Saison 2 - Épisode 4 - VÆRIS'S COIN

📖 THE LAST WOLVES ✍️ Splinter 📝 3367 mots


Rome avait cette faculté étrange.

On pouvait y marcher pendant des heures avec l'impression de traverser vingt siècles sans jamais réellement changer de rue.

Alex, lui, avait surtout découvert autre chose.

Les Italiens savaient faire des pâtisseries.

Et c'était devenu un problème.

Un énorme.

— Bro...

Emmanuel continua de marcher.

— Non.

Alex s'arrêta.

— Mais j'ai même pas encore fait quoi que ce soit.

— Tu veux t'arrêter dans la pâtisserie.

Alex regarda la vitrine.

Puis Emmanuel.

— Ça devient flippant ton truc.

Nicky passa à côté de lui, entièrement vêtue de blanc, lunettes transparentes sur le nez.

— Non mon cœur. C'est juste que tu regardes les cannoli comme un labrador regarde un poulet rôti.

Beatriz éclata de rire.

Akira continua de marcher.

Alex le regarda.

— Merci pour ton soutien bro.

— Elle a raison.

— Putain, même lui commence à faire des phrases.

Luna traversa tranquillement la vitrine.

Alex leva immédiatement les mains.

— Ah non sister ! Ça c'est de la triche !

Elle réapparut de l'autre côté.

— Pistache.

— Connasse.

— ALEX !

— Quoi ? T'es morte, ça compte moins.

Une vieille dame apparut tranquillement à côté de Luna.

Alex ralentit.

— Ah.

La grand-mère lui sourit.

— Bonjour Alex.

— Bonjour mémé.

Luna tourna immédiatement la tête.

— Mémé ?

Alex haussa les épaules.

— Bah quoi ?

— C'est ma mamie d’adoption.

— Ouais et elle m'engueule aussi sur le sucre, donc juridiquement je pense qu'on partage.

La vieille femme éclata de rire.

— J'aime bien cette idée.

Luna leva les yeux au ciel.

— Super. Ça y est. T'as adopté mon meilleur pote.

— Il avait besoin d'une grand-mère.

Alex posa une main sur son cœur.

— Merci mémé.

— Et d'arrêter de manger des cochonneries.

— Adoption annulée mémé.

Même Emmanuel sourit.

À peine.

Mais Nicky le vit.

Comme toujours.

Puis Emmanuel s'arrêta.

Devant eux...

Rome s'ouvrait.

Ils dominaient une partie de la ville depuis une terrasse ancienne.

Coupoles.

Façades ocre.

Pins parasols.

Clochers.

Routes.

Et, plus loin...

Le quartier où ils s'étaient rendus quelques jours auparavant.

Alex fronça les sourcils.

— Attends...

Il montra une direction.

— On était là-bas l'autre soir.

La vente aux enchères.

Emmanuel acquiesça.

— Oui.

— Donc on revient presque au même endroit ?

— Oui.

Alex regarda Nicky.

— Il vieillit.

Nicky hocha gravement la tête.

— Ça commence comme ça.

Emmanuel ne réagit pas.

Il regardait la ville.

Puis :

— Pourquoi sommes-nous revenus ?

Nicky observa les bâtiments.

Akira les accès.

Beatriz les déplacements.

Alex...

Un marchand de glaces.

Nicky lui donna un coup de coude.

— Concentre-toi mon cœur.

— Je suis concentré. Je cartographie les ressources stratégiques.

Emmanuel se retourna.

— Un terrain ne change pas parce que vous l'avez déjà traversé.

Silence.

— Votre intention change.

Il désigna la ville.

— Et votre intention transforme ce que vous devez regarder.

Cette fois, Alex oublia la glace.

Emmanuel poursuivit.

— Vous devez entrer dans une forteresse.

Il les regarda successivement.

— Vous êtes moins nombreux.

L'ennemi connaît votre existence.

Il possède plus d'hommes.

Plus d'armes.

Plus de ressources.

Et il vous attend.

Petit silence.

— Que faites-vous ?

Nicky répondit la première.

— Je choisis quand il m'attend le moins.

Emmanuel acquiesça.

— Et s'il t'attend toujours ?

Elle réfléchit.

— Je trouve ce qu'il ne peut pas défendre simultanément.

— Bien.

Akira.

— Je cherche comment fonctionne la forteresse.

Approvisionnement.

Personnel.

Électricité.

Communications.

Entrées.

Sorties.

— Bien.

Beatriz regardait les gens circuler en contrebas.

— Je cherche ceux qui y entrent sans savoir qu'ils représentent une faiblesse.

Emmanuel tourna la tête vers elle.

— Explique.

— Une forteresse n'est jamais fermée.

Des gens y travaillent.

Livrent.

Nettoient.

Réparent.

Quelqu'un ouvre toujours une porte pour quelqu'un.

Emmanuel acquiesça.

— Très bien.

Puis...

Alex.

Il venait d'ouvrir un paquet de Chamallows.

Nicky soupira.

— Putain...

Alex :

— Quoi ?

— C'est neuf heures trente.

— Le sucre ne connaît pas les fuseaux horaires je t’ai déjà dit.

— On est dans le même fuseau depuis hier.

— Justement.

Emmanuel :

— Alex.

— Oui bro.

— La forteresse.

Alex mit un Chamallow dans sa bouche.

Réfléchit.

Puis :

— Je rentre pas.

Silence.

Beatriz sourit déjà.

Emmanuel resta parfaitement sérieux.

— Continue.

Alex haussa les épaules.

— Pourquoi je vais me faire chier à entrer dans une forteresse remplie de mecs armés...

...si je peux faire sortir ce que je veux ?

Nicky fronça légèrement les sourcils.

Alex continua.

— Je trouve le gars qui a les clés.

Et au lieu de lui voler les clés dans sa forteresse...

Je lui donne une bonne raison d'aller prendre un café dehors.

Silence.

Akira tourna lentement la tête.

Beatriz sourit.

Emmanuel regarda Alex.

Longtemps.

Puis :

— Il existe deux manières de penser une guerre.

Il posa une main sur le garde-corps.

— Le sabre.

Et le renard.

Il regarda Nicky.

— Le sabre cherche l'ouverture.

Puis Emmanuel.

— Exactement, et le renard, lui, crée la raison pour laquelle la porte s'ouvre.

Alex mâcha lentement.

— Donc...

Je suis le renard ?

Nicky :

— Avec trois kilos de glucose dans le sang.

— Mais renard quand même.

Emmanuel reprit.

— Un samouraï ne choisit pas une stratégie parce qu'elle est noble.

Il choisit celle qui protège ceux qui combattent avec lui.

Son regard passa sur chacun.

— Si vous pouvez gagner sans combattre...

Alors combattre est une faute.

Akira acquiesça lentement.

Nicky également.

Puis Emmanuel regarda au loin.

Un bâtiment.

Alex suivit son regard.

— Bro...

Qu'est-ce que tu regardes ?

Emmanuel repartit.

— Rien.

Alex resta immobile.

— Ah non.

Nicky passa devant lui.

— Quoi ?

— Je connais ce "rien".

Il désigna Emmanuel.

— Ce "rien" là, dans trois jours on finit poursuivis par l'armée italienne dans une Fiat Panda volée.

Nicky éclata de rire.

— Avance mon cœur.


Klaudija était assise contre le mur.

Lana faisait tourner le médiator de son fils entre ses doigts.

Depuis leur dernière conversation...

Quelque chose avait changé.

Elles ne se faisaient toujours pas confiance.

Mais elles avaient cessé de prétendre qu'elles n'avaient pas besoin l'une de l'autre.

Lana rompit le silence.

— Le Rosaire.

Klaudija leva les yeux.

— Encore ?

— Ouais.

Encore.

Lana se redressa.

— Tu sais ce qui me dérange ?

— Beaucoup de choses apparemment.

— Putain, t'apprends vite.

Klaudija sourit.

Lana continua.

— Origin nous apprenait que ce putain de Rosaire était un problème.

Une anomalie.

Quelque chose qu'il fallait surveiller.

Voir éliminer.

Klaudija ne bougea pas.

— Mais quand toi tu parles de lui...

Petit silence.

— Tu parles d'une solution.

Klaudija répondit simplement :

— Je n’ai jamais dit ça, mais tu le sais, donc oui, s’en est une.

Lana eut un petit rire.

— Apparemment tu y crois.

Silence.

Le sourire de Klaudija disparut.

— Fais attention.

— À quoi ?

— À ne pas confondre ton don avec de l'intelligence.

Lana éclata de rire.

— Oh putain.

Ça, c'était gratuit.

— Non.

C'était mérité.

Lana regarda son médiator.

Puis Klaudija.

— Il sait où tu es ?

Klaudija ne répondit pas.

— Tu crois qu'il viendra ?

Toujours rien.

Lana observa son visage.

Puis sourit.

— Ah...

— Quoi ?

— Tu n'espères pas qu'il vienne.

Klaudija la fixa.

— Tu as peur qu'il vienne.

Long silence.

Lana venait de toucher quelque chose.

— Pourquoi ?

Klaudija regarda la porte.

Puis murmura :

— Parce que la dernière fois qu'ils ont essayé de prendre quelque chose qu'il aimait...

Elle s'arrêta.

Lana attendit.

— Quoi ?

Klaudija secoua la tête.

— Rien.

Lana éclata immédiatement.

— Ah non !

Pas ton putain de "rien" !

Elle montra le médiator.

— Moi j'ai littéralement un truc qui me dit quand les gens cachent des merdes, donc évite de me faire le coup !

Klaudija sourit malgré elle.

Puis son regard tomba sur le médiator.

— Très bien.

À mon tour.

Lana se raidit.

— Ton fils.

Silence.

— Quoi mon fils ?

— Ce médiator appartenait à ton fils.

— Oui.

— Mais ce n'est pas un artefact.

Lana ne répondit plus.

Klaudija comprit.

— C'est autre chose.

Lana serra le médiator.

— On vient à peine de commencer à se tolérer.

Petit sourire.

— Tu veux déjà toute ma putain de biographie ?

Klaudija s'approcha légèrement.

— Non.

Je veux savoir pourquoi Origin t'a enfermée ici sans ton violon mais t’a laissé ce médiator...

Moi aussi j'ai littéralement un truc qui me dit quand les gens cachent des merdes, et je n’ai besoin d’aucun artefact pour ça !

Lana baissa les yeux.

Cette fois...

Klaudija avait marqué un point.

— Peut-être...

Parce qu'ils pensent que sans le violon...

Ça ne sert à rien.

Klaudija la fixa.

— Et ils se trompent ?

Lana sourit.

Très doucement.

— Peut-être, tu devrais déjà le savoir, même sans artefact, non ?


La pièce d'Alex tournait sur elle-même.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Puis tomba.

Face.

Alex la regarda.

— Bon.

Aujourd'hui...

C'est moi qui découvre que je vais finir aveugle, fou ou mort ?

Nicky :

— Les trois si tu continues les Chamallows.

Alex lui adressa un doigt d'honneur.

— Je t'aime aussi mon cœur.

Ils étaient tous réunis dans les archives.

Aurelius se tenait devant un vieux manuscrit.

Emmanuel à sa droite.

Luna et sa grand-mère près de la table.

Dark avait choisi les genoux d'Alex.

Vador...

Ceux de Nicky.

Alex regarda les deux chats.

— Je constate encore une fois que monsieur choisit la meuf en blanc.

Nicky caressa Vador.

— Il a du goût.

Dark leva la tête vers Alex.

— Toi, par contre, t'as choisi le buffet.

Dark se recoucha.

— Alex, ta pièce s’il te plaît.

Emmanuel tendit la main.

Alex lui donna sa pièce.

Le changement fut immédiat.

Il n'aimait jamais vraiment la voir dans les mains de quelqu'un d'autre.

Même Emmanuel.

Celui-ci la posa sur un morceau de tissu ancien.

— La dernière fois...

Nous avons parlé d'Ænor.

Nicky regarda sa Bague.

— L'Anneau des Possibles.

Emmanuel acquiesça.

Puis regarda Alex.

— Aujourd'hui...

Nous allons parler de Væris.

Alex cligna des yeux.

— Væris ?

Aurelius :

— La Pièce des Bifurcations.

Silence.

Alex regarda sa pièce.

— Putain...

Ça fait quand même plus classe que "ma pièce magique".

La grand-mère :

— Beaucoup plus hip.

Alex :

— Mamie, t'es violente aujourd'hui.

— Je suis morte. Je gagne du temps.

Luna éclata de rire.

— Tu vois pourquoi je l'aime ?

— Ouais.

Elle est moi dans quatre-vingts ans.

Luna :

— Seigneur...

Aurelius ouvrit le manuscrit.

— Nous ne connaissons pas son origine.

Encore une fois...

Ses premières traces connues sont déjà accompagnées de récits affirmant qu'elle était ancienne.

Il tourna une page.

Une gravure représentait une pièce semblable.

— Væris ne donne pas de chance.

Alex cessa de sourire.

Emmanuel reprit.

— Elle agit sur les bifurcations.

— En français bro ?

— Chaque événement possède des points de rupture.

Une porte qui se ferme.

Une personne qui tourne la tête.

Une décision prise une seconde trop tôt.

Une balle qui frappe quelques centimètres plus loin.

Un moteur qui démarre.

Ou qui ne démarre pas.

Alex regarda sa pièce.

Emmanuel poursuivit.

— Væris te permet de sentir ces points.

Puis...

De les influencer.

Nicky fronça les sourcils.

— Donc il modifie les probabilités ?

Aurelius répondit :

— C'est l'interprétation moderne.

Emmanuel secoua la tête.

— Trop simple.

Il prit la Pièce.

La posa verticalement.

Puis la lâcha.

Elle roula.

Frappa un petit encrier.

L'encrier glissa.

Toucha un livre.

Le livre bascula.

Dark bondit pour l'éviter.

Vador releva brutalement la tête.

Alex éclata de rire.

— Ça y est.

On vient d'inventer le flipper médiéval.

Emmanuel montra simplement la table.

— Une action.

Six conséquences.

Silence.

Alex comprit.

— Une cascade...

— Oui.

Aurelius tourna une page.

— Ilyon de Byblos.

Marchand.

Diplomate.

Premier porteur identifié avec certitude.

Il aurait empêché une guerre entre trois cités sans lever une seule arme.

— Comment ?

demanda Akira.

— Quatre événements.

Un cheval libéré.

Une lettre arrivée trop tôt.

Une porte restée ouverte.

Et un homme assis à une place différente lors d'un banquet.

Alex regarda Emmanuel.

— C'est tout ?

— C'était suffisant.

Une nouvelle page.

— Samira de Palmyre.

Voleuse.

Espionne.

Puis conseillère.

Selon les textes, elle pénétrait dans des palais sans forcer aucune serrure.

Beatriz sourit.

— Elle attendait simplement que quelqu'un l'ouvre.

Emmanuel tourna légèrement la tête vers elle.

— Exactement.

Une dernière page.

Une peinture plus récente.

Un homme tenant une pièce entre deux doigts.

— Mateo de Córdoba.

Illusionniste.

Alex se redressa immédiatement.

— Ah.

Là...

On parle.

Aurelius continua.

— Mateo développa une maîtrise exceptionnelle de Væris.

Il pouvait provoquer des chaînes de causalité extrêmement complexes.

Puis...

Il commença à croire que chaque événement pouvait être corrigé.

Alex ne souriait plus.

— Et ?

Aurelius referma légèrement le livre.

— Puis il commença à croire que chaque événement qu'il n'avait pas corrigé...

Était de sa faute.

Silence.

Alex regarda Væris.

Emmanuel parla doucement.

— Voilà son danger.

— Væris peut te faire croire que parce que tu peux changer certaines choses...

tu dois toutes les changer.

Alex resta silencieux.

— Le monde n'est pas ton spectacle, Alex.

Tu n'as pas à empêcher chaque chute.

Tu n'as pas à sauver chaque personne.

Et tu ne dois jamais croire que chaque catastrophe est une erreur que tu aurais pu corriger.

Alex déglutit.

Pour une fois...

Pas de blague.

Luna le regardait.

Elle savait exactement pourquoi cette phrase le touchait.

Emmanuel poursuivit.

— Tu es illusionniste.

Tu observes les gens.

Leurs regards.

Leurs attentes.

Leurs erreurs.

C'est pour cela que Væris répond aussi facilement à ton esprit.

Alex leva les yeux.

— Donc elle m'a pas choisi parce que je suis un gros débile chanceux.

Nicky :

— Personne n'a exclu cette hypothèse mon cœur.

Alex sourit.

La tension retomba légèrement.

Puis la grand-mère s'approcha.

Son regard s'était figé sur une gravure.

Un symbole minuscule.

Elle murmura quelque chose en espagnol.

Luna tourna brutalement la tête.

— Mamie ?

La vieille femme posa ses doigts sur le dessin.

— Je l'ai déjà vu.

Aurelius se redressa.

Emmanuel aussi.

— Où ?

Elle réfléchit.

Longtemps.

— Sur la boîte.

Silence.

Luna pâlit.

— La boîte du missionnaire ?

— Oui.

Alex cessa immédiatement de jouer avec un bonbon.

La grand-mère regarda successivement Ænor.

Væris.

Puis le Rosaire d'Emmanuel.

— Il savait ce qu'il transportait.

Luna murmura :

— Tu m'avais dit qu'il n'avait rien expliqué.

— Il n'a rien expliqué.

Elle regarda Aurelius.

— Maintenant...

Je commence à penser que ce silence était volontaire.

Emmanuel et Aurelius échangèrent un regard.

Alex :

— Attendez...

Donc un missionnaire débarque avec cinq artefacts légendaires...

Il file tout à mémé...

Puis ATLAS massacre le village pour récupérer la boîte...

Et personne sait pourquoi ces cinq trucs étaient ensemble ?

Silence.

— Cool.

Il prit un bonbon.

— Tout va parfaitement bien.

Dark posa une patte sur son poignet.

Alex la regarda.

— Toi aussi tu trouves ça louche ?

Miaulement.

— Merci.

Enfin quelqu'un de raisonnable.


Plus tard...

Emmanuel observait Akira et Beatriz quitter les archives.

Aurelius resta derrière lui.

— Encore ?

Emmanuel ne répondit pas.

— Tu regardes leur potentiel.

— J'observe.

Aurelius sourit.

— C'est ce que disent les hommes qui ont déjà pris leur décision.

Emmanuel regarda Akira.

Puis Beatriz.

— Non.

Petit silence.

— Je prépare simplement toutes les possibilités.

Aurelius :

— La pérle Ænor déteint sur toi.

— Non.

Les enseignements Akiito.


Le soir même.

Emmanuel leur donna une adresse.

Pas d'explication.

Seulement une photographie.

Un homme d'une cinquantaine d'années.

Élégant.

Costume gris.

Et une consigne.

— Il possède un badge.

Alex leva la main.

— Question.

— Non.

— Mais...

— Non.

Nicky éclata de rire.

— J'adore quand il fait ça.

Emmanuel :

— Vous ne volez pas le badge.

Akira fronça les sourcils.

Beatriz comprit la première.

— On copie l'accès.

Emmanuel acquiesça.

— Exact.

Yoshimizu ouvrit déjà son ordinateur.

— RFID chiffré ?

— Tu le découvriras.

Alex :

— Donc...

On doit voler un truc sans le voler.

— Oui.

— Et sans baston ?

— Oui.

— Sans voiture ?

— Oui.

Alex sembla presque déçu.

— Attends bro, dis moi à quoi il va me servir tout ce sucre.

Nicky lui répondit avec un clin d’œil.

- t’inquiète mon cœur, on fera des truc que t’as encore jamais imaginé, tous les deux... T’auras besoin de sucre crois moi, beaucoup de sucre.


La réception se tenait dans un ancien palais transformé pour une soirée culturelle privée.

Terrasses.

Statues.

Musique.

Serveurs.

Invités.

Et plusieurs centaines de possibilités de faire une connerie.

Emmanuel resta en hauteur.

Sur un balcon.

Il observait.

En bas...

Ses élèves travaillaient.

Nicky regarda discrètement Ænor.

Puis referma sa main.

Elle se força à observer sans elle.

Emmanuel le remarqua.

Un léger sourire.

Akira avait déjà identifié le système du badge.

— Yoshimizu.

— Je t'écoute.

— Treize secondes minimum.

— Dix.

— Douze.

— Onze.

Akira soupira.

— Onze.

Beatriz suivait leur cible.

— Il touche sa poche intérieure toutes les deux minutes.

Nicky :

— Il vérifie son badge.

— Oui.

Alex :

— Donc il est parano.

Beatriz :

— Non.

Il s'ennuie.

Alex regarda l'homme.

Puis sourit.

— Encore mieux.

Il prit une pièce ordinaire.

Pas Væris.

Emmanuel le remarqua immédiatement depuis le balcon.

Alex s'approcha de l'homme.

— Excusez-moi monsieur...

Vous croyez au hasard ?

L'homme fronça les sourcils.

— Pardon ?

Alex fit apparaître la pièce entre ses doigts.

Puis la fit disparaître.

L'homme s'arrêta.

Une seconde.

Deux.

Le renard venait d'ouvrir la porte.

Emmanuel sentit une présence derrière lui.

Il ne se retourna pas.

— Tu formes encore des guerriers.

La voix était féminine.

Calme.

Ancienne.

La femme à la capuche noire s'approcha.

Cette fois...

La lumière dévoila brièvement une partie de son visage.

Des cicatrices.

Profondes.

Irrégulières.

Comme si quelque chose avait essayé de l'effacer.

À la base de sa capuche...

Une fibule noire.

Presque minérale.

Trois fines entailles couraient sur sa surface.

Nærys.

Emmanuel regarda l'artefact.

Puis ses cicatrices.

— Je forme des êtres capables de rentrer chez eux.

Elle s'arrêta à côté de lui.

— C'est ce que disent toujours les maîtres avant de créer leurs propres guerres.

En contrebas...

Alex faisait rire sa cible.

Beatriz se rapprochait.

Emmanuel ne quittait pas la scène des yeux.

— Un sabre n'est pas responsable de la guerre.

La femme regarda son Rosaire.

— Non.

Petit silence.

— Mais certaines mains finissent par aimer le tenir.

Le grenat rouge et noir pulsa faiblement.

Emmanuel tourna légèrement la tête.

— Et certaines ombres finissent par oublier pourquoi elles se cachent.

Un sourire apparut sous la capuche.

— Toujours aussi désagréable.

— Toujours aussi vivante.

Silence.

— À peine.

En bas...

Beatriz récupéra le badge.

Akira le prit.

Onze secondes.

Yoshimizu travaillait.

La femme regarda Emmanuel.

— J'ai entendu parler de l'église.

Aucun mouvement.

— L'Ours croyait affronter un loup.

Petit silence.

— Il a réveillé autre chose.

Emmanuel resta froid.

— Il ne devrait plus poser de problème maintenant.

— Ce n'est pas de lui que je parle.

Silence.

Elle regarda le Rosaire.

— Le Diable a essayé de prendre ta place.

Cette fois...

Emmanuel la regarda.

Elle poursuivit.

— Et maintenant tu formes des porteurs.

Des guerriers.

Des disciples.

Elle regarda Nicky.

Puis Alex.

— Tu n'as pas peur ?

Emmanuel observa ses élèves.

— C'est précisément parce que j'ai peur que je les forme.

Elle tourna lentement la tête.

Emmanuel poursuivit.

— Un homme seul finit toujours par croire que sa volonté suffit.

Un maître est obligé de regarder ce qu'il transmet.

Silence.

— Chaque fois que je leur apprends à maîtriser ce qu'ils portent...

je suis obligé de me rappeler pourquoi je maîtrise ce que je porte.

La femme observa longuement Emmanuel.

— Ils sont tes ancres.

— Non.

Réponse immédiate.

— Je leur apprends à ne jamais avoir besoin d'une ancre.

Petit silence.

— Et en leur enseignant cela...

je me rappelle que moi non plus je ne dois pas devenir l'esclave de cette malédiction que j’ai reçue.

Elle sourit.

— Akiito t’as bien formé je vois.

Emmanuel :

— Oui.

En bas...

Yoshimizu murmura :

— Copié.

Akira rendit le badge à Beatriz.

La femme continua.

— Et si l'un d'eux tombe ?

— Je le relève.

— Et s'ils tombent tous ?

Emmanuel regarda Nicky.

Alex.

Akira.

Beatriz.

Puis :

— Alors j'aurai échoué comme maître bien avant d'échouer comme guerrier.

Silence.

La femme baissa les yeux vers le Rosaire.

Emmanuel, lui...

Regarda Nærys.

Puis son visage.

— Et toi ?

Elle ne répondit pas.

— Tu me parles de ce qui dort dans mon Rosaire...

Il regarda la fibule.

— Depuis combien de temps Nærys te mange-t-elle ?

Sa main monta instinctivement vers son visage.

Vers une cicatrice.

— Assez longtemps.

— Et tu continues.

Elle regarda Rome.

— Certaines personnes protègent la lumière.

Puis Emmanuel.

— D'autres doivent rester dans l'ombre pour qu'elle puisse continuer à brûler, c’est ça ?

Emmanuel continua.

— L'ombre finit toujours par demander son prix.

Elle regarda le grenat.

— Le tien aussi.

Silence.

En contrebas...

Beatriz releva soudain les yeux.

Directement vers eux.

La femme le remarqua.

— Celle-là observe bien.

— Oui.

— Tu comptes la former ?

— Je la forme déjà.

Son regard glissa vers Akira.

— Et lui ?

— Aussi.

Petit silence.

Puis elle comprit.

— Tu y penses.

Emmanuel ne répondit pas.

— Tu veux recommencer.

— Je n'ai encore rien décidé.

— Si tu choisis mal...

Elle regarda Akira.

Puis Beatriz.

— Les artefacts les détruiront.

Emmanuel :

— Si je ne les prépare pas...

Petit silence.

— Quelqu'un d'autre choisira à leur place.

- Toi et moi savons qu’il existe une autre voie.

La femme le fixa.

Puis recula.

Un serveur passa entre eux.

Une seconde.

Seulement une seconde.

Lorsqu'il fut passé...

Elle descendait déjà les escaliers.

Beatriz ne la quittait pas des yeux.

Puis deux invités traversèrent son champ de vision.

Beatriz fronça les sourcils.

— Merde...

Elle regarda partout.

— Elle est où ?

Emmanuel descendit calmement.

— Partie.

— Je la regardais !

— Je sais.

Beatriz fixa l'endroit où elle avait disparu.

Emmanuel ajouta :

— C'est précisément ce qu’elle sait faire de mieux.

Devenir, invisible.



Roer écoutait le rapport.

Debout.

Face à l'immense symbole d'Origin.

— Emmanuel était présent ?

— Oui.

— Il a approché quelqu'un ?

— Non.

— Volé quelque chose ?

— Non.

— Contacté le musée ?

— Non.

Roer se retourna.

— Alors pourquoi était-il là ?

Silence.

L'homme d'Origin baissa les yeux.

— Nous l'ignorons.

Roer s'approcha lentement.

— Ils sont entrés.

Ils sont ressortis.

Ils n'ont rien pris.

— Exact.

Roer resta silencieux.

Puis :

— Alors ils ont pris quelque chose que vous n'avez pas vu.

L'homme ne répondit pas.

Roer regarda une photographie d'Emmanuel sur le balcon.

Puis une deuxième.

La femme à la capuche apparaissait au fond.

Floue.

Presque impossible à distinguer.

Son visage se durcit.

— Namtara Morvaen, celle qui oublie le monde... Naerys, le voile des cendres...

Petit silence.

— Qu'est-ce que tu prépares, Emmanuel ?

En t’alliant à la mort elle même.


Minuit passé.

Alex était affalé sur une chaise.

Un paquet de fraises Tagada ouvert devant lui.

Nicky le regarda.

— Sérieusement mon cœur ?

— J'ai dépensé beaucoup d'énergie mentale.

— T'as fait un tour de magie pendant trois minutes.

— Justement.

Épuisant.

La grand-mère passa derrière lui.

Elle prit le paquet.

Alex se retourna brutalement.

— Mémé merde on avait dit quoi!

— Non.

— Luna !

Luna leva les mains.

— C'est ta grand-mère maintenant, démerde-toi.

Dark était assise sur la table.

Vador à côté.

Tous les deux fixaient Emmanuel.

Yoshimizu posa un petit dispositif électronique devant lui.

— Accès copié.

Emmanuel acquiesça.

Nicky croisa les bras.

— Bon.

Maintenant...

Tu nous expliques pourquoi on vient de faire ça ?

Emmanuel posa une photographie sur la table.

Un bâtiment.

Alex se redressa.

— Attends...

Il reconnut immédiatement le quartier.

Puis le bâtiment aperçu près du Palazzo.

— C'est le musée.

Emmanuel posa un plan.

Akira s'approcha.

Beatriz également.

Nicky regarda Emmanuel.

— Sensei...

Qu'est-ce que tu prépares ?

Emmanuel ne répondit pas.

Il posa deux nouvelles photographies.

Deux vitrines.

Le contenu restait volontairement impossible à distinguer.

Dark monta immédiatement sur le plan.

— Dark.

La chatte s'assit.

Alex :

— Elle participe.

Vador posa tranquillement une patte sur l'une des vitrines photographiées.

Silence.

Alex regarda Vador.

Puis Emmanuel.

— Non...

Même lui sait ?

Nicky caressa Vador.

— Lui au moins écoute pendant les briefings.

— Cette famille me manque de respect à tous les niveaux.

La grand-mère lui tendit une fraise Tagada.

Alex la regarda.

— T’es trop stylée mémé.

— Une seule Alex.

— Cruelle mémé quand même.

Emmanuel regarda chacun d'eux.

Puis :

— Demain...

Silence.

— Vous allez me montrer si vous êtes capables d’infiltrer cette forteresse.

Le sourire de Nicky disparut.

Akira regarda le plan.

Beatriz les photographies.

Alex...

Emmanuel.

— Bro...

Petit silence.

— On va kébra un musée ?

Emmanuel releva les yeux.

— Non.

Alex souffla de soulagement.

— Ah.

— Vous allez récupérer deux choses qui n'auraient jamais dû s'y trouver.

Alex resta figé.

Puis regarda Nicky.

— C'est un cambriolage, dis- lui toi.

Nicky sourit.

— Totalement mon cœur.

Alex récupéra son paquet des mains de la grand-mère.

— Bon.

Il mangea une fraise.

— OK, ça c’est fait, next.

Emmanuel observa sa meute.

Nicky.

Alex.

Akira.

Beatriz.

Yoshimizu.

Luna.

La grand-mère.

Dark.

Vador.

Puis son regard revint vers les deux vitrines.

Quelque part dans Rome...

Origin attendait qu'il attaque.

Emmanuel, lui...

Avait décidé de commencer par récupérer deux pièces sur son plateau.


💬 Commentaires 2

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Lana • 1 semaine, 4 jours modifié
J'ai enfin eu le temps de relire. Très bon épisode. Tout se prépare. Même Alex est concentré.
Comment mémé peut se saisir d'objets dans la réalité des vivants ?
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Splinter Auteur • 1 semaine, 4 jours
Luna elle le fait aussi mais elle à appris à le faire presque un an après sa mort, c'est manu qui lui à montré comment d'ailleurs, tu verras quand je ferais Gosths sins, j'ai pas encore le titre j'hésite mais c'est l'année entre caparica et Tokyo sins, enfin Exactement 1 ans et 5 mois 😉
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