Saison 1 - Épisode 12 - THIS IS THE WAY
Le vieux hangar des Grikštas semblait plus silencieux que d'habitude.
La pluie tombait doucement sur la tôle ondulée.
À l'intérieur...
Les six voitures formaient un cercle improvisé.
The Beast.
The Beauty.
La BMW E31 de Vaida.
La GT-R de Rita.
La MX-5 de Giedrė.
La Porsche GT3 d'Eglė.
Toutes portaient les stigmates des jours passés.
Des impacts.
Des rayures.
De la boue.
Des morceaux de branches encore coincés sous les pare-chocs.
Dark bondit souplement sur le capot de The Beast.
Elle tourna plusieurs fois sur elle-même avant de s'allonger comme une reine retrouvant enfin son trône.
Vador, lui, traversa tranquillement le hangar.
Il renifla la GT3.
Puis monta directement sur le siège conducteur.
Comme s'il venait officiellement de la réquisitionner.
Alex les regarda quelques secondes.
Puis secoua la tête.
— Sérieusement...
Vous venez d'assister à un exorcisme grandeur nature...
...et vous trouvez encore le moyen de squatter les voitures comme deux gipsy kings.
Dark ouvrit un œil.
Puis le referma.
Alex soupira.
— Même les chats s'en battent les couilles de ce que je raconte.
Luna sourit discrètement.
— Les chats savent reconnaître un prédateur.
Alex tourna lentement la tête vers Emmanuel.
Petit silence.
— Ouais je vois duquel tu parles...
Je crois que nous aussi maintenant... on à tous bien captés.
Le silence retomba.
Un vrai.
Personne ne savait comment reprendre une conversation normale.
Vaida nettoyait machinalement ses lance-grenades.
Rita vérifiait les impacts sur sa GT-R.
Giedrė changeait une roue de la MX-5.
Eglė observait la Porsche et Emmanuel sans dire un mot.
Alex ouvrit un sachet de Dragibus.
Le bruit du plastique résonna presque trop fort.
Il en tendit naturellement un à Emmanuel.
— Bro ?
Emmanuel leva simplement les yeux.
— Non merci bro.
Alex haussa les épaules.
— Tant pis...
Plus pour moi.
Il en lança un en l'air.
Le rattrapa dans sa bouche.
Personne ne rit.
Il souffla.
— Ok...
Même mes Dragibus n'arrivent plus à sauver l'ambiance, putain j'ai perdu la main ou quoi ?
Luna lui donna un léger coup d'épaule.
— Laisse-leur un peu de temps cowboy.
Alex regarda les quatre Louves.
Elles évitaient toutes de regarder Emmanuel.
Depuis l'église...
Personne ne lui avait posé la moindre question.
Pas une.
Comme si chacun redoutait la réponse.
Même Vaida.
Emmanuel, lui, semblait parfaitement l'avoir compris.
Il referma doucement la caisse contenant ses armes.
Puis leva les yeux.
— Klaudija est bien à Rome.
Les quatre femmes acquiescèrent immédiatement.
Elles le savaient.
Elles avaient entendu Arūnas le dire dans l'église.
Alex serra doucement le poing.
— Alors...
Cette fois...
On va pouvoir enfin, tous, la ramener à la maison.
Emmanuel resta silencieux quelques secondes.
Puis regarda successivement les quatre Louves.
— Non.
Elles comprirent immédiatement.
Vaida secoua déjà la tête.
— N'y pense même pas ma sœur.
— Vous restez ici.
Rita fit un pas en avant.
— Emmanuel merde t'es pas sérieux...
— Non.
Son ton n'avait pas changé.
Calme.
Mais définitif.
Giedrė croisa les bras.
— Tu crois vraiment qu'on va te laisser partir seul sans nous ?
Emmanuel esquissa un léger sourire.
— Je ne pars pas seul.
Il désigna Alex.
— Il mange suffisamment de Haribo pour défier une armée entière.
Alex leva immédiatement son sachet.
— Exact.
Je suis actuellement composé à trente pour cent de sucre, mais bon soyons précis, je suis pas encor au max de mes possibilités, mais j'y travaille, la culture de l'effort, c'est important bro, faut en parler tu sais ça...
Tout le monde se mit à se laisser rire, parcque là, ouais ça faisait du bien quelque part.
Puis Emmanuel reprit.
— Écoutez-moi.
Le silence revint instantanément.
Il posa calmement une main sur The Beast.
— Un Ronin peut gagner un duel, ça c'est facile.
Il regarda chacune des Louves.
— Une meute...
Gagne une guerre.
Personne ne parla.
— Si nous partons tous...
Nous n'aurons plus de territoire.
Plus de refuge.
Plus d'yeux en Lituanie.
Plus personne pour observer les mouvements d'Origin et des anciens réseaux d'Atlas.
Il s'approcha de Vaida.
— Protéger une meute...
Ce n'est pas seulement courir avec elle.
C'est aussi protéger le nid pendant que les autres chassent.
Il regarda ensuite les quatre femmes.
— Même séparés...
Nous restons une seule meute.
Vaida baissa lentement les yeux.
Elle comprenait.
Elle détestait simplement l'idée.
Alex avala un Dragibus.
— Ça veut dire que, bon techniquement...
On part vraiment en avion ?
Emmanuel hocha la tête.
— Oui, Alex.
Alex resta figé.
— Attends...
Pas de caisse bling bling ?
Pas de poursuite ou je me vois mourir à chaque moments ?
Pas de grosses entrées stylées, genre capuches de racailles et bagues en or qui brillent... ?
— Non, bro desolé pas cette fois.
— Je crois que finalement je préfère quand tu fais peur avec ton Rosaire, y'a un petit côté théâtral moi j'aime bien.
Luna éclata de rire.
Emmanuel s'approcha d'un vieux tableau accroché au mur.
Une immense carte de l'Europe.
Il posa simplement son doigt sur Rome.
— Leçon numéro quatre.
Alex souffla.
— Ah putain j'avais carrément oublié moi aussi, ça me manquait d'ailleurs, donc vazy envoi on est en famille là c'est le bon moment...
Elle arrive Alex.
— S'adapter.
Silence.
— Devenir l'ombre.
Son regard resta fixé sur la capitale italienne.
Ils nous attendent, tous, Origine, Atlas, les mafias, les politiciens véreux, les réseaux, tous, et je le sais pertinemment.
Il tourna enfin la tête vers Alex.
— Alors le nous vas se résumer à...
Nous cesserons d'être prévisibles.
Alex réfléchit quelques secondes.
Puis hocha doucement la tête.
— En fait...
C'est exactement pour ça que tu gagnes tout le temps.
— Non.
— Hein ?
— Je ne gagne pas tout le temps.
Je fais simplement en sorte que mes ennemis perdent leurs certitudes en essayant d'abandonner mon emprise sur le déroulement des évènements, je m'adapte Alex, c'est .... Différents.
Un nouveau silence s'installa.
Même les Louves semblaient méditer cette phrase.
Puis Alex remit un dragibus dans sa bouche.
— Bon...
Par contre...
À Rome...
Il fait quand même beaucoup plus chaud qu'ici, hein ?
Parce que franchement...
Votre pays...
C'est magnifique...
Mais on se gèle carrément jusque dans l'ampoule rectale où on doit déjà être à -10, - 12, d'ailleurs les bonbons que j'ai mangés depuis mon arrivée ici doivent probablement être cryogenisés quelques part dans mon intestin, je crois que j'ai pas était véritablement aux toilettes depuis quoi... Klaipeda sûrement...
Cette fois...
Tout le monde éclata de rire.
Même Emmanuel.
Un rire discret.
Mais sincère.
Pour la première fois depuis l'église...
La tension venait enfin de retomber.
Au même instant...
Quelqu'un frappa doucement à la grande porte du hangar.
Trois coups.
Secs.
Emmanuel leva les yeux.
Vaida ouvrit.
Un vieux facteur se tenait sous la pluie.
Il tenait une simple enveloppe en papier de riz.
Aucune adresse.
Aucun timbre.
Seulement une calligraphie japonaise d'une précision presque irréelle.
Le vieil homme la tendit à Emmanuel.
— On m'a demandé de vous remettre ceci.
Puis il repartit.
Sans attendre.
Sans poser de question.
Emmanuel observa quelques secondes les idéogrammes.
Son regard changea immédiatement.
Alex s'approcha.
— Bro...
C'est de qui ?
Emmanuel caressa doucement le sceau de cire noire.
Puis répondit presque dans un murmure.
— Akiito...
Le hangar avait retrouvé son calme.
La pluie continuait de tomber doucement sur le toit de tôle.
Personne ne parlait.
L'enveloppe reposait toujours entre les mains d'Emmanuel.
Papier de riz.
Sceau noir.
Quelques idéogrammes tracés à l'encre.
Alex observait la lettre comme s'il contemplait un trésor.
— C'est vraiment de ton maître bro, le mec que j'ai rencontré à Tokyo et qui éclate Manu en trois secondes chrono au kick boxing comme dans les films de jean Claude Vandamm ?
Emmanuel acquiesça lentement.
— Oui, Alex... et c'est pas du kick boxing bordel !
Vaida regarda les caractères japonais.
— Ton maître ?
— Mon Sensei.
Il passa doucement son pouce sur le sceau.
Comme on caresse un vieux souvenir.
Puis il le brisa.
Un léger craquement.
Le silence devint presque religieux.
Emmanuel déplia lentement la feuille.
L'encre semblait encore fraîche.
Son regard parcourut les premières lignes.
Puis...
Il commença à lire.
"Emmanuel."
"Si cette lettre est arrivée jusqu'à toi... c'est que la route t'a conduit là où aucun maître ne peut désormais marcher à ta place."
"N'oublie jamais ceci."
"Le sabre ne protège personne."
"C'est l'homme qui donne un sens au sabre."
Alex cessa de mâcher.
Même Luna resta silencieuse.
"Tu crois parfois porter un pouvoir."
"Tu te trompes."
"Tu portes une responsabilité."
"Et chaque responsabilité finit toujours par demander un sacrifice."
Une légère brise traversa le hangar.
Les perles du Rosaire vibrèrent imperceptiblement.
"Les hommes admirent les guerriers."
"Les enfants imitent les maîtres."
"Décide aujourd'hui lequel tu veux devenir."
Emmanuel s'arrêta quelques secondes.
Son regard resta figé sur cette phrase.
Comme s'il l'avait déjà entendue.
Des centaines de fois.
Puis il poursuivit.
"Ne combats jamais pour ta colère."
"Ne combats jamais pour ton orgueil."
"Ne combats jamais pour prouver que tu es le plus fort."
"Combats uniquement lorsque quelqu'un, derrière toi, ne peut plus le faire lui-même."
Alex baissa lentement les yeux.
Les quatre Louves également.
Tous pensaient à Klaudija.
Aux enfants.
À Luna.
Puis Emmanuel lut les dernières lignes.
Sa voix devint presque un murmure.
"Un Ronin marche seul."
"Un maître... ne marche jamais seul."
"Car chacun de ses élèves continue sa route lorsque lui s'arrête."
Le silence.
Long.
Très long.
Puis...
La toute dernière phrase.
Écrite seule.
Au bas de la feuille.
"Le jour où tes disciples seront capables de te protéger..."
"...tu sauras que tu as enfin compris la Voie."
Emmanuel referma lentement la lettre.
Personne n'osa parler.
Même le vent semblait s'être arrêté.
Alex finit par souffler.
— Bro...
Ton Sensei...
Il distribue pas des conseils.
Il distribue des uppercuts... Gratos.
Un léger sourire apparut sur le visage d'Emmanuel.
— C'était le principe Alex.
Vaida regardait toujours la lettre.
— Maintenant je comprends...
Emmanuel releva les yeux.
— Quoi ?
— Pourquoi tu nous as toujours appris à réfléchir avant de tirer.
Il hocha simplement la tête.
— Vaida, une arme ne fait que raccourcir la distance entre une décision...
...et ses conséquences.
Emmanuel sortit calmement son téléphone.
Il ouvrit simplement une conversation.
Aucun texte.
Aucune explication.
Il sélectionna une seule image.
Un Loup.
Puis appuya sur Envoyer.
Alex fronça les sourcils.
— C'est tout ?
— Oui.
— Sérieusement ?
Un GIF de loup ?
Emmanuel rangea déjà son téléphone.
— Ils comprendront.
TOKYO
La nuit avalait les échangeurs autoroutiers.
Une Nissan Silvia S15 jaune fluo, une Mazda 787B et une Aprilia RSV4 glissaient entre les néons.
Akira gardait une main sur le volant de la Silvia.
L'autre sur le levier de vitesse.
Le turbo sifflait.
À côté de lui...
Yoshimizu était entouré de trois écrans portables.
Des cartes.
Des flux.
Des satellites.
Puis...
Une petite notification apparut.
Un Gif de loup.
Yoshimizu s'immobilisa.
Il regarda simplement l'écran.
Puis souffla.
— Euh les gars... Euh comment dire... Enfin.... Emmanuel !
Akira ne demanda même pas pourquoi.
Il accéléra.
Sur sa moto, Béatrice releva légèrement la visière de son casque.
Son téléphone vibra à son tour.
Elle esquissa un sourire.
— Tu m'avais manqué mon beau sorcier...
Elle remit les gaz.
Le hurlement du quatre-cylindres se mêla au sifflement du turbo de la Silvia et de la Mazda .
Au même instant...
Le téléphone de Nicky vibra.
Elle ne le regarda pas.
Ses mains restèrent sur le volant.
Son regard sur la route.
Comme si elle savait déjà.
Akira finit par demander.
— Tu ne lis même pas Nicky ?
Nicky sourit doucement.
— Pas besoin.
Petit silence.
— Je savais ...
Yoshimizu tourna lentement la tête.
— Depuis quand ?
Elle regarda les lumières de Tokyo défiler.
Puis répondit calmement.
— Depuis quelques jours.
Silence.
Elle regarda sa bague.
— L'Anneau ne montre jamais un futur.
Il montre les chemins que nous finirons par choisir et les guerres qui sont inévitables.
Akira esquissa un sourire.
— Et là en l'occurrence on est à quel niveau d'urgence, en réel je veux dire, dans cette dimension ?
Nicky inspira profondément.
Un très léger sourire illumina son visage.
— Mon maître ne demande jamais de l'aide.
Elle passa la sixième.
Le moteur hurla.
— Il appelle seulement ceux qu'il juge enfin prêts.
Les trois véhicules s'éloignèrent dans la nuit.
Les néons se transformèrent en traînées de lumière.
BRÉSIL
Le soleil disparaissait lentement derrière l'océan Atlantique.
Joe était assis dans le sable.
Pieds nus.
Une bouteille de Whisky à moitié vide posée à côté de lui.
Son téléphone vibra.
Un seul message.
Un Gif de loup
Il sourit.
Sans surprise.
Comme s'il l'attendait depuis longtemps.
Son collier se mit à scintiller lentement.
Il leva les yeux vers un immense hangar métallique.
La porte était entrouverte.
À l'intérieur...
On distinguait seulement quelques silhouettes de véhicules démesurés.
Des pneus énormes.
De l'acier.
Des pare-buffles.
Joe bue une gorgée de whisky comme pour porter un toast.
Puis souffla en souriant.
— J'espère que tu as prévu beaucoup d'essence mon frère...
Parce que ta commande est prête...
Il se leva.
Le soleil venait de disparaître.
Les vacances aussi.
QUELQUE PART SOUS L'OCÉAN
Le ronronnement d'un mini sous-marin russe résonnait doucement.
Des dizaines d'écrans illuminaient la cabine.
Diana parcourait des milliers de lignes de données.
Origin.
Atlas.
Artefacts.
Son ordinateur émit une notification.
Le même Gif de loup
Elle s'immobilisa, puis sa broche miroir emit une lumière bleu, intense.
Un léger sourire apparut.
— Enfin...
Elle referma immédiatement tous les dossiers.
Sauf un.
Un vieux fichier.
Verrouillé.
Son nom n'était composé que d'un seul mot.
GENESIS
Elle posa simplement la main dessus.
Sans l'ouvrir.
Puis murmura.
— Parfait, ils nous manquait des reponses...
Petit silence.
Son sourire s'effaça.
— On vas pouvoir enfin avancer Emmanuel.
Elle éteignit tous les écrans.
Le sous-marin plongea lentement dans l'obscurité.
L'aéroport de Vilnius s'éveillait doucement.
Le soleil apparaissait à peine derrière les pistes encore humides.
Pour la première fois depuis leur arrivée en Lituanie...
Personne ne portait de tenue spectaculaire.
Pas d'armure.
Pas de longue cape.
Pas de caisses survitaminées.
Pas de The Beast.
Pas de The Beauty.
Seulement quelques sacs de voyage.
Comme n'importe quels passagers.
Alex regarda Emmanuel.
— C'est bizarre...
— Quoi ?
— J'ai presque l'impression d'être quelqu'un de normal.
Emmanuel esquissa un sourire.
— Profites-en.
Ça ne durera probablement pas.
Alex réfléchit.
— Ouais...
Vu notre moyenne des dix derniers jours...
À l'extérieur de la porte d'embarquement, les quatre Louves attendaient leur départ.
Vaida tendit discrètement un petit paquet de caranougats à Alex.
— Au cas où, frère loup.
Il l'ouvrit.
— Oh putain des caranougas, je vous aime mes soeurs... Euh comment on dit déjà ? Ah oui mes louvettes.
Vaida secoua la tête.
— Veilles sur Emmanuel et ramènez-la.
Petit silence.
Alex acquiesça simplement.
Les quatre femmes s'approchèrent une dernière fois d'Emmanuel.
Sans grands discours.
Sans promesses.
Juste une accolade.
Une vraie.
Vaida murmura à son oreille.
— La maison sera toujours là.
Emmanuel sourit.
— Je sais.
Dark sauta dans son sac de transport.
Vador observa la cage quelques secondes.
Puis...
S'assit à côté.
Alex éclata de rire.
— Ah non...
Toi aussi fais ton rebelle blasé ?
Luna leva les yeux au ciel.
— Tu sais...
Je crois que même les chats ont pris le caractère d'Emmanuel.
Quelques minutes plus tard...
L'avion décolla.
Le paysage lituanien défilait lentement sous les nuages.
Les lacs.
Les forêts.
Les routes.
Puis...
Plus rien.
Seulement le ciel.
Alex regardait par le hublot.
Son paquet de caranougats posé sur les genoux.
Il en mangea un.
Puis un deuxième.
Puis souffla doucement.
— Tu sais...
Luna tourna la tête.
— Quoi ?
Il continua de regarder les nuages.
— Je suis arrivé ici...
Je connaissais personne à part Emmanuel et toi bien sûr.
J'avais pas forcément prévu de faire de la magie, enfin le genre à la Elga.
Petit sourire.
— Je repars...
Avec un maître.
Une meute de louvettes.
Deux chats complètement tarés.
Un fantôme qui prends soin de moi.
Et le plus important, un paquet de caranougats...
Et...
Je crois...
Que ma famille vient de s'agrandir.
Luna ne répondit pas immédiatement.
Alex continua.
— Finalement...
Merci la Lituanie.
C'est ici que je suis devenu le Black Wizard, enfin le vrai tu vois.
Il posa doucement son front contre le hublot.
Les nuages avalaient désormais complètement le pays.
Quelques rangs plus loin...
Emmanuel observait silencieusement la lettre d'Akiito.
Sans la relire.
Comme si chaque mot vivait désormais en lui.
Le Rosaire reposait dans sa main.
Le grenat brillait faiblement.
Luna regardait tour à tour Emmanuel.
Puis Alex.
Puis les chats.
Elle baissa doucement les yeux.
Sa voix n'était plus qu'un murmure.
— Pardon...
Petit silence.
— Je vous ai donné ces artefacts...
Je vous ai tous mis en danger...
Vous auriez pu avoir une vie normale...
Une larme glissa sur sa joue.
— Tout est de ma faute...
Une voix douce répondit derrière elle.
— Non.
Luna se retourna brusquement.
Sa grand-mère était assise de l'autre côté de l'allée.
Comme si elle avait toujours été là.
Toujours élégante.
Toujours souriante.
Luna resta figée.
— Mamie...
La vieille dame lui prit doucement la main.
— Tu crois leur avoir donné une malédiction.
Elle secoua lentement la tête.
— Tu leur as offert une rencontre.
Luna baissa les yeux.
— Mais ils souffrent tous...
— Oui.
Parce qu'ils aiment.
Petit silence.
Puis la vieille dame poursuivit.
— Ma mort n'était pas une injustice.
Elle était une nécessité.
Comme la tienne.
Comme celle de tous ceux qui transmettent quelque chose.
Luna sentit les larmes revenir.
— J'ai peur pour eux...
Sa grand-mère regarda Emmanuel.
Puis Alex.
Puis les chats endormis.
Elle sourit.
— Moi aussi.
Mais j'ai encore plus confiance en eux.
Elle posa une main sur le cœur de Luna.
— Écoute-les.
Ils ne se battent plus pour des artefacts.
Ils se battent les uns pour les autres.
Et tant qu'ils resteront unis...
Même la mort hésitera à les affronter.
Alex releva soudain la tête.
Il regarda Luna.
Puis...
La vieille dame.
Puis Luna.
Il cligna des yeux.
Trois fois.
— Euh...
Sister...
Luna essuya rapidement ses larmes.
— Quoi ?
Alex pointa discrètement du doigt.
— La dame habillée en chamane...
À côté de toi...
Petit silence.
— C'est...
Ta Mémé ?
La vieille dame éclata d'un petit rire.
— Bonjour Alexander Walker, Sofia valentina de Rebello Régo, Enchanté que tu puisses enfin me voir .
Alex resta bouche bée.
— Elle à un nom à rallonge comme toi sister...
Elle me voit, c'est à cause de ma pièce ça ?!
— Oui Alex, elle te vois.
Petit silence.
Elle observa le paquet de Caranougats.
Puis leva un sourcil.
— Beaucoup trop de sucre, je confirme Luna.
Alex regarda Luna.
Puis la vieille dame.
Puis les bonbons.
— Je...
Je crois que je l'aime déjà ta mémé.
Même Luna éclata de rire.
Le rire qu'elle n'avait plus eu depuis longtemps.
Le commandant de bord prit alors la parole.
— Mesdames et messieurs...
Nous allons bientôt commencer notre descente vers Rome.
Veuillez regagner vos places.
Alex regarda Emmanuel.
— Bro...
On y est.
Emmanuel leva doucement les yeux.
— Non.
Petit silence.
— On y entre seulement.
Au même instant...
ROME.
Les cloches d'une basilique résonnaient dans le matin.
Dans sa cellule, Klaudija leva lentement la tête.
Face à elle dans la cellule d'en face...
Une jeune femme aux cheveux bleus et jaunes, la trentaine.
Leurs regards se croisèrent.
Lana murmura.
— Ils te veulent quoi à toi ?...
Klaudija sourit faiblement.
— Rien, ils m'ont déjà pris l'essentiel.
Petit silence.
— Oui, ils commencent toujours par nous prendre l'essentiel, c'est leur méthode.
Le silence retomba.
Une porte métallique s'ouvrit.
Roer entra.
Son regard s'arrêta sur Klaudija.
Elle le fixa calmement.
— Tu l'as vu...
Dans l'église.
Roer ne répondit pas.
— Tu as senti ce qu'il est devenu.
Toujours rien.
Puis elle ajouta doucement.
— Ce n'était plus lui.
Petit silence.
— C'était celui que ni toi , ni moi ne voulions réveiller...
Pour la première fois...
Roer détourna les yeux.
À peine une seconde.
Mais Klaudija l'avait vu.
Elle sourit.
Très légèrement.
L'avion traversa enfin les nuages.
Sous lui...
Rome apparaissait.
Immense.
Éternelle.
La voix d'Akiito résonna une dernière fois.
"Les hommes croient transmettre des techniques.
Ils se trompent.
Ils transmettent une manière de regarder le monde."
"Le jour où ceux que tu as guidés seront capables de te rappeler qui tu es...
tu n'auras plus besoin d'être leur maître."
"Tu seras devenu leur héritage."
Emmanuel referma lentement les yeux.
L'avion disparaissait dans le soleil levant.
Fin saison 1.
💬 Commentaires 5
Le facteur qui déboule sans prévenir et sans que personne ne s'inquiète m'étonne un peu. Tu aurais faire dire un truc à Luna ou Manu, du genre "Alex, la porte, quelqu'un nous apporte un message". Genre façon mystique.
J'aime beaucoup cette fin car évidemment, Lana, la meuf aux cheveux bleus et jaunes, apparait soudainement dans un avion. Quel rôle vais-je bien avoir dans tout cela... 🤔😁