Chapitre 5
Comme promis, Eos a délivré une monoplace exceptionnelle. Encore très nerveuse et le refroidissement du moteur pas encore totalement au point, Nathan et Narciso ont quand même eu des tours records sur le circuit de l’écurie lors des essais hivernaux.
Le double champion du monde n’hésite pas à dire ce qu’il pense sincèrement de la voiture. Les nouveaux composants sont exceptionnels et il espère que ce problème va être rapidement fixé. Avoir une voiture performante en début de saison c’est bien mais qu’elle soit fiable, c’est mieux. Et si le moteur ne refroidit pas correctement lors des grands prix, cela pourrait leur coûter de nombreux points, même si les pilotes terminent la course.
Pendant les deux semaines où toutes les écuries se retrouvent pour les essais de pré-saison, les craintes de Nathan et Narciso se sont confirmées, leurs monoplaces surchauffent bien plus vite que les autres. En essayant de les pousser un peu, ils ont dû s’arrêter en urgence pour faire refroidir les moteurs rapidement. Avant que le grand prix d’Australie ne commence, Eos se penche complètement sur le problème. Les deux pilotes savent que la solution ne sera pas trouvée tout de suite et qu’il faudra du temps avant d’avoir la bonne formule. En attendant, ils ne peuvent qu’aider leur équipe en leur transmettant leurs ressentis en piste et espérer que les premières courses se passent sans accroc.
╚»♡«╝■□■□■□■□■╚»♡«╝
Jeudi, première interview de la saison.
— Bonjour à tous, on commence cette nouvelle saison de Formule 1 ici à Melbourne ! annonce Eden Poilard, la chargée de presse de TV Sport, avec nous sur scène, Dominique Rupert et Hanna Sasaki de chez Scordato et Narciso Bento et Nathan Romairyc qui revêt les couleurs vertes d’Eos pour la première fois cette année. Comment ça se passe pour le moment pour vous dans cette nouvelle écurie, Nathan ?
— Tout va bien, on m’a déjà fait pas mal de compliment en me disant que le vert me va mieux que le jaune, rigole–t-il alors.
— Et c’est vrai, appuie son coéquipier.
— Hahaha, plus sérieusement, j’espère être à la hauteur cette année, les essais cet hiver se sont très bien passés, on a une bonne voiture, l’équipe est super cool, on s’entend tous très bien et il ne nous reste plus qu’à gagner maintenant et voilà.
— Merci Nathan, et vous Narciso, quels sont vos ressentis pour cette saison ?
— Comme l’a dit Nathan, la voiture est super, donc on va faire au mieux dans notre pilotage, toujours être à 200% lors des weekends et entraînements. Nathan est jeune, c’est agréable de piloter avec lui, pleins de ressources et de surprises en piste, on fait un bon duo.
— Merci Narciso, et vous Hanna ? C’est d’ailleurs votre dernière saison cette année avec Scordato qu’allez-vous faire par la suite ? Un autre contrat avec une autre écurie ?
— Oui c’est ma dernière année chez Scordato et je vous l’annonce maintenant, je prends ma retraite, il est temps de laisser ma place. J’espère ramener un dernier titre de championne du monde ! Surtout qu’on a une voiture très fiable pour un début de saison, donc on va faire notre maximum avec.
— Merci Hanna, c’est une annonce choc, vous êtes trois fois championne, une légende parmis la F1, vous allez beaucoup nous manquer.
— Vous aussi, mais je serai souvent dans les paddocks ne vous en faîtes pas, dit-elle avec un clin d’œil.
— Je n’en doute pas !! Et vous Dominique ? Comment sentez-vous cette saison 2015 ?
— Honnêtement, je la sens bien. Bonne voiture, une coéquipière qui a encore la niaque malgré son grand âge…
— On a quasiment le même vieillard, coupe Hanna en rigolant.
— Oui, oui, répond-t-il nonchalamment et avec un grand sourire, mais sinon oui, la nouvelle réglementation cette année nous permet d’avoir une bonne voiture.
L’animation se poursuit avec des questions du public et une mini pièce de théâtre en improvisation est jouée par les pilotes. Ceux-ci, textes à la main, le déblatèrent de façon dramatique, démesurée et très caricaturale, provoquant chez le public une grande hilarité.
Lors des essais libres du vendredi et du samedi matin, ils se mesurent officiellement aux autres monoplaces. Le système de refroidissement de la monoplace d’Eos a été totalement revu et semble fiable. Les pilotes en vert essayent de monter dans les tours, de voir comment elle se comporte sur la piste, la voiture réagit bien, sans accroc. Peut-être que le problème de refroidissement a finalement été corrigé.
Les qualifications qui s'ensuivent se passent sans accroc pour les pilotes Eos, Narciso commencera P4 tandis que Nathan s’élancera de la P6 pour la course du lendemain.
Dimanche, première course de la saison.
Nathan arrive sur le paddock concentré sur sa journée. Musique sur les oreilles, il remarque à peine les journalistes qui l’interpellent pour avoir ses ressentis pré-courses. Kelina vient vite à sa rencontre pour se placer à ses côtés et l’escorter en éloignant les interviewers de son pilote. Il lui signe un salut et lui montre ses écouteurs, un signal silencieux qu’ils ont mis en place pour indiquer quand il ne faut pas trop le déranger. Elle répond à son bonjour de la même manière sachant que la conduite dépend complètement de la concentration du pilote et parce que c’est l’un des seuls signes qu’elle a retenus.
Une fois dans le motorhome, le Français retire son casque. Il dit bonjour à Kelina et à toute son équipe et se place devant les écrans pour regarder les jeunes de Formule 2 commencer leur course. Beaucoup de ses anciens concurrents sont encore présents. Il se promet que s’il a un peu de temps, il ira les saluer à la fin.
Sentant un peu de stress monter, il décide de faire un tour dans les paddocks pour se dégourdir les jambes. Son agente lui rappelle d’être de retour à 11h pour le repas et se préparer à la parade. Il acquiesce avant de quitter le bâtiment éphémère. Il erre d’abord sans réel but, se délectant des bruits du paddock, des F2 roulant sur l’asphalte, des discussions autour de lui, des acclamations du public et des questionnements des journalistes. Il croise quelques célébrités invitées pour l’événement, discute quelques minutes avec certaines d’entre elles. Il fait aussi la connaissance d'une famille australienne qui a économisé plus d’un an de salaire pour s’offrir le pass paddocks et avoir la chance de rencontrer quelques pilotes. Touché par leur histoire, le Français leur offre un autographe à chacun avec une photo. En reprenant sa route, il repère le maillot rose Elysium surmonté d’une tête châtain. Pris dans son élan de sociabilisation, il décide d’aller le voir.
— Leandro ! hurle-t-il en courant vers le pilote.
— Nathan ? il se retourne interloqué.
— Comment ça va ? Tu te sens prêt pour la course ?
— Euh… oui, ça va et toi ? Je le suis, oui. Et toi ? Leandro est confus, ils n’ont jamais vraiment discuter comme ça auparavant. Peut-être que le changement d’écurie du brun a encore plus booster sa joie de vivre.
— Ça va super, enfin j’avoue je stresse un peu pour le départ, c’était rare que je parte aussi proche de la tête, comment tu fais, toi ?
— Je sais pas trop, je me dit que ceux de devant sont à dépasser quand les feux s’éteignent.
— Mmmh, je vois, le pilote Eos ne semble pas complètement convaincu, en tout cas bon courage pour la course, à plus !
Et il repart aussi vite qu’il est venu, laissant Leandro pantois. Emelie le rejoint peu de temps après.
— C’était Nathan ? demande-t-elle.
— Oui.
— Il voulait quoi ?
— Je sais pas trop. Je crois qu’il m’a souhaité bonne chance pour la course.
— Hé bé, c’est inattendu ! Fais gaffe, il est juste derrière toi au départ ! Après, ça fait longtemps que vous ne vous êtes pas battu en piste, il est certainement content de se mesurer à nouveau à toi !
— Mmh. acquiesce-t-il.
L’heure tourne tranquillement et le Français retourne dans le motorhome de son équipe surexcité. Dans le réfectoire, il mange avec entrain, inquiétant son entraîneuse dans le même temps.
— Calme-toi, tu es survolté.
— Mais non, t’inquiète ! Je gère.
— C'est bien ça qui m’inquiète…
Après le repas, ils se rendent tous les deux dans sa driver room afin de commencer la préparation pour la course. Alors qu’il se concentre sur un exercice de réflexes, Kelina entre et le prévient que la parade est sur le point de commencer. Il repose les balles dans leur boîte et prend sa casquette avant de sortir pour rejoindre les autres pilotes qui attendent déjà sous le petit préau. Il est accueilli par Marc Vinland et un petit groupe dont il rejoint naturellement la conversation. Ironiquement, les pilotes n’ont pas énormément de temps pour discuter ensemble, la parade leurs permettent de s’échanger les dernières nouvelles, de faire plus ample connaissance, de se détacher un peu de la course à venir.
L’un des agents de la FIA leur fait signe de monter dans le camion, tous s’exécutent sans couper un seul instant leurs conversations. De temps à autre, pour les 10 premiers sur la grille, ils doivent faire leur dernière interview pré-course sur le camion, les obligeant à couper court à leurs échanges.
À la fin, ils repartent tous dans leur motorhome. Narciso et Nathan qui échangent sur les stratégies mises en place par l’équipe, s’assoient à leurs chaises pour en reparler encore une fois avec l’équipe lors de la petite réunion d’avant course. Ils passent en revue les datas et améliorations des monoplaces pour le grand prix, le plan de départ et ceux qui en découlent suivant la tournure que prendra la course.
Une demi-heure avant la course, Nathan s'enferme dans sa driver room. Pendant, une bonne heure il s’est échauffé avec des exercices physiques comme la corde à sauter et s’échauffer les muscles de son cou et de ses bras. Maintenant, place à la concentration. Il allume son enceinte et met sa playlist de lofi celtique. Il s’allonge sur le canapé, les mains en l’air comme s’il tenait son volant, il visualise le circuit. Départ, tour de formation, arrêt, départ de la course, premier virage, dépassements, arrêts au stand, reprise de la course, ligne droite, activation du DRS. On toque à sa porte. Il reste 5 minutes avant le départ. Il se relève tranquillement, bascule la musique sur son casque, coupe l’enceinte et sort de la pièce pour commencer à s’installer dans sa monoplace. Il croise Narciso qui discute avec quelques ingénieurs, il lui fait un signe de la main et se tourne vers les écrans de sa propre voiture, les données sont bonnes et les visages sont sereins, stressés mais sereins.
2 minutes. Il enfile le haut de sa combinaison, retire ses écouteurs, met sa cagoule et son casque. La monoplace commence à être libérée par les ingénieurs, il monte dedans et s’installe. La caméra de TV Sport tourne autour de lui, mais très vite un cache est mis sur le capot de la voiture pour le couper encore un peu de l’agitation environnante.
5 secondes. Le cache est retiré, la clé de démarrage aussi. Il sort du garage et s’insère dans la file de monoplace en se calant sur leur allure pour partir dans le tour de formation encadré par la safety car.
Une fois placés sur la grille, ils attendent l’extinction des feux. Derrière Nathan, le moteur rugit près à en découdre alors qu’il écrase la pédale d’accélérateur. Devant lui, son coéquipier entre dans la bataille folle du premier virage, tandis que le Français est au coude à coude avec la monoplace arborant le numéro 8. Nathan réussit à passer devant, coinçant son rival dans le piège de sa défense.
Pendant les 2 ans où il a été chez Wikström, il a beaucoup progressé dans ses prédispositions défensives. Et avec une voiture comme celle d’Eos, peu de personnes pourront passer maintenant. En particulier Leandro, pour Nathan il est hors de question que pilote 8 lui passe devant.
La course se poursuit dans une bataille acharnée entre les deux monoplaces numéro 30 et 8. Tantôt l’un prend l’avantage sur l’autre et vice versa, aucun ne voulant céder la place.
Tandis que Nathan commence à prendre une petite avance confortable, son ingénieur, Pierre, le prévient que son moteur surchauffe, mais rien d’alarmant pour le moment. Il faut simplement économiser un peu la voiture pendant quelques tours et tout ira bien. Suivant le conseil, il lève quelque peu le pied, faisant attention à la menace qui est maintenant 2 secondes derrière lui.
Il reste encore 32 tours et Leandro est rappelé au stand pour changer ses gommes usées. Profitant de cet arrêt, Nathan continue de creuser l’écart et se rapproche du 4ème, Dominique Rupert.
Au tour 34, son écran s’allume en jaune.
>>Yellow flag, second sector – be careful, Menton’s out.<<
>>OK.<<
>>Drapeau jaune deuxième secteur, soit prudent, Menton est sorti.<<
>>OK.<<
Une virtual safety car est mise en place le temps de retirer la monoplace des graviers.
La course reprend quelques tours plus tard, Nathan bien décidé à prendre la 4ème place ne ménage plus sa monoplace, accélérant pour rester au plus près de Rupert pour avoir la meilleure fenêtre pour le doubler. Derrière lui, Leandro grossit dans ses rétroviseurs. Dans la ligne droite juste avant le 11ème virage, il tente un dépassement avec l'appui du DRS. Les deux monoplaces sont au coude à coude et déjà, le virage est là, ce sera au premier qui freinera. Soudain, la voiture 30 à une violente perte de puissance.
>>OVERHEATING, OVERHEATING, OVERHEATING<< hurle Pierre son ingénieur à la radio.
>>Fuck, I was just about to get it, damn it!!<< répond amer le Français tandis qu’il s’arrête sur le côté pour se mettre rapidement en sécurité.
>>SURCHAUFFE, SURCHAUFFE, SURCHAUFFE<< hurle Pierre son ingénieur à la radio.
>>Putain, j’allais l’avoir, fait chié !!<< répond amer le Français tandis qu’il s’arrête sur le côté pour se mettre rapidement en sécurité.
Le pilote est raccompagné à son garage et va voir ses ingénieurs.
— Je croyais que le problème était réglé ? siffle-t-il de rage.
— Nous aussi, on ne sait pas encore pourquoi il a surchauffé d’un coup comme ça.
Nathan grince des dents et serre le point pour ne rien répondre, il sait qu’il est encore sous adrénaline et qu’hurler sur son équipe n’arrangera rien, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Pour tenter de se détendre, il part un peu plus loin dans le garage, gourde à la main. Il boit rapidement puis, progressivement, de plus longues gorgées.
Il s'assit et réfléchit, tente de comprendre pourquoi. Il refait la course depuis la première annonce de la surchauffe jusqu’à son arrêt forcé. La Virtual Safety Car a pourtant aidé à refroidir plus efficacement son moteur, donc la surchauffe ne peut pas venir de là.
Après plusieurs minutes, il se relève et retrouve les ingénieurs plongés dans les datas de sa monoplace, il les regarde aussi, les analyse et discute pour tenter de savoir ce qui a bien pu se passer.
Plus tard dans l’après-midi, les recherches de la cause de la panne semblent pointées sur la solution trouvée qui aurait mal supporté les attaques et défenses intempestives lors du début de la course sur Leandro et celle contre Rupert a été la goutte de trop pour le système.
Finalement, la course se termine avec Emelie Hœnigsberg à la première place, suivie de Hanna Sasaki et de Narciso. Dans le garage, le Français félicite chaleureusement son coéquipier pour son premier podium de la saison.
╚»♡«╝■□■□■□■□■╚»♡«╝
Le calendrier avance et les innovations sur la monoplace Eos aussi. Le problème de surchauffe n’est plus qu’un lointain souvenir à présent. Mais un autre souci a fait son apparition, l’arrière a une certaine tendance à décrocher lors des virages rapides. Alors qu’ils ont 2 semaines de répit avant le dernier grand prix de la première moitié de saison, tout le garage se penche sur ce problème de sous-virage.
Nathan ré-entame un énième tour de piste, il pousse à bout le moteur et ses pneus sont presque à l’agonie. Sur son écran, les données de la voiture sont bonnes, rien à signaler. Pierre lui demande alors de prendre le plus rapidement possible le prochain virage rapide pour voir le comportement de la monoplace suite aux différentes interventions. Le pilote s’exécute. À la fin de la ligne droite, il retire le DRS, commence à rétrograder pour atteindre la vitesse minimum qu’il peut avoir pour cette courbe, sa trajectoire suit la corde et monte un peu sur le vibreur. Une manœuvre habituelle. Il sent l’arrière décoller quelque peu. Il freine un peu plus pour le remettre. La stabilité est de nouveau au rendez-vous. Nathan soupire, il a réussi à récupérer mais ce n’est pas encore ça. Soudain, la monoplace se balance de gauche à droite, il tente de la faire revenir droite, mais rien y fait. Il part en tête à queue dans le gazon.
>>Are you OK, mate ?<<
>>I’m good…<< soupire-t-il en s’extirpant de sa monoplace.
>>Ça va, mate ?<<
>>Ça va…<< soupire-t-il en s’extirpant de sa monoplace.
Les marshalls arrivent en courant vers le Français, ils poussent la voiture vers le camion pour la remorquer jusqu’au garage. Nathan, pensif, s’installe à côté du conducteur.
— Ça va ? il lui demande alors.
Sorti de sa torpeur, Nathan sursaute.
— Ouais, ça va ! Juste énervé parce qu'on a toujours pas régler le problème et que je comprend pas pourquoi elle perd autant d’adhérence comme ça.
— Peut-être un problème de fond plat, non ?
— Je ne pense pas, mais on va quand même regarder. Merci.
— Pas de soucis ! Aller te bile pas, ça va s’arranger !
— Je l’espère…
Une fois dans le garage, Nathan retrouve son coéquipier pour en discuter alors que les mécaniciens et ingénieurs inspectent tout. Fond plat, pneus, essieux, suspensions, etc. Tout passe au crible. Tout est revu. Même les ailerons sont étudiés. Pourtant, rien.
Une idée vient au deux pilotes, s’ils manquent d'appui lors des virages, ils n’ont qu'à en créer un. Comment, il ne le savent pas, mais ils proposent l’idée à leurs équipes. Après tout, ils sont les mieux placés pour étudier et valider ou non la proposition.
Après quelques jours de délibération et d’essais, il est finalement décidé de refaire tout le système de suspensions actives, de l’assouplir un peu plus afin qu’il remplisse son rôle : permettre à la voiture de rester plate lors des courbes et de ne pas perdre son aérodynamisme. L’écurie envoie les plans à la FIA en espérant avoir un retour positif rapide et mettre tout en place pour le prochain grand prix.
▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀▄▀
💬 Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager vos impressions !