Saison 2 - Épisode 8 - FIND THE CAGE

📖 THE LAST WOLVES ✍️ Splinter 📝 3338 mots


À quatre heures dix-sept du matin, Akira comprit que dormir était devenu inutile.

Il était allongé depuis presque deux heures.

Les yeux ouverts.

À regarder un plafond qu’il connaissait désormais par cœur.

Il se leva.

Enfila un pantalon.

Un tee-shirt.

Et descendit.

Sous la basilique, le Sanctum n’était jamais vraiment silencieux.

La pierre travaillait.

Les canalisations aussi.

Quelque part, très loin, Rome roulait encore au-dessus d’eux sans savoir ce qui dormait sous ses pieds.

Akira entra dans le petit atelier que Yoshimitsu lui avait laissé aménager.

Une lampe.

Des outils.

Un vieux moteur électrique démonté.

Des pièces alignées avec une précision presque maladive.

Il s’assit.

Regarda le rotor.

Puis le stator.

Puis un problème qui le faisait chier depuis la veille.

Il prit un crayon.

Écrivit une équation.

La barra.

Une deuxième.

La barra aussi.

Il resta immobile.

Il savait désormais ce que Kælum aurait peut-être pu faire.

Retirer la limite.

Lui montrer ce qu’il ne voyait pas.

Et c’était précisément pour cette raison qu’il était content que Manu ait rangé cette putain de plume.

— Tu dors jamais ?

Akira leva les yeux.

Beatriz était dans l’encadrement de la porte.

Cheveux attachés à la va-vite.

Sweat trop grand.

Deux tasses à la main.

— Apparemment non.

Elle entra.

Posa une tasse devant lui.

— Café.

— Merci.

Elle regarda le moteur.

Puis les feuilles.

— Tu bloques ?

— Oui.

— Ça doit être horrible.

Akira leva les yeux.

— Pourquoi ?

— Pour toi.

Il eut un petit sourire.

Elle s’assit sur l’établi.

Silence.

— Tu pensais à elle ? demanda-t-elle.

Akira savait parfaitement de quoi elle parlait.

— Oui.

— Moi aussi.

Il la regarda.

— Syræ ?

— Mmh.

— Manu les a rangées.

— Je sais.

— Tant mieux.

Beatriz souffla sur son café.

— Ouais.

Petit silence.

— Ça m’emmerde de dire ça.

— Moi aussi.

Elle sourit.

— Ouch.

— Un peu.

Ils burent en silence.

Puis Beatriz regarda les calculs.

— Tu crois qu’il veut nous les donner ?

Akira réfléchit.

— Peut-être.

— Tu crois qu’il veut qu’on les mérite ?

— Non.

Elle fronça les sourcils.

— Non ?

— Manu ne fonctionne pas comme ça.

Akira posa son crayon.

— Il ne cherche pas à savoir si on mérite quelque chose.

— Alors quoi ?

Akira regarda son moteur.

— Si on peut vivre avec.

Beatriz ne répondit pas.

Et cette fois…

le « ouch » resta dans sa tête.


À huit heures douze, Nicky découvrit une tragédie autrement plus grave.

— C’est quoi cette merde ?

Alex s’arrêta.

Un sachet à la main.

— Des bonbons.

— Je vois que c’est des bonbons.

Elle lui arracha presque le paquet.

— C’est pas des Haribo.

— Non.

Nicky lut.

— Trolli ?

— Ouais.

Elle releva les yeux.

— Pourquoi ?

Alex prit une expression grave.

— Y avait plus de Haribo au magasin.

Silence.

Luna, assise sur la table, porta une main à sa bouche.

— Non…

Alex acquiesça.

— Je sais.

— Putain.

— Je sais.

Nicky les regarda tous les deux.

— Vous êtes complètement cons.

Alex récupéra son sachet.

— C’est facile de juger quand on n’a jamais connu la pénurie.

— T’as changé de marque de crocodiles, t’as pas vécu Stalingrad.

— Ça commence comme ça.

La grand-mère entra.

Dark dans les bras.

Nicky la regarda.

Puis Dark.

— Elle marche plus ?

— Si.

— Alors pourquoi tu la portes ?

— Elle aime bien.

Luna se retourna.

— Évidemment qu’elle aime bien ! Ça fait trois jours qu’elle t’a transformée en Uber !

La grand-mère posa Dark.

La chatte fit deux pas.

Puis revint immédiatement contre elle.

Luna ouvrit les bras.

— Voilà !

Vador entra derrière Emmanuel.

Luna le pointa.

— Et lui maintenant, il suit Manu partout.

Manu s’arrêta.

Regarda Vador.

Vador s’assit.

— Il est légèrement perturbé en ce moment.

— Bien sûr.

Alex ouvrit le sachet.

— Trolli ?

Manu le regarda.

— Non.

Alex acquiesça.

— Je comprends. Le changement fait peur.

Nicky ferma les yeux.

— Mon cœur…

— Oui ?

— Il est huit heures du matin.

— C’est vrai.

— Ferme ta gueule jusqu’à neuf heures au moins.

— D’accord, je met l'alarme sur ma montre.


Manu posa quatre enveloppes sur la table.

Alex regarda l’horloge.

Puis Manu.

Puis Nicky.

Il leva timidement un doigt.

Nicky :

— Tu peux parler.

— Merci.

Il désigna les enveloppes.

— C’est quoi ?

— Votre travail.

Nicky regarda la table.

Pas de coffrets.

Pas de Kælum.

Pas de Syræ.

— Les artefacts ?

— Rangés.

Akira et Beatriz échangèrent un regard.

Manu le vit.

— Aujourd’hui, aucun artefact.

Nicky baissa les yeux vers Ænor.

Puis releva la tête.

— Pardon ?

— Tu la laisses ici.

— Non.

— Si.

— Manu…

— Nicky.

Elle resta quelques secondes immobile.

Puis retira lentement la bague.

La posa.

— Je me suis fait démonter les côtes par deux putains de congélateurs américains pour tes conneries et maintenant j’ai même plus droit à ma bague.

Alex sortit Vaeris.

— Moi aussi ?

— Oui.

Alex posa sa pièce à côté d’Ænor.

Puis son paquet de Trolli.

Manu regarda les bonbons.

— Ça, tu peux garder bro.

Alex récupéra immédiatement le sachet.

— Enfin une décision raisonnable.

Nicky lui donna une petite tape derrière la tête.

— Aïe.

— Neuf heures sont pas encore passées.

Manu ouvrit une enveloppe.

Trois photographies.

Une vieille devanture.

Une plaque d’immatriculation partielle.

Un ticket de caisse datant de plusieurs années.

— Vous cherchez quelqu’un.

Beatriz prit les photos.

— Qui ?

— Je ne sais pas où il est.

Alex :

— Ça commence bien.

— Il a travaillé pour un réseau utilisé par Origin à Rome.

Akira :

— Nom ?

— Faux.

— Adresse ?

— Ancienne.

Nicky :

— Téléphone ?

— Mort.

Alex :

— Lui ou le téléphone ?

Manu le regarda.

— Le téléphone.

— Ah.

— L’homme, je l’ignore.

Alex hocha la tête.

— C’est beaucoup moins pratique.

Manu poussa les enveloppes vers eux.

— Retrouvez-le.

Nicky :

— Et après ?

— Vous lui parlerez.

— De quoi ?

— Vous saurez.

Nicky le fixa.

— Putain, j’adore quand tes plans tiennent sur trois mots.

Manu se détourna.

— Nicky.

— Quoi ?

Il la regarda.

— Ils sont trois justement, tu en est le Taichō.

Nicky regarda Alex.

Akira.

Beatriz.

Puis Manu.

— t'es sérieux ?

— Oui.

Il partit.

Nicky le suivit du regard.

— Oh non.

Alex :

— Quoi ?

— Il vient encore de me foutre un truc sur le dos.

Akira eut un sourire.

— Oui là c'est officiel.

— Toi, ferme-la aussi.


Ils commencèrent par Trastevere.

Mauvaise piste.

Puis Testaccio.

Deuxième mauvaise piste.

À midi, Nicky avait faim.

Alex avait mangé la moitié des Trolli.

Et Beatriz avait déjà compris que l’adresse qu’ils cherchaient n’était probablement plus une adresse.

— C’était un point de passage, dit-elle.

Akira regarda la photographie.

— Pourquoi ?

— La devanture.

— Quoi, la devanture ?

— Personne n’entre.

Nicky regarda la vieille photo.

— C’est une photo.

— Regarde les gens.

Elle montra.

— Ils passent devant. Personne ne regarde l’entrée.

Alex :

— Peut-être que le magasin était nul.

Beatriz le regarda.

— Peut-être.

Alex sourit.

— J’aime bien quand mes théories restent sociologiquement possibles.

Ils finirent dans un dédale d’antiquaires, d’ateliers et de petites échoppes où Rome semblait avoir entassé trois mille ans de choses dont personne n’avait réussi à se débarrasser.

Akira s’arrêta devant un ancien garage.

Fermé.

Il regarda la plaque partielle.

Puis la largeur de l’entrée.

Puis le sol.

— Non.

Nicky :

— Quoi encore ?

— C’était pas ici.

— La plaque correspond.

— À la voiture.

— Oui.

— Pas au garage.

Akira regarda la pente de la rue.

Puis la photographie.

— Cette voiture ne pouvait pas entrer là.

Alex :

— Pourquoi ?

— Rayon de braquage.

Silence.

Nicky regarda la photo.

Puis la rue.

Puis Akira.

— Tu vois ça sur une putain de photo ?

— Oui.

Alex :

— Kælum va avoir du boulot pour suivre le niveau.

Akira tourna la tête.

— Alex.

— Quoi ? Je dis juste....

Beatriz :

— Là.

Un homme venait de sortir d’une boutique.

Soixante ans environ.

Petit.

Chemise claire.

Il les avait vus.

Et immédiatement détourné les yeux.

Nicky sourit.

— Trouvé.

Elle partit.

Beatriz lui attrapa le bras.

— Non.

— Quoi ?

— C’est pas lui.

— Il vient de nous voir et il flippe.

— Oui.

— Donc ?

— Il a peur qu’on lui demande quelque chose.

Nicky regarda l’homme.

— Quelle différence ?

— Il ne nous reconnaît pas.

— Comment tu sais ?

Beatriz observa.

L’homme avait ralenti.

Regardé Alex.

Puis Nicky.

Puis leurs chaussures.

Puis l’enveloppe dans la main d’Akira.

— Il cherche à comprendre qui on est.

Alex :

— Donc s’il savait déjà qui on était…

— Il chercherait une sortie.

L’homme entra dans une boutique.

Nicky souffla.

— Putain.

Beatriz sourit.

— Quoi ?

— Rien.

— Dis-le.

— T’avais raison.

— Je sais.

— Profite pas.

Ils continuèrent.

Sans Syræ.


À plusieurs kilomètres de là, Yoshimitsu regardait quatre points se déplacer sur une carte.

Luna était penchée derrière lui.

— Ils tournent en rond.

— Oui.

— Depuis combien de temps ?

— Trois heures.

— Et Manu dit rien ?

— Non.

Luna regarda Emmanuel.

Il lisait.

Tranquillement.

La grand-mère était assise en face de lui.

Dark dormait sur ses genoux.

Vador, lui, regardait l’écran.

Luna le désigna.

— Même le chat est plus impliqué.

Manu tourna une page.

— Ils cherchent.

— Ils galèrent.

— Oui.

— Tu pourrais les aider.

— Oui.

Luna attendit.

— Et ?

— Je ne vais pas le faire.

Elle leva les bras.

— Putain, mais pourquoi je continue de poser des questions ?

La grand-mère sourit.

— Parce que tu espères toujours qu’un jour il répondra normalement.

Luna la regarda.

— Toi, ça y est, t’es passée dans son camp.

— Je n’ai pas de camp.

— Bien sûr.

Dark s’étira.

— Et toi non plus, j’imagine ?

Dark se rendormit.

— Magnifique.

Yoshimitsu eut un petit rire.

Puis son écran changea.

Un message.

Chiffré.

Il l’ouvrit.

Quelques lignes.

Une photographie.

Emmanuel releva immédiatement les yeux.

Yoshimitsu le remarqua.

— Diana.

Manu se leva.

Luna :

— Ah ! Là, par contre, monsieur bouge.

Emmanuel arriva devant l’écran.

Photographie d’un hangar.

Quelque part au Portugal.

Des pièces mécaniques.

Des châssis.

Des tubes.

Une phrase.

IL A COMMENCÉ.

Yoshimitsu regarda Manu.

— Joe ?

— Oui.

— Il construit quoi ?

Manu observa la photo.

— Ce que je lui ai demandé.

Yoshimitsu se retourna.

— Quand ?

— Il y a quelque temps.

— Quoi exactement ?

Manu resta silencieux.

Puis :

— Des trucs...au cas où on aurait à faire... Une guerre par exemple.

Luna cessa de sourire.

Yoshimitsu agrandit l’image.

Sur une table, derrière Joe, plusieurs feuilles étaient visibles.

Des dessins.

Des véhicules.

Des architectures mécaniques improbables.

— C’est toi qui as dessiné ça ?

— Une partie.

— Quand ?

— trois ans.

Yoshimitsu comprit.

— Et le reste ?

Manu regarda les feuilles.

— Akira.

Luna :

— Akira ?

— À Tokyo, il avait donné un carnet à Joe.

Yoshimitsu se rapprocha.

— Quel genre de carnet ?

— Physique. Mécanique. Dynamique.

— Tu l’as lu ?

— Oui.

— Et ?

Manu eut un très léger sourire.

— Il ne savait pas ce qu’il avait écrit.

Yoshimitsu regarda de nouveau les structures.

— Et Joe ?

— Lui, si.

Silence.

— Je lui ai dit d’utiliser mes plans et le carnet d’Akira et sin collier ... TALOS

Yoshimitsu regarda Emmanuel.

— Akira sait ?

— Non.

— Tu comptes lui dire ?

— Pas encore.

Luna regarda la photographie.

— Pourquoi ?

Manu posa son doigt sur une équation visible dans un coin du cliché.

— Parce qu’il doit d’abord comprendre que Kælum ne lui donnera peut-être rien qu’il ne possède déjà.

La grand-mère, derrière eux, leva les yeux.

Elle avait entendu.

Elle ne dit rien.

Mais son regard changea.



Roer, lui, avait compris autre chose.

Un rapport venait d’arriver.

Pas sur le musée.

Pas sur les artefacts.

Sur quatre personnes qui posaient des questions.

Des questions anciennes.

Des adresses mortes.

Des intermédiaires oubliés.

Il posa le dossier.

— Enfin.

L’homme devant lui attendit.

— Monsieur ?

— Il nous cherche.

Silence.

Roer se leva.

— Mais il ne cherche pas nos murs.

Il marcha.

— Il cherche ceux qui les ont construits.

— Nous devons intervenir ?

Roer s’arrêta.

Réfléchit.

— Non.

Puis :

— Déplacez Marcelli.

— Où ?

— Site quatre.

L’homme hésita.

— Le transfert pourrait attirer l’attention.

Roer le regarda.

— C’est précisément pour cela qu’il doit avoir lieu maintenant.

L’homme partit.

Roer resta seul.

Il regarda la carte de Rome.

— Voyons si tu regardes au bon endroit, Emmanuel.


Dans la cellule, Lana regardait un homme qui n’était plus là.

Le médiator entre ses doigts.

Même couloir.

Autre moment.

Un technicien agenouillé devant le lecteur.

Un garde derrière lui.

Une porte ouverte.

Puis une seconde.

L’image disparut.

Lana ouvrit les yeux.

— Putain.

Klaudija était assise au sol.

— Quoi ?

— Encore.

— Quoi, encore ?

— Il passe devant la cellule.

— Qui ?

— Le technicien.

Klaudija se leva.

— Et ?

Lana montra le mur.

— Il ne vient pas pour nous.

Silence.

Klaudija regarda dans la direction indiquée.

— Donc il y a autre chose.

— Oui.

— Quoi ?

— J’en sais rien.

Klaudija s’approcha de la porte.

— Des cellules ?

— Peut-être.

— Une infirmerie ?

— Peut-être.

Klaudija se retourna.

— Tu peux arrêter avec peut-être ?

Lana sourit.

— Je peux commencer à inventer si tu préfères.

— Non.

— Alors peut-être.

Klaudija leva les yeux au ciel.

Puis regarda le lecteur.

— Le badge.

— Quoi ?

— Hier tu m’as dit que tu pouvais le voir.

— Oui.

— Sa main aussi ?

Lana réfléchit.

— Oui.

— Quelle main ?

— Droite.

— Il tient quoi dans l’autre ?

Lana ferma les yeux.

Revit.

— Une boîte.

— Outils ?

— Oui.

Klaudija réfléchit.

— Il pose la boîte ?

— Oui.

— Où ?

Lana sourit lentement.

— Maintenant, tu m’intéresses.

— Où ?

Lana ferma les yeux.

Puis indiqua un point.

À gauche de la porte.

Klaudija s’accroupit.

Regarda le sol.

Une petite rayure.

Presque invisible.

Elle sourit.

— Voilà.

Lana ouvrit les yeux.

— Quoi ?

— La porte s’ouvre vers l’extérieur. Le technicien pose sa boîte ici pour maintenir son pied contre le battant quand il travaille.

Lana regarda.

— Et ?

— Et pendant quelques secondes, le verrou est désactivé.

Silence.

Lana sourit.

— On peut sortir.

Klaudija secoua la tête.

— Non.

— Quoi ?

— On sait comment ouvrir une porte.

Elle regarda le couloir.

— Sortir, c’est autre chose.

Lana la fixa.

Puis eut un sourire.

— Putain.

— Quoi ?

— Je commence vraiment à t’aimer.

Klaudija la regarda.

— Fais pas ça.

— Aucun risque.

Mais elles souriaient toutes les deux.


À Rome, Alex s’arrêta devant un vendeur.

Nicky continua trois mètres avant de s’en rendre compte.

— Alex.

— Deux secondes.

— Qu’est-ce que tu fous ?

— Réapprovisionnement.

— On est en mission !

Alex montra son sachet vide.

— Justement.

Nicky se retourna vers Beatriz.

— Dis-lui quelque chose.

Beatriz :

— Prends-moi des Tagada.

Nicky resta bouche ouverte.

— Mais vous êtes sérieux ?

Akira :

— Cola pour moi.

Nicky le regarda.

— Ah ouais. Tout le monde a décidé de me casser les couilles aujourd’hui.

Alex revint avec quatre sachets.

Il en lança un à Beatriz.

Un à Akira.

Puis tendit quelque chose à Nicky.

Elle regarda.

— C’est quoi ?

— Des crocodiles tes préf, mais pas les vrais quoi.

— Trolli.

— Ouais.

— Je veux pas.

Alex remit le paquet dans sa poche.

Ils firent trois pas.

— Donne.

Alex sourit.

— Rien.

— J’ai rien dit.

Il lui donna le paquet.

Nicky l’ouvrit.

— Ils sont moins bons.

— Trahison.

— C’est vrai.

— Tu viens de détruire notre couple.

— Continue et je détruis autre chose.

Alex sourit.

— Mon cœur.

— Quoi ?

— À gauche.

Elle s’arrêta.

Un homme venait de sortir d’un atelier.

Soixante-dix ans.

Peut-être davantage.

Il vit Akira.

Puis Beatriz.

Puis Nicky.

Puis Alex.

Son visage ne changea presque pas.

Presque.

Mais Beatriz le vit.

Sa main descendit immédiatement vers sa poche.

Akira vit autre chose.

Une vieille Fiat garée devant.

Moteur chaud.

Mais poussière sur le capot.

— C’est lui.

Nicky regarda Akira.

— Pourquoi ?

— Il ne vient pas d’arriver.

Beatriz :

— Et il veut partir.

L’homme fit un pas en arrière.

Alex sourit.

— Bonjour.

L’homme se retourna.

Nicky :

— Ah, voilà. Là, je reconnais quelqu’un qui nous reconnaît.

Ils ne coururent pas.

L’homme non plus.

Il savait.

Ils savaient.

Et, pour une fois, personne n’avait besoin d’un artefact pour comprendre.

L’homme s’appelait Giulio Marcelli.

Ou du moins, c’était le nom qu’il utilisait maintenant.

Il les fit entrer dans son atelier.

Ferma la porte.

— Emmanuel Elga vous envoie.

Ce n’était pas une question.

Nicky croisa les bras.

— Pourquoi vous dites ça ?

Marcelli regarda Alex.

— Parce qu’il ressemble trop à quelqu’un qui n’a rien à faire ici.

Alex acquiesça.

— C’est étonnamment juste.

Marcelli regarda Beatriz.

Puis Akira.

— Et eux regardent trop.

Nicky :

— Et moi ?

L’homme la fixa.

— Vous avez envie de me frapper.

— Pas spécialement.

Alex :

— Elle a toujours un peu envie.

— Alex.

— Je précise le contexte.

Marcelli s’assit.

— Qu’est-ce qu’il veut ?

Akira posa la photographie.

— Origin.

Le visage de Marcelli se ferma.

— Je ne travaille plus pour eux.

Beatriz :

— On ne vous a pas demandé si vous travailliez encore pour eux.

Marcelli la regarda.

Elle soutint son regard.

— On vous demande comment ils déplacent ce qu’ils ne veulent pas qu’on trouve.

Silence.

Marcelli comprit.

— Vous cherchez quelqu’un.

Nicky :

— Plusieurs personnes.

— Alors vous cherchez pas une prison.

Alex :

— Qu’est-ce qu’on cherche ?

Marcelli se leva.

Sortit une vieille carte.

— Une circulation.

Il traça plusieurs points.

— Origin ne garde jamais longtemps ce qui compte au même endroit.

Akira regarda les lignes.

— Transferts.

— Oui.

— Par route ?

— Parfois.

— Train ?

— Parfois.

Beatriz :

— Et les gens ?

Marcelli la regarda.

— Pareil.

Silence.

— Si vous voulez trouver ce que vous voulez…

Il posa son doigt sur un point.

— Ne cherchez pas où elle est.

Puis un deuxième.

— Cherchez ce qui entre là où elle est.

Un troisième.

— Et ce qui sort.

Alex regarda la carte.

— Manu adorerait ce type.


Le soir, Beatriz trouva Akira dehors.

Elle avait changé de vêtements.

— Tu fais quoi ?

— Rien.

— Parfait.

Akira la regarda.

— Pourquoi ?

— On vas boire un cappuccino ?

Il regarda l’heure.

Puis elle.

— Maintenant ?

Beatriz haussa un sourcil.

— C’est généralement le principe d’une invitation.

La Piazza di Spagna était encore pleine.

Rome refusait manifestement de dormir.

Ils s’installèrent légèrement à l’écart.

Deux cappuccinos.

Pas de mission.

Pas de Manu.

Pas de Nicky.

Pas d’Alex.

Surtout pas Alex.

Beatriz regarda les marches.

— C’est bizarre.

— Quoi ?

— D’être là sans chercher quelqu’un.

Akira sourit.

— Oui.

Ils burent.

Quelques secondes.

Puis Akira :

— Pourquoi tu m’as invité ?

Beatriz le regarda.

— Parce que j’en avais envie.

Il resta silencieux.

Elle sourit.

— Ouch ?

Akira baissa les yeux vers son café.

— Un peu.

Elle rit.

— T’es nul.

— Je sais.

— Non. Justement.

Elle joua avec sa tasse.

— C’est ça qui est chiant.

Akira la regarda.

— Quoi ?

— T’es très bon quand il s’agit de comprendre une machine.

— Merci.

— C’était pas un compliment.

— Ah.

— Mais dès que quelqu’un te parle normalement…

Elle fit un geste.

— Plus personne.

Akira sourit.

— Et toi, tu observes tellement les gens que tu finis par oublier de leur parler.

Beatriz s’arrêta.

— Ouch.

— Désolé.

— Non, tu l’es pas.

— Non.

Ils se regardèrent.

Puis éclatèrent de rire.

Un silence revint.

Différent.

Beatriz posa sa main sur l’avant-bras d’Akira.

Une seconde.

Peut-être deux.

Puis elle la retira.

Akira regarda sa main.

Puis elle.

— Quoi ?

— Rien.

Beatriz sourit.

— Mauvaise réponse.

Akira secoua la tête.

— Ah ouais, on en est là !

— Exactement Akira.

Et Rome continua autour d’eux.


Lorsque Luna retrouva sa grand-mère, celle-ci regardait Emmanuel s’entraîner seul.

Pas avec le Rosaire.

Un bokken.

Gestes lents.

Précis.

Luna s’assit à côté d’elle.

Dark grimpa immédiatement sur les genoux de la vieille femme.

Luna la regarda.

— Sérieusement ?

La grand-mère caressa le chat.

— Quoi ?

— Rien.

Vador était assis quelques mètres plus loin.

À regarder Manu.

— Lui aussi…

Elle soupira.

— J’ai perdu mes chats.

— Ils sont toujours là.

— Techniquement oui. Affectivement, je suis en train de me faire remplacer par un samouraï et une morte.

Sa grand-mère sourit.

— Tu es morte aussi.

Luna la pointa immédiatement.

— Commence pas.

Silence.

Puis Luna regarda Manu.

— Tu sais ce qu’il fait ?

— Pas complètement.

Luna tourna la tête.

Cette réponse la surprit.

— Mais tu comprends ?

— Un peu.

— Moi pas.

La vieille femme regarda Emmanuel.

— Tu crois qu’il construit une armée.

— Non.

— Origin le croit.

— Probablement.

— Alors il construit quoi ?

La grand-mère réfléchit.

— Quelque chose qui doit continuer quand lui ne sera plus là.

Luna ne plaisanta pas.

— Un ordre.

— Peut-être.

— Le Sanctum.

— Peut-être.

Luna soupira.

— Toi aussi avec les peut-être maintenant.

La grand-mère sourit.

Puis :

— La transmission est la seule manière que les vivants ont trouvée pour battre la mort.

Luna la regarda.

Puis regarda sa grand-mère.

Puis elle-même.

— Mamie.

— Oui ?

— Tu réalises quand même l’absurdité de cette phrase dans notre situation ?

La vieille femme réfléchit.

— Détail technique.

Luna éclata de rire.

— Putain.

Dark leva la tête.

— Non, toi, rendors-toi. Apparemment t’as choisi ton camp.


Yoshimitsu posa la carte de Marcelli sur la table.

Manu regarda les points.

Nicky mangeait des Trolli.

Alex également.

— Alors ? demanda Nicky.

Manu ne répondit pas.

Yoshimitsu avait déjà lancé plusieurs recherches.

— Marcelli a raison.

Akira s’approcha.

— Sur quoi ?

— Les transferts.

Plusieurs lignes apparurent.

— Certaines structures changent régulièrement. Mais pas les flux.

Beatriz :

— Parce qu’il faut nourrir les sites.

— Oui.

Akira :

— Les alimenter.

— Oui.

Nicky :

— Les surveiller.

Yoshimitsu hocha la tête.

— Oui.

Alex regarda les lignes.

— Donc on cherche pas la prison.

Manu leva enfin les yeux.

Alex continua :

— On cherche tout ce qui est obligé de savoir qu’elle existe.

Silence.

Manu eut un très léger sourire.

— Bien.

Yoshimitsu ouvrit un autre message.

— Diana.

Un nouveau point apparut.

Puis un deuxième.

— Elle a retrouvé un ancien transfert.

Manu regarda.

La date.

Le trajet.

Puis soudain…

un point changea.

Yoshimitsu fronça les sourcils.

— Attends.

— Quoi ? demanda Nicky.

— Quelqu’un bouge.

Il agrandit.

Un nom.

MARCELLI.

Akira se redressa.

— Maintenant ?

— Maintenant.

Beatriz :

— Pourquoi Origin déplacerait un ancien intermédiaire aujourd’hui ?

Personne ne répondit.

Puis Alex comprit.

— Parce qu’on vient de le trouver.

Nicky :

— Merde.

Yoshimitsu regarda Manu.

— Ils savent.

Manu secoua lentement la tête.

— Non.

Il observa le nouveau trajet.

Une route.

Un véhicule.

Une destination intermédiaire.

Puis une seconde ligne apparut.

Manu sourit.

— Ils ont peur qu’on sache.

Nicky :

— C’est pas pareil ?

— Non.

Il posa un doigt sur la carte.

— Quand quelqu’un sait que tu as trouvé sa cachette, il la quitte.

Son doigt suivit le trajet.

— Quand il a peur que tu la trouves…

Il s’arrêta.

— Il protège le chemin qui y mène.

Silence.

Beatriz regarda la carte.

Elle comprit.

Akira aussi.

Alex s’approcha.

— Donc Roer vient de nous montrer quelque chose.

Manu regarda les lignes.

— Oui.

— Quoi ?

Emmanuel posa son doigt sur un point précis.

Un seul.

Pour la première fois depuis leur arrivée à Rome, quelque chose ressemblait à une structure.

Pas encore la prison.

Pas encore Origin.

Mais une limite.

Une frontière.

Un morceau du système.

Manu releva les yeux.

— La première barre de la cage.

Silence.

Nicky regarda la carte.

Puis Manu.

— Et maintenant ?

Il la regarda.

Cette fois, quelque chose avait changé.

La leçon était terminée.

— Maintenant ?

Il replia lentement la carte.

— On cherche la deuxième.

Alex ouvrit son sachet de Trolli.

Tout le monde le regarda.

Il s’arrêta.

— Quoi ?

Nicky secoua la tête.

— Rien, mon cœur.

Alex lui tendit le sachet.

Elle regarda les bonbons.

Puis la carte.

Puis Manu.

Elle en prit un.

— Ils sont quand même moins bons que les Haribo.

Alex posa une main sur son cœur.

— Enfin quelqu’un ose dire la vérité.

Nicky mâcha.

— J’ai dit qu’ils étaient moins bons.

Elle en prit un deuxième.

— Pas qu’ils étaient mauvais.

Alex sourit.

— Je savais que tu reviendrais.

— N’en rajoute pas.

Vador sauta sur la table.

Directement sur la carte.

Yoshimitsu ferma les yeux.

— Vador.

Le chat s’assit précisément sur le point indiqué par Manu.

Silence.

Luna regarda le chat.

Puis la carte.

Puis Emmanuel.

— Non.

Alex :

— Quoi ?

— Je refuse.

Nicky :

— Quoi encore ?

Luna désigna Vador.

— Si maintenant le putain de chat commence lui aussi à trouver Origin, moi j’arrête.

La grand-mère éclata de rire.

Manu regarda Vador.

Puis Luna.

Un sourire passa.

— Intéressant.

Luna resta bouche ouverte.

— Oh putain, non.


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