objet: Acteur studio
Je suis content que tu me répondes, mon vieil ami. J’avais bien zieuté certains de tes articles dans la presse au début des années 2000 et feuilleté un ouvrage que tu m’avais envoyé lorsque nous étions toujours plus ou moins en contact. J’avais aussi retrouvé ta trace sur d’autres réseaux mais les pages semblaient abandonnées depuis cinq ou six ans. Des ruines. J’avais alors compris que tu continuais ton aventure loin d’ici. Une sorte de spin-off de ce que nous étions sur une chaîne à laquelle je n'étais pas abonné. Et puis, il y a quelques mois, en écumant les sites d’auteurs indépendants, je t’ai retrouvé, ici, un peu par chance. Après avoir trouvé le courage de lire tes récits, j’y ai reconnu ta plume et peut-être un peu de nous aussi. Mais tout cela me paraissait irréel jusqu’à ce que je reçoive ton message.
Tu existes donc toujours.
Parmi les cassettes que j’ai visionnées, bien entendu, il y a les rushs de ce film. Entre les trames entrelacées, il y a toi, en camisole, toi en Charly. Du coup ce n’est pas vraiment toi et c’est assez bizarre de parler au vrai toi, celui à la surface de ce monde, et pas au personnage prisonnier d’une bande noire enroulée autour des mécanismes d’un magnétoscope. Enfin si tu me suis...
Il y a cette scène où tu rentres dans ton mode acteur studio et tu te mets à baver sur le parquet. Un vrai schizo ce Charly. Alors que toi, j’ai toujours eu l’impression que tu avais la tête sur les épaules. Je crois que ce n’était pas dans le script et que tu as largement improvisé, comme nous tous. Et c’est cela aujourd’hui qui me marque. Le film n’est pas tant un film qu’un document sur ceux qui ont fait le film. A travers nos aspirations, nos sentiments, nos doutes, nos pensées déjà un peu décalées par rapport au monde.
Bref. Ce n’est pas pour parler de ce film que je t’ai écrit. Enfin pas directement. Il y a autre chose sur ces bandes.
Ce soir, je ne rentre pas chez moi, je reste ici. Quelque chose vibre en moi à cette idée. Je n’arrive pas à déceler si c’est de la peur, de l’excitation, une sorte de nostalgie étrange qui grouillerait dans mon ventre. Mais je reste dans le grenier. Tu es toujours là ?
Jess
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