Chapitre 57 - Les pays que l’on quitte continuent parfois d’habiter en nous

📖 VILA MARIA ✍️ Splinter 📝 808 mots

Le retour de Cascais se fit dans le calme. Pour une fois. Pas de théorie sur les mitochondries. Pas de débat sur les sorcières de Zanarcond. Pas d'analyse comportementale des touristes allemands en tongs. Juste la route. Le soleil qui descendait lentement. Et la musique qui jouait doucement dans la Polo. Luna conduisait. Emmanuel regardait le paysage défiler. Les collines. Les maisons. Les pins. L'océan qui apparaissait parfois entre deux virages. Puis Luna remarqua quelque chose. Emmanuel était ailleurs. Pas triste. Pas vraiment. Mais ailleurs. — Tu penses à quoi ? Petit silence. — La Lituanie. Luna hocha simplement la tête. Comme si elle s'attendait déjà à cette réponse. Parce qu'elle avait appris quelque chose sur Emmanuel.

Quand il regardait longtemps par la fenêtre sans parler... il voyageait souvent dans le passé. Le vent passait doucement par la vitre entrouverte. Puis Emmanuel sourit légèrement. — Tu sais ce qui est bizarre ? — Quoi ? — Je suis heureux ici. — Je sais. — Non. Vraiment heureux. Luna resta silencieuse. Parce qu'elle le savait. Ça se voyait. Dans sa façon de rire. Dans sa façon de dormir. Dans sa façon de respirer. Même sa posture avait changé depuis son arrivée. Puis Emmanuel regarda la route. — Et pourtant... La phrase resta suspendue. — Pourtant ? — Certaines choses me manquent. Le Portugal défilait toujours derrière les vitres. Puis il reprit doucement : — Pas la vie que j'avais. Pas la fatigue. Pas les disputes. Pas les tensions. Pas le sentiment d'étouffer.

Il secoua la tête. — Ça non. Luna écoutait simplement. Puis Emmanuel regarda l'horizon. — Mais certains moments oui. Très doucement. Comme quelqu'un qui ouvre une vieille boîte remplie de souvenirs. — Les hivers. Luna éclata immédiatement de rire. — Pardon ? — Je sais. — Emmanuel... Personne ne regrette volontairement l'hiver lituanien. — Moi si. — Tu es malade. — Probablement. Ils rirent. Puis il continua. — Le premier café du matin quand il fait encore nuit dehors. La neige. Le silence. Les rues blanches. Certaines balades. Certaines habitudes. Il sourit légèrement. — Les boulangeries aussi. — Les boulangeries ? — Oui. — Tu traverses l'Europe pour une histoire d'amour et tu regrettes les

boulangeries. — J'ai mes priorités. Validation immédiate. Puis son sourire s'adoucit. Et Luna comprit que cette fois... ils approchaient des vraies choses. — Klydia me manque parfois. Le vent sembla ralentir. Pas parce qu'il regrettait son choix. Pas parce qu'il voulait revenir. Simplement parce que la vérité était plus complexe que les histoires racontées par les films. — Elle me manque comme une partie de ma vie me manque. Pas comme un futur. Comme un passé. Luna resta silencieuse. Parce qu'elle comprenait parfaitement la nuance. Puis Emmanuel poursuivit : — J'ai partagé énormément avec elle. Des années. Des projets. Des rêves. Des galères. Des fous rires. Tu n'effaces pas ça parce qu'une histoire se termine. Le soleil descendait maintenant derrière les collines. — Je crois que les gens mentent quand ils disent qu'ils tournent complètement la page.

Luna réfléchit quelques secondes. Puis : — Je crois aussi. Petit silence. Puis Emmanuel souffla doucement. — Et Rolina... Ah. Le deuxième fantôme. Le plus compliqué. Le plus récent. Le plus étrange. — Elle me manque parfois aussi. Luna serra légèrement le volant. Très légèrement. Emmanuel le remarqua immédiatement. Alors il posa sa main sur la sienne. — Pas comme tu crois. — Alors comment ? Il réfléchit longtemps. Puis trouva finalement les mots. — Comme quelqu'un qui t'a réveillé. Le silence revint. — Tu sais... Parfois certaines personnes arrivent dans ta vie juste pour te montrer que tu es encore vivant. Pas forcément pour rester. Pas forcément pour construire. Mais pour te réveiller. Luna regardait maintenant la route.

Et pour la première fois... elle comprit véritablement ce que représentait Rolina dans l'histoire d'Emmanuel. Pas une rivale. Pas un amour perdu. Un déclencheur. Puis Emmanuel sourit doucement. — Je lui serai toujours reconnaissant pour ça. Le Portugal réapparut devant eux. Les lumières de Caparica commençaient à s'allumer. Et soudain... Luna posa la question la plus importante. — Alors pourquoi tu es là ? Emmanuel regarda longtemps le ciel rose du soir. Puis répondit simplement : — Parce que le passé me manque parfois. Mais il ne m'appelle plus. Silence. Très grand silence. Puis il ajouta : — Avant, quand je pensais à la Lituanie, j'avais envie d'y retourner. Aujourd'hui... j'ai juste envie de m'en souvenir. La différence était immense. Puis il regarda Luna. Vraiment. — Et parce qu'ici... Il sourit. — j'ai trouvé quelque chose que je n'avais plus depuis longtemps.

— Quoi ? Le soleil disparaissait complètement maintenant. — La paix. Petit silence. Puis : — Et toi. Luna ne répondit rien. Elle prit simplement sa main. Et continua de conduire. Parce que parfois... les plus belles déclarations d'amour ne demandent aucun autre commentaire.

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