Saison 2 - Épisode 6 - RESONANCE - Partie 2

📖 THE LAST WOLVES ✍️ Splinter 📝 5150 mots


Le premier coup de feu arracha un morceau de marbre à vingt centimètres du visage d’Alex.

Il ne cria pas.

Pas tout de suite.

Il regarda simplement l’impact.

Puis Beatriz.

Puis l’impact.

— Ah.

Une deuxième balle pulvérisa la vitrine derrière lui.

— AH PUTAIN OUAIS C'EST DES VRAIS !

Beatriz l’attrapa par la veste et le tira derrière un pilier.

— Maintenant, tu peux crier.

— Merci, j’attendais ton autorisation.

Un troisième tir éclata.

Plus loin, Nicky plaqua son dos contre une colonne et jeta un regard vers le couloir.

Trois gardes.

Deux armes de poing.

Un fusil.

La lumière rouge de l’alarme tournait sur les murs du musée.

Une voix métallique répétait l’ordre d’évacuation en italien.

Quelque part, une porte coupe-feu descendait lentement.

Et derrière eux, dans une salle désormais vide de visiteurs, Akira tenait les deux objets enveloppés dans leurs protections.

Une plume.

Un bijou d’oreille.

Deux choses pour lesquelles Rome semblait soudain avoir décidé de les tuer.

Nicky regarda Akira.

— On est d’accord qu’on vient de foutre notre vie en l’air pour une putain de plume ?

Akira observa les hommes qui progressaient.

— Pour l’instant, oui.

Alex passa la tête une demi-seconde.

Une balle claqua.

Il disparut immédiatement.

— Je confirme. Ils ont l’air très attachés à leur papeterie.

Nicky inspira.

Son regard changea.

— On sort.

Beatriz regarda la porte coupe-feu.

— Dans vingt secondes elle est fermée.

— Alors on a dix-neuf secondes.

— Pourquoi dix-neuf ?

Nicky partit.

— Parce que j’aime avoir de la marge.


Le premier garde n’eut pas le temps de comprendre.

Nicky surgit au moment exact où son arme dépassait du pilier.

Sa main frappa le canon sur le côté.

Le tir partit dans le plafond.

Elle entra immédiatement dans sa garde.

Coude sous le menton.

Genou dans le ventre.

Elle saisit son poignet, pivota, l’envoya contre une vitrine.

Le deuxième leva son arme.

— NICKY !

Elle se jeta au sol.

BANG.

La balle passa au-dessus d’elle.

Akira lança un petit socle métallique.

Pas vers l’homme.

Vers son bras.

Le choc suffit à dévier le tir.

Beatriz était déjà partie.

Deux pas.

Appui.

Sa jambe monta sèchement.

Son talon frappa l’avant-bras du garde puis direct dans la tempe.

L’arme tomba, comme l'homme.

Elle ne chercha pas à poursuivre.

— Alex !

— Quoi ?

Elle ramassa le pistolet.

Le lui lança.

— ALEX !

— PUTAIN !

Il le rattrapa à deux mains avec la délicatesse d’un homme auquel on venait de lancer un bébé rempli d’explosifs.

— Pourquoi moi ?!

— Parce que j’en ai besoin !

— Ça répond absolument pas à ma question !

Le troisième garde épaula son fusil.

Beatriz vit son poids passer sur sa jambe avant.

— Alex. Lumière. Droite.

— Qu—

— MAINTENANT !

Alex tira.

Il manqua largement le garde.

Mais toucha exactement le projecteur au-dessus de lui.

Explosion de verre.

Obscurité.

Le garde leva instinctivement le bras.

Akira entra.

Main sur le canon.

Rotation.

Épaule.

Le garde bascula.

Akira accompagna le mouvement jusqu’au sol, verrouilla le bras, récupéra le fusil et en retira le chargeur.

Alex le regarda.

— Ça, c’était franchement sexy bro.

— Alex !

Nicky pointait la porte.

Elle descendait toujours.

Ils coururent.

Derrière eux :

— FERMI!

Ils plongèrent sous la porte coupe-feu au moment où elle frappait le sol.

Alex roula sur le dos.

— Facile.

Nicky l’attrapa immédiatement par le col et le remit debout.

— Cours.

— Ça aussi, je savais faire.

Une détonation sourde retentit derrière la porte.

Puis une deuxième.

Ils allaient l’ouvrir.

Akira regarda le couloir.

— Sortie nord.

Beatriz secoua la tête.

— Non.

— Pourquoi ?

Elle désigna le reflet d’une baie vitrée.

Des gyrophares bleus dansaient déjà sur les façades extérieures.

— Ils arrivent par là.

Nicky souffla.

— Génial.

Alex :

— Techniquement, c’est plutôt efficace pour des forces de l’ordre.

Nicky le regarda.

— Mon cœur.

— Oui ?

— Pas maintenant.

— Compris.

Ils partirent dans l’autre direction.


Une vibration minuscule courut sous le pouce d’Emmanuel.

Il baissa les yeux.

Une des perles du Rosaire venait de chauffer.

Puis une autre.

Ænor.

Vaeris.

Un léger sourire passa sur son visage.

— Intéressant.

— Quoi ?

Luna marchait derrière lui au milieu de centaines de visiteurs évacués.

— Manu ?

Aucune réponse.

— Putain, commence pas.

Autour d’eux, le musée se vidait dans le chaos.

Sirènes.

Agents de sécurité.

Carabinieri.

Des gens criaient.

Emmanuel fit glisser ses doigts le long du Rosaire jusqu’à la perle la plus sombre.

Il la pressa.

Le monde ne changea pas.

Emmanuel non plus.

Et pourtant…

un carabinier tourna la tête vers lui.

Son regard s’arrêta une seconde.

Puis glissa.

Une femme le bouscula sans même lever les yeux.

Un agent passa devant lui.

Personne ne le retint.

Luna ralentit.

— Oh…

La grand-mère observa Emmanuel.

— Le voile.

Il la regarda.

Elle avait compris.

Luna, elle, regarda sa grand-mère.

— Comment tu sais ça ?

— Je suis morte.

— JE SUIS MORTE AUSSI !

— Depuis moins longtemps.

Luna resta bouche ouverte.

Emmanuel eut un sourire.

— Toi, rigole pas.

Ils sortirent.

À quelques mètres, Vador apparut entre deux voitures.

Dark derrière lui.

Luna leva les bras.

— Ah ! Enfin deux personnes responsables.

Les deux chats passèrent devant elle.

— …je viens vraiment de dire ça à deux chats.

Un vieux tram approcha dans un grincement métallique.

Ding.

Emmanuel s'arrêta.

Luna aussi.

Elle regarda le tram.

Puis Emmanuel.

— Non.

Les portes s’ouvrirent.

Emmanuel monta.

— Non, non, non.

Il valida tranquillement son titre de transport.

— Tu te fous de ma gueule ?

La grand-mère monta à son tour.

— Pourquoi ?

— Pourquoi ?!

Emmanuel s’assit près de la fenêtre.

— Nicky, Alex, Akira et Beatriz ont probablement les carabiniers au cul, Origin va comprendre qu’on a piqué leurs trucs, personne n’a de véhicule d’extraction et monsieur…

Elle désigna Emmanuel.

— …prend le putain de tram !

La grand-mère s’installa en face de lui.

Vador bondit sur le haut du siège.

Dark monta directement sur les genoux de la vieille femme, tourna deux fois sur elle-même et se coucha.

Luna la fixa.

— Dark.

Une oreille bougea.

— Dark !

Rien.

— Tu vas pas dormir, non ? Nos potes sont dans la merde et toi tu dors sur ma mamie ?

Dark bâilla.

Luna désigna Vador.

— Voilà. Il y en a au moins un sur deux qui suit.

Vador tourna lentement la tête vers elle.

Puis regarda ailleurs.

— Même lui me fait chier.

La grand-mère caressa Dark.

— Oh… vous les jeunes. Vous êtes toujours pressés aujourd’hui.

Elle adressa un petit clin d’œil à Emmanuel.

Emmanuel la regarda.

Et sourit.

Elle aussi.

Luna passa de l’un à l’autre.

— Quoi ?

Rien.

— Oh putain.

Elle plissa les yeux.

— C’est un complot ?

Le tram démarra.


La porte explosa derrière eux.

Pas complètement.

Juste assez pour qu’un bras passe et déverrouille le mécanisme.

Beatriz le vit.

— Dix secondes.

Akira :

— Huit.

Alex :

— Vous êtes obligés d’être aussi précis ?

Nicky ouvrit une porte latérale.

Escalier.

— On descend.

Beatriz s’arrêta.

— Non.

Nicky tourna la tête.

— Quoi ?

Beatriz regardait une caméra de sécurité.

Pas la caméra.

Son orientation.

Puis la petite lumière verte au-dessus d’une porte voisine.

— Ils veulent qu’on descende.

Alex comprit.

— Escalier canalisé.

Akira regarda le plan d’évacuation.

— Ils ferment les étages par secteurs.

Alex sourit.

— Donc on fait ce qu’un illusionniste respectable ferait.

Nicky :

— Une connerie ?

— Je suis blessé par cette réputation.

BANG.

Une balle traversa la porte derrière eux.

Alex sursauta.

— OK, connerie.

Il ouvrit brutalement la porte de l’escalier.

Puis lança son veston dedans.

Une rafale partit depuis l’étage inférieur.

— Voilà.

Beatriz montra la porte verte.

— Là.

Ils partirent.

Derrière eux, les gardes montèrent vers l’escalier.

Pas vers eux.

Alex passa devant Beatriz.

— J’aime bien travailler avec toi.

— Pourquoi ?

— Tu trouves les problèmes avant moi.

— Et toi ?

Il ouvrit la porte verte.

— Je leur donne de mauvaises solutions.

Ils débouchèrent dans une galerie de restauration.

Un homme les attendait.

Immense.

Nicky s’arrêta net.

Deux mètres.

Peut-être davantage.

Épaules énormes sous une veste tactique.

Il posa son arme sur une table.

Comme s’il n’en avait pas besoin.

Alex arriva derrière Nicky.

Regarda l’homme.

Puis Nicky.

— Ah.

Nicky :

— Quoi, ah ?

— Rien. Il a juste l’air d’avoir mangé les deux derniers.

Le colosse frappa.

Nicky eut juste le temps de lever les bras.

L’impact la projeta contre une table.

Le bois éclata.

— NICKY !

Elle essaya d’inspirer.

Rien.

Le type avançait déjà.

Alex leva son arme.

Impossible.

Nicky était dans l’axe.

— Putain…

Beatriz aperçut deux autres gardes apparaître au bout du couloir.

— On a trente secondes.

Akira :

— Moins.

Nicky se releva.

Le colosse la saisit.

Elle frappa les côtes.

Une fois.

Deux.

Presque aucun effet.

Il la souleva.

Elle planta ses deux pieds contre une vitrine et poussa.

Le verre éclata.

Ils tombèrent ensemble.

Nicky roula.

Le type se releva avant elle.

— Oh, t’es chiant.

Il chargea.

Cette fois, elle ne chercha pas à l’arrêter.

Elle pivota.

Son genou heurta le bord d’un socle.

Elle poussa sa jambe contre.

Le colosse vacilla.

Nicky frappa immédiatement la même articulation.

Puis encore.

Il attrapa ses cheveux.

Elle grimaça.

Coude.

Il encaissa.

Deuxième coude.

Il la projeta contre le mur.

Sa tête frappa la pierre.

Une seconde blanche.

— NICKY !

Elle entendit Alex comme sous l’eau.

Puis les gardes derrière.

Ils arrivaient.

Elle vit un morceaux de verre arraché à la vitrine.

La saisit.

Le colosse revint.

Elle frappa son avant-bras.

Il lâcha prise.

Elle entra dans sa garde.

puis le planta soigneusement plusieurs fois.

Genou.

Coude.

Gorge

puis elle finit par lui enfoncer le bout de verre dans la bouche.

Il vacilla enfin.

Nicky prit appui contre le mur et envoya son genou directement au visage.

Le colosse s’effondra contre la vitrine détruite.

Nicky resta au-dessus de lui, haletante.

— T’aurais dû rester couché, gros fils de pute.

— NICKY !

Elle se retourna.

Les autres arrivaient.

— Je sais !

Elle courut.

Deux pas.

Une douleur traversa ses côtes.

Elle ralentit.

Akira le vit immédiatement.

Il lui prit le bras.

— Côte ?

— Ça va.

— Ça ne va pas.

— J’ai dit que ça va.

Alex :

— Elle dit toujours ça quand ça va pas.

— ALEX !

— Voilà.

Ils repartirent.


Ænor pulsa violemment.

Puis s’arrêta.

Emmanuel fronça légèrement les sourcils.

Dans le tram, Luna le vit.

— Nicky ?

— Oui.

— Quoi ?

Il attendit.

Rien dans Ænor.

Pourtant son expression changea.

— Elle continue.

La grand-mère leva les yeux.

— Sans la pierre.

Emmanuel la regarda.

Longtemps.

— Oui.

Luna fixa sa grand-mère.

— Attends. Comment tu sais ?

— Je suis—

— SI TU ME DIS ENCORE UNE FOIS QUE T’ES MORTE, JE TE JURE…

La grand-mère sourit.

— Tu vas faire quoi ?

Luna ouvrit la bouche.

La referma.

— Putain.

Emmanuel détourna le visage vers la fenêtre pour cacher son rire.

Luna le pointa du doigt.

— Je t’ai vu.

— Quoi ?

— Ça.

— Quoi, ça ?

— TU SAIS TRÈS BIEN QUOI.

La grand-mère éclata de rire.

Luna les regarda.

— Ça y est. C’est officiel. Vous faites chier tous les deux.

Dark dormait toujours.

— Et toi aussi.


Ils atteignirent enfin une sortie de service.

Akira ouvrit.

Sirènes.

Une dizaine de véhicules de police encerclaient l’entrée principale.

Nicky :

— La voiture ?

La voix de Yoshimizu crépita dans leur oreillette.

— Oubliez-la.

— Pourquoi ?

— Trois voitures des carabiniers autour taré ou quoi ?.

Alex :

— Techniquement, elle est toujours disponible.

Nicky ferma les yeux.

— Merci Alex.

— De rien.

— C’était pas un merci.

— J’avais compris.

Beatriz observa la rue.

Deux agents descendaient d’une voiture à gauche.

Un groupe arrivait par la droite.

Derrière eux, la porte du musée vibra.

— Ils arrivent.

Akira regarda les véhicules.

— Là.

Une camionnette de maintenance était stationnée de travers, moteur tournant.

Son conducteur, sorti pour comprendre le chaos, regardait vers l’entrée principale.

Alex :

— On va voler la voiture d’un électricien ?

Akira :

— Tu préfères marcher ?

— J’adore les électriciens italiens bro, mais Mario et Luigi ils sont plombiers normalement

Ils partirent.

Un carabinier les aperçut.

— FERMI!

Nicky :

— Et merde.

Le policier leva son arme.

Ils plongèrent derrière une voiture.

BANG. BANG.

Vitres pulvérisées.

Akira contourna le véhicule.

Beatriz lui cria :

— Deux à droite !

Il changea immédiatement d’angle.

Nicky attrapa Alex.

— Bouge !

— Je bouge !

— Plus vite !

— J’ai des jambes normales !

Ils atteignirent la camionnette.

Akira ouvrit la portière.

Clés sur le contact.

— Sérieusement ?

Alex monta.

— Dieu aime les cons.

Beatriz :

— Conduis !

Akira démarra.

Le propriétaire de la camionnette se retourna.

— EHI!

Alex lui fit un petit signe depuis la vitre.

— Désolé Wario, on te rendras ton kart t'inquiète !

Nicky :

— ALEX !

— La politesse coûte rien !

La camionnette bondit.

Derrière eux, les gyrophares s’allumèrent.

Akira conduisait comme il se battait.

Pas de gestes inutiles.

Pas de panique.

Il lisait la machine.

Le poids.

Les freins.

Le régime.

La direction.

— Elle tire légèrement à gauche.

Alex :

— La police aussi.

Une balle frappa la porte arrière.

— PUTAIN !

Nicky se retourna.

— Ouais régalez vous bande de batards !

Beatriz regardait le rétroviseur.

— Ça c'est pas les carabiniers.

Akira comprit.

— Origin.

Une berline noire venait de surgir derrière les véhicules officiels.

Puis une deuxième.

Yoshimizu confirma :

— Vous avez de la compagnie privée.

Nicky :

— Sans déconner.

Une berline se rapprocha.

Beatriz :

— Akira. Dans trois secondes, il va nous doubler à gauche.

— Pourquoi ?

— Le conducteur regarde déjà l’espace.

Akira attendit.

Une seconde.

Deux.

La berline sortit.

Akira braqua brutalement.

Le flanc de la camionnette frappa la voiture noire.

Métal contre métal.

La berline mordit le trottoir.

Alex :

— Je retire ce que j’ai dit.

Akira :

— Quoi ?

— Toi aussi, il te manque une case.

Beatriz sourit.

— À droite.

— C’est un sens interdit.

— Je sais.

Nicky se retourna vers elle.

— J’aime cette meuf.

Akira prit à droite.

Klaxons.

Scooters qui s’écartèrent.

Un bus surgit devant eux.

— AKIRA !

Il passa à quelques centimètres.

Alex ferma les yeux.

— Je voudrais officiellement retourner au musée.

Une voiture de police fermait la rue suivante.

Beatriz :

— Gauche impossible.

Akira :

— Je vois.

— Derrière, ils reviennent.

Nicky regarda une ruelle.

— Là.

Akira :

— On passe pas.

Nicky :

— Moi, je passe.

Akira freina.

La regarda.

Compris.

Ils échangèrent de place.

Alex devint blanc.

— Oh non bordel, pas elle.

Nicky prit le volant.

— Quoi, mon cœur ?

— Rien.

Elle enclencha la vitesse.

— Mets ta ceinture.

Alex la regarda.

— C’est précisément ce qui m’inquiète.

Nicky écrasa l’accélérateur.

La camionnette plongea dans la ruelle.

Rétroviseur gauche arraché.

Puis le droit.

Alex :

— ON AVAIT BESOIN DE ÇA !

— Plus maintenant !

Elle passa entre deux bornes avec quelques centimètres de marge.

Akira regarda Nicky.

Puis la route.

Puis Nicky.

— C'est Emmanuel qui t'as appris ça ou.... ?

— Devine.

Akira eut presque un sourire.

— C'est fait.


Une perle vibra entre les doigts d’Emmanuel.

Il regarda dehors.

Luna :

— Quoi encore ?

— Nicky conduit.

Silence.

Luna se rassit.

— Ah.

La grand-mère :

— Pourtant cette jeune fille blonde à l'air raisonnable ?

— Non.

Luna :

— Ç'est l'élève la plus tarée d'Emmanuel Mamie... Raisonnable tu plaisantes j'espère ?


Un instant plus tard, quelque part au loin, une sirène changea brutalement de tonalité.

Luna regarda Emmanuel.

— Elle vient de faire une connerie ?

— Probablement.

— Et tu fais rien ?

La grand-mère regarda les rues défiler.

— Il fait quelque chose.

Luna :

— Il est assis !

— Exactement.

Luna fixa sa grand-mère.

— Putain, mais qu’est-ce qui t’est arrivé depuis que t’es morte ?

La vieille femme sourit.

— J’ai du temps.

Le tram ralentit.

Ding.

Dark ouvrit un œil.

Puis le referma.

Luna :

— Magnifique. Toute l’équipe est mobilisée.




La cellule était froide.

Klaudija était assise contre le mur.

Lana faisait tourner le médiator entre ses doigts.

Depuis plusieurs minutes, elle ne disait rien.

Puis :

— Je me suis trompée.

Klaudija leva les yeux.

— Sur quoi ?

— Le Rosaire.

Silence.

— Je pensais que c’était lui qui m’intéressait.

Klaudija la regarda.

— Et maintenant ?

Lana referma ses doigts sur le médiator.

— C’est celui qui le porte.

Quelque chose se durcit immédiatement dans le regard de Klaudija.

Lana le vit.

— Emmanuel.

— Qu’est-ce qui s’est passé en Lituanie ?

Klaudija ne bougea plus.

— Ça ne te concerne pas.

Lana ferma les yeux.

Des fragments.

Une maison.

De la neige.

Un homme.

Une femme.

Une rupture.

Puis une autre présence.

Plus âgée.

Un père.

Une peur qui n’était pas celle qu’on croyait.

Lana rouvrit les yeux.

— Je vois une autre femme.

Klaudija détourna le regard.

— Alors tu vois assez.

— Non.

— Quoi, non ?

— Ce n’est pas pour elle qu’il est parti.

Klaudija se retourna.

— Fais attention.

Lana resta calme.

— Tu crois connaître la raison.

— Je la connais.

— Non.

Silence.

Lana vit encore Jonas.

Une conversation.

Emmanuel debout.

Le père de Klaudija face à lui.

La famille.

Le danger.

Origin.

Atlas.

Une demande.

Pars.

Et Emmanuel qui accepte.

Lana rouvrit les yeux.

Klaudija s’était rapprochée.

— Qu’est-ce que tu vois ?

Lana observa le médiator.

Puis Klaudija.

— Que ta famille était déjà en danger.

— À cause de lui ?

Lana hésita.

— À cause de ce qui le suivait.

Klaudija pâlit légèrement.

— Qui lui a dit ?

Lana ne répondit pas.

— Lana.

— Je vois des choses. Ça ne veut pas dire que je dois toutes te les donner.

— Tu joues avec moi ?

— Non.

Lana rangea le médiator.

— Je te dis seulement que cette femme est la raison que tu connaissais.

Klaudija ne respirait presque plus.

— Et l’autre ?

Lana la fixa.

— Quelqu’un lui a demandé de protéger ta famille en partant.

Silence.

— Qui ?

Lana détourna les yeux.

— Ça… tu devras le découvrir toute seule.

Klaudija recula lentement.

Pour la première fois depuis des années, un souvenir venait de changer de forme.



La camionnette n’avait plus de pare-brise intact.

Un pneu commençait à vibrer.

Une fumée inquiétante montait du capot.

Alex regarda Akira.

— Diagnostic ?

— Elle va mourir.

— Comme nous ?

— Avant.

— Ah. Bonne nouvelle.

Nicky prit un virage.

La camionnette chassa.

Beatriz se retint à la poignée.

— Barrage devant !

Deux véhicules fermaient la rue.

Nicky regarda derrière.

Origin revenait.

À droite : mur.

À gauche : escaliers.

Akira :

— Freine.

— Pas encore.

— Nicky.

— Pas encore.

Alex :

— Je vote Akira.

— Personne t’a demandé.

À cinquante mètres du barrage, Nicky pila.

La camionnette pivota.

Elle termina en travers.

— Sortez !

Ils bondirent.

Une balle traversa la carrosserie.

Puis une autre.

Ils coururent vers les escaliers.

Nicky fermait la marche.

Un homme d’Origin sortit de la berline.

Grand.

Massif.

Nicky le vit.

— Oh mais vous les fabriquez où, putain ?

Il chargea.

Elle n’avait plus la respiration pour recommencer.

Elle le savait.

Lui non.

Elle attendit.

Dernière seconde.

Elle se baissa.

Le type passa.

Nicky attrapa sa veste et utilisa son propre élan pour l’envoyer contre la rambarde.

Il revint immédiatement.

Poing.

Elle encaissa sur l’épaule.

Douleur.

Elle frappa à la gorge.

Pas assez.

Il l’attrapa.

— NICKY !

Alex s’arrêta.

— Continue !

Le type la projeta contre une voiture.

Elle glissa sur le capot.

Il approcha.

Nicky attrapa l’essuie-glace arraché.

Regarda l’objet.

— Sérieusement ?

Elle l'attrapa au passage.

Elle bondit.

Genou dans le sternum.

Pied contre la portière.

Impulsion.

Deuxième genou au visage.

Le type recula.

Elle lui attrapa la tête et lui planta l'essuie glace directement dans la gorge.

Il tomba dans une gerbe de sang.

Nicky resta une seconde immobile.

Puis :

— J’en ai plein le cul de vos putains d'Hulk.

Elle courut rejoindre les autres.



Roer se tenait seul devant l’immense symbole.

La salle de prière d’Origin descendait profondément sous Rome.

Pierre noire.

Colonnes.

Flammes basses.

Les deux serpents.

Le labyrinthe.

L’œil.

Un homme entra.

— Nous les avons perdus près du centre.

Roer ne bougea pas.

— Vous avez perdu quatre personnes transportant deux objets que nous surveillons depuis des années.

— Les carabiniers ont...

— Sortez.

L’homme partit.

Roer resta seul.

— Qu’est-ce que tu prépares, Manu…

Une voix répondit derrière lui.

— Peut-être rien.

Roer ferma les yeux.

Il ne se retourna pas.

— Tu prends de mauvaises habitudes, Morvæn.

Namtara se tenait entre deux colonnes.

Capuche noire.

La moitié de son visage noyée dans l’ombre.

Les cicatrices attrapaient parfois la lumière.

— Les portes sont une invention des vivants.

Roer se retourna enfin.

— Tu l’aides.

— Non.

— Tu le protèges.

— Parfois.

— Quelle différence ?

Namtara avança lentement.

— Aider sa victoire serait choisir son camp.

Protéger son choix préserve la balance.

Roer eut un sourire sans joie.

— Toujours tes balances.

— Toujours tes guerres.

— Il vient de voler deux artefacts.

— Non.

Roer la fixa.

— Je sais ce qui manque.

— Alors tu sais ce qu’il a pris.

— Kælum. Syræ.

Namtara passa devant le symbole d’Origin.

— Et pourtant tu regardes encore les objets.

Roer comprit.

— Lui regarde les porteurs.

Pas de réponse.

— Il rassemble les Douze.

Namtara s’arrêta.

— Peut-être rassemble-t-il ceux qui seront capables de s’en séparer.

Cette fois, Roer ne répondit pas immédiatement.

Son regard changea.

— La Troisième Voie.

Namtara resta parfaitement immobile.

Ce silence était pire qu’une réponse.

— Il sait.

Toujours rien.

— Depuis quand ?

Namtara se détourna.

— Tu poses la mauvaise question.

— Laquelle serait la bonne ?

Elle regarda le gigantesque symbole.

— Jusqu’où est-il prêt à aller pour ne plus avoir besoin du Rosaire ?

Roer serra sa canne.

— Et toi, jusqu’où le laisseras-tu aller ?

Namtara tourna légèrement son visage scarifié.

— Jusqu’à ce que la balance exige autre chose.

— Tu le laisserais mourir ?

Un léger sourire.

— Je suis la Mort, Roer.

Pas sa mère.

Elle passa près de lui.

— Ne confonds jamais l’équilibre avec l’affection.

— Namtara.

Elle s’arrêta.

— Tu sais ce qu’il prépare.

— Oui.

— Dis-le-moi.

Elle tourna à peine la tête.

— Si je te le disais, la balance ne serait plus une balance.

Puis elle continua.

Deux gardes apparurent au fond de la salle.

Ils regardèrent Roer.

Puis le couloir vide.

— Monsieur ?

Roer fixa l’endroit où Namtara venait de disparaître.

— Rien.

Mais sa main s’était resserrée autour de sa canne.

Pour la première fois depuis l’arrivée d’Emmanuel à Rome…

Roer ne cherchait plus à comprendre où il allait.

Il cherchait à comprendre ce qu’il était en train de devenir.


Les quatre débouchèrent sur une grande artère.

Mauvaise idée.

Immédiatement :

— Là !

Deux policiers les avaient vus.

Ils repartirent.

Nicky ralentissait.

Alex le remarqua.

— Mon cœur.

— Pas maintenant.

— Tu respires comme Dark quand elle essaye de monter sur le frigo.

— Alex…

Beatriz se retourna.

Les policiers gagnaient du terrain.

Devant : foule.

À droite : station de métro.

Mais l’entrée était surveillée.

Alex la vit.

Beatriz aussi.

Ils se regardèrent.

— Tu penses à quoi ? demanda-t-elle.

— À quelque chose de très con.

— Parfait.

Elle observa l’agent devant l’entrée.

Ses yeux.

Sa posture.

La radio.

Puis une femme avec une valise.

Un groupe de touristes.

Un employé qui poussait un chariot.

— Il regarde systématiquement la radio quand elle parle.

Alex sourit.

— Combien ?

— Deux secondes.

— Ça suffit.

Il sortit sa pièce.

Vaeris roula entre ses doigts.

Une fois.

Puis il s’arrêta.

Regarda la pièce.

Et la rangea.

Beatriz remarqua le geste.

— Tu ne l’utilises pas ?

Alex regarda l’agent.

— Pas besoin.

Il partit.


Dans le tram, la perle de Vaeris vibra.

Emmanuel posa son doigt dessus.

Puis…

plus rien.

Il releva légèrement les yeux.

— Ah.

Luna soupira.

— Non.

Manu regarda devant lui.

— Quoi ?

— Tu vas pas recommencer avec « intéressant ».

Silence.

— Intéressant.

Luna leva les mains.

— PUTAIN MAIS VOUS FAITES CHIER !

La grand-mère éclata de rire.

— Alex ?

demanda Luna.

— Oui.

— Vaeris ?

Emmanuel regarda la perle immobile.

— Non.

La grand-mère sourit.

— Il commence.

Emmanuel la regarda.

Elle soutint son regard.

Luna passa de l’un à l’autre.

— Il commence quoi ?

Aucun des deux ne répondit.

— Ah ouais.

Elle pointa sa grand-mère.

— Voilà ! Ça ! Vous faites encore le truc !

— Quel truc ?

— VOUS VOUS REGARDEZ COMME DEUX PUTAINS DE YODA !

Cette fois, Emmanuel éclata réellement de rire.

— MANU !

Vador tourna la tête.

— Toi aussi, ferme ta gueule.

Le chat n’avait évidemment rien dit.

La grand-mère riait encore.


Alex passa devant l’entrée du métro en courant.

L’agent le vit.

Alex trébucha volontairement contre le chariot de l’employé.

Tout bascula.

Une caisse.

Des prospectus.

La valise d’une touriste.

Un chaos parfaitement banal.

— Scusi! Scusi!

L’agent tourna la tête.

Sa radio parla.

Il la porta à son oreille.

Deux secondes.

Beatriz passa.

Akira passa.

Nicky passa.

Alex ramassa théâtralement un prospectus.

— Mi dispiace!

Puis il descendit les marches.

L’agent se retourna.

Plus personne.

Ils coururent dans les couloirs du métro.

Yoshimizu :

— Ils verrouillent les sorties au nord.

Akira :

— Ligne ?

— Colossea mais c'est blindé de flics, vous pourrez changez à la prochaine pour Basilica San Paolo.

Beatriz :

— Non.

Alex la regarda.

— Encore mieux.

Nicky :

— Quoi ?

Beatriz regardait les caméras.

Les gens.

Les panneaux.

Puis elle comprit.

— Ils cherchent quatre personnes ensemble.

Alex ralentit.

Sourit.

— Voilà.

Akira comprit à son tour.

Nicky :

— Quelqu’un peut parler français ?

Alex :

— On arrête vas dans cette direction, mais en arrêtant de fuire mon cœur.

— Pardon ?

— On arrête de se cacher.

Nicky le regarda comme s’il venait de perdre définitivement la tête.

Alex :

— Mon père me disait toujours : si tu veux cacher un trésor, tu vas pas le cacher dans la montagne, tu te souviens ?

Akira s’arrêta une fraction de seconde.

Tokyo.

La Mazda.

La grange derrière la station.

— Putain.

Nicky percuta aussi.

— La Mazda.

Alex :

— Exactement.

Beatriz :

— À la vue de tout le monde.

Alex sourit.

— Voilà.

Ils se séparèrent.

Pas vraiment.

Visuellement.

Akira partit devant.

Beatriz prit l’escalator opposé.

Nicky retira sa veste.

Alex récupéra une casquette abandonnée sur un siège, posa quelques billets à la place.

Ils entrèrent dans la foule à des intervalles différents.

Un groupe de policiers passa.

Nicky ne bougea pas.

Son instinct lui criait de partir.

Elle resta.

Un policier passa à un mètre.

Puis deux.

Puis trois.

Elle attendit.

Alex l’observait depuis l’autre quai.

Elle leva les yeux vers lui.

Il hocha très légèrement la tête.

Maintenant.

Ils montèrent dans la même rame par des portes différentes.

Les portes se fermèrent.

Le train partit.

Et seulement là…

ils respirèrent.



Ils finirent par se retrouver sur la même banquette.

Quatre épaves.

Nicky avait la lèvre ouverte.

Du sang séché sur la joue.

Elle tenait ses côtes.

Beatriz avait une marque sombre sur la tempe.

Akira avait perdu plusieurs boutons de chemise.

Alex…

Alex ressemblait à quelqu’un qu’on avait emballé avec le braquage.

Silence.

Le métro roulait.

Des voyageurs les regardaient discrètement.

Alex fouilla dans sa veste.

Nicky tourna lentement la tête.

— Non.

— J’ai rien fait.

Il sortit un paquet de crocodiles complètement écrasé.

Le contempla.

— Ah, mes petits survivants.

Beatriz commença déjà à sourire.

Alex en sortit un.

Le tendit à Nicky.

— Crocodile ?

Nicky le regarda.

Puis le crocodile.

Puis Alex.

— Mon cœur…

— Oui ?

— Je viens de me battre contre deux fils de pute qui avait le volume d'un frigo Américain. J’ai une côte en vrac, je sens plus deux doigts et j’ai probablement le sang de trois mecs différents sur ma veste.

Alex baissa légèrement le crocodile.

— Donc… sucre rapide ?

Nicky se pencha vers lui.

Très lentement.

— Si tu me mets ce truc dans la bouche, je te jure que je t’éclate la tronche contre cette rame.

Alex acquiesça.

Très sérieux.

— Compris.

Il ramena sa main.

Silence.

Akira regardait ailleurs.

Beatriz mordait déjà sa lèvre pour ne pas rire.

Alex regarda le crocodile.

Puis Nicky.

Puis le crocodile.

— Du coup…

Nicky ferma les yeux.

— …je peux le manger, moi ?

Beatriz explosa de rire.

Akira baissa la tête.

Même ses épaules bougèrent.

Nicky resta immobile.

Alex mangea le crocodile.

Mâcha.

Puis regarda le plafond.

— Putain…

Nicky ouvrit un œil.

— Quoi encore ?

— Ils sont encore meilleurs quand on a failli mourir.

Nicky le fixa.

Puis soupira.

— Mange, mon cœur. Mange et ferme ta gueule.

Alex hocha la tête.

Il mangea.

Quelques secondes passèrent.

Puis une main apparut devant le paquet.

Alex regarda la main.

Remonta jusqu’au visage de Nicky.

Elle ne le regardait même pas.

Alex prit un crocodile.

Le posa délicatement dans sa paume.

Nicky le mangea.

Alex resta bouche ouverte.

— Ah…

Nicky tourna lentement la tête.

— Quoi ?

— Tu vois ? C’est historique. T’avais besoin de sucre.

Nicky le fixa.

— N’en rajoute pas.

— Non.

Alex poussa discrètement le paquet vers elle sur la banquette.

Nicky baissa les yeux.

Puis vers Alex.

Elle prit un deuxième crocodile.

Alex sourit.

Cette fois…

il ferma sa gueule.

Beatriz regarda Akira.

— J'adore quand ils sont comme ça.

Akira réfléchit.

— Oui moi aussi.

Nicky :

— Je vous entends.

Alex lui tendit le paquet.

— Encore ?

Elle lui donna un coup d’épaule.

Il grimaça.

— Aïe !

— Ça, c’était affectueux.

— Ta notion de l’amour est inquiétante.

— Mon cœur.

— Ok, ok, Je ferme ma gueule.


Le tram ralentit.

Emmanuel se leva.

Luna le regarda.

— Pourquoi on descend ?

— Parce qu’on est arrivés.

— Arrivés où ?

La grand-mère posa doucement Dark au sol.

Luna la regarda.

Puis Emmanuel.

— Attendez.

Ils descendirent.

Vador devant.

Dark derrière.

Luna suivit.

— Non, non. Attendez. Pourquoi ici ?

Emmanuel marcha quelques dizaines de mètres.

Une bouche de métro.

Il s’arrêta en haut des marches.

Luna regarda les escaliers.

Puis Manu.

Puis sa grand-mère.

Cette dernière souriait.

— Oh putain.

Emmanuel croisa les bras.

— Vous saviez.

La grand-mère :

— Peut-être.

— TOI AUSSI ?

— Je suis morte.

— ARRÊTE AVEC ÇA !

La vieille femme rit.

Emmanuel également.

Luna les désigna tous les deux.

— Je vous jure que tous les deux vous me prenez vraiment la tête avec vos conneries.

Puis quelque chose bougea en bas des marches.

Une silhouette.

Puis une deuxième.

Puis quatre.

Luna se tut.

Nicky montait.

Alex derrière elle.

Akira.

Beatriz.

Tous les quatre complètement détruits.

Luna regarda Emmanuel.

Il ne bougea pas.

Puis sa grand-mère.

La vieille femme lui fit un petit clin d’œil.

Luna resta bouche ouverte.

— Putain…

Alex arriva presque en haut.

Il vit une paire de chaussures.

S’arrêta.

Remonta lentement du regard.

Pantalon impeccable.

Manteau sombre.

Bras croisés.

Manu ?

Silence.

Alex regarda ses propres vêtements massacrés.

Puis Nicky.

Puis Manu.

— …

Il regarda derrière Emmanuel.

Le tram s’éloignait au bout de la rue.

Alex fronça les sourcils.

— T’es venu en tram bro, t'es sérieux ?

— Oui.

Alex se tourna vers Nicky.

— Il est venu en tram.

Nicky explosa.

— JE SAIS QU’IL EST VENU EN PUTAIN DE TRAM !

Luna éclata de rire.

La grand-mère aussi.

Nicky monta les dernières marches.

Elle sortit les deux objets.

Les plaqua contre le torse d’Emmanuel.

— Voilà tes putains de trucs.

Il les prit.

Regarda Kælum.

Puis Syræ.

Puis les quatre.

Leurs visages.

Leurs blessures.

Leur fatigue.

— Alors, vous avez appris quoi ?

Nicky le fixa.

— Que je vais te casser la gueule.

— Tu peus toujours essayé.

Alex leva un doigt.

— Que les transports publics romains sont étonnamment fiables ?

— Non.

— Pourtant—

— Alex.

— Ok je ferme encore ma geule, c'est ma soirée.

Akira regarda Emmanuel.

— Que le plan était faux.

Manu secoua légèrement la tête.

Beatriz comprit.

— Non.

Elle regarda les autres.

— Le plan était juste.

Puis Emmanuel.

— Exactement Béa, jusqu’à ce qu’il ne le soit plus.

Cette fois, Manu ne répondit pas.

Nicky souffla.

— Et donc c'est quoi le délire ?

Emmanuel regarda les quatre.

— Le plan n’avait aucune importance.

Silence.

— Ce qui comptait, c’était ce que vous feriez quand il disparaîtrait.

Alex le fixa.

Puis leva les mains.

— Bro… tu pouvais nous envoyer un PowerPoint.

Un minuscule sourire apparut sur le visage de Manu.

Nicky le vit.

— En plus ça le fait marrer.

Luna :

— Tu peux parler, j’ai passé quarante minutes dans un tram avec lui et mamie Yoda.

La grand-mère :

— C’était très agréable ce petit trajet en tram.

— PAS POUR MOI !

Vador s’assit aux pieds de Manu.

Dark se coucha.

Nicky regarda les chats.

— Et Eux, ils ont fait quoi ?

Luna :

— Ne lance pas le sujet s'il te plaît.

Emmanuel regarda les deux artefacts.

Puis Akira.

Puis Beatriz.

Une seconde seulement.

Mais la grand-mère le vit.

Elle se rapprocha de Luna.

— Maintenant tu comprends, petite ?

Luna la regarda.

La vieille femme observa Emmanuel et ses quatre élèves.

— Il ne leur apprend pas à suivre son chemin.

Il leur apprend à reconnaître le leur.

Luna ne plaisanta pas cette fois.

Elle regarda Manu.

Puis Nicky.

Alex.

Akira.

Beatriz.

Et elle comprit enfin pourquoi il avait pris ce putain de tram.


Plus tard.

Sous la basilique.

Yoshimizu retira ses écouteurs.

Sur son écran, quatre points venaient de rejoindre un cinquième.

Manu entra.

Yoshimizu le regarda.

— Tu savais.

Manu posa Kælum et Syræ sur la table.

— Quoi ?

— Où ils sortiraient.

— Non.

Yoshimizu sourit.

— Tu mens toujours aussi bien.

Manu regarda l’écran.

— Tu avais mis un traceur.

— Oui.

— Sur lequel ?

Yoshimizu hésita.

Manu leva les yeux.

— Les deux.

Un sourire.

— Les deux.

Alex entra derrière.

— Attendez.

Tout le monde se retourna.

— Il y avait des traceurs ?

Yoshimizu :

— Oui.

Alex regarda Nicky.

— Et nous, on a couru comme des cons dans toute Rome ?

Nicky :

— Alex.

— Non mais pédagogiquement, j’essaye de comprendre merde.

Manu récupéra les deux artefacts.

— Dormez.

Nicky :

— Ah non, celle-la je la connais.

Manu s’arrêta.

— Quoi ?

— Tu vas pas faire ton mystérieux et te barrer avec la plume après ce qu’on vient de prendre dans la gueule.

Manu la regarda.

— Demain.

— Pourquoi demain ?

— Parce qu’aujourd’hui, vous avez appris à survivre sans comprendre ce que vous transportiez.

Il regarda Akira.

Puis Beatriz.

— Demain, vous apprendrez pourquoi vous deviez le ramener.

Silence.

Alex regarda la plume.

Puis Akira.

Puis le bijou.

Puis Beatriz.

— Oh.

Nicky :

— Quoi, oh ?

— Rien.

Il réfléchit.

— Mais une plume à ce niveau de sécurité…

Il regarda Manu.

— On est tous d'accords …c’est vraiment plus un Bic.

Manu partit.

Nicky ferma les yeux.

— J’ai envie de le tuer.

Alex :

— Manu ?

— Toi aussi.

— Ah bon...On a toute la nuit mon cœur et me reste encore des crocos.


Dans la cellule, Klaudija n’avait pas dormi.

Lana non plus.

— Cette femme, dit Klaudija.

Lana leva les yeux.

— Oui.

— C’est pour ça qu’il est parti ?

Lana fit tourner le médiator entre ses doigts.

— Non.

Klaudija attendit.

Lana ajouta :

— C’est seulement la raison que tu connaissais.

Klaudija regarda le mur.

Des années de colère.

Des années de certitudes.

Et maintenant une fissure.

— Qui lui a demandé de partir ?

Lana ne répondit pas.

Klaudija la regarda.

— Tu le sais.

— Oui.

— Et tu ne me le diras pas.

— Non.

— Pourquoi ?

Lana referma ses doigts sur le médiator.

— Parce que certaines vérités détruisent quand on les donne.

Et guérissent quand on les trouve.

Klaudija eut un sourire froid.

— Tu deviens philosophe.

— Non.

Lana s’allongea.

— Je passe trop de temps avec toi.

Pour la première fois, Klaudija eut presque envie de rire.

Presque.


Le vent frappait les murs d’Atlas.

Très loin de Rome.

Très loin du tram.

Très loin des artefacts.

Dans une cellule du Grand Nord russe, Mélissa et Soren étaient assis contre le mur de leur cellule.

Depuis que les gardes les avaient immobilisés et remis dans cette cellule, personne n’était revenu.

Gwen regarda Soren.

— Ton père…

Soren leva les yeux.

— Quoi ?

— Il est comment ?

Mélissa eut un petit sourire.

— Bonne question.

Soren réfléchit.

Longtemps.

— Il parle pas beaucoup.

— Ça, c’est faux, dit Mélissa.

— Avec nous si.

— Ah. Oui.

Soren regarda le sol.

— Mais quand il entre quelque part… tu sais qu’il est là.

Gwen :

— Il fait peur ?

Mélissa répondit avant son frère.

— Aux autres ouais.

Soren :

— Pas à nous.

Un silence.

Puis Mélissa ajouta :

— Enfin… quand t’as fait une connerie, un peu.

Soren sourit.

— Ouais là ça craint il a toujours des punitions de psychopathe.

Gwen sourit aussi.

— Il vous a appris à vous battre ?

Mélissa regarda son frère.

Soren regarda les traces laissées sur le sol par les soldats quelques heures plus tôt.

— Oui, disons, un peu.

Puis :

— Mais il nous a jamais appris à ne pas avoir peur.

Gwen fronça les sourcils.

— Alors quoi ?

Soren releva les yeux.

— Quoi faire quand on a peur.

Silence.

Gwen hocha doucement la tête.

— Et votre mère ?

Mélissa souffla.

— Maman…

Soren :

— C’est différent.

— Elle te regarde et t’as l’impression qu’elle sait déjà le mensonge que t’allais raconter.

— Elle sait.

— C’est ce qui est chiant.

Gwen rit doucement.

Mélissa continua :

— Elle est dure.

Soren :

— Très.

— Têtue.

— Très.

— Chiante.

— Très.

Mélissa lui donna un coup d’épaule.

— T’es obligé de dire très à chaque fois ?

— Très.

Elle leva les yeux au ciel.

Puis son sourire disparut légèrement.

— Mais si quelqu’un touche à sa famille…

Soren termina :

— Il vaut mieux qu’il commence à courir avant qu’elle décide de le poursuivre.

Gwen les regarda.

— Ils ont l’air cool.

Mélissa :

— Ils sont surtout compliqués.

Quelques secondes passèrent.

Puis elle regarda Gwen.

— Et toi ?

— Moi quoi ?

— Tes parents.

Gwen baissa les yeux.

Ses doigts jouèrent machinalement avec quelque chose d’invisible.

Comme s’il tenait un médiator qui n’était pas là.

Soren demanda :

— Elle fait quoi, ta mère ?

Le garçon releva la tête.

Et sourit.

— Ma maman, elle est violoniste.

💬 Commentaires 2

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Lana • 6 jours, 17 heures
Bravo pour ce chapitre un peu long. Quelques dialogues pas trop utiles mais bon, c'est ton style. ça mériterait quelques coups de ciseaux par-ci par-là.
Je l'ai déjà dit dans une annotation, mais tu es presque juste avec la façon d'interpréter mon petit Gwenaël. Je vois que tu as pu tirer tout cela de ce que je t'ai raconté de lui et de l'image du petit père tranquille affiché dans mon profil. Bravo. ❤️
La chute m'a fait rire : "Ma maman, elle est violoniste." Tout simple. Il n'en dit pas plus.
J'espère qu'elle n'est pas comme les araignées les plus mortelles.
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Splinter Auteur • 6 jours, 14 heures
Oui je sais je tartine, et le pire c'est que je cherche pas a tartiner, j'écris tout ce qui vient, j'envoie tout et en plus je me dis, ok mec faudra quand même virer
Un paquet de trucs, mais je me dis aussi, ouais c'est souvent plus facile que s'en rajouter le jour où tu reliras tout ce bordel.
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