Lucas - 7

📖 Fragments de lumière ✍️ JéromeBolt 📝 725 mots

Le moment dura.

— Il ne faut pas qu’on se prépare ?

Un grognement. Leurs têtes se rapprochèrent, leurs visages, leurs yeux s’accrochèrent, mais les lèvres s’évitèrent. Alex se détendit doucement, sa tête descendit doucement vers le torse de Lucas, continua. Les yeux restaient soudés.

Ce geste, Lucas le connaissait. Murielle l’avait commencé quand ils avaient… La première fois avec une fille. Ce souvenir ne revenait pas avec un gout agréable. Il en avait deviné la suite. Il n’en avait pas eu envie. Ni de la réciproque. Encore moins.

Dans ce coin de vestiaire crasseux, conduit par ce demi-garçon, ce geste était devenu une évidence à accepter, une liberté à ne pas restreindre. Son emportement fut à la mesure de cette offrande.

 Quand leurs peaux se quittèrent, un sentiment inconnu envahit Lucas, sans mot pour la nommer. La paix d’un aboutissement, l’annonce d’une ouverture.

Il regarda Corentin, qui se relevait. Ce corps, ce visage, ces yeux. Tout disait autre chose. Une envie de rester, de continuer, d’aller n’importe où. Mais avec lui. Peu importait le reste.

Lucas était sûr de lui maintenant, transformé par ce bienfait. Il allait accompagner Alex.

Il ramassa le vêtement, le posa sur lui.

— Mais il pue ! Je ne peux pas enfiler ça !

Corentin n’avait pas bougé, paraissant pris d’un doute, perturbé par la réaction inattendue. Lucas ne paraissait pas avoir vécu ce partage, mais ne s’intéresser qu’à la suite.

— Tu es vraiment bizarre, toi. Tu avais peur, tu doutais et maintenant, on dirait que tu connais ce travail. Mais tu as raison. Va voir s’il n’y en a pas un autre !

Alex entendait Lucas à nouveau en train de s’amuser et de s’exclamer.

— Tu as bien fait ! Les couleurs sont plus jolies. Tu as bon gout !

Corentin se passa la langue sur les lèvres. Lucas rougit, la chaleur revenait.

— Tu sais, Corentin, il s’arrêta une fraction de temps sur ce prénom, j’aime bien ton ambiguïté, tes phrases à double sens. J’aime la gradation, pas le blanc ou noir.

— Moi, j’aime te voir rougir.

Le résultat escompté le fit rire. Lucas continua :

— Ce que j’ai dit tout à l’heure, je ne le pensais pas vraiment.

— Tu es gentil, mais tu as raison. Je ne sais pas décider. Je ne sais même pas toujours qui je suis…

Il regarda sa montre.

— Oh là là ! On doit se préparer. Tu mets un truc dessous.

— Mon boxer ?

Corentin se mit à rire.

— C’est un tue-l’amour ! Tiens !

Il lui tendait un minuscule slip rouge. Lucas le tenait du bout des doigts, jaugeant la taille. Trop petit apparemment.

— Enfile ! C’est élastique et c’est du solide. Ça résiste à tout ! Même aux mains. Pas comme ça !

Corentin le tira à lui et le repositionna. Lucas se laissa faire. Personne, même Murielle cette fameuse nuit, ne l’avait manipulé ainsi. L’absence totale d’équivoque, le naturel, rendirent le geste anodin. En revanche, cette position rendait l’exposition complète.

— Ça va aller ?

L’interpellation était claire sur la suite. Corentin s’inquiétait. Lucas haussa les épaules. Maintenant, une indifférence à ce qui allait se passer lui venait. Il sentait sous ses pieds un socle solide, sans bien savoir sa nature.

Ils s’habillèrent chacun de son côté. Lucas finissait de s’ajuster quand il leva les yeux. Devant lui, une charmante soubrette le regardait. Plutôt une caricature, mais sa perfection excusait tout. Sa jupe s’arrêtait très vite, sur un panty de dentelle blanche aussi court, libérant de longues jambes qui se terminaient dans des socquettes. Surtout, les boucles et la petite coiffe soulignaient ce visage tout en finesse.

— Eh ! Ferme la bouche ! Je vais finir par croire que tu es amoureux !

Lucas cherchait Alex, le garçon qui l’avait guidé. Amoureux ? Le mot accrochait. Séduit par cette image si féminine, certainement. Il était amoureux de Marie. Oui. Mais de cette servante ? Il avala sa salive, pour ne rien dire.

— Viens ici ! On voit bien que c’est encore ta mère qui t’habille ! Tu n’as pas envie d’être beau ?

Des mains professionnelles parcouraient son corps, tendant un bas, retirant une torsion, un pli. Lucas appréciait ces soins, regardant le résultat dans un miroir.

— Arrête de te regarder comme ça, tu vas finir par te bouffer.

Lucas n’écoutait pas, revenu dans ses livres d’enfance, dans son rêve le plus secret.

Un bout de doigt sur sa joue dissipa tout.

— Bon ! Tu es prêt ? On y va ?

Lucas sentit une hésitation dans la voix.

— Tu peux encore dire non.

L’air décidé du page empêcha Corentin de tout stopper. Si le moindre incident perturbait son protégé, il se le reprocherait toute sa vie.

Dans l’escalier, deux mains se saisirent, chacune à la recherche d’un dernier réconfort.

💬 Commentaires 1

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AttrapeRêve • 2 mois, 1 semaine
Et bien allez on se lance dans le vide
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