccino.

— Place d’Espagne.

— Tu t’en souviens.

— Oui.

— Bien.

Akira reprit son crayon.

Mais son sourire resta.

Plus tard, il trouva Manu seul dans un couloir.

— Emmanuel.

Manu s’arrêta.

Akira hésita.

— Je peux te poser une question ?

— Tu viens de le faire.

Akira le regarda.

Manu continua à marcher.

— Très drôle.

— Merci.

Akira le rejoignit.

— Quand tu tiens à quelqu’un...

Manu s’arrêta.

Akira comprit immédiatement son erreur.

— Oublie.

— Pourquoi ?

— Parce que tu sais déjà de qui je parle.

— Oui.

— Voilà.

Manu regarda devant lui.

— S’attacher à quelqu’un n’est pas une faiblesse, Akira.

Silence.

— Croire qu’on le possède en est une.

Akira l’écouta.

— Quand ça commencera, tu auras envie de savoir où elle est. Si elle va bien. Si elle a besoin de toi.

— C’est normal.

— Oui.

Manu le regarda.

— Et dangereux.

Akira fronça légèrement les sourcils.

— Je dois l’ignorer ?

— Non.

— Alors quoi ?

— Lui faire confiance.

Manu reprit sa marche.

— Aimer quelqu’un ne signifie pas passer son temps à le sauver.

Il s’arrêta une dernière fois.

— Fais confiance à Beatriz pour survivre sans toi. Sinon, ce n’est pas elle que tu protèges.

Akira attendit.

— C’est ta peur de la perdre.

Silence.

— Ouch.

Une voix derrière eux :

— Ouch.

Akira ferma les yeux.

Beatriz était adossée au mur.

Manu la regarda.

— Depuis combien de temps ?

— Suffisamment.

Akira :

— Génial.

Beatriz s’approcha.

— Cappuccino toujours valable.

— Même après ça ?

— Surtout après ça.

Elle passa devant lui.

Akira regarda Manu.

— Tu fais exprès ?

— Toujours.


La nuit avait englouti Rome.

Dans une petite cour derrière la basilique, le bois fendait l’air.

Une fois.

Deux.

Puis plus rien.

Emmanuel était pieds nus sur la pierre.

Bokken entre les mains.

Il respirait lentement.

Puis le mouvement reprit.

Cette fois plus vite.

Pas spectaculaire.

Précis.

Un déplacement.

Une coupe.

Rotation.

Le bois s’arrêta à quelques millimètres d’un pilier.

Repartit.

Quelque chose dans sa manière de bouger ne ressemblait pas à un entraînement.

C’était trop fluide.

Trop calme.

Et soudain trop violent.

Une voix vint de l’obscurité.

— Akiito ?

Le bokken s’arrêta.

Manu ne se retourna pas.

— En partie.

Namtara sortit de l’ombre.

Cape noire.

Capuche.

Cicatrices à peine visibles sous la lune.

— Et le reste ?

— Moi.

Elle s’approcha.

Ses yeux descendirent vers le bokken.

— Tu comptes vraiment affronter Roer avec ça ?

Manu observa l’arme.

— J’ai fait pire avec moins.

Un léger sourire passa sur le visage de Namtara.

— Ça, je sais Emmanuel.

Elle tendit presque la main vers le bois.

Presque.

Puis se ravisa.

Manu le remarqua.

— Quoi ?

— Rien.

— Tu mens mal.

— Je mens depuis plus longtemps que ta civilisation existe.

— Ça ne veut pas dire que tu le fais bien.

Cette fois, elle sourit réellement.

Puis son regard revint au bokken.

— Cette chose n’est pas un artefact.

— Je sais.

— Pourtant elle les entend.

Manu ne répondit pas.

— Le Rosaire réagit à elle.

— Je sais.

— Les autres aussi.

Cette fois, Manu la regarda.

— Comment ?

— Je ne sais pas.

Silence.

Et c’était précisément ce qui rendait la réponse inquiétante.

Namtara Morvæn savait énormément de choses.

Mais pas ça.

— Akiito savait ?

— Je sais pas.

— Le Prêtre ?

— Non.

— Et tu continues à l’utiliser.

Manu fit tourner lentement le bokken dans sa main.

— Justement.

Namtara leva les yeux.

— Tu es vraiment pénible.

— On me l’a déjà dit.

Elle marcha quelques mètres.

— Roer sait que tu vas venir.

— Oui.

— Il se prépare.

— Moi aussi.

— Non.

Manu la regarda.

— Toi, tu prépares les autres.

Silence.

Elle avait touché juste.

— Ce que tu vas faire ensuite n’a rien à voir avec leur opération.

— Si.

— Pas entièrement.

Manu ne répondit pas.

Namtara regarda le bokken.

Puis le Rosaire.

— Deux porteurs ne se sont pas affrontés ainsi depuis très longtemps.

Manu fronça les sourcils.

— Combien ?

Elle regarda le ciel.

— Vos historiens n’avaient pas encore commencé à compter.

Manu resta immobile.

— Avant les premières civilisations ?

Namtara tourna lentement la tête vers lui.

— Avant celles dont vous vous souvenez.

Silence.

Le vent passa dans la cour.

Quelque part, une cloche sonna.

Manu observa Namtara.

— Tu y étais ?

Quelque chose traversa son visage.

Infime.

— Peut-être.

— Tu ne sais pas.

— Non.

Pour la première fois, le mot semblait lui coûter.

Manu comprit.

Namtara changea immédiatement de sujet.

— Lorsque deux artefacts de cette importance se confrontent, ce ne sont pas seulement deux hommes qui se battent.

— Je ne compte pas utiliser le Rosaire contre lui.

Namtara regarda le bokken.

— Je sais.

— Alors pourquoi tu me racontes ça ?

Elle s’approcha.

— Parce que ce n’est pas le Rosaire que je regarderai.

Manu baissa les yeux vers son arme.

— Pourquoi ?

Namtara passa à côté de lui.

— Parce que Roer non plus ne sait pas ce que c’est.

Manu se retourna.

Elle n’était déjà plus là.

Il resta seul.

Bokken à la main.

Puis le bois vibra.

À peine.

Une des perles du Rosaire répondit.

Manu regarda son poignet.

— Ouais...

Il releva le bokken.

— Moi aussi, j’aimerais bien savoir Akiito.


Alex était assis par terre.

Autour de lui : câbles, lampes, piles, ruban adhésif, petits outils, deux radios, une paire de lunettes, trois chargeurs externes.

Et six paquets de Trolli.

La grand-mère arriva.

— Tu prends tout ça ?

— Nécessaire opérationnel.

Elle ramassa un paquet.

— Ça ?

— Glucides rapides.

Un deuxième.

— Ça ?

— Réserve stratégique.

Troisième.

— Et ça ?

Alex hésita.

— Moral des troupes.

Luna entra.

— Vous préparez une extraction ou un goûter d’anniversaire ?

Alex :

— Les deux sont compatibles.

Dark plongea immédiatement la tête dans le sac.

— EH !

Alex la récupéra.

— Non ! Ça, c’est les provisions tactiques !

Dark tendit une patte.

— Arrête.

Une deuxième.

— Dark.

La grand-mère riait.

Vador était assis à côté.

Parfaitement droit.

Alex le désigna.

— Voilà. Lui au moins respecte la mission.

Mamie :

— C’est un garçon sérieux.

Luna :

— Contrairement à certaines personnes présentes dans cette pièce.

Alex :

— Merci.

— C’était pas un compliment.

— Je prends ce qu’on me donne.

Alex se retourna vers Dark.

Vador tendit tranquillement une patte.

Accrocha un Trolli tombé par terre.

Le ramena.

Le mangea.

Silence.

Alex se retourna.

Regarda le chat.

Puis l’emballage.

Puis le chat.

— Tu viens de me braquer bro ?

Vador se lécha la patte.

Luna explosa de rire.

— Putain ! Même le chat te vole maintenant !

Alex pointa Vador.

— C’est l’environnement. Il avait pas ce comportement avant.

Mamie :

— Tu es une mauvaise fréquentation.

— Moi ?

Dark replongea dans le sac.

— MAIS PUTAIN !


La table était maintenant couverte de plans.

Yoshimizu projeta les anciennes fondations sur le mur.

— Voilà ce qu’on sait.

Nicky croisa les bras.

Tous étaient là.

Manu derrière.

Encore.

— L’accès de Diana est condamné.

Yoshi fit apparaître une seconde couche.

— Mais il existe une structure sous le secteur de détention.

Akira :

— Accessible ?

— Théoriquement.

Alex :

— J’aime pas ce mot.

— Moi non plus.

Nicky :

— Entrée ?

Yoshi indiqua un point.

— Ici.

Beatriz secoua la tête.

— Trop visible.

— Oui.

Un autre.

— Là.

Akira observa.

— Égouts ?

— Ancien réseau d’évacuation.

Alex :

— Donc égouts.

— Plus ou moins.

Alex regarda Nicky.

— On peut pas rentrer par un endroit qui pue moins la merde ?

— Tu vas dans les égouts et tu nous fais pas chier mon cœur.

— J’avais compris, je voulais juste ton sentiment sur la question.


Ils travaillèrent.

Longtemps.

Puis Manu se leva.

Tout le monde se tut.

Il s’approcha enfin de la table.

Regarda leur plan.

— Cette porte ferme.

Akira répondit immédiatement.

— On passe par le couloir secondaire.

Beatriz :

— On revient vers la galerie nord.

Nicky :

— Alex crée une diversion.

Manu regarda Alex.

— Communications coupées.

Alex réfléchit.

— Minuteurs locaux. Pas besoin de liaison.

Manu hocha légèrement la tête.

Il pointa autre chose.

— Klaudija n’est pas là.

Silence.

Nicky fronça les sourcils.

— Elle sera là.

Manu la regarda.

Rien d’autre.

Nicky comprit.

Elle regarda le plan.

— On part du principe qu’elle est là.

Manu :

— Oui.

Akira :

— Si elle a été déplacée, tout s’effondre.

— Oui.

Beatriz :

— Donc il faut un plan qui fonctionne même si l’information principale est fausse.

Manu ne répondit pas.

Alex :

— C’est légèrement casse-couilles comme pédagogie.

— Oui.

Nicky fixa le plan.

Puis leva les yeux vers tous les autres.

— On reprend.

Manu retourna s’asseoir.

Une heure plus tard, Nicky posa son stylo.

— OK.

Elle regarda chacun.

— À partir du moment où ça merde, personne ne cherche à sauver le plan.

Alex :

— Ça, j’aime bien.

Nicky :

— On sauve l’objectif.

Silence.

Manu leva les yeux.

Nicky le vit.

Cette fois, elle avait compris Emmanuel.


Roer regarda le nouveau tableau de rotation.

— Trois minutes ?

— Oui.

— Trop.

— Monsieur ?

— Deux.

L’homme modifia.

Roer observa les souterrains.

— Fermez le passage entre les secteurs trois et quatre.

— Définitivement ?

— Non.

— Quand ?

Roer réfléchit.

— Seulement si une alerte est déclenchée dans l’aile ouest.

L’homme releva les yeux.

— Ça les enfermera.

— Non.

Roer posa son doigt sur le plan.

— Ça les obligera à changer de direction.

Il déplaça son doigt.

Vers un autre couloir.

— Et nous saurons où ils iront.

L’homme acquiesça.

— Concernant les prisonnières ?

— Aucun transfert.

— Même si...

Roer leva les yeux.

L’homme se tut.

— Emmanuel s’adapte mieux que n’importe qui lorsqu’on change les règles.

Roer regarda son bâton.

— Alors ne changeons pas les règles.

Petit silence.

— Changeons seulement le plateau.


Lana était allongée.

Klaudija assise au sol.

Les pas arrivèrent.

Dix-sept minutes.

Le garde passa.

Puis s’arrêta.

Lana leva un doigt.

Maintenant.

Klaudija poussa violemment la petite table.

Le verre d’eau tomba.

Elle s’effondra.

Lana bondit.

— GARDE !

Aucune réponse.

— GARDE !

Elle frappa les barreaux de sa cellule.

— Elle respire plus !

Des pas.

La porte de la cellule de klaudija s’ouvrit.

Un homme entra.

Un deuxième resta dehors.

Klaudija ne bougeait pas.

Le garde s’accroupit.

Lana regardait.

Pas l’homme.

La porte.

Le verrou.

Le deuxième garde.

Le couloir.

Une caméra.

Quatorze secondes.

Le garde posa deux doigts contre le cou de Klaudija.

Elle ouvrit les yeux.

— Bouh.

Il recula.

— Putain !

Klaudija se redressa.

— Comment ça va toi ?

Le garde se releva furieux.

— Encore une connerie comme ça et...

— Et tu vas faire quoi ?

Il sortit à toute vitesse, claqua la porte.

Verrouillage.

Les pas partirent.

Silence.

Lana regarda Klaudija.

— « Bouh » ?

— Faut savoir improviser ma belle.

— Il déteint vraiment sur toi.

Klaudija regardait la porte.

— Quatorze secondes.

— Quinze.

Klaudija tourna la tête.

Lana sourit.

— Il a hésité avant de refermer.

— Quinze.

Klaudija se remit au sol.

Puis quelque chose changea dans son visage.

— Non.

— Quoi ?

— Le deuxième garde.

— Quoi ?

— Il n’était pas là hier.

Lana réfléchit.

— Tu es sûre ?

Klaudija la regarda.

— Oui.

Elle se releva.

Écouta.

— Et la ronde est différente.

Lana :

— Pourquoi ils changeraient maintenant ?

Klaudija resta silencieuse.

Puis un sourire très léger apparut.

— Parce que quelqu’un leur fait peur.

Lana la regarda.

Elle comprit presque immédiatement.

— Emmanuel ?

Klaudija retourna s’asseoir.

— Je connais peu de gens capables de rendre une organisation millénaire paranoïaque.

— Tu as l’air contente.

— Je suis enfermée sous Rome depuis des semaines.

Elle regarda la porte.

— Laisse-moi apprécier les petites choses.


Le plan avançait.

Une ligne chez Yoshimizu.

Une autre sous le lit de Klaudija.

Akira calculait un temps de déplacement.

Lana comptait les pas.

Beatriz classait les gardes selon leurs comportements.

Roer modifiait deux rotations.

Nicky distribuait les responsabilités.

Alex scotchait un minuscule dispositif sous une boîte.

Puis ouvrait un Trolli.

Mamie lui retirait une lampe de son sac.

— Ça sert à quoi ?

— Au cas où.

— Au cas où quoi ?

— Il fasse noir.

— Vous allez sous terre.

Alex réfléchit.

— Argument recevable.

Elle lui rendit la lampe.

Dark vola un câble.

— DARK !

Luna traversa une porte.

— J’ai rien vu.

— ELLE A MON CÂBLE !

Vador suivait Dark.

— ET LUI IL EST COMPLICE !


Dans la cellule :

— Si on passe ici ? demanda Klaudija.

Lana posa la main contre le sol.

Ferma les yeux.

Une porte ancienne.

Des hommes.

Des caisses.

Un escalier.

Puis du béton.

Elle rouvrit les yeux.

— Non.

— Pourquoi ?

— Muré.

Klaudija raya mentalement une possibilité.

— Là ?

Lana recommença.

— Possible.

— Possible comment ?

— Possible comme « on peut passer ».

— Ou possible comme « on peut passer si le bâtiment s’effondre » ?

— Première option.

— Bien.


Sous la basilique, Nicky pointa une sortie.

— Extraction ici.

Beatriz :

— Trop proche.

Akira :

— Et trop prévisible.

Alex :

— Donc parfaite si on n’y va pas.

Nicky le regarda.

Puis sourit.

— Exactement.

Manu observait.

Toujours.


Plus tard, Luna le trouva seul.

Manu préparait son bokken.

Pas grand-chose.

Une étoffe.

Une fixation.

Le Rosaire.

Rien d’autre.

Luna resta dans l’encadrement de la porte.

— T’as rien préparé.

— Si.

— Non.

Elle entra.

— Eux ont préparé.

Manu continua.

— C’est leur opération.

— C’est aussi la tienne.

— Oui.

— Non.

Il leva les yeux.

Luna croisa les bras.

— Je commence à te connaître, tu sais.

— Malheureusement.

— Va te faire foutre.

Petit sourire.

Puis elle redevint sérieuse.

— Nicky a prévu l’entrée. Yoshi les sous-sols. Akira les contraintes techniques. Beatriz les gardes. Alex...

Elle hésita.

— ...des trucs d’Alex.

— C’est une catégorie valable.

— Mais toi...

Elle regarda le bokken.

— Toi, tu vas ailleurs.

Silence.

— Manu.

Il termina le nœud autour de l’arme.

— Ils ont leur mission.

— Et toi ?

Il prit le bokken.

— J’ai quelque chose à récupérer je l'ai déjà dit.

Luna ne bougea pas.

— C’est pas toute la phrase.

Manu passa près d’elle.

Elle se retourna.

— Et ?

Il s’arrêta.

— Une vieille conversation à terminer.

Puis il partit.

Luna resta seule.

— Putain...

Elle regarda la porte.

— Il pouvait pas juste dire « je vais faire une connerie », comme tout le monde ?


La dernière nuit tomba doucement sur la basilique.

Pas de musique.

Pas de grand discours.

Seulement des gestes.

Akira vérifiait son matériel.

Beatriz attachait ses cheveux.

Ils se regardèrent.

— Cappuccino, dit-elle.

— Après.

— C’était pas une question.

Akira sourit.

— Après.

Nicky était seule devant une table.

Elle alignait son équipement avec une précision presque cérémonielle.

Une pièce.

Une lame.

Une radio.

Des gants.

Ænor.

Elle regarda sa main quelques secondes.

Puis referma le sac.

Alex passa la tête.

— Colonel ?

— Quoi ?

— Crocodile ?

Elle le regarda.

— Sérieusement ?

— Pré-opération.

Nicky tendit la main.

Alex resta figé.

— Attends.

— Quoi ?

— Tu viens d’accepter sans m’insulter.

— Donne.

Il lui donna immédiatement un crocodile.

— Putain. Elle évolue.

Nicky le mangea.

— N’en rajoute pas.

— Doublement historique.

— Alex.

— Je ferme ma gueule.

La grand-mère passa derrière.

Tendit la main.

Alex la regarda.

— Toi aussi mémé ?

— Oui.

Il lui donna un Trolli.

Puis s’arrêta.

— Attends.

Mamie mangea.

— Quoi ?

— Tu m’as dit que les vieux mangeaient des bonbons à la menthe.

Elle mâcha tranquillement.

— Je suis morte.

Alex attendit.

— Et ?

— J’ai enfin véritablement le droit de changer d’avis.

Luna arriva.

— Putain, ça y est. Elle utilise la mort pour tout maintenant.

— Il faut bien quelques avantages.

— MAMIE MERDE !

Dark et Vador apparurent dans le couloir.

Manu traversait la pièce.

Manteau kakie à capuche, sombre, comme quand il devenait enfin le Ronin.

Bokken.

Rosaire.

Les deux chats le virent.

Vador se leva immédiatement.

Dark aussi.

Ils le suivirent.

Manu continua quelques mètres.

Puis s’arrêta.

Les deux chats également.

Il se retourna.

Vador le regardait.

Dark aussi.

Pas comme des animaux attendant quelque chose.

Comme s’ils avaient déjà décidé.

Manu les fixa.

— Vous oubliez.

Personne ne parla.

Luna regarda les chats.

Puis Manu.

Vador fit un pas.

Manu secoua lentement la tête.

— Pas cette fois.

Dark resta immobile.

Vador aussi.

Quelques secondes.

Puis Manu se détourna.

Il partit.

Les chats ne bougèrent pas.

Luna les regarda.

Quelque chose dans la scène venait de la déranger profondément.

Elle ne savait pas quoi.

La grand-mère, elle, ne souriait plus.


À Palazzo Vieri, Roer ouvrit les yeux.

Devant lui, le bâton reposait horizontalement et se mit a vibrer.

Il posa la main dessus.



Dans la cellule, Klaudija se leva.

Lana également.

— Cette fois ? demanda Klaudija.

Lana regarda la porte.

— Cette fois, c'est parti la putain de ses morts.


Sous la basilique, Yoshimizu mit son casque.

— Communications test.

Akira :

— Reçu.

Beatriz :

— Reçu.

Alex :

— Reçu, bro.

Nicky :

— Arrête de dire bro à Yoshi.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il va te tuer avant Origin.

Yoshimizu :

— Confirmé.

Alex :

— Putain, ambiance de merde.

Nicky inspira.

Regarda les autres.

— Tout le monde est prêt ?

Akira :

— Oui.

Beatriz :

— Oui.

Alex, la bouche pleine :

— Mmh-mmh.

Nicky tourna lentement la tête.

— Putain, Alex.

Il avala.

— Oui.

— Merci.

Yoshimizu regardait ses écrans.

Une ligne changea.

Il fronça les sourcils.

Une autre.

Puis une troisième.

— Attendez.

Tout le monde se figea.

Nicky :

— Quoi ?

Yoshi agrandit le plan.

— Ils viennent de modifier quelque chose.

Akira s’approcha.

— Quoi ?

— Une rotation souterraine.

Beatriz :

— Depuis quand ?

Yoshi vérifia.

— Maintenant.

Silence.

Nicky interpella Manu.

Il était en liaison.

— On annule ?

Manu pensa successivement.

À Nicky.

Akira.

Beatriz.

Alex.

Yoshimizu.

Tous ceux qui attendaient sa décision.

Il secoua la tête.

— Non.

— Maintenant que Roer a fait son plan...

— ...on va voir lequel d’entre vous a appris à abandonner le sien.


Dans les profondeurs de Palazzo Vieri, un verrou changea de position.

Dans la cellule, Klaudija entendit le mécanisme.

Elle regarda Lana.

Sous la basilique, Nicky enfila ses gants.

Roer referma ses doigts autour de son bâton.

Et quelque part dans Rome...

Namtara se mit à sourire.


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