Saison 2 - Épisode 7 - 52

📖 THE LAST WOLVES ✍️ Splinter 📝 3195 mots

Le lendemain matin, Alex découvrit trois vérités fondamentales.

La première : il avait mal absolument partout.

La deuxième : dormir huit heures ne réparait manifestement pas une nuit passée à se faire tirer dessus dans Rome.

La troisième : Nicky était déjà réveillée.

Et ça, c’était probablement la plus inquiétante.

Il ouvrit un œil.

Nicky était assise au bord du lit, en débardeur, le dos tourné vers lui. Un énorme bleu violacé descendait de son épaule jusqu’aux côtes.

Alex observa quelques secondes.

— Mon cœur ?

— Mmh.

— Je voudrais déposer une réclamation.

— Contre qui ?

— La vie.

Nicky tourna légèrement la tête.

— Refusée.

— Tu représentes la vie maintenant ?

— Ce matin, ouais.

Alex essaya de se redresser.

Mauvaise idée.

— Aïe putain.

Nicky sourit.

— Bien fait.

— Pourquoi bien fait ?

— Je sais pas. Mais ça me fait plaisir.

Alex retomba sur l’oreiller.

Vador était assis sur une chaise.

Il le regardait.

— Et toi, arrête de me regarder comme un Serial Killer.

Vador cligna lentement des yeux.

— Voilà. Exactement cette gueule-là.

Quelque chose bougea sous la couverture.

Alex se figea.

— Nicky.

— Quoi ?

— Y a un truc dans le lit.

Nicky le regarda.

— T’es sérieux ?

— Très.

Une petite tête noire apparut entre les draps.

Dark.

Alex la fixa.

Dark bâilla.

— Ah.

Il réfléchit.

— Donc maintenant elle dort avec nous.

Nicky haussa les épaules.

— Apparemment.

— J’ai rien signé.

Dark posa sa tête contre sa jambe.

Alex la regarda.

Puis Nicky.

— Bon, OK, elle peut rester.

Nicky leva les yeux au ciel.

— Quelle autorité mon cœur.

Alex fouilla machinalement sur la table de nuit.

Nicky se retourna.

— Non.

Il s’immobilisa.

— Quoi ?

— Les crocodiles.

— J’ai rien fait.

— T’allais en prendre.

— C’est faux.

— Alex.

Il sortit lentement sa main.

Un paquet était déjà dedans.

Nicky le fixa.

— Putain, t’es vraiment malade.

— C’est médical.

— C’est du sucre.

— Justement.

Elle se leva.

— Habille-toi.

— Pourquoi ?

— Manu nous attend.

Alex resta immobile.

— Ah.

Nicky s’arrêta à la porte.

— Quoi, ah ?

— La plume.

Elle le regarda.

— Et la boucle.

Silence.

Alex rangea les crocodiles.

— Putain.

Cette fois, Nicky sourit.

— Voilà enfin.


À plusieurs kilomètres de là, Roer regardait exactement les mêmes objets.

Pas physiquement.

Sur un écran.

Kælum.

Syræ.

Deux emplacements désormais vides dans les réserves du musée.

Il fit défiler les rapports.

Les images.

Les trajectoires.

La camionnette volée.

Les caméras du métro.

Puis plus rien.

Un homme attendait derrière lui.

— Nous avons identifié les quatre.

Roer ne leva pas les yeux.

— Je les avais identifiés avant vous.

L’homme se tut.

— Akira Matsumoto. Beatriz Carvalho. Nicky Foster. Alexander Walker.

— Oui.

Roer agrandit une photographie.

Akira.

Puis une autre.

Beatriz.

Il resta silencieux.

— Pourquoi eux ? demanda-t-il enfin.

L’homme hésita.

— Monsieur ?

Roer se retourna.

— Emmanuel pouvait voler ces objets seul.

Silence.

— Il pouvait entrer seul. Les prendre seul. Sortir seul.

Sa canne frappa doucement le sol.

— Pourtant il a envoyé quatre personnes risquer leur vie.

Il regarda de nouveau Akira.

Puis Beatriz.

— Pourquoi eux ?

L’homme ne répondit pas.

Roer fit apparaître une autre image.

Emmanuel.

Quelques jours auparavant.

À la vente.

Puis Namtara Morvæn.

— Il ne vient pas pour moi.

Cette fois, l’homme osa :

— Monsieur ?

— C’est précisément ce qui m’inquiète.

Roer ferma les images.

— Il pourrait attaquer Origin.

Il marcha lentement devant l’immense baie vitrée.

— Il pourrait venir chercher Klaudija.

Un temps.

— Il pourrait trouver où sont ces enfants.

Sa main se resserra sur sa canne.

— Mais il ne fait rien de tout cela.

Il se retourna.

— Il apprend.

L’homme fronça les sourcils.

— Quoi ?

Roer regarda une dernière fois les portraits.

— C’est ce que j’aimerais savoir.



Sous la basilique, la table avait changé.

Plus de plans.

Plus de radios.

Plus d’ordinateurs ouverts.

Deux coffrets.

Seulement.

Alex entra derrière Nicky.

Il s’arrêta immédiatement.

— Ah.

Nicky continua.

— Arrête avec tes « ah ».

— Mais regarde.

— Je regarde.

— C’est les trucs qui ont failli nous tuer.

Akira était déjà là.

Beatriz également.

Yoshimitsu se tenait légèrement en retrait.

Aurelius attendait près d’une bibliothèque.

Luna était assise dessus.

Sa grand-mère occupait tranquillement un fauteuil.

Dark dormait sur ses genoux.

Vador entra derrière Alex et alla directement s’asseoir près d’Emmanuel.

Alex le regarda faire.

— Traître.

Manu leva les yeux.

— Assieds-toi.

— Bonjour à toi aussi.

— Alex.

— Je m’assois.

Il prit place.

Nicky s’installa à côté de lui avec précaution.

Manu le remarqua.

— Tes côtes ?

— Ça va, répondit Nicky.

Alex leva un doigt.

— Traduction : non.

Nicky tourna la tête.

— Mon cœur.

— Oui ?

— Je peux encore te frapper.

— Message reçu.

Aurelius eut un sourire.

Manu posa une main sur le premier coffret.

Puis sur le second.

— Avant de parler de ça…

Il regarda chacun d’eux.

— Il faut que vous compreniez ce que vous cherchez.

Alex fronça les sourcils.

— On cherche Klaudija.

Manu le regarda.

— Oui.

Nicky :

— Et les enfants.

— Oui.

Akira comprit que la réponse ne suffisait pas.

— Mais ?

Manu s’appuya contre la table.

— Vous pensez encore qu’Origin est une organisation.

Personne ne répondit.

— C’est une erreur.

Beatriz croisa les bras.

— C’est quoi alors ?

— Une conséquence.

Silence.

Luna releva la tête.

Même Yoshimitsu regarda Emmanuel.

— Les hommes ont créé Origin, continua Manu. Comme ils ont créé d’autres structures avant elle. Des royaumes. Des ordres. Des religions. Des armées.

Il posa un doigt sur l’un des coffrets.

— Mais ils se sont toujours battus pour les mêmes choses.

Il ouvrit.

La plume apparut.

Kælum.

— Ça.

Puis l’autre.

Syræ.

— Il existe cinquante-deux artefacts.

Personne ne bougea.

Et pourtant quelque chose venait de traverser la pièce.

Nicky regarda Emmanuel.

Puis son regard descendit.

Le Rosaire.

Une fraction de seconde.

Cinquante perles autour de son poignet.

Deux autres qui pendaient.

Cinquante-deux.

Elle releva immédiatement les yeux.

Alex, à côté d’elle, avait arrêté de mâcher.

Il regardait lui aussi le Rosaire.

Puis Manu.

Puis le Rosaire.

Akira ne regarda même pas.

Il avait déjà compté.

Beatriz, elle, observa Emmanuel.

Son visage.

Ses mains.

Son calme.

Il savait.

Il savait qu’ils venaient tous de faire le calcul.

Et il continuait.

— Tous ne sont pas égaux.

Aurelius prit la parole.

— Certains ont traversé l’Histoire presque sans laisser de traces.

Manu acquiesça.

— D’autres ont détruit des lignées entières.

Il regarda Kælum.

Puis Syræ.

— Douze sont différents.

Alex se redressa légèrement.

Cette fois personne ne plaisanta.

Manu désigna la plume.

— Kælum en fait partie.

Puis la boucle.

— Syræ aussi.

Son regard glissa vers Nicky.

— Ænor également.

Nicky baissa instinctivement les yeux vers sa bague.

Puis Alex.

— Vaeris.

Alex sortit doucement sa pièce.

Il la regarda.

— Attends.

Manu ne répondit pas.

— Tu veux dire que cette pièce…

— Oui.

— Fait partie des douze trucs les plus dangereux qui existent ?

— Oui.

Alex regarda Nicky.

— Et tu m’as laissé faire des tours de magie avec ?

Nicky éclata de rire malgré ses côtes.

— Putain, c’est vrai.

Alex regarda Manu.

— Bro, j’ai fait pile ou face avec une arme mythologique.

— Souvent.

— Ça te choque pas ?

— Plus maintenant.

Luna éclata de rire.

Alex rangea Vaeris.

— J’aime pas cette réponse.

La grand-mère, elle, ne riait pas.

Elle regardait Aurelius.

Puis les coffrets.

Quelque chose travaillait derrière ses yeux.

Manu reprit.

— Il y a presque un siècle, plusieurs gouvernements ont commencé à chercher activement certains de ces objets.

Aurelius baissa légèrement les yeux.

— L’Italie fasciste en faisait partie.

Akira :

— Mussolini.

— Oui.

Aurelius continua :

— Puis les Allemands.

Beatriz :

— Les nazis cherchaient les artefacts ?

— Certains d’entre eux.

— Pourquoi ?

Aurelius regarda Emmanuel.

— Pour les mêmes raisons que tous ceux qui les ont cherchés avant eux.

Alex :

— Devenir maîtres du monde ?

Aurelius eut un sourire.

— Généralement, ceux qui veulent devenir maîtres du monde emploient des termes plus élégants.

— Ah.

— Mais oui.

Nicky ricana.

Aurelius posa ses mains sur la table.

— Un homme comprit ce qui allait arriver si certains objets étaient découverts.

La grand-mère releva lentement les yeux.

— Il en récupéra plusieurs, poursuivit Aurelius. Pas autant qu’il l’aurait voulu.

Silence.

— Cinq.

Cette fois, la vieille femme ne bougea plus du tout.

Luna la regarda.

— Mamie ?

Elle ne répondit pas.

Aurelius continua.

— Il partit.

— Où ? demanda Beatriz.

— Loin.

Manu regarda Aurelius.

Le prêtre comprit.

Pas davantage.

— Suffisamment loin pour que sa trace disparaisse.

Luna fixait maintenant sa grand-mère.

La vieille femme regardait ses propres mains.

Une boîte.

Un homme.

Des décennies auparavant.

Une voix.

Elle ne dit rien.

Pas encore.

Manu prit Kælum.

La plume semblait ridiculement légère entre ses doigts.

— Les premières traces de Kælum sont beaucoup plus anciennes que Léonard de Vinci.

Akira leva les yeux.

— Donc elle lui a vraiment appartenu ?

— Oui.

Alex regarda Akira.

— Putain, bro.

Akira ne répondit pas.

Manu continua.

— Mais Léonard n’était pas son premier porteur.

Aurelius ouvrit un vieux manuscrit.

— On retrouve le même symbole à Alexandrie. Plus tard à Bagdad. Constantinople. Florence.

Il tourna quelques pages.

Des dessins.

Des machines.

Des structures.

Des systèmes hydrauliques.

— Toujours la même anomalie, dit Manu.

Beatriz se pencha.

— Laquelle ?

— Quelqu’un comprend quelque chose que son époque ne devrait pas encore pouvoir comprendre.

Akira regarda Kælum.

— Elle augmente l’intelligence.

— Non.

Réponse immédiate.

Akira releva les yeux.

Manu posa la plume.

— Kælum ne rend personne intelligent.

Silence.

— Il retire des limites à quelqu’un qui l’est déjà.

Akira fixa l’objet.

Cette phrase était pire.

— Quelles limites ?

— Au début ? La représentation.

Manu prit une feuille.

Dessina quelques traits.

— Un moteur, tu peux l’imaginer démonté.

— Oui.

— Entièrement ?

— Oui.

— En mouvement ?

Akira hésita.

— Jusqu’à un certain point.

Manu posa le crayon.

— Kælum supprime ce point.

Akira ne dit plus rien.

— Forces. Matières. températures. contraintes. trajectoires. ruptures. Les interactions deviennent progressivement visibles avant même que la machine existe.

Alex regarda Akira.

— Mec…

— Quoi ?

— C’est littéralement ton crack.

Nicky éclata de rire.

— Putain, tellement.

Akira ne quittait pas la plume des yeux.

Manu, lui, le regardait.

— Et c’est exactement le problème.

Silence.

Akira releva les yeux.

— Le prix.

— Oui.

Aurelius tourna une page.

— Presque tous ses porteurs connus ont développé la même obsession.

Beatriz :

— Construire ?

Manu secoua la tête.

— Comprendre.

Un silence.

— Au début, tu démontes une machine parce que tu veux savoir comment elle fonctionne.

Il regarda Akira.

— Puis une autre.

— Et après ?

— Tout.

Akira comprit.

Manu continua :

— Certains ne dormaient plus. Certains ne mangeaient presque plus. Certains démontaient leurs propres créations parce qu’une imperfection qu’eux seuls percevaient devenait insupportable.

Aurelius ajouta :

— Un porteur a passé dix-sept ans à construire une machine dont personne n’a jamais compris l’utilité.

Alex :

— Elle faisait quoi ?

Aurelius le regarda.

— Rien.

Alex cligna des yeux.

— Ah.

— Elle était parfaite.

Cette fois, personne ne rit.

Manu regarda Akira.

— Le danger de Kælum n’est pas de comprendre les machines.

Pause.

— C’est de finir par croire que tout en est une.

Akira regarda la plume.

Puis Beatriz.

Puis ses propres mains.

Il ne la toucha pas.

Manu le vit.

Et ne dit rien.


Syræ produisit une réaction différente.

Lorsque Manu la posa sur le tissu sombre, Beatriz s’approcha presque malgré elle.

Une boucle d’oreille.

Fine.

Ancienne.

Presque trop simple.

— Syræ, dit Aurelius, apparaît sous beaucoup de noms.

Il montra plusieurs textes.

— Conseillers. Diplomates. Espions. Guerriers.

Nicky :

— Elle fait quoi ?

Manu regarda Beatriz.

— Elle révèle l’intention.

Alex :

— Elle lit dans les pensées ?

— Non.

Beatriz avait répondu avant Manu.

Tous la regardèrent.

Elle haussa les épaules.

— Une pensée et une intention, c’est pas la même chose.

Manu eut un léger sourire.

— Exact.

Beatriz le remarqua.

— Au premier niveau, Syræ amplifie ce que certains savent déjà percevoir. Respiration. Regard. tension musculaire. transfert du poids. hésitation.

Nicky regarda Beatriz.

— En gros, toi.

— Un peu.

— Non. Beaucoup.

Manu continua.

— Ensuite, l’objet permet de percevoir l'intention avant le mouvement.

Akira :

— Combien de temps avant ?

— Ça dépend du porteur.

— Une seconde ?

— Parfois moins.

Nicky eut un petit rire.

— Une seconde dans une baston, c’est énorme.

— Oui.

Beatriz regardait Syræ.

— Et plus loin ?

Manu la fixa.

— Plus loin, tu ne lis plus seulement le mouvement.

— Quoi alors ?

— La décision.

Silence.

Beatriz cessa presque de respirer.

— Quelqu’un décide de mentir…

Manu claqua doucement des doigts.

— Tu le sais.

— De frapper ?

— Tu le sais.

— De fuir ?

— Tu le sais.

Alex :

— De tromper sa femme ?

Manu le regarda.

— Probablement.

Alex rangea immédiatement ses mains sous la table.

Nicky tourna très lentement la tête vers lui.

— Pourquoi tu viens de faire ça ?

— Rien.

— Alex.

— C’était une question scientifique.

— Mon cœur…

— On écoute Manu.

Beatriz sourit.

Puis son sourire disparut.

— Le prix ?

Manu regarda Syræ.

— Imagine que tu puisses voir chaque intention.

Beatriz attendit.

— Toutes.

Quelque chose changea.

— Un ami te regarde et, pendant une seconde, t’envie.

— Mais ça passe.

— Oui.

— Syræ me le montre quand même.

— Oui.

Beatriz comprit.

— Quelqu’un pense me trahir…

— Et décide finalement de ne pas le faire.

— Mais moi, j’ai vu la trahison.

— Oui.

Silence.

Manu s’approcha.

— Voir davantage ne signifie pas comprendre davantage.

Beatriz regarda la boucle.

Elle non plus ne la toucha pas.

Et cette fois, Akira le remarqua.


Dans la cellule, Lana avait arrêté de faire tourner le médiator.

Klaudija le remarqua.

— Quoi ?

Lana regardait le mur.

— Douze.

Klaudija fronça les sourcils.

— Quoi, douze ?

— Les artefacts majeurs.

Silence.

— Qu’est-ce qu’ils ont ?

Lana releva les yeux.

— Je viens de comprendre quelque chose.

— Sur Emmanuel ?

— Oui.

Klaudija attendit.

Lana se leva.

— Origin surveillait certains objets séparément. Des équipes différentes. Des opérations différentes.

Elle marcha lentement.

— Quand j’y travaillais, personne ne devait avoir une vision complète.

Klaudija eut un sourire froid.

— Classique.

— Je connaissais les Douze.

Sa main se referma autour du médiator.

— Mais je n’avais jamais essayé de regarder le problème comme lui.

— Quel problème ?

Lana hésita.

— Il les rassemble.

Klaudija la fixa.

— Pourquoi ?

— Je sais pas.

— Origin ?

— Peut-être.

— Atlas ?

— Peut-être.

Klaudija se leva à son tour.

— Les enfants.

Lana la regarda.

— Peut-être.

Klaudija s’approcha.

— Ça fait beaucoup de peut-être.

— Parce que contrairement à toi, je préfère dire que je sais pas quand je sais pas.

Klaudija eut un sourire glacial.

— Tu veux recommencer ?

— Non, j’aime bien mes dents.

Silence.

Puis Lana reprit :

— Mon violon en fait partie.

Klaudija regarda le médiator.

— Ça aussi ?

Lana baissa les yeux.

— Oui.

— Tu m’avais dit que c’était pas un artefact.

— Je t’ai dit qu’il permettait d’utiliser le violon.

— C’est pas pareil.

— Non.

Klaudija la fixa.

— Donc tu mens aussi.

Lana sourit.

— Bienvenue au club.

Puis elle s’approcha de la porte.

Son expression changea.

— Le garde qui était là hier…

Klaudija regarda le couloir.

— Quoi ?

Lana ferma les yeux.

Le médiator entre ses doigts.

— Il a ouvert cette porte trois fois.

— Et ?

— La deuxième, il avait quelque chose dans la main.

Klaudija s’approcha.

— Une clé ?

— Non.

Silence.

— Un badge.

Klaudija regarda le lecteur électronique.

Puis la caméra.

Puis Lana.

— Tu peux voir le code ?

— Non.

— Le badge ?

— Oui.

Klaudija sourit.

— Alors regarde mieux.

Lana ouvrit les yeux.

— Tu commences à me plaire.

— T’emballe pas.

— Aucun risque.

Et pour la première fois, elles regardèrent la porte non plus comme la frontière de leur prison.

Mais comme un problème à résoudre.


Akira trouva Beatriz seule un peu plus tard.

Kælum et Syræ étaient restés sur la table.

Personne n’avait reçu l’autorisation de les toucher.

Personne n’avait reçu l’interdiction non plus.

C’était pire.

Beatriz regardait Syræ à distance.

Akira s’arrêta à côté d’elle.

— Tu la veux ?

— Non.

Il la regarda.

— Mensonge.

Elle sourit.

— Tu vois ? J’en ai peut-être pas besoin.

Akira eut un petit rire.

— Et toi ? demanda-t-elle.

— Quoi ?

— Kælum.

Akira regarda la plume.

— Évidemment.

Beatriz hocha la tête.

— Moi aussi.

Silence.

— C’est ça qui m’inquiète, dit-elle.

Akira réfléchit.

— Alors ne la prends pas.

Beatriz tourna la tête.

— C’est aussi simple ?

— Non.

— Et toi ?

Akira resta silencieux.

Elle sourit.

— Voilà.

— Quoi ?

— Tu viens de me donner un conseil que t’es incapable de suivre toi-même.

Il expira.

— J’espérais que tu poserais pas la question.

Beatriz le regarda quelques secondes.

— Tu sais ce qui te fait peur ?

— Non.

— Si.

Elle se rapprocha légèrement.

— C’est pas que Kælum te change.

Akira attendit.

— C’est qu’elle te montre que tu étais déjà comme ça.

Silence.

Akira la fixa.

— Ouch.

Beatriz sourit.

— Désolée.

— Non, tu l’es pas.

— Non.

Quelques secondes.

Puis Akira regarda Syræ.

— Tu sais ce qui te fait peur à toi ?

Le sourire de Beatriz disparut.

— Vas-y.

— Que Syræ fonctionne.

Elle fronça les sourcils.

— Parce que si elle fonctionne vraiment…

Il la regarda.

— Tu n’auras plus jamais l’excuse de dire que tu n’avais pas vu venir les gens.

Cette fois, Beatriz resta silencieuse.

Longtemps.

— ah ouais ouch aussi

Akira sourit.

Elle aussi.

Ils restèrent là.

Un peu trop proches.

Pas suffisamment pour que quoi que ce soit arrive.

Suffisamment pour qu’ils le sachent tous les deux.

Beatriz recula d’un demi-pas.

— On est quittes.

— Pour l’instant.

— Pour l’instant.

Derrière une porte entrouverte, Alex regarda Nicky.

Nicky regarda Alex.

Alex murmura :

— Oh putain.

Nicky lui mit une main sur la bouche.

— Ferme ta gueule.

Il hocha frénétiquement la tête.

Elle retira sa main.

— Ça y est, murmura Alex. C’est parti.

— Si tu leur dis quoi que ce soit, je te tue.

— Pourquoi moi ?

— Parce que t’es incapable de garder un truc pour toi.

Alex sembla sincèrement offensé.

— C’est totalement faux.

Nicky le regarda.

— Manu a cinquante-deux perles.

Silence.

Alex la fixa.

— Ah ouais.

— Voilà.

— Putain.

— Exactement.

— Tu crois que—

— Non.

— Mais—

— Non.

— Cinquante-deux artefacts, cinquante-deux perles, quand même—

— Alex.

— Je ferme ma gueule.

Il réfléchit.

— Mais quand même.

Nicky soupira.


Yoshimitsu était devant ses écrans lorsqu’un message apparut.

Pas d’expéditeur.

Il l’ouvrit.

Une photographie.

Un port.

Une date.

Puis trois mots.

IL BOUGE ENCORE.

Yoshimitsu agrandit l’image.

Une silhouette au fond.

Il resta immobile.

Manu entra.

— Quoi ?

Yoshimitsu tourna l’écran.

Emmanuel regarda.

Aucune surprise.

— Diana ? demanda Yoshimitsu.

— Probablement.

— Elle le suit depuis combien de temps ?

— Assez longtemps.

Yoshimitsu désigna la silhouette.

— Et lui ?

Manu observa encore la photographie.

Un très léger sourire passa sur son visage.

— Il était temps.

— Tu veux que je le contacte ?

— Non.

— Pourquoi ?

Manu repartit.

— S’il bouge, il sait déjà où aller.

Yoshimitsu regarda la photo.

— Toujours aussi simple avec vous.

Manu s’arrêta.

— Jamais.

Puis il partit.


Le soir était tombé sur Rome lorsque la grand-mère trouva Emmanuel seul.

Il était assis dans la bibliothèque.

Un livre ouvert devant lui.

Il ne lisait pas.

Elle s’approcha.

— Cinquante-deux.

Manu releva les yeux.

Silence.

La vieille femme regarda son poignet.

— Et combien de perles ?

Manu ne répondit pas immédiatement.

Puis :

— Cinquante-deux.

Elle hocha doucement la tête.

— Je pensais bien.

Aucun triomphe.

Aucune peur.

Juste une constatation.

Manu referma son livre.

— Luna n’a rien dit ?

— Luna n’a pas compris.

— Les autres si.

— Ils ont compté.

Elle sourit.

— C’est différent.

Manu l’observa.

— Et vous ?

La grand-mère s’assit en face de lui.

— Moi, je me souviens.

Cette fois, Emmanuel se redressa légèrement.

— De quoi ?

Elle regarda le vide.

Très loin.

— L’homme.

Silence.

— Celui qui a apporté la boîte.

Manu ne bougea plus.

— Il était fatigué.

Elle ferma les yeux.

— Très fatigué.

Des décennies s’effacèrent.

Une maison.

De la chaleur.

Un étranger couvert de poussière.

Une boîte.

— Il avait peur, dit-elle.

— De quoi ?

— Pas pour lui.

Elle rouvrit les yeux.

— Pour ce qu’il transportait.

Manu attendit.

— Il m’a dit quelque chose.

— Quoi ?

Elle chercha.

Les mots étaient vieux.

Presque effacés.

Puis ils revinrent.

— « Ne les réunissez jamais pour posséder leur force. »

Manu ne respirait presque plus.

La grand-mère continua :

— « Réunissez-les seulement le jour où quelqu’un saura les laisser partir. »

Silence.

Long.

Très long.

Emmanuel baissa les yeux.

La vieille femme l’observa.

Et comprit.

— C’est ça.

Manu releva lentement les yeux.

— Quoi ?

— Ce que tu cherches.

Il ne répondit pas.

— Tu ne veux pas les Douze.

Silence.

— Tu veux ceux qui seront capables de les abandonner.

Emmanuel la regarda.

Cette fois, aucun sourire.

— Vous comprenez beaucoup de choses pour quelqu’un qui est mort.

Elle sourit.

— J’ai du temps, je l'ai déjà dit.

Une voix retentit depuis l’entrée.

— PUTAIN MAIS ARRÊTE AVEC ÇA !

Luna.

La grand-mère éclata de rire.

Manu aussi.

Luna entra, furieuse.

— Je vous cherchais partout !

Elle regarda sa grand-mère.

Puis Manu.

— Et évidemment vous êtes encore tous les deux en train de faire vos putains de trucs de Yoda !

Dark entra tranquillement derrière elle.

Vador également.

— Et eux aussi ! C’est quoi cette secte ?

La grand-mère se leva.

— Viens, petite.

— Non, me fais pas « viens petite » !

Elle passa un bras autour de sa petite-fille.

Luna continua de râler en quittant la pièce.

— Depuis que t’es morte t’es devenue insupportable.

— J’étais déjà comme ça avant.

— Non, avant tu pouvais pas traverser les murs !

Leurs voix disparurent.

Emmanuel resta seul.

Il regarda son Rosaire.

Cinquante-deux perles.

Puis Kælum.

Syræ.

Et quelque chose que la grand-mère venait de dire continuait de résonner.

Les laisser partir.


Plus tard encore, Nicky trouva Alex assis par terre devant les deux coffrets.

Il mangeait des crocodiles.

Elle s’assit à côté de lui.

— Tu fais quoi ?

— Je réfléchis.

— Avec des crocodiles ?

— Ça oxygène le cerveau.

— C’est absolument pas comme ça que ça marche.

Alex lui tendit le paquet.

Elle en prit un.

Il la regarda.

— Deux jours de suite.

— Quoi ?

— Rien.

Nicky pointa immédiatement un doigt vers lui.

— N’en rajoute pas.

— J’ai rien dit.

Ils regardèrent les coffrets.

— Tu crois qu’ils vont les prendre ? demanda Alex.

Nicky réfléchit.

— Ouais.

— Moi aussi.

Silence.

— On leur dit ?

— Non.

Alex tourna la tête.

— Pourquoi ?

Nicky regarda Ænor à son doigt.

Puis Vaeris dans la main d’Alex.

Elle repensa au musée.

À cette seconde où elle avait continué sans sa bague.

À Alex rangeant sa pièce.

À Manu.

À sa putain de leçon.

Elle posa sa tête contre l’épaule d’Alex.

— Parce que c’est pas notre test, mon cœur.

Alex regarda les deux coffrets.

Puis Nicky.

Il sourit.

— Crocodile ?

Elle tendit la main.

— Donne.

Il lui en donna un.

Puis un deuxième.

Nicky le regarda.

— Pourquoi deux ?

— Anticipation.

Elle observa Ænor à son doigt.

Puis Alex.

— Très drôle.

— Merci.

Elle mangea les deux.


Et dans la pièce voisine, sur une table plongée dans l’obscurité…

Kælum vibra.

Une seule fois.

Syræ lui répondit.

Puis plus rien.

💬 Commentaires 2

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Lana • 6 jours, 17 heures
Je remarque une petite bascule dans ta façon de traiter le texte.
Tu appuies plus sur les dialogues depuis deux ou trois chapitres, au détriment de la description des lieux par exemple. J'ai donc l'impression de lire une pièce de théâtre, bien plus que la scène d'une série télé. Je visualise donc moins.
C'est sans doute un choix.
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Splinter Auteur • 6 jours, 14 heures
Oui c'est un choix, premièrement pour varier un peu, ensuite parcque je veux pouvoir comparer après quand j'aurai fini et voir l'effet dans sa globalité sur l'ensemble des 9 saisons.
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