Chapitre 3

📖 Trajectoires croisées ✍️ Naloup 📝 8266 mots

Deux semaines plus tard, les pilotes se rendent sur le circuit de Monza en Italie. Un circuit très attendu puisqu'il promet de belles batailles sur la piste. Leandro se prépare tranquillement avant de se rendre dans la zone médiatique. Au programme pour son jeudi : entrevue avec Formula Mag, session d’autographe de goodies à distribuer aux fans dans sa driver room, entretien sur le plateau de la FIA avec Andrea Moretti, un pilote Eos, et Rosa Danielsen, une pilote Holdstand, passage sur la scène de 

TV Sport, le partenaire officiel de rediffusion de la F1, avec sa coéquipière et les collègues de chez Scordato, et pour terminer avec une interview avec Auto Secret. 

De toute cette journée, il a hâte des interviews avec Formula Mag, les journalistes posent des questions centrée sur la course et les performances, c’est, à son sens, ce que doit faire un journal autour du sport auto. Pas comme Auto Secret qu’il renomme, très vite repris par les autres pilotes, Gossecret. Une magnifique contraction de gossip et secret. La tendance de ce journal à ne s’intéresser qu’aux bruits du paddock l’exaspère au plus haut point. Cependant, il sait que s’il n’y va pas, il va certainement avoir un blâme de son écurie. “C’est important d’avoir une bonne relation avec les médias !!” Le rappel acharné de son agent lui revient en tête. 

Les premières interviews se passent bien, malgré qu’il ne dise que l’essentiel et en moins de mots possibles. Il a encore un peu mal au poignet après avoir signé au moins cent casquettes et photos, pourtant, ils sont déjà en fin d’après-midi et la dernière interview approche. Celle qu’il redoute le plus. 

— Hello everyone It’s Mia Martins, we’re here with Lennart, known as Leandro Eriksson, présente la journaliste.

— Hello.

— Tell me, Leandro, we saw Nathan competing in the last race – how does it feel to no longer be the promising rookie this year?

— Bonjour à tous, je suis Mia Martins, nous sommes avec Lennart dit Leandro Eriksson, présente la journaliste. 

— Bonjour. 

— Dites moi Leandro, la dernière course nous avons vu Nathan concourir, cela vous fait quoi de n’être plus le rookie prometteur cette année ? 

Et ça recommence, Leandro n’a pas compté le nombre de fois où on lui a posé cette question de manière détournée. En plus, il fallait que ce soit Mia Martins, elle est réputée pour n’avoir d’intérêt que pour les scandales et les histoires de cœurs des pilotes. Et toutes ses interviews avec elle se sont toujours terminées par un énorme mal de crâne et sur le visage de la “journaliste” un mécontentement évident. Il préfère son collègue Henry Reinardt, qui s’intéresse davantage au sport qu’au people. Il lève les yeux et soupire d’agacement. 

— Nothing.

— Can you tell us more?

— It was his first F1 race; we’ll have to see how he gets on this weekend.

— You’ve known each other for a long time – do you have any juicy details to share with our readers?

— No. We’re not that close.

— Yet in almost all your F3 and F2 races you were on the podium; he’s a bit of a long-standing rival.

— You could say that. I was focused on my own race and what I needed to improve to stay in first place.

— You’ve never taken an interest in Nathan? La déception est présente dans la voix de Mia.

— Only when he set faster sector times than me, to use that as inspiration.

— I see. Earlier today, Emelie, your team-mate, told us you’re still single. How come? Don’t you have any luck with young women? Yet you’re such a handsome chap…

— Rien. 

— Pouvez-vous nous en dire plus ? 

— C’était sa première course en F1, à voir comment il se débrouille pour ce weekend. 

— Vous vous connaissez depuis longtemps, avez-vous des détails croustillants à partager avec nos internautes ? 

— Non. On n’est pas si proche que ça. 

— Pourtant sur la quasi-totalité de vos courses en F3 et F2 vous étiez sur le podium, c’est un peu votre rival de toujours. 

— On peut dire ça, je me concentrais sur ma course et ce que je devais améliorer pour rester premier. 

— Vous ne vous êtes jamais intéressé à Nathan ? La déception est présente dans la voix de Mia. 

— Seulement quand il faisait de meilleurs temps que moi dans les secteurs pour m’en inspirer. 

— Je vois, plus tôt dans la journée, Emelie, votre coéquipière, nous a confié que vous étiez toujours célibataire, comment cela ce fait ? Vous n’avez pas de succès auprès des jeunes femmes ? Pourtant beau garçon comme vous êtes… 

Elle se mord le bout de l’ongle de son index en détaillant du regard le pilote comme s'il n'est qu'un simple morceau de viande. Exaspéré, il pose son regard bleu ciel sur son agent, celui-ci monte son pouce en l’air pour lui signifier qu’il fait un super boulot et l’encourage à répondre, tout en essayant de prendre sur lui. 

— I don't have time with my work, siffle-t-il déjà à bout de nerf.

— Oooh, come on, I'm sure someone's waiting for you at your…

— No one, and it’s supposed to be about motor racing, not my personal life, coupe-t-il aussitôt.

— Tss. Right, guys, have we got enough footage? siffle-t-elle mécontente de la réponse du pilote.

— Yes, Mia, we can go. Bye, Leandro, thanks for your time, dit le caméraman.

— Bye.

— Je n’ai pas le temps avec mon travail, siffle-t-il déjà à bout de nerf. 

— Oooh aller je suis sûre que quelqu’un vous attend chez vo…

— Personne et c’est censé être en rapport avec le sport auto, pas sur ma vie perso, coupe-t-il aussitôt. 

— Tss. Bon les gars on a assez d’images ? siffle-t-elle mécontente de la réponse du pilote. 

— Oui Mia, on peut partir. Au revoir Leandro, merci pour votre temps, dit le caméraman. 

— Au revoir. 

Le Brésilio-Suédois se tourne vers son agent qui se masse les tempes. 

— Can’t you just be nice during an interview with them? Just once!!! s’énerve-t-il à moitié en colère, à moitié désespéré.

— It’s the journalist; she’s getting on my nerves with her stupid questions.

— Make a bit of an effort, smile and be nice, please; it’s important to have…

— A good relationship with the media, I know. They’re the ones who shape my image, but I just want to drive, not be a sideshow, termine-t-il en partant en direction du motorhome de son écurie.

— I know Gossecret isn’t the best blog for talking about F1, but they’re here and we have to put up with them, so hang in there. Next time will be the one, essaye de motiver Biixi. 

— Yeah, right. See you later, Biixi.

— See you later, Leandro.

— À une interview avec eux, tu ne peux pas être gentil ? Une fois !!! s’énerve-t-il à moitié en colère, à moitié désespéré. 

— C’est la journaliste, elle m’énerve avec ses questions connes. 

— Fais un petit effort, fais un sourire et sois gentil, s’il te plaît, c’est important d’avoir…

— Une bonne relation avec les médias, je sais. C’est eux qui font mon image, mais je veux juste piloter pas être une bête de foire, termine-t-il en partant en direction du motorhome de son écurie. 

— Je sais que Gossecret n'est pas le meilleurs blog pour parler F1, mais ils sont là et il faut les endurer, alors accroche toi. La prochaine sera la bonne, essaye de motiver Biixi. 

— Mouais. À plus tard Biixi. 

— À plus tard Leandro. 

La journée a fatigué Leandro plus qu’il ne l’a pensé. Une fois à son hôtel, il se pose dans le canapé et entame une petite sieste avant d’aller souper. 

Le weekend s’annonce difficile, toutes les voitures commencent à être suffisamment performantes pour mettre des bâtons dans les roues des différents adversaires. Tous le remarque lors des essais libres. Et une tension commence à se faire ressentir dans le paddock. 

Lors de son interview post qualification, Nathan confie que la voiture est très rapide en ligne droite, qu’ils ont toutes leurs chances de rester dans le haut du tableau, mais il sent encore que la voiture est encore assez instable dans les virages. 

De son côté, Leandro est satisfait de sa monoplace. Elle est fiable et rapide, parfaite pour Monza. 

La course se déroule sans accroc avec une bataille mémorable de la quasi-totalité de la course entre les pilotes 30 et 8. Aucun des deux rookies n’a voulu céder la 10ème place et c’est une perte de l’arrière de la monoplace de Nathan qui à eu raison de la bataille lors du dernier virage, le faisant ainsi terminer 14ème. Dessus, il rentre dans le garage et regarde le podium composé cette fois d’un doublé Eos et en 3ème position de Dominique Rupert. Cette saison s’annonce merveilleuse pour Eos encore une fois et pour Scordato qui leur tient tête. Du côté d’Elysium, ils mettent la pression sur les deux écuries mais se font rapidement rattraper par STM et Wikström. 

Il ne reste plus que la course à Portimao avant la coupure de mi-saison. Nathan s'entraîne sans relâche pour avoir de meilleurs résultats que la P14. Il veut remonter dans le classement pour prouver qu’il en est capable et qu’il peut lui aussi faire monter Wikström au plus haut de sa forme. Marc le remarque et l’avise de ne pas en faire trop, qu’il est encore un rookie et qu’il ne peut qu’évoluer. Le brun qui habituellement écoute son coéquipier ne l’entend cependant pas de cette oreille. Il DOIT ramener des points à l’écurie. Pour rattraper ce que n’a pas fait Antonio depuis le début de la saison. Marc, comprenant son sentiment, lui propose alors de faire une semaine ou deux d’entrainement chez lui pendant la pause. Ce que Nathan accepte avec joie. 

Le week-end à Portimao se termine. Les pilotes rentrent tranquillement chez eux. Avec les résultats en course, Leandro commence à craindre un certain pilote Français. Toute la durée de la course, il l’a eu dans son rétroviseur, en mettant la pression et en attendant tel un serpent de pouvoir le doubler quand il en aura l’opportunité. Sur les 66 tours de piste, les 35 premiers se sont passés de cette manière, il n’a eu du répit que lorsque son écurie l’a rappelé au stand pour changer les pneumatiques. Problème, Nathan a été rappelé en même temps que lui. Il ne remerciera jamais assez ces ingénieurs pour n’avoir mis que 2.1 secondes d’arrêt qui lui a valu de prendre un peu d’avance sur son concurrent, qui lui, s'est arrêté 3.0 secondes. Mais très vite dans la ligne droite après le virage 4, le numéro 30 s’est de nouveau positionné dans ses rétroviseurs pour ne plus y bouger. Lors du tour 52, le Français a réussi un dépassement, qui, au tour 54 s’est vu inutile, puisque le Brésilio-Suédois lui est repassé devant. Finalement, Leandro ne doit sa 9ème place que grâce à Tamako qui, au 60ème tour, a eu un problème de moteur sur sa voiture le contraignant à un abandon. 

Peut-être que les médias qui le décrivent comme “le grand rival de Leandro” ne sont pas si loin de la réalité. Ou peut-être que Leandro s’en rend seulement compte après cette course psychologique acharnée. 

— Hey Emelie, how do you know when you've got a rival? demande alors le pilote 8 à sa coéquipière. 

— I'm not really sure, to be honest, but in my case, it's when I see the same driver tailing me a bit too closely in every race and he's almost able to overtake me. Why is that?

— Just like that, thanks.

— Dis Emelie, comment on sait quand on a un rival ? demande alors le pilote 8 à sa coéquipière. 

— Je sais pas trop je t’avoue, mais dans mon cas, c’est quand je vois un seul et même pilote me talonner d’un peu trop près chaque course et qu’il peut presque me dépasser, pourquoi ? 

— Comme ça, merci. 

La pilote Allemande regarde le tableau des scores et comprend tout de suite. 

— Is that Nathan?

— Yes.

— I see. You know, he’ll help you reach your full potential if you see him that way.

— Only if he manages to beat me.

— He’s a champion, so keep that mindset and you’ll soon be world champion! rigole-t-elle. 

— C’est Nathan ? 

— Oui. 

— Je vois, tu sais, il te permettra de te surpasser si tu le vois comme tel. 

— S’il arrive à me dépasser, seulement. 

— Monsieur est un champion, garde cet état d’esprit et tu seras vite champion du monde ! rigole-t-elle. 

Il hoche la tête pour approuver sa remarque. Il est pilote et sera champion du monde, c’est ce qu’il a toujours voulu. 

Dans sa chambre d’hôtel, il repense à ce qu’a dit sa coéquipière. “Un rival c’est quelqu’un qui me talonne d’un peu trop près à chaque courses et qu’il peut presque me dépasser.” En se remémorant ses anciennes courses, c’est vrai que Nathan a toujours été là. Dans son rétroviseur, à attendre le bon moment pour dépasser. Tel un serpent guettant ses prochaines victimes. 

En somme, un pilotage similaire à celui de Leandro, mais si lui reste dans les rétroviseurs c’est surtout pour s’amuser à mettre une pression psychologique supplémentaire au pilote devant lui. Tel un félin qui s’amuse avec ses proies. 

Nathan, lui, y reste pour avoir les meilleures opportunités possibles. S’il le peut, il doublera. 

Après cette introspection, oui, il peut dire que Nathan est certainement son rival. Peut-être pas le plus grand, ou du moins pas encore, mais définitivement un rival à ne pas laisser passer. 

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Il ne reste que deux semaines de repos. Nathan se réveille à cause du clairon qui hurle à côté de ses oreilles. 

— MARC!!! FOR GOD’S SAKE, STOP!!! I’M GET UP, crie-t-il en se couvrant les oreilles.

— Get up, you sleepyhead, we’ve got a busy day ahead!!! l’amusement dans la voix de l’Américain prouve qu’il est fier de sa bêtise. 

— MARC !!! PAR PITIÉ ARRÊTE !!! JE SUIS DEBOUT, crie-t-il en se couvrant les oreilles. 

— Debout la marmotte, on a un programme chargé !!! l’amusement dans la voix de l’Américain prouve qu’il est fier de sa bêtise. 

Pendant les deux semaines où il était chez son coéquipier, les journées ont été très similaires les unes des autres : séances de sport en cardio, renforcement musculaire et équilibre, simulateur, apprentissage des différents circuit restant de la saison. Donnant ainsi au jeune pilote une base d’une routine d'entraînement quotidien pour garder la forme. 

Marc prenant son rôle d’ainé à cœur et devant la soif d’apprendre de son rookie, ne pouvait s’empêcher de lui partager toutes les connaissances qu’il détient pour l’aider au mieux. Depuis le Portugal, l’Américain se demande si cette obsession à être meilleur ne vient pas de Leandro. Il a remarqué que les deux rookies se combattent très régulièrement sur la piste. 

Lors du dernier repas, Marc pose enfin la question qui lui brûle les lèvres depuis plusieurs semaines et qui mettra fin à ses soupçons. 

— Tell me, Nathan, is this drive to improve down to your rivalry with Leandro?

— Not really, no. I want to be better for the team and for myself. I want to feel worthy of my seat in F1. It’s true that Leandro and I battle regularly, but to be honest, I’ve never really seen him as a rival. More like someone I have to beat at all costs to achieve my dream.

— I see. But you know that what you’re telling us is the very definition of a rival, se moque le pilote 27. 

— Dis-moi Nathan, cette envie de progression, c’est à cause de ta rivalité avec Leandro ? 

— Pas vraiment, non. J’ai envie d’être meilleur pour l’équipe et pour moi. Je veux me sentir digne de mon baquet en F1. C’est vrai qu’avec Leandro on se bat régulièrement, mais à vrai dire, je ne l’ai jamais vraiment considéré comme un rival. Plus comme une personne à battre à tout prix pour atteindre mon rêve. 

— Je vois. Mais tu sais que c’est la définition même d’un rival ce que tu nous dis là, se moque le pilote 27. 

Silencieux, Nathan pose ses couverts et réfléchit à la remarque. 

— Are you OK? I didn't mean to hurt your feelings, s’inquiète Marc. 

— Yeah, I know, it's just that, actually, that's the very definition of a rival. I think you've just made me realise something the media have been drumming into us since F3, rigole Nathan, thanks!

— Glad I could help with your personal development, kid!! suit-il.

— Ça va ? Je ne voulais pas te blesser, s’inquiète Marc. 

— Oui, je sais, c’est juste qu’effectivement, c’est la définition même d’un rival. Je crois que tu m’as juste fait comprendre un truc que les médias nous rabâchent depuis la F3, rigole Nathan, merci ! 

— Content d’avoir pu aider dans ton évolution personnelle gamin !! suit-il. 

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Après la pause, le tant attendu grand prix du Castellet en France est enfin là. Tous les pilotes charrient Nathan et Daniel comme c’est leur home race. 

Dès les essais libres 2, l'entièreté du paddock sens que Nathan a fait de net progrès lors de la pause. Et même si les autres pilotes sont eux aussi au top de leurs formes, ils ne sont pas dupes, Nathan a de fortes chances de s’inscrire facilement dans le top 6 lors de ce GP. Il comprennent aussi très vite que Marc y est pour quelque chose. L’expression de papa fier qu’il arbore depuis la fin des essais libres en est une preuve assez significative. 

Lors des qualifications, le pilote 30 arrive jusqu’en Q3 où il se place 8ème sur la grille. Content de cette place, il ne manque pas de la dédiée à sa famille, à son écurie et à son coéquipier qui l’a énormément aidé lors de la pause estivale. 

Leandro, de son côté, est arrivé en P9. Écumant les datas et ses résultats lors de ses tours et les comparant aux courbes de Nathan. Son but, comprendre et réapprendre le circuit par le prisme du Français. 

— Everything OK? demande Emelie qui passe par là.

— Yes, I'm taking notes for tomorrow.

— Don't overwork yourself, and don't forget – he may be your rival, but you're always ahead of him in the races.

— Thanks, Emelie.

— You're welcome!

— Tout va bien ? demande Emelie qui passe par là. 

— Oui, je prends des notes pour demain. 

— Ne te tue pas à la tâche surtout et n’oublie pas, il est ton rival, mais tu es toujours devant lui lors des courses. 

— Merci Emelie. 

— Pas de quoi ! 

Leandro lâche son stylo et se vautre sur sa chaise en basculant sa tête en arrière. Il regarde le plafond comme si celui-ci a toutes les réponses à ses questions. 

Jamais il n’a considéré un autre pilote comme un rival et il est perdu avec cette réalisation. Il sait qu’il est meilleur, mais comment faire avec la menace de plus en plus présente de cet autre pilote. Ça n’a été que les qualifications et la course ne se joue que le lendemain, mais partir derrière Nathan lui met tout de même un coup. Il sait qu’il pourra remonter, mais le pilote 30 a significativement progressé. Et si le Brésilien loupe son départ et qu’il ne le rattrape jamais. 

Voulant couper court à ses pensées indésirables, il se redresse sur sa chaise. Définitivement, cette histoire de rival lui prend bien trop la tête, il pilotera comme il l’a toujours fait, et remontera sur Nathan ne lui laissant aucune possibilité de victoire sur lui. Tout simplement. 

Le dimanche de course, les deux rookies se préparent dans le driver room. Comme à son habitude, une fois la parade terminée et les dernières interviews faites, Leandro termine de mettre sa combinaison et check toute son équipe d’ingénieurs. Il s’installe dans sa monoplace et visualise le circuit. Chaque courbe, chaque ligne droite, chaque arrêt au stand. 

Dans son casque, Niels Kösler l’informe que le tour de formation commence dans 5 minutes. Encore 5 minutes de préparation mentale pour les 53 tours qui arrivent à grand pas. Il refait rapidement le tour des avancées techniques et des réglages de la voiture. Freins, batterie, engrenages des vitesses, différents réglages et positions moteurs à faire en courses, litres de carburant disponible, états des pneus, stratégies vu en amont avec l’équipe. 

Plan A : 1 arrêt entre les 20ème et 30ème tours, passage de la gomme médium à dure. 

Plan B : 1 arrêt entre les 33ème et 43ème tours, passage du médium en tendre. 

Plan C : 2 arrêts, le premier entre le 20ème et le 28ème pour un passage en gomme dure, et le second entre les tours 45 et 48 pour un passage en tendre. 

Plan D : 2 arrêts, le premier entre le 15ème et le 20ème pour un passage en gomme dure, et le second entre les tours 40 et 48 pour un passage en tendre.

>>Just 30 seconds to go, get ready. The weather’s good: sunny, with no rain forecast during the race. The outside temperature is 24°C and the track temperature is 30°C at the moment – make sure you keep your tyres warm. As for the wind, it won’t have much of an impact on the race.<<

>>OK.<<

>>Plus que 30 secondes, prépare toi. La météo est bonne, soleil, pas d’averses prévues pendant la course, température extérieure à 24°C, température de la piste à 30°C pour le moment, garde bien tes pneus chauds. Pour le vent, il n’est pas important pour la course.<<

>>OK.<<

Le départ est annoncé, les monoplace s’élancent et font le tour d’échauffement. Une fois sur leur place respective, les pilotes concentrés attendent l’extinction des feux pour commencer ce 11ème grand prix de Formule 1. 

Les batailles font rage sur le circuit français. Les opportunités de doubler y sont nombreuses et les pilotes s’en donnent à cœur joie. 

Nathan vole sur la piste. Sa voiture à encore des difficultés dans les virages, mais elle rattrape ce défaut en ligne droite où elle file comme le vent. 

Lors des premiers tours, Leandro reste derrière Nathan à quelques millièmes de seconde. Il le colle, lui met la pression pour faire craquer le pilote français qui résiste à ses assauts. Rodé par la F3 et F2 de la façon de faire de son homologue Brésilien, Nathan ne se laisse pas si facilement avoir par la bataille psychologique qui se déroule entre les deux pilotes. Devant eux, la monoplace d’Adriel Dean se rapproche. Petit à petit, il se retrouve dans la bataille des deux rookies. Bien déterminé à garder sa 6ème position, l’Australien se défend face à eux. Sa voiture est performante et fiable, confiant dans son pilotage, il sait que les rookies ne passeront pas. 

Après le virage du Mistral, Adriel ressort un peu trop large permettant ainsi à Nathan de le doubler juste après avoir enclenché son DRS. Suivi de près par Leandro. Relégué à la 8ème place, l’Australien conscient de son erreur tente malgré tout de revenir sur les deux pilotes déjà à 1 seconde devant lui. Et plus la course se poursuit, plus l’écart se creuse. Son ingénieur de course lui demande alors de se concentrer sur la gestion de pneus plutôt que sur la bataille qui fait encore rage devant lui. Il accepte à contrecœur et reprend son style de pilotage doux et économique. 

Plus tard, lors du virage 10, Leandro passe enfin devant. Il conserve sa place un tour avant de se faire dépasser par le numéro 30. Ce dernier, dans la ligne droite de la ligne d’arrivée reprend l'avantage qu’il garde jusqu’à la fin de la course. Cependant Leandro, à cause d’un tête à queue lors du 47ème tour se retrouve projeté en P10. 

Une fois toutes les monoplaces garées dans les garages, les célébrations commencent. Wikström n’a jamais fait un aussi bon résultat de courses cette saison, P4 pour Marc et P6 pour Nathan. Le champagne est sabré et rien ne vient compromettre la célébration. La famille de Nathan est invitée au repas traditionnel de l'équipe. Les conversations vont de bons trains et la fierté sur tous les visages se lit, surtout sur ceux des parents de Nathan qui réalisent que leur unique fils accomplit enfin son plus grand rêve. 

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Les semaines passent et les weekend de courses qui vont avec. Le 17ème et avant-dernier grand prix se prépare à Sao Paulo au Brésil. La home race de Leandro. Toute sa famille et ses amis sont là pour le voir concourir. 

Ce circuit qui a un nombre assez inhabituel de safety car fait quand même secrètement espérer au Brésilien une belle course et que cette fois-ci, il n’y en aurait pas de trop. 

Il a aussi hâte de se mesurer à Nathan sur ce circuit. Le DNF du pilote 30 à Singapour lui a laissé un goût d’inachevé dans la bouche. Alors que le Brésilien a été en tête tout du long de leur combat pour la 10ème place, Nathan, en passe de faire un magnifique dépassement, s'est approché trop près du mur et l’a heurté. Rien de grave heureusement, le Français est ressorti indemne de sa monoplace, mais a été contraint d’abandonner. 

Le suivant à Suzuka, ils se sont vite rattrapés. Les journalistes ont rapidement mis leurs nez dans leurs conflits en piste. Les décrivant comme des chasseurs chassés et n’ont hâte que d’une chose, les revoir s’affronter. Et ils n’ont pas été déçus. Lors des essais libres, l’un et l’autre ont toujours été à quelques millièmes de secondes l’un de l’autre, intervertissant incessamment leurs positions. Se faisant, ils se sont pris quelques remontrances de la part de leur directeur, leur rappelant que la course se dispute à partir du samedi et pas du vendredi. En qualification, Leandro est arrivé 10ème et, de son côté, Nathan est arrivé 11ème. Enfin, le jour de la course, là où tout se joue réellement. Après un départ assez chaotique, la course se termine avec une P10 pour Nathan et une P9 pour Leandro. 

Mais à Mexico, c’est la panne de Leandro qui y a mis un terme à leur affrontement du jour. Comme pour Singapour, Leandro a été devant et une soudaine perte de puissance du moteur le force à s’arrêter. 

Aujourd’hui à Sao Paulo, il compte bien se battre de toutes ses forces contre le Français. Et même si, entre-temps, le calendrier de course leur ont permis de se raffronter à Miami et à Austin, ces deux circuits n’ont pas la même signification pour lui que Sao Paulo. Il est chez lui. Il doit battre Nathan sur ses terres tout comme Nathan l’a battu sur les siennes. Il se doit de faire honneur au début de leur rivalité assumée qui s’est déroulée sur le sol français. 

C’est confiant qu’il monte dans sa monoplace. Elle est parfaite. Les mécaniciens et ingénieurs ont fait un travail remarquable tout au long de la saison et surtout lors des essais libres. Nathan est juste devant lui sur la 9ème position. Les feux s’éteignent et ils s'élancent, commençant les batailles de places et de points. De ce qu’il a pu observé en essais libres, la voiture de Nathan est beaucoup plus stable dans les virages et à l’air assez fiable. Ces informations le font sourire et accélérer pour commencer le combat tant attendu, non seulement des spectateurs mais surtout des pilotes. Ils aiment se battre sur la piste, montrer qui est le meilleur et qui l’emportera. Chacun intimement convaincu de sa propre supériorité. Nathan regarde dans ses rétros et voit Leandro. 

>>Eriksson, 1.1 seconds to go – get ready to defend.<<

>>Copy.<<

>>Eriksson à 1.1 secondes, prépare toi à défendre.<< 

>>Ok.<< 

Il sourit et pour lui compliquer la tâche, il accélère encore un peu. Devant lui il repère Dean, il se fixe comme objectif de le dépasser. 

Les tours passent et les écarts entre les 3 pilotes se réduisent peu à peu. Leandro est juste derrière Nathan, profitant de l’aspiration que lui offre la monoplace du pilote Français pour ménager un peu sa propre voiture. Une fois dans la ligne droite Reta Oposta, Leandro active son DRS et passe devant. Nathan ne se laisse pas faire et le colle, usant de la même technique. Dean fait un tête à queue laissant le champ libre aux rookies. 

Il ne reste que 13 tours. Nathan est rappelé aux stands pour chausser des pneus tendres. Malgré ses protestations comme quoi ses durs peuvent durer jusqu’à la fin de la course. Son ingénieur de course essaye de lui faire comprendre qu’il veut tenter un undercut. De prendre l’avantage des nouvelles gommes de Nathan sur celles usées de Leandro. Ne comprenant pas l’intérêt de le faire à 13 tours de la fin, il se déporte tout de même dans la voie des stands. 2.3 secondes d’arrêt. Il ressort 16ème. Leandro voyant là une chance de ne plus avoir la menace de Nathan, remonte tranquillement sur son prochain adversaire, Marc. 

Plus que 10 tours, Nathan est pour le moment 13ème, il se faufile dans le peloton gagnant petit à petit des places. Marc ralentit Leandro pour permettre à Nathan d’arriver et de le dépasser. Il sait que son plan est risqué, mais la tendance du pilote Brésilien à rester derrière pour mettre la pression lui sera bénéfique. En plus, Marc sait pertinemment qu’il est l’un des meilleurs pilotes de la grille en défense, si ce n’est pas le meilleur. Ce n’est pas un rookie qui va le dépasser aussi facilement. Le plan du pilote Américain se met enfin en place lors du 65ème tour. Pris en sandwich entre les deux Wikström, Leandro se rend compte un peu trop tard de la toile d’araignée dans laquelle il est pris au piège. 

Dans son casque, il se maudit de ne pas l’avoir vu plus tôt, lui et son plaisir de mettre la pression l’a mené à cette situation. Et si Niels l’a prévenu de doubler Marc le plus rapidement possible, ça a été pour éviter cette configuration. Et malgré le fait que le pilote a pris note de sa demande et plus d’une dizaine de fois il a tenté le dépassement, qui se sont tous révélé inutile et impossible face à la défense de l’Américain. Il ne reste que 4 tours, il lui faut maintenant résister aux assauts de Nathan et tenter de passer devant Marc. Un peu plus agressif qu’habituellement, Leandro puise dans le reste de ses pneus pour tenter un énième dépassement. Rien n’y fait. Dans son rétroviseur, il voit Nathan qui commence à déboiter. Un drapeau jaune stoppe sa remontée. Safety car. Le Français se remet derrière le Brésilien et ils terminent la course dans cette configuration. Leandro est P8 et Nathan P9. 

Ils quittent leur monoplace et se rendent à la pesée. Leurs regards se croisent et ils font un signe de tête de remerciement pour la course. Nathan calcule rapidement, avec les points que Leandro a gagné, il est maintenant 12ème dans le championnat. De son côté, Nathan est loin derrière à la 17ème place. Pour tenter de se rassurer, il se rappelle qu’il n’a pris la saison qu’au mois de juillet. Il est donc normal qu’il soit loin. 

Pour les médias, ce combat est un nouveau sujet pour faire couler l’encre. Ils leurs demandent leurs impressions, ce qu’ils ont pensé de la stratégie mise en œuvre par Wikström pour prendre l’avantage, etc. Tous deux répondent qu’encore une fois ils ont apprécié leur duel. Du côté de Nathan, il confie que bien que le changement de pneu soudain l’a perturbé et qu’il n’en a pas vraiment compris l’intérêt, il a fait confiance à son ingénieur de course et qu’effectivement, sans la safety car, il aurait pu passer devant Leandro. 

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C’est maintenant le dernier weekend de grand prix sur le circuit de Yas Marina à Abu Dhabi. Ce soir se jouera le sacre champion du monde de Formule 1 de 2012. Aussi surprenant que cela est, le titre se joue entre les deux pilotes d’Eos. Non pas pour déplaire à l’écurie puisque cela leur permet de récupérer en plus le championnat constructeur, mais les tensions au sein du paddocks sont palpables. 

Nathan redoute cette course. Et même si sa famille est venue le voir pour sa première dernière course de la saison et qu’il se déstresse avec eux, il appréhende déjà la chaleur insupportable de la piste, ses irrégularités traîtres et la nuit. Même si le circuit est extrêmement bien éclairé, les jeux d’ombres et de lumières avec le ciel sombre peuvent induire en erreur les pilotes sur leurs perceptions des distances. Les courses de nuit sont celles qu’il aime le moins. Aurore le ressent. 

— Tout va bien ? lui demande-t-elle. 

— Oui, je stresse un tout petit peu c’est tout, ne t’en fais pas, essaye-t-il de la convaincre. 

S’il y a bien une chose que la langue des signes lui a apprise c’est que le corps ne ment pas, et que même s’il signe avec des gestes francs et plein d’assurance, des micros tremblements trahissent son stress. Elle le prend dans ses bras espérant lui transférer sa force. Il enfonce sa tête dans l’épaule de sa sœur et la sert fort. Finalement, il relève sa tête et la porte en tourbillonnant sur lui-même en rigolant à pleins poumons. 

— Merci petite sœur ! 

— Pas de quoi, tente-t-elle de signer encore étourdie. 

Après avoir dit au revoir à sa famille, il se retire dans sa driver room pour se préparer en vue de la parade et de la course. 

Le tour de chauffe débute et Nathan se remémore les conseils de Marc : boire souvent, si tu ne le sens pas, ne pousse pas et surtout boire souvent. 

La course démarre. La chaleur est éprouvante mais pour le moment il tient bon. Devant lui, Leandro est au top de sa forme. Il décide de rester dans son sillage pour profiter de ses trajectoires et ne pas trop mettre sa monoplace en difficulté. 

Au tour 31, Leandro est appelé au stand. Intérieurement, il ne remerciera jamais assez le système de refroidissement des pilotes qui lui permet de tenir. Sans, il aurait sûrement déjà abandonné. Il repart en piste, ses gommes dures sont censés le mener jusqu’à la fin de sa course. Il arrive à rattraper les 10 premiers. Il repère Nathan à la 9ème place qui a l’air en difficulté face au pilote derrière lui. Et lors du 39ème tour, il se fait pousser par son adversaire contre un mur lors d’un virage provoquant une virtual safety car, puis une safety car. La FIA jugeant le lieu de l’accident suffisamment grand pour ne pas enclencher de drapeau rouge, laisse les pilotes sur la piste. Nathan contraint à l’abandon quitte sa monoplace et se met rapidement à l'abri derrière les barrières de sécurité. Leandro triste de ne pas continuer son combat se reconcentre pour reprendre la course. 

Alors qu’il réchauffe ses pneus, il passe trop près des barrières dans la chicane 7-8. Beaucoup trop près, sa roue avant tape dans le virage 7 et avec la vitesse, il s’engouffre dans celle du 8. Cette fois la FIA annonce un drapeau rouge pour récupérer en toute sécurité la voiture du pilote 8. Tout le monde rentre au stand et Leandro, dégoûté de son accident bête, s’excuse auprès de son écurie. La retransmission de sa radio résonne partout. Donnant lieu à l’une des ses plus célèbres radio : “I’m so fucking idiot, I’m sorry guys”. Et les replays des images des deux accidents sont diffusées. 

La course se termine et ils assistent au deuxième sacre de Narciso Bento. 

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💬 Commentaires 1

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Xenos_Walker • 3 mois
J'aime bcp ce chapitre !! On y perçois toute la tension de chaque course. Et surtout l'évolution de la relation entre nos deux pilotes et leur rivalité qui s'installe !! Un chapitre rondement mené qui sait nous tenir en haleine aussi bien que chaque course qu'il décrit. Et que dire de ces courses ! Des noms de circuit mythique qui raisonne encore Monza, Abou Dabi, Paul Ricard...

À si seulement le circuit du Castellet pouvait être encore présent (⁠・ั⁠ω⁠・ั⁠) Comme tous fan français je rêve de le revoir, lui ou le Bugatti du Mans !!! Mais bon pour nous consoler on a Monaco mais c'est pas pareil.

Enfin. Bref je ne dirais qu'une chose pour conclure :

Montez le volume et rendez vous au premier virage.
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